lundi 31 août 2009

le choc des civilisations n'aura pas lieu


Le conservateur américain Samuel Huntington (18 avril 1927 - 24 décembre 2008) fut la bête noire des pacifistes de tout poil en Europe.


Comme l'indique son nom, ce blog prend des vacances "on the trail" du 2 septembre au 4 octobre; le temps pour votre serviteur d'achever la traversée à pied et en solitaire des Appalaches. Long de 3500 kilomètres, ce sentier traverse quatorze Etats de la côte Est des Etats-Unis. Au menu de cette quatrième et dernière saison : le New Hampshire et le Maine.

Pas de radio pour m'informer des turpitudes de la civilisation occidentale, pas de téléphone portable pour demander une aide quelconque, pas de GPS (global positioning system) pour m'orienter, rien que la volonté de ne compter que sur mes propres forces et la foi placée dans l'Eternel pour me guider dans le silence des grandes forêts américaines.

A raison de dix heures de marche par jour, cela devrait m'aider à oublier que notre civilisation chrétienne est crépusculaire. "Le choc des civilisations" de Samuel Huntington n'aura pas lieu. L'Europe va tomber comme un fruit mûr sans que personne ne s'en aperçoive. Les élites couardes ont chloroformé l'opinion publique par le discours apaisant et trompeur : "Dormez braves gens ! Vous n'avez rien à craindre. Nos ennemis ne sont pas ceux que vous croyez mais les conservateurs, les faucons, les libéraux, les intégristes et j'en passe ! Nous nous en chargeons."

Le 30 août 1939, quand fut délivré l'ultimatum par le ministre allemand des Affaires Etrangères, Joachim von Ribbentrop, à l'ambassadeur anglais en poste à Berlin, Sir Nevile Meyrick Henderson, personne n'avait envie de mourir pour le corridor de Danzig. Soixante-dix ans plus tard, c'est la même tragédie qui se rejoue dans la plus grande indifférence.

Après le 11 septembre 2001, Samuel Huntington déclara : "Les événements donnent une certaine validité à mes théories. Je préfèrerais qu'il en aille autrement." Il n'en est pas allé autrement avec la politique de l'autruche, peut-on conclure, huit ans plus tard.

vendredi 28 août 2009

L’éducation nationale progressiste est à mettre au pilori


Nicholas Murray Buttler (1862-1947) était le président de l'université de Columbia où se développa la doctrine de l'éducation progressiste. Fermement opposé à la réforme, ce conservateur lucide ne put rien contre la propagande des socialistes.


« L’arrogance, la pédanterie et le dogmatisme sont les maux professionnels de ceux qui passent leur temps à orienter les esprits des jeunes. »

Henry S. Canby



Alors que la rentrée scolaire approche, il convient de se repencher sur le désastre que constitue notre éducation nationale. Longtemps j’ai crû que mai 1968 a été le début de la fin. Il n’en est rien comme le révèle ce texte de Frederic Francis DeArmond (1893-1983) publié, en 1953, aux Etats-Unis. Cela prouve, s’il en est besoin, que nous ne copions que ce qui est mauvais de ce pays. Voici la traduction intégrale de ce texte par votre serviteur.



L’éducation progressive n’est pas une idée nouvelle. Jean-Jacques Rousseau l’expérimenta au dix-huitième siècle mais sa surprenante succession d’enfants illégitimes était un trop grand handicap pour que ses idées fussent acceptées. Au dix-neuvième siècle, Johann Heinrich, un prédicateur suisse, déclara : «Nous ne devons rien lire, nous devons tout découvrir », et il expérimenta sa théorie en créant une école. Un docteur italien, Maria Montessori, la reprit à son compte et développa un système éducatif à Rome qui est maintenant mondialement connu sous le nom de méthode Montessori.

Dans chaque cas, l’objectif était le même : donner à l’enfant la liberté et l’opportunité d’apprendre «spontanément.» C’était une réaction à la règle en bois, au système d’apprentissage par cœur qui faisait de l’école un calvaire.

On est revenu de loin si l’on en juge à l’expérience vécue par une parente en Californie qui a visité récemment son fils à l’école. Elle a trouvé dans la classe quarante gamins en train de hurler, de crier et de courir comme des elfes diablotins. «Nous disputons un concours d’épellation,» l’informa l’instituteur. «C’est une course de relais : chaque équipe transporte des lettres.»

Une autre parente inquiète a rendu visite à l’instituteur parce que sa fille, après quatre années d’école, ne peut pas réaliser la plus simple addition. « Il n’y a rien de mauvais à cela », lui a-t-on dit pour la rassurer. « Attendez que les enfants éprouvent le besoin d’apprendre. » Mais cette assurance gratuite n’a pas suffi pas à calmer l'inquiétude de la mère.

Le mouvement d’éducation progressiste commença en Amérique avec le philosophe John Dewey. Dewey et ses disciples étaient convaincus que l’éducation devait ressembler au monde des adultes, et que chaque classe d’école devait être le plus proche possible d’une société en miniature. Ils prétendaient que les impulsions naturelles des enfants devaient être encouragées ; "un enfant se développe mieux", affirmaient-ils, "s’il goûte à beaucoup de victoires et à très peu de défaites."

Un petit groupe de gens, appelé « les penseurs de la frontière », développa à l’université de Columbia la doctrine de Dewey. Des noms éminents de ce groupe étaient William Heard Kilpatrick, Georges S. Counts, Goodwin Watson, Jesse Newlon, Harold Rugg et George W. Hartmann. Ils étaient de fervents disciples de réforme, et leur influence fut profonde.

Les réformes, qu’ils préconisaient, furent accueillies comme des idées grisantes par des instituteurs inaptes ou inexpérimentés, et entre les mains de proviseurs elles pouvaient facilement aboutir à des débordements extrêmement pervers. C’est ce qui se passa. C’est un malheur que la profession d’enseignant ait trop bien suivi les innovations de John Dewey.

Le sevrage de sucettes

Les Deweyens prêchent que l’éducation doit être un plaisant divertissement pour les écoliers au lieu d’une tache rébarbative. Un public effaré a appris de ces pédagogues la valeur émotionnelle de telles choses que le crachat. « Les enfants souffrent du sevrage intellectuel de sucettes. » Comme un enseignant dissident l’a avoué : « Il y a un trop grand enthousiasme pour la méthode. Certains d’entre eux nous ne sont plus que des baby-sitters. »

Cette emphase, éloignée des outils essentiels de l’apprentissage (lire, écrire et compter), a permis à de jeunes esprits de grandir dans une jungle de mauvaises herbes. Des instituteurs de la vielle école avaient insisté sur la valeur de la discipline, à la fois mentale et morale. Quand la discipline, qui est la clé de voute de l’éducation, fut abandonnée, le travail le fut aussi. Mais il advint que sans le travail, l’écolier moyen n’apprenait plus ni à lire, ni à écrire, ni à épeler ou à compter avec facilité.

Contrairement à la promesse des réformateurs, ces accomplissements ne se produisent ni spontanément ni facilement. Maria Montessori avait dit qu’à l’âge de quatre ans un enfant apprendrait sans effort à lire, à cinq ans à jouer avec les chiffres, et à six ans à extraire la racine carrée d'un nombre. Cela ne s’est pas réalisé. En fait, si l’erreur n’est pas corrigée, les trois outils devront être enseignés au collège. Sans ces outils basiques d’apprentissage, une éducation supérieure est contrecarrée.

D’un point de vue moral, les résultats sont également désastreux. La vieille école était une sorte de réplique de la vie, avec l’instituteur personnifiant la loi et l’autorité que tous les citoyens doivent reconnaître. Avec l’avènement de ce que les réformateurs appellent la « démocratie » de la classe, les élèves ont grandi avec une impression complètement fausse de la vie. Après des années à faire ce qui lui plait, un jeune homme cherche un travail ou est enrôlé dans l’armée, et, pour la première fois de sa vie, entre en contact avec la discipline et l’autorité. C’est un choc pour lui.

Nicholas Murray Butler (1)(le président de l’université de Columbia où le mouvement est né) réagit fortement. Il lui était difficile de comprendre qu'une «doctrine grotesque» pouvait avoir un tel écho. Voici ce qu’il déclara.

« Le plan d’action ou plutôt de non-action va, dans sa forme extrême, priver l’enfant de son héritage spirituel, social et intellectuel, et le renvoyer au jardin d’Eve où il aura tout à reconstruire la vie d’un homme civilisé. Il ne doit pas lui être demandé de faire ce qu’il n’aime pas. Il ne doit pas être soumis à la discipline des bonnes manières et d’une morale décente. »

Le docteur Robert Hutchins, quand il était président de l’université de Chicago, attaqua également les tenants de l’éducation progressive – en particulier, sa tendance «démocratique» à servir le même menu débile à ceux qui ont des capacités faibles, moyennes ou supérieures. La révolte grandit dans de telles proportions que mademoiselle Isabelle Buckley de Los Angeles attira une attention nationale avec son école privée baptisée «no nonsense» (pas de balivernes!), lorsqu’elle retourna aux fondamentaux et demanda à ses élèves de travailler.

Quand le pouvoir politique s'immisce dans l’éducation

Mais il y avait un aspect plus dangereux du mouvement «progressiste». Les «penseurs de la frontière» avaient couplé les méthodes révolutionnaires d’enseignement au socialisme et aux idées collectivistes.

Lors d’une réunion tenue, en 1933, à l’université de Columbia (Harold Rugg était son président), le collège des instituteurs dissémina la politique dans l’enseignement. Il fut affirmé que le profit était une excroissance du corps politique, comme John Dewey l’a longtemps crû. A cette réunion, l’association d’éducation progressive fut érigée en instrument de propagande pour attaquer le système capitaliste avec l’objectif d’introduire un nouvel ordre social aux Etats-Unis.

Le groupe noyauta l’association conservatrice d’éducation nationale existante, qui, plus tard, annonça officiellement que le « moribond laissez-faire doit être complètement détruit. » L’association d’éducation progressiste devint un modèle pour le socialiste anglais radical Harold Laski qui congratula l’organisation pour sa contribution à l’élaboration d’une Amérique socialiste. «Elle peut prospérer dans une société seulement où le socialisme est accepté comme un mode de vie », déclara-t-il, « par sa critique directe des idées qui ont établi une Amérique capitaliste. »

Le nivellement par l’ignorance

Nous ne savons pas encore jusqu’où peut aller cet endoctrinement politique mais nous avons les moyens d'évaluer les conséquences de l’éducation progressiste sur la nation.

Les sondages de l’institut Gallup rapportent que 40% des adultes américains ne savent pas ce qu’est un tarif, un Américain sur quatre n’a pas la moindre idée de l’inflation, le terme de « filibuster » (procédure pour retarder l’adoption d’un texte de loi par l’opposition) serait d’origine grecque pour la moitié des votants, pour deux tiers d’entre eux « une grève juridictionnelle » n’a pas d’importance, et seulement un votant sur quatre connait le principe du collège électoral. Plus surprenante encore, au regard de la mode de voyager, c'est l’ignorance des collégiens envers la géographie de leur pays.

Moins de la moitié des étudiants interrogés par un reporter du New York Times ont une idée approximative de la population des Etats-Unis. Seulement 17% sont capables de donner les noms des États traversés en prenant la route la plus directe de Minneapolis à Seattle.


Le réquisitoire de l’éducation progressiste, c'est qu’elle a produit une génération qui n’est plus capable du moindre discernement et qui est une proie facile des démagogues. Il n’existe plus de corrélation entre le degré de culture d’un citoyen et sa résistance à la propagande. Il est aussi facile de vendre une loi de circonstance à un homme diplômé qu’à un travailleur illettré travaillant dans les champs de coton.

John Dewey pensait avoir trouvé un raccourci à un système qui devait entraîner les étudiants à penser. Cela n’a pas marché. Canon Bernard Iddings a dit : « Les produits de nos écoles, pour la plupart d’entre eux, sont incapables de penser et d’agir intelligemment, honnêtement, et bravement dans une situation difficile. » Aucune mise en accusation aussi radicale de l’éducation progressiste ne saurait être mieux formulée.


===Commentaire===

Ce texte, vieux de 56 ans, convient parfaitement à la France, d’aujourd’hui, manipulée par des démagogues qui n’ont rien à craindre d’une opinion publique abrutie par une éducation nationale progressiste et par une télévision débile.

La seule façon de remonter la pente est de supprimer le monopole de l’éducation nationale progressiste et de donner un chèque-éducation aux parents qui le veulent bien pour offrir un autre avenir à leurs enfants.


(1) Nicholas Murray Butler apparaît au tome III « La présidence Impériale » que j’ai consacré au président Théodore Roosevelt. Invité à la cour d’Allemagne, l’empereur Guillaume II lui demanda qui était en charge de l’économie dans son pays, et Butler de lui répondre sans détour «Dieu.» Cette réponse lapidaire montre que l’on peut faire l’économie d’un ministère de ce nom en France. L’économie n’a pas besoin de tuteur.

jeudi 27 août 2009

Bernanke se prend pour Dieu !



"L'homme ne désire pas la connaissance mais la certitude."

Bertrand Russell




Cette semaine a été marquée par l’annonce prématurée, le 25 août, d’un renouvelement du mandat de Ben Bernanke à la tête de la toute puissante Federal Reserve Bank. Son mandat n’expire que le 31 janvier 2010 mais le président Obama a préféré prendre les devants, sans doute pour rassurer le marché. Mais à quel marché fait référence cette nomination ?

La plus belle justification du marché émane de l’église. Le cardinal espagnol Juan de Lugo (1583-1660) écrivit : « le juste prix dépend de tant de facteurs qu’il ne peut être connu que de Dieu ! » Quelques années auparavant, Juan de Salas, un jésuite espagnol de l’école de Salamanque, avait conclu que les facteurs contribuant à élaborer un prix du marché sont si complexes que « seul Dieu, mais pas un homme, peut les comprendre ! » Dans la théologie des scolastiques de Salamanque, le « juste prix » résulte de l’interaction des acheteurs et des vendeurs. Les tentatives pour établir un prix étaient considérées avec beaucoup de scepticisme par les Jésuites. Ces tentatives n’étaient-elle pas une usurpation du pouvoir de Dieu ?

En quoi le débat d’un petit groupe de Jésuites de l’école de Salamanque, qui a duré deux siècles, peut-il nous intéresser de nos jours ?

Il y aura bientôt vingt ans, le 9 novembre 1989, s’écroulait un ordre économique basé sur la planification. Ce modèle avait la prétention de remplacer le « chaos » du marché pour améliorer le sort des ménages. Bien que cet ordre totalitaire ait disparu pour le plus grand bien des Russes, il s’est acclimaté en France. Avec une rare conviction, le président de la République a déclaré que les bonus des traders vont faire l’objet d’une réglementation.

Si l’on cherche les causes de la chute du communisme, on s’aperçoit que c’est une usurpation totale du rôle de l'Eternel. Le débat casuistique des Jésuites a été repris au XX siècle par des économistes et des sociologues tels que Ludwig von Mises, Max Weber, Vilfredo Pareto ou Friedrich von Hayek pour ne citer que les plus connus. Ces gens qui ont passé leur vie à réfléchir (et non pas à communiquer) ont clairement averti les technocrates en charge de la planification, qu’en abolissant la propriété privée et les libertés individuelles, ils abolissaient aussi les prix. Ainsi un litre de lait (matière première) valait plus cher qu’un litre de yaourt (produit dérivé). On constate de semblables aberrations avec le monopole de la sécurité sociale en France. Ainsi un docteur généraliste gagne moins qu'un plombier. Le docteur, qui est hautement qualifié, ne peut pas établir le prix d'une consultation alors que le plombier, beaucoup moins qualifié que lui, le peut pour son intervention à domicile.

Quelle est la signification du débat casuistique des Jésuites dans le contexte de la crise de 2008 ?

Depuis bientôt un siècle (2013) existe au centre de l’économie mondiale une institution prétendant être capable de résoudre le même problème épistémologique que les théologiens de l’école de Salamanque considéraient insolvable. Cette institution est la Federal Reserve Bank des Etats-Unis. A l’issue d’un débat feutré qui se tient toutes les six semaines, le cénacle des douze gouverneurs annonce au reste de la planète que le taux d’intérêt qui ne représente que le prix d’un produit (la monnaie) sera de tant pour la période donnée. En suivant la logique des Jésuites, réguler le prix à travers une autorité centrale, investie de tous les pouvoirs, s'apparente à un blasphème.

Certains ricaneront de cette comparaison hardie mais en se plaçant stricto sensus dans la sphère économique, elle ne l'est point. Que représente le taux d’intérêt si non le prix spécifique d’une marchandise ? Si la monnaie est une marchandise (un moyen d'échapper au troc) pourquoi n'obéirait-elle pas à la loi d’airain du marché ? Les autres marchandises, que ce soit du blé ou du sucre, sont bien échangées sur un marché qui établit un prix. Pourquoi devrait la production de monnaie être un monopole de la banque centrale ?

Cela nous ramène à la cause profonde de la crise de 2008. Contrairement aux affirmations des Keynésiens et des Marxistes, elle n’est pas la faillite d’un ordre néo-libéral. Elle est le fruit inévitable d’une planification centralisée. Si les gouverneurs des banques centrales étaient des Dieux, ils auraient ajusté les taux d’intérêt pour éviter la formation des bulles spéculatives ou pour empêcher une récession. Mais comme ils n’y parviennent jamais, c’est bien la preuve qu’ils n’en savent pas plus que les Jésuites qui, eux, étaient assez humbles pour reconnaître que le prix du marché est une question insolvable à l'échelle humaine. Ce n’est pas étonnant quand on sait qu’il s’agit de l’interaction de millions de paramètres.

Quelle est la différence entre les Etats-Unis et l’ex Union soviétique ?

Elle n'est pas de nature mais de degré. Dans l’ex Union Soviétique, les planificateurs s’intéressaient à toutes les marchandises et à tous les services. Aux Etats-Unis, les planificateurs ne s’intéressent qu’à la production de monnaie...

L’emprise de la technostructure s’est aggravée avec le décret du président Franklin Delano Roosevelt, le 5 avril 1933, d'interdire la détention d’or par les citoyens américains, puis avec la décision du président Richard Nixon, le 15 août 1971, de mettre fin au Gold Standard. Privée de ce point de repère essentiel que constitue l’or, la Fed navigue depuis entre Charybde (inflation) et Scylla (récession)

Depuis la création de la Fed en 1913, le dollar a perdu 97% de son pouvoir d’achat. Voilà la beauté d’une monnaie manipulée par la technostructure. On ne dira jamais que la destruction de 97% du billet vert est l’œuvre de Satan. Ce serait injuste. Tout le monde (croyants, infidèles, agnostiques et athées) s’accordera au moins sur ce point.

mercredi 26 août 2009

Wind Gap


at Lehigh Gap


Wind Gap, 24 September 2008

My night at Jailhouse Hostel has been rewarding. First I didn’t pay a penny; secondly self-service is OK for me. I was free to do what I want. In fact, there wasn’t much to do inside the huge empty room. I vaguely red the gold book with its ornate letters from through hikers. There were food boxes left by them on another table. After twenty six miles at brisk pace, I turned off quickly the light. Following the advice of patrol policeman, I sneak out through a back door and wedge a broom to get back later.

I have my breakfast at Bert’s Steak House where I solicit the help of my waitress. The shoulder strap of my backpack is torn. How can I repair it? She is very helpful. She goes to her car and comes back with a fishing thread and plenty of needles. I choose a thick one. I go back to Jailhouse hostel where I sew the torn shoulder strap. When done, I leave for good the jail. I hear policemen upstairs talking loudly.

My tinkering is not yet over. My shoes are worn out and the handle of one ski pole comes off. I stop by a hardware store after the train bridge. A handicapped guy helps me to find glue for the handle. He cleans the pole before using glue.
“Wait for a couple of hours before using it again!”
He wants to give me back the glue tube.
“No thanks!”
“Ok, I’ll give it to someone.”
I pay the glue and store my ski poles on the backpack. I do not buy a duct tape for my worn out shoes as I expect to buy a new pair tomorrow at Delaware Gap.

I want a hitch hike back to the trail. What’s the point of hiking a couple of miles alongside a busy road? Five years ago, I was unsuccessful and had to walk back to the trail. Not this year. After five minutes, a swanky guy riding a red cabriolet stops. He is going to play golf. Life seems easy for him. He drops me at the parking lot of Lehigh Gap. For those who don’t know it, Lehigh Gap is a wonder of nature. It is a giant chaos of rocks above the River of same name. Five years ago, I missed white blazes and ended my downhill in a dangerous crumbling zone. Aware of the danger, I follow carefully the blazes.

I sweat on the sunny slope. Sometimes I use my hands to climb a steep rock. It is easier to see the trail when climbing. Midway through the ascent, I see a woman ahead of me. When close to catch up with her, I take a picture of her and the surrounding rocks. Near to the top, I overtake her. She is a pretty blond hair woman. She is in her forties. Her name is Helen. She comes from Allentown. She is a housewife. Her husband is traveling and her kids are at school. She enjoys a sunny day. We chat. I quickly get her confidence. It seems we have been friends for years.

The top of the hill offers a unique outlook. It has been entirely defoliated by zinc pollution. The trail has been rerouted. It doesn’t follow anymore the treeless top but an old jeep road on North of Blue Mountains. With regrets, I leave Helen. I accelerate my pace to reach Wind Gap tonight. It is a twenty miles stage. Piece of cake!

I have now a good view of Palmerton zinc plant. It was added to the National priority list in 1983. The superfund is still debated by citizens. Some argue that extensive cleanup of the town’s soil is necessary to protect human healths, others say that health risks are exaggerated and that the town’s Superfund status stigmatizes it. But one thing is obvious: nature has not yet recovered from the disaster. But there is improvement since I came here five years ago. Brushes are growing again in some places. I take pictures to compare them with others taken five years ago.

I don’t like much the rerouted trail. It was a much better view following the rounded top. Three miles later, I catch up with the old route. It is a perfect day for hiking. After a strong wind at Lehigh Gap, I enjoy a sunny and breezy day. I gaze at the far range view to Poconos to the North and even Michaux National forest to the South. Suddenly danger looms. A big black snake is warming up on the trail. I catch up my camera. Too late! The monster has detected me. It escapes in a hole which is right on the trail. Contaminated zone is over.

With that unpleasant encounter, I need my ski poles. After three hours, the handle is dry. I can use it again. A pole is useful for plenty of reasons. Number one, it helps to throw away a stubborn snake on the path. With the snake, I am back in rocky territory. My worn out shoes are cracking everywhere. I snack just after Little Gap, a paved road. It is quite hot when I resume the rocky ascent toward the crest line.

In the vicinity of Leroy Smith shelter I come across six South-bounders girls. I am eager to engage a talk with them. They smile. A peacock, surrounded by six females, is doing his best to catch up their gaze. They have slept last night at Kirkridge shelter. I wonder what would had been my night in their company... I tell them that there is no water before Lehigh Gap. They don’t mind. Later on the trail, I come across another girl. She asks me if I have seen her friends. “Oh yes, they are not far away.” Thanks to my intrusive talk, I have stopped their advance.

The trail is rocky but no more horrendous. The worst is behind me. The sun declines on the horizon. At sunset, I reach Wind Gap. According to the data book, there is a motel just 0.1 mile to the left.

An old Asian couple is operating the motel. The room smells tobacco. I go back to the office.
“We don’t have smoke free rooms”, said tersely the lady.
The book said: “The friendly owner will often give rides to nearby restaurants.
I don’t ask plainly the favor but venture to beg for help in tortuous way.
“Call the delivery in your room.”
Disappointed that my power of seduction doesn't work wit her, I go back to my room to make the call.
“What size of pizza would you like?”
“Large”
“Anything else?”
“Hum, cannoli for desert and turkey sandwitch for my breakfast”
“What is your room number?”
“Ten”

Half an hour later, the delivery man knocks on the door while I am drying after a shower. I have just time to roll a bath-towel to my waist. Without letting me time to answer, he drops a huge cardboard box containing the pizza on the table and asks me 38 dollars. I am too confused to raise an objection to the steep price. I give him two twenty bills and wait for my change. He pockets it and run away. When I reach the door, I just have to time to see his cabriolet. It has started raining.

The pizza is forty inches wide. It is filled with anchovies and melting cheese. I eat slice after slice while watching President Bush delivering a speech about the unraveling financial crisis. He explains why American International Group must be helped to avoid a crash of the market. The Dow Jones Industrial Average has closed today at 10800. Is it so bad in Wall Street for a live rescue talk of the President? While being in the woods, I have no idea of what is happening. I manage to eat a third of the huge pizza. Can I eat now cannoli? I do it with disgust. My stomach is swollen.

If the market is suffering from its hangover of toxic assets, I am suffering from too much anchovies and cheese. If one excess can be cleaned out in a night, the other will take years...That's the lesson of the day on the trail.

dimanche 23 août 2009

La haine des partageux n’a d’égale que leur impuissance



Louis Antoine Léon de Saint Just (1767-1794) surnommé l'archange de la révolution, déclara : "Ceux qui font les révolutions à moitié n'ont fait que creuser un tombeau."

"L'indignation morale est, dans la plupart des cas, 2% véritablement morale, 48% d'indignation et 50% d'envie."

Vittorio de Sica

L’index Dow Jones Industrial a cloture vendredi 21 août 2009 à 9505 points. Il a gagné 198 points ou 2% dans la semaine écoulée. Cette hausse coïncide avec le symposium économique qui se tient chaque année, la troisième semaine d’août, à Jackson Hole dans le Wyoming.

Ben Bernanke dans le rôle de Ponce Pilate

Ben Bernanke a profité de cette réunion pour se laver de tout soupçon dans le déclenchement de la crise financière. Je cite un passage de son discours du 21 août 2009 : « Le cas de la banque d’investissement Lehman Brothers fut d’une exceptionnelle difficulté. Les tentatives d’un gouvernement concerné pour trouver un acheteur de la compagnie ou pour trouver une solution industrielle s’avérèrent inefficaces. Les collatéraux disponibles de la compagnie étaient en dessous du montant dont la société avait besoin pour bénéficier d’un crédit de la Federal Reserve. Comme la Fed ne peut pas faire de prêt non garanti, et que le gouvernement, dans son ensemble, n’a pas vocation à intervenir ou la capacité d’injecter le capital (sic !), la faillite de la firme était, malheureusement, inévitable. »

C’est une piètre défense de celui qui porte une lourde responsabilité avec son compère Henry Paulson, l’ancien Secrétaire au Trésor, dans le déclenchement de l’explosion nucléaire du marché. Bernanke est un fieffé menteur. Il ne fallait qu’une vingtaine de milliards pour sauver Lehman Brothers de la faillite. En voulant rétablir tardivement l’aléa moral, il a déclenché une crise financière sans précédent.

Plus loin dans son discours : “Dans le cas de la compagnie d’assurance American International Group (AIG) la Federal Reserve a jugé que les avoirs financiers de la compagnie étaient adéquats pour assurer une ligne de crédit de 85 milliards de dollars, suffisante pour empêcher sa faillite imminente. Parce que AIG était la contrepartie de beaucoup de grandes firmes financières, sa brutale faillite aurait intensifié la crise. »

Après avoir voulu faire un exemple avec Lehman Brothers, Bernanke s’est rendu compte qu’une grande banque pouvait entraîner une cascade de faillites. Il s’est rangé à l’adage «too big too fail !» avec A.I.G. Ainsi les grandes banques pourront continuer à prendre d’énormes risques au détriment des contribuables et à distribuer des bonus extravagants à leurs traders.

Les Keynésiens sont dépassés par les événements.

La marquise de Bercy et le président Obama n’ont pas compris que les bonus des traders ne sont que la conséquence de l’injection massive de liquidités de la part des banques centrales. Si vous voulez que les bonus des traders redeviennent raisonnables, ce n’est ni en morigénant les banquiers ni en brandissant la menace d’une énième régulation, mais en fermant le robinet de la création monétaire et en rétablissant l’aléa moral que vous y parviendrez. Pour que la menace de ne plus venir au secours d’une banque soit crédible, il faut qu’aucune banque ne dépasse une taille critique de 10% du P.N.B du pays concerné. On est loin de ce ratio prudent en France. La dette de Paribas de 1761 milliards d’euros représente 85% du Produit National Brut. C’est la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf.

Des différents G bidule (G4, G20) inventés par le locataire de l’Elysée pour se donner le beau rôle dans la crise après son retournement de veste lors de son discours à Toulon le 25 septembre 2008 (1) , il n’a jamais été évoqué les deux mesures que je préconise et qui vont à l’encontre de la pensée keynésienne et marxiste qui règne en France.

La haine des partageux n’a d’égale que leur impuissance

Les cigales n’ont plus un kopek dans leurs caisses. Elles préfèrent s’acharner sur les paradis fiscaux qui ne sont nullement responsables du déclenchement de la crise financière. Elles se donnent ainsi une bonne conscience vis-à-vis des ménages qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts à cause de l’immense gâchis provoqué par l’Etat providence. Gare aux populistes, de part et d’autre de l’Atlantique, qui attisent la jalousie et la haine à l’encontre des riches et des banquiers ! Cela pourrait se retourner contre eux un jour, pas plus tard qu’un certain mardi 2 novembre 2010 lors des prochaines élections du Congrès américain. Une haine passionnée peut donner un sens et un but à une existence vide, disait Eric Hoffer

(1) Sarkozy : ses balivernes et ses fanfaronnades par Thierry Desjardins aux éditions Fayard

lundi 17 août 2009

Les Cendres d’Angelo



L’homme qui a donné un visage à la crise financière


enquête menée par Connie Bruck et parue dans le New Yorker du 29 juin 2009, traduction intégrale par votre serviteur


Six ans en arrière, Countrywide Financial Corporation était regardée avec admiration par le monde des affaires. Fortune publia une histoire en septembre 2003, appelée « Faites connaissance avec l’action qui pris 23000 %», et racontait que «Countrywide est l’action qui a réalisé la meilleure performance du secteur financier de l’indice Fortune 500, mesuré depuis le départ du grand marché haussier depuis deux décennies. » Les actionnaires qui auraient investi mille dollars en 1982, auraient, en 2003, récolté deux-cent trente mille dollars. Fortune nota aussi que Countrywide devait réaliser cette année là quatre cent milliards de dollars en prêts hypothécaires et enregistrer dessus un bénéfice de 1.9 milliards de dollars – excédant très largement les profits de Walt Disney et de McDonald’s. (Countrywide surpassa les prévisions, en gagnant 2.4 milliards de dollars) Personne n’avait une plus grande estime pour le succès de Countrywide qu’Angelo Mozilo, son président plein d’égards pour lui-même. « J’adore Warren », disait-il parfois, avant d’ajouter qu’un investisseur de Countrywide aurait fait beaucoup mieux qu’un investisseur de Berkshire Hathaway, la société de Buffet.

Mozilo fit plutôt bien pour lui-même. En 2003, il reçut trente-trois millions de dollars de compensation, qui incluaient une allocation pour son usage personnel de l’avion de la société et plus de quatre-vingt quinze mille dollars de droits d’entrée dans des clubs huppés. Il était important pour lui que sa compensation soit comparable à celle des chefs d’entreprise des grandes banques américaines. Les banquiers aux chaussures blanches de Wall Street regardaient avec condescendance Mozilo, le banquier de prêts hypothécaires de Los Angeles, avec son collier en or, ses chemises blanches amidonnées, ses costumes taillés et ses voitures de luxe. Ils n’aimaient pas ses fanfaronnades et ne l’invitèrent pas à leurs clubs privés. Mais en 2003 Wall Street était devenu dépendant des prêts hypothécaires, que les banquiers utilisaient pour créer des actions adossées à des prêts qui étaient immensément lucratives et, plus tard, collaterized debt obligations (C.D.O dans le jargon de Wall Street) et Countrywide était leur plus grand pourvoyeur. Soudainement, Mozilo parut presque un initié.

Mozilo avait gagné le contrôle total de Countrywide en 2000, après le départ à la retraite de son partenaire, David Loeb, et il goûtait cette liberté. La compagnie avait déménagé récemment son siège de Pasadena à Calabasas, à une heure de route au nord du centre-ville de Los Angeles, où il occupait une villa tentaculaire de style méditerranéen au pied des montagnes de Santa Monica. Les bureaux des dirigeants étaient au troisième étage, où les couloirs étaient remplis de toiles de l’école de l’Hudson, tels que Thomas Cole, Frederic Edwin Church, et d’autres. Dans la salle à manger des dirigeants, le déjeuner était servi tous les jours, à une longue table de vingt couverts, avec Mozilo à la tête. Il s’était fait des centaines d’amis au cours des années (incluant notamment Jim Johnson, l’ancien dirigeant de Fannie Mae, Vernon Jordan, le procureur, Ken Langone, un co-fondateur de Home Depot, et Jerry Weintraub, le producteur de Hollywood) Si l’un de ses amis avait besoin d’un prêt hypothécaire, il lui assurait qu’il serait très bien traité, et le dirigeait vers le programme de prêts, connu des initiés de Countrywide, comme celui des Amis d’Angelo (F.O.A) Le programme personnel de prêts de Mozilo n’était pas limité à l’élite ; parmi les membres de F.O.A on trouvait un chef cuisinier que Mozilo aimait, un serveur, son tailleur, un chauffeur de taxi de New York, un caddie qu’il avait rencontré un jour sur un terrain de golf, et beaucoup d’autres que l’invétéré vendeur de prêts hypothécaires avait rencontré sur son chemin.

Sous la houlette de Mozilo, la croissance de Countrywide avait été sensationnelle. Entre 2000 et 2003, la compagnie tripla ses effectifs, à plus de trente-quatre mille employés. La compagnie changea de nom : de Countrywide Credit Industries à Countrywide Financial Corporation – une proclamation qu’elle n’était plus une simple compagnie hypothécaire. Devenue une société de services pleinement diversifiée, elle possédait une banque, vendait des titres d’assurance et des actions. Les prêts, néanmoins, demeuraient le cœur de son business, et, selon Inside Mortgage Finance, elle était devenue le troisième plus grand pourvoyeur de prêts hypothécaires en Amérique, après Wells Fargo et Washington Mutual. Mozilo voulait que Countrywide, auquel il se référait toujours comme étant son «bébé», devienne le numéro un, une position qu’elle a occupée brièvement, au début des années quatre-vingt dix, avant d’être dépassée par la compétition. Mozilo visait à conquérir une part de marché – de 30% à 40% - qui était beaucoup plus grande que celle jamais atteinte par une société de l’industrie des services financiers. S’il réussissait, les rivaux de Countrywide auraient été sévèrement diminués et son hégémonie assurée. Mozilo avait toujours voulu construire une compagnie qui durerait plus d’un siècle.

Pendant plusieurs années, Countrywide continua à prospérer. En 2004, la compagnie dépassa Wells Fargo pour devenir le numéro un de la profession. En 2005, Fortune plaça Countrywide sur sa liste des « compagnies les plus admirées », et Barron’s nomma Mozilo comme l’un des trente plus grands chefs d’entreprise du monde. L’année suivante, American Banker lui décerna le prix d’achèvement d’une vie entière. Mais, au cours de l’année 2007, les défauts sur les subprimes escaladèrent rapidement, et les banquiers de Wall Street abandonnèrent les mortgage-backed securities qu’ils vénéraient, et leurs fournisseurs également. En août, ils coupèrent les lignes de crédit de Countrywide, une mesure qui restreignit ses capacités d’opération, et quelques mois plus tard Mozilo fut contraint de choisir entre la banqueroute ou d’être acquis par Bank of America. (En janvier 2008, Bank of America annonça qu’elle était prête à acheter la compagnie pour quatre milliards de dollars, une fraction de ce que valait Countrywide à son pic)

Angelo Mozilo fait l’objet de plus d’une centaine de plaintes civiles et il est aussi la cible d’une enquête criminelle. Le 4 juin, la Security and Exchange Commission (S.E.C), dans un procès en civil, accusa Mozilo, Davide Sambol (un ancien président de Countrywide) et Eric Sieracki (l’ancien chef comptable) de fraude, allégeant qu’ils avaient caché la nature très risquée des produits dérivés aux actionnaires. Mozilo fut aussi inculpé de délit d’initié. Des messages électroniques cités dans la plainte montraient que Mozilo déplorait en privé les grands risques que présentaient les prêts pour la cotation de sa société alors qu’en public il vantait les grands critères de sa société. La plainte semblait formaliser une inculpation de Mozilo qui est l’icône de la rapacité et de la cupidité, le principal vilain à l’origine de l’effondrement de l’économie. Mozilo n’est guère le bouc-émissaire, mais ses fautes, aussi réelles qu’elle soient, ont masqué celles des autres chefs d’entreprise de sociétés ayant fait faillite, comme Bear Stearns, Merrill Lynch et Lehman Brothers, tous des grands acteurs dans les subprimes. En janvier, le sénateur Charles Schumer, un membre du comité bancaire qui fut pendant des mois silencieux au sujet des banquiers de Wall Street qui ont été ses principaux contributeurs de campagne électorale, déclara qu’il voulait voir Mozilo « bouillir dans l’huile d’olive. »

De nos jours, Mozilo, qui est âgé de soixante-dix ans, passe le plus clair de son temps chez lui, dans une grande villa de style hispanique, dans un quartier résidentiel gardé, et au Sherwood Country Club, près du terrain de golf où Countrywide avait l’habitude de sponsoriser le Target World Challenge avec Tiger Woods. Le monde de Mozilo s’est sensiblement réduit. L’ancien accro de journaux est si en colère par la couverture des médias à son égard qu’il a abandonné ses abonnements au New York Times, au Wall Street Journal, et lit seulement le Financial Times. Les rangs de ses amis se sont clairsemés, et ceux qui sont restés lui disent qu’ils se sont presque battus pour le défendre. Il a reçu de nombreuses menaces de mort. Mozilo a considérablement vieilli, et il ne flashe plus ce qu’un ancien employé décrivait comme son « sourire de dix mille watts. »

Angelo Mozilo commença à travailler dans la boucherie de son père, dans le Bronx, quand il avait dix ans. A quatorze ans, il obtint un boulot de messager d’une petite firme de prêts hypothécaires de midtown Manhattan. Il fut rapidement promu. Il vit ce travail comme un moyen d’échapper à la vie qu’on lui avait tracée. Son père, qui était le fils d’un immigré italien, et qui n’avait pas de certificat d’études primaires, voulait qu’il travaille avec lui plutôt de poursuivre des études. Mais sa mère qui avait été une bonne écolière, et qui ne s’était jamais remise lorsque son père la retira de son école après qu’une de ses collègues se trouva enceinte, fut contrainte de travailler dans une usine, à coudre des fermetures-éclair de jupes. Elle était déterminée que ses enfants aillent au collège, et tous les cinq y allèrent.

Mozilo obtint son diplôme de l’université de Fordham, dans le Bronx, en 1960. Cette année-là, il rencontra David Loeb. Il avait une compagnie de prêts hypothécaires qui venait d’absorber la société dans laquelle Mozilo avait travaillé comme messager. La nouvelle compagnie envoya Mozilo à Virginia Beach et ensuite à Orlando. Il n’était jamais sorti de son Bronx, et des années plus tard il raconta à des amis que cela avait été une période difficile pour un Italo-Américain à la peau brune dans ces communautés. A Virginia Beach, le club local, où se réunissaient les hommes d’affaires, refusa son admission, et, à Orlando, il éprouva des difficultés à vendre des prêts hypothécaires avant de rencontrer un groupe de juifs dans l’immobilier qui ne pouvaient trouver de financement. A sa sœur Lori qui me l’a raconté, Angelo a dit aux juifs : « Personne ne veut travailler avec vous, personne ne veut travailler avec moi, alors travaillons ensemble. » Il était toujours cet Italien que personne n’acceptait. Elle a rajouté : « Quand il est tanné, il devient vraiment noir. Ma mère m’a raconté que lorsqu’il travaillait en Floride, on lui demandait de s’asseoir à l’arrière des bus comme tous les Noirs. »

En 1968, Loeb, qui avait quinze ans de plus que Mozilo, lui proposa de créer ensemble une nouvelle société. Loeb raconta à National Mortgage News que Mozilo «était un artiste comme on en rencontre peu dans la profession. » Ils devisèrent les plans de la compagnie sur la table de cuisine de son appartement. Loeb dit qu’il investirait trois cent cinquante mille dollars et que Mozilo mettrait cent mille dollars de sa poche. Mozilo n’avait que vingt-cinq mille dollars sur son compte d’épargne. Il emprunta soixante-quinze mille dollars à un banquier qu’il avait rencontré en Floride. Loeb envoya Mozilo à Los Angeles, qui était, comme maintenant, le plus gros marché avec 25% des prêts hypothécaires accordés en Californie, pour ouvrir un petit bureau sur le boulevard Wilshire. Pendant les cinq premières années, Mozilo ne put faire venir sa femme et ses enfants du Bronx, et la nouvelle société, nommée incongrûment Countrywide, réussit à peine à survivre.

Mais Loeb et Mozilo prirent une approche nouvelle du business, et, à la fin des années soixante-dix, leurs efforts commencèrent à payer. « Countrywide était un David qui pourfendait les Goliaths », dit Sy Jacobs, un ancien analyste de Wall Street, qui commença à suivre Countrywide dans les années quatre-vingt. «C’était une société plus petite et plus agile mais qui avait un grand handicap face aux grandes qui bénéficiaient d’économie d’échelle dans l’industrie. Concernant les rivales qui étaient diversifiées, le message de Countrywide était le suivant : « Toute cette idée d’être un supermarché financier n’a pas de sens. Nous pensons à une seule chose : abaisser le plus possible les coûts sans prendre de risques. »

Countrywide était une banque hypothécaire, et, contrairement aux banques commerciales et aux caisses d’épargne, elle n’avait pas de licence pour prendre des dépôts, aussi devait-elle financer ses prêts en empruntant de l’argent à court terme. Elle accordait des prêts, qu’elle revendait rapidement à d’autres institutions. Pendant beaucoup d’années, elle servit ses plus grands bayeurs qui étaient Fannie Mae, Freddie Mac et Ginnie Mae. En éliminant les vendeurs à la commission, Countrywide était capable d’abaisser le prix de ses prêts. Dans les années quatre-vingt, elle automatisa une grand part de son travail, en utilisant des ordinateurs à un temps où peu d’autres prêteurs en avaient. Mozilo aimait dire que Countrywide était une société technologique qui faisait des prêts.

Contrairement au réticent Loeb qui venait rarement au bureau, préférant communiquer avec ses lieutenants par téléphone, Mozilo aimait motiver ses employés, en délivrant des discours, et en parlant aux analystes et à la presse. Il conduisait la compagnie comme s’il en était le seul propriétaire, même en contrôlant les employés qui arrivaient en retard au bureau. Au milieu des années quatre-vingt, après avoir perdu la première place, Mozilo perçut sa compagnie comme si elle était engagée dans une épreuve implacable pour la domination de l’industrie. « Les compétiteurs nous enlèvent le pain de la bouche ! » protestait Mozilo. « Regardez de l’autre côté de la rue cette personne qui se rend chez Wells Fargo », urgeait-il à ses employés. «C’est le cadeau que vous ne pourrez offrir à vos enfants ! » Il devint enragé s’il suspectait qu’un employé important ne partage pas sa motivation. Comme il le dit à un cadre, « Si vous n’arrêtez pas de faire de votre division la plus grande et la meilleure, alors c’est votre arrêt de mort ! » Si un employé vint à lui et lui confessa qu’il envisageait de divorcer, il lui conseillait de ne pas le faire. Mozilo et sa femme, Phyllis, se sont rencontré dans le Bronx ; ils se sont mariés très jeunes. Ils ont cinq enfants et neuf petits-enfants. Mozilo remarquait parfois que nombre de ses amis avaient une seconde ou une troisième épouse qui était grande et blonde. Il avait une réticence à parler avec elles séparément.

Mais Loeb contrôlait beaucoup la société. Il était son stratège et son manager de risques, Mozilo son chef commercial. « Dave était un type versé dans les chiffres, une personnalité entêtée et généralement suspicieuse de la production de la compagnie » dit un ancien cadre de Countrywide. « Cela empêchait les gens de la production de s’emparer des opérations. » Des cadres plus jeunes qui ne voyaient Loeb que lors de la retraite annuelle de la compagnie, à Ojai Valley Inn, le trouvaient détaché, une figure opaque, mais sa vision du risque était absolument claire. Un cadre se rappelle l’admonestation de Loeb à ces réunions. Il aimait répéter « Gardez votre poudre sèche et vivez pour combattre le lendemain. » La prudence de Loeb était plus forte au début des années quatre-vingt quand Countrywide refusa d’offrir ces prêts risqués.

Juste après avoir démarré Countrywide, Mozilo dit à Loeb qu’il voulait que tous les employés de la société sentent que les prêts hypothécaires n’étaient pas de simples prêts mais un moyen d’améliorer la vie des gens. La compagnie, croyait-il, devait faire des efforts pour abaisser les barrières aux minorités et aux autres qui avaient été exclues du droit de propriété, arguant que ce n’était pas seulement de l’altruisme mais aussi un bon plan pour le business. Loeb était de marbre mais il n’objecta pas. Dans les milliers de discours que Mozilo a donnés, il s’est presque toujours décrit lui-même comme le fils d’un boucher du Bronx dont la famille était trop pauvre pour s’offrir une maison.

En dépit des idéaux de Mozilo, Countrywide n’avait pas une bonne réputation de prêter de l’argent à des minorités. En 1992, juste après que Mozilo devint le président de l’association des banques hypothécaires, la banque fédérale de Boston publia un rapport évoquant une discrimination systématique à l’égard des emprunteurs afro-américains et hispaniques. Robert Gnaizda, un ancien conseiller de l’institut Greenlining, une organisation non lucrative qui s’est spécialisée dans les droits des minorités, envoya ce rapport à Mozilo et à d’autres banquiers. « J’ai reçu une réponse dure de Mozilo », m’a dit Gnaizda. En privé, toutefois, Mozilo fut consterné. Il ordonna que toutes les statistiques de Countrywide concernant des demandes rejetées de minorités lui fussent transmises, et il approuva rétroactivement la moitié d’entre elles. Puis il envoya des Afro-américains, posant comme des emprunteurs potentiels – il les appela « mystérieux clients » - aux branches de Countrywide, et conclut qu’ils étaient effectivement traités différemment des emprunteurs blancs.

Countrywde ouvrit de nouveaux bureaux en centre-villes, créa des centres de conseil, et assouplit quelques standards de prêt pour inclure des emprunteurs avec un historique moins que parfait. Entre 1993 et 1994, les prêts de la compagnie aux emprunteurs afro-américains augmenta de 325% et aux hispaniques de 163%. En 1994, Countrywide devint la première banque à signer un accord de prêts « équitable » avec le ministère du logement. « Countrywide, qui était retardataire dans les prêts accordés aux minorités, passa en tête » dit Gnaizda. « Je me rappelle Mozilo me disant, « Je ne veux pas réduire l’écart dans les prêts aux minorités, je veux l’éliminer. »

En fin de compte, les subprimes étaient devenues trop attractives pour que Countrywide fasse l’impasse. En septembre 1996, elle créa une nouvelle subdivision pour ces prêts, appelée Full Spectrum Lending. Si les prêts n’étaient pas performants, l’image de Countrywide ne serait pas ternie. « C’était une entrée prudente, considérée de près par ceux qui étaient à la tête de la compagnie », rappela un ancien cadre supérieur. « Nous nous assîmes et nous demandâmes chacun, « Feriez-vous ce prêt avec votre propre argent ? » Pour contrebalancer le risque posé par les subprimes, la compagnie demanda aux emprunteurs un substantiel apport, allant de 15 à 35%.

Au début 1998, Full Spectrum avait trente bureaux dans dix-sept Etats, et les subprimes représentaient environ 6% des prêts hypothécaires de Countrywide. Michael McMahon, un investisseur privé et un ancien analyste du marché des actions qui a suivi Countrywide pendant plus de vingt ans, rappela «Angelo disait qu’il croyait qu’avec le temps l’industrie des prêts hypothécaires ne ferait plus de ségrégation entre prime et subprime. » Il y avait une grande variété d’emprunteurs, mais ils avaient, avec raison, besoin d’être servis. Aussi pourquoi ne pas leur accorder un prêt et les charger avec un taux plus élevé ? Il voulait avoir un produit qui serve tout le monde. »

D’une certaine façon, Countrywide semblait se rapprocher des grandes compagnies dont Mozilo avait méprisé les méthodes. Il avait souvent tourné en ridicule ses compétiteurs qui comptaient sur les gens payés à la commission, qu’il comparait à des « charcutiers de prêts » ; il s’en était dispensé dans les années soixante-dix, en partie parce qu’il craignait qu’une personne payée à la commission puisse dire ou faire n’importe quoi pour avoir une vente. Mais comme les grandes banques, y compris Chase et Wells Fargo, accroissaient leurs opérations de prêts hypothécaires, Joe Anderson, le chef de la division des prêts au détail de Countrywide, conclut que les opérations des petits bureaux de la compagnie étaient trop limitées. Il proposa de recréer l’usage des employés payés à la commission.

Anderson savait que contester Mozilo était une dangereuse proposition. En 1994, Mozilo avait instruit ses managers de baisser les coûts, et Anderson avait écrit un mémorandum suggérant que plusieurs bureaux soient fermés. Mozilo l’avait convoqué à son conseil d’administration, où il avait déroulé le mémorandum et, le brandissant, avait admonesté Anderson, disant que fermer un bureau était une reconnaissance publique de faiblesse. Puis il quitta la pièce, disant à Anderson de l’attendre ici. Les heures passèrent. Finalement, Anderson apprit que Mozilo avait quitté l’immeuble.

Pire, avec la bénédiction de Stanford Kurland, le président de Countrywide, Anderson commença à réinstaller une équipe de vendeurs à la commission. Observant cet effort, Mozilo demanda à Anderson, « Est-ce une révolution ou une évolution ? », mais il se rangea derrière cette idée. « Angelo était un gars réactif », rappela un ancien cadre de Countrywide. « Il me disait d’aller me faire baiser, mais il revenait un jour plus tard et me disait, tu sais, tu as raison, j’ai tort. J’ai décidé que nous ferions comme tu l’entends. »

En 2000, Loeb avait soixante-seize ans et il était atteint de neuropathie. Mozilo était fatigué d’attendre de prendre les rênes du pouvoir, selon un employé, et lui et Loeb se querellaient. Un jour, Loeb, sans en référer au conseil d’administration de Countrywide, vendit toutes ses actions de la compagnie et donna sa démission. Mozilo et Loeb ne se parlèrent plus jusqu’en juillet 2003. Loeb était en train de mourir, et Mozilo alla le voir. Il dit plus tard à des amis que Loeb lui avait dit qu’il était fier de lui – une chose qu’il n’avait jamais dite en quarante ans qu’ils avaient travaillé ensemble.

En 2004, Countrywide était devenu le leader des prêts hypothécaires sur le marché américain de ce qui fut appelé « le marché des communautés multiculturelles. » Mozilo décrivait toujours l’inclusion des minorités et des populations immigrées à la fois comme un business et une mission, et il était devenu peut être l’avocat le plus important de ceux qui croyaient que l’accession à la propriété était un moyen de parvenir à une société plus équitable. En février 2003, quand il reçut le prestigieux prix Dunlop décerné par le comité pour le logement de l’université de Harvard, il dit : « L’écart entre les faibles revenus et le droit d’accession à la propriété des minorités, et ce qui est classifié comme le droit de propriété des Blancs, demeure de façon intolérable trop grand. » Mais il avait aussi une vision plus pragmatique : les propriétaires issus des minorités étaient le groupe avec la plus forte demande de prêts et la clé de gagner des parts de marché. Mozilo fit le point succintement : « Quand vous avez presque 80% de propriétaires blancs, il n’y a pas beaucoup d’opportunités de ce côté-ci. Quand vous avez 47% des Hispaniques qui sont propriétaires de leur logement, c’est là que vous avez une opportunité. »

Pour Mozilo, la part de marché était devenue un impératif. En 2002, lui et ses cadres dirigeants tinrent une série de réunions stratégiques avec Eric Flamholtz, un professeur de business de l’université U.C.L.A qui avait travaillé pour la compagnie en tant que consultant depuis la fin des années quatre-vingt dix. Flamholtz donna à l’équipe de Mozilo le nom de mafia de Northridge – des gars qui étaient, d’apparence, comme leurs patrons. « Ils sont tous sortis de Cal State, Northridge et non pas de U.C.L.A ou de U.S.C » dit-il. « Et leur attitude était : Nous allons leur montrer ! » Ils étaient très intelligents, très compétitifs, très durs. » Au cours de ces réunions, Mozilo et ses cadres se plaignirent que l’action de Countrywide ne reflétait pas ses gros bénéfices. Flamholtz leur dit que s’ils accroissaient leur part du marché, les analystes augmenteraient leurs recommandations de l’action. Il argua que la plupart des industries évoluent en classiques oligopoles, avec une compagnie commandant plus de 40% du marché, une seconde contrôlant plus de 20%, et une troisième 10%, et le reste n’étant que des boutiques. Cette année-là, Countrywide avait presque 10% du marché, et personne dans l’industrie n’avait plus de 13%. Mozilo aimait l’idée. « Vous avez besoin de faire de la poussière ou d’avaler la poussière, et je n’aime pas mordre la poussière » aimait-il dire. Au cours des réunions suivantes, le comité exécutif se fixa l’objectif d’atteindre 30% du marché en cinq ans.

Mozilo et quelques-uns uns de ses cadres croyaient qu’ils étaient entrés dans une ère nouvelle, dans laquelle les directives devenaient obsolètes. En 2001, la Fed commença à réduire drastiquement ses taux d’intérêt, les amenant à leur point le plus bas depuis quarante ans et alimentant une bulle, plus particulièrement pour les prêts immobiliers. Et Countrywide avait un marché à Wall Street pour son énorme volume de prêts. Elle supplanta Fannie Mae. « Nous ne pouvons franchement produire autant pour satisfaire le marché », commenta Mozilo en avril 2003.

Quelques mois plus tard, au cours d’une conférence pour discuter des bénéfices de la société, un analyste demanda à Mozilo s’il pensait que Countrywide pouvait accroître sa part de marché. Mozilo répondit qu’il croyait que 30% était un objectif réalisable. En septembre, lors d’une conférence organisée par Lehman Brothers, il déclara : « Pour nous atteindre ce que nous voulons, dominer le marché, nous avons besoin d’un minimum de 30% du marché. Nous sommes à mi-chemin à la fin de cette année et nous espérons devenir le premier d’ici 2008. Je pense qu’il faudra atteindre entre 35 et 40% du marché pour réaliser cet objectif. »

« Angelo avait dévoilé ses plans. Il avait placé la barre à 30% » me dit Flamholtz, de façon défensive. « Les gens à Countrywide étaient vraiment en colère. Ils disaient : «personne n’a réalisé cela. Pourquoi l’avez-vous annoncé ? Mais ça c’était Angelo. J’avais dit qu’il ne devait annoncer qu’un objectif inférieur de 20% à ses prétentions. Après son annonce, il n’y avait plus de marge possible. Cela créait une forte pression, une fois qu’il l’avait déclaré publiquement. C’était 'Nous devons y parvenir !' »

David Sambol, un homme aux traits fins et à la chevelure noire avec un regard perçant, était le lieutenant de Mozilo dans son projet d’expansion. Il avait joint Countrywide en 1985 et il était devenu le chef de la production en 2000, quand il avait quarante ans. Beaucoup de collègues de Sambol étaient impressionnés par son intellect et sa connaissance des prêts, et il était intimidant par son agressivité. « Si j’avais une équipe de vendeurs et voulais frapper fort, j’aurais recruté David Sambol – aussi longtemps qu’il avait une claire conscience des règles à respecter », m’a dit un employé. « Il est très talentueux. Extrêmement intelligent, opiniâtre, c’est un négociateur sans répit et déterminé à faire gagner beaucoup d’argent. » Le zèle de Sambol à atteindre la part de marché semblait se concilier avec l’objectif fixé par Mozilo. « C’était comme jeter de l’essence sur le feu », dit un ancien collègue de Sambol.

Sambol disait souvent : « Etablissez un prix pour n’importe quel prêt ! » Si le prêt était risqué, l’emprunteur devait simplement payer davantage, selon les critères élargis de Countrywide. Nick Krsnich, le chef d’investissements de la compagnie, était un critique sans détour de la politique de Sambol d’arriver à la part de marché à n’importe quel coût. Comme Countrywide élargit ses critères d’éligibilité, à cause de l’intensité de la compétition avec les autres prêteurs, Krsnich argua que la compagnie n’était pas suffisamment armée pour faire face aux risques qu’elle prenait. Lors des réunions du comité exécutif, Krsnich s’attaquait à l’objectif de 30% du marché. Pourquoi, demandait-il, était-il si important de dominer tous les autres prêteurs du marché ? Qu’avaient-ils à prouver ?

A la fin de l’année 2003, Sambol tint une réunion avec une douzaine de cadres, la plupart de la division de la production, pour discuter du rétrécissement de l’écart entre les produits de Countrywide et des autres compétiteurs. Il invita à Krsnich à y participer. Selon plusieurs anciens dirigeants, Krsnich devint frustré, pensant que Sambol outrepassait son autorité. Leur échange devint houleux. Finalement, Krsnich dit : « C’est de la foutaise ! » et il quitta la salle. Sambol alla voir Kurland, le président de la compagnie, et lui demanda de virer Krsnich ; Kurland refusa.

En 2004, Krsnich, un étudiant des cycles économiques, disait à ses collègues que la compagnie devait se préparer à un possible effondrement du marché hypothécaire. La qualité des emprunteurs déclinait, ainsi que les premiums qui étaient payés par les emprunteurs. Comme la valeur des maisons continuait à croître, les propriétaires pouvaient refinancer leurs prêts ou retirer de l’argent de leur portefeuille d’actions immobilières. Quelques uns refinancèrent plusieurs fois par an, en retirant de l’argent de leur portefeuille pour honorer le paiement de leur prêt, ou pour payer d’autres dettes. Les investisseurs, pendant ce temps, payaient plus pour les actions de prêts hypothécaires et les C.D.O que ce qui était garanti, parce qu’ils n’avaient pas analysé le risque et s’étaient reposés sur le triple A des agences de notation. Les agences de notation étaient payées pour leur estimation par les banques qui émettaient les actions de prêts hypothécaires, et l’entier montage financier était bâti sur la présomption que le prix de l’immobilier allait continuer à grimper. Quelques analystes en dehors de Countrywide avertissaient qu’une bulle immobilière était en train de se former, mais Mozilo n’en était pas persuadé. « Je ne crois pas qu’il y ait une bulle », déclara-t-il en juin 2004.

Entre 2004 et 2005, le prix de l’immobilier continua à croître, conduit en partie par un accès sans précédent au financement. Quelques prêts de Countrywide étaient considérés comme des produits « abordables », qui permettaient aux emprunteurs d’acheter des maisons qui ne leur seraient pas accessibles en temps normal. « L’option de paiement » des prêts à taux variables était juste ce qu’elle était : un emprunteur avait l’option de payer à un taux très faible au départ, mais toutes ces échéances devaient être honorées plus tard lorsque le taux était ajusté, conduisant à un « paiement de choc » après quatre années de sursis. Beaucoup de ces prêts ne requéraient aucune enquête, induisant que les emprunteurs pouvaient simplement établir leur revenu, sans fournir de preuves. Quelques prêts étaient supposés être offerts seulement aux emprunteurs ayant la meilleure signature, mais souvent les scores de crédit étaient gonflés parce que les gens n’avaient pas fait défaut sur leurs cartes de crédit ou sur une autre dette en refinançant leur prêt hypothécaire. Et la compagnie émettait des subprimes sans apport de 20%, comme c’était le cas dans les années quatre-vingt dix, mais avec 0% d’apport, les emprunteurs de subprimes tiraient ce que l’on appelait les prêts « 80/20 », un premier prêt pour une valeur de 80% de la valeur de la maison, et un second pour 20%. « Nous avions atteint un point où la question était : Qu’allons-nous faire ensuite ? Payer les emprunteurs pour qu’ils prennent un prêt ? dit un ancien dirigeant de Countrywide.

Sambol disait souvent que Countrywide devait être « le supermarché des produits », offrant n’importe quel produit à n’importe quelle condition qu’un compétiteur faisait à ses clients. « C’était presque religieux avec lui », dit Mozilo de lui en mars 2006. « Il croyait fermement que nous étions capables d’offrir un produit compétitif pour chaque type de financement hypothécaire qui est disponible dans le monde. » Pas tout le monde dans la compagnie était d’accord avec lui. Comme la plainte de la S.E.C le note, John McMurray, le chef d’évaluation des risques de Countrywide, avertit à plusieurs reprises en 2005 et en 2006 que la qualité d’émission de prêts de la compagnie était compromise par ces tentatives d’égaler les vendeurs de prêts les plus agressifs.

Mozilo considéra que l’équipe de vendeurs était la clé pour atteindre la part de marché, et elle devint très puissante. Stationnés à travers le pays, les vendeurs regardaient les produits et les prix offerts par les autres prêteurs, et notifiaient à leurs supérieurs qu’ils avaient besoin d’offrir les mêmes produits. Les subprimes étaient particulièrement lucratives pour Countrywide, parce Wall Street voulait les plus risquées, les prêts offrant les meilleurs rendements, et les vendeurs percevaient de plus grosses commissions pour les mettre sur le marché. Il n’y avait aucun plafond pour ces commissions, et beaucoup de vendeurs gagnaient des millions de dollars par an. Selon un ancien cadre de Countrywide, des emprunteurs qui auraient pu obtenir des primes, étaient reversés dans les plus chers subprimes. Devant rendre compte à la puissante force de vente, « la tactique de donner n’importe quel prix pour un prêt, l’affaiblissement des règles de conduite, et la dangerosité des produits », dit un autre ancien dirigeant, « était la conséquence logique d’atteindre une part de marché de 30%. »

Stan Kurland devait succéder à Mozilo quand il était supposé prendre sa retraite en décembre 2006, un plan qui avait été approuvé par le conseil d’administration de Countrywide. « J’appelais Stan l’arme secrète de Countrywide », m’a dit Flamholtz, le consultant de U.C.L.A. «C’est un gars discret, mais il était le cerveau derrière tant de choses. Du triumvirat – Angelo, Stan et Dave Sambol – Stant était vraiment le stratège visionnaire. »

Comme Mozilo, Kurland attendait depuis longtemps de prendre le contrôle de la société. Mais alors que son ascension était réalisée, son influence diminua. Au début de 2005, avec les intérêts augmentant régulièrement, Kurland envoya un mémorandum aux cadres dirigeants, disant que le boom était terminé, et qu’il était temps que la compagnie resserre les critères et planifie une réduction du volume. Les gains de parts de marché de Countrywide avaient ralenti – sa part était de 14.2% - et la compagnie devait annoncer qu’elle ne parviendrait pas à son objectif de 30% en 2008, comme prévu, mais plutôt en 2010 ou 2011. Son mémorandum fut ignoré.

Kurland avait été un partisan de Sambol pendant tant d’années, mais, maintenant, il se sentait menacé par l’intimité de Sambol avec Mozilo et par son ambition féroce. Les deux hommes étaient très différents. Kurland était doux et analytique, avec une attitude laconique qui masquait de fortes émotions. Sambol était arrogant, lunatique et sans complexes. Ils n’étaient pas d’accord sur les relations que la compagnie devait avoir les autorités de régulation, la Federal Reserve et l’Office of the Comptroller of the Currency. Selon d’anciens collègues, Sambol n’aimait pas les intrusions des régulateurs, tandis que Kurland accordait un grand crédit à leur travail. Mozilo, pour sa part, appelait certaines préoccupations des régulateurs « beaucoup de bruit pour rien ». Il décida que Countrywide devait essayer de changer de régulateurs, laissant la Fed et l’O.C.C pour le plus faible Office of Thrift Supervision (O.T.S) Comme Mozilo l’expliqua, «la conversion en caisse d’épargne alignait mieux la supervision de la compagnie avec nos objectifs stratégiques. » Sambol endossa l’idée, que Kurland décria comme un « shopping de régulateur. »

Dans le système en vigueur, les banques peuvent choisir leurs propres régulateurs, qui, à leur tour, sont payés par les honoraires que les banques leur versent. O.T.S avait fait pression sur Countrywide pour changer de régulateur. (La semaine dernière, l’administration Obama a proposé plusieurs réformes des régulateurs, dont l’élimination du O.T.S, qui n’a pas prévenu la faillite de nombreuses institutions sous son égide – incluant Countrywide, IndyMac et Washington Mutual) Selon l’avocat de Sambol, un contrôleur de la Fed avait suggéré que la compagnie serait mieux placée sous la tutelle de O.T.S. L’avocat ajouta « Le consensus de basculer sur O.T.S n’était pas basée sur la présomption que O.T.S serait un régulateur plus permissif. »

En octobre 2005, les craintes de Kurland furent confirmées. Une histoire dans National Mortgage News raconta que le successeur potentiel de Mozilo était soit Kurland ou Sambol, et que Mozilo « a confiance dans les deux dirigeants. » « Le coureur en tête de la course était toujours Stan, et le cavalier noir Dave Sambol » m’a dit l’ancien analyste d’actions McMahon. « Il était très agressif et plus proche d’Angelo que ne l’était Stan. » Il ajouta « Comme Countrywide fut happée par la vague, la seule personne qui avait une voix plus forte pour tenir la barre de la compagnie était Sambol. »

Environ six semaines plus tard, Kurland envoya un memo rempli d’émotions. Selon le contrat de Mozilo, bien qu’il devait se retirer en 2006 en tant que président directeur général, il resterait chairman de la compagnie jusqu’en 2011. Kurland dit qu’il ne pouvait accepter cet arrangement, et que lorsque Mozilo se retirerait de son poste, il devait lui laisser assumer une pleine responsabilité des opérations. Mozilo ne pouvait se maintenir à son poste et il ne pouvait non plus demeurer son porte-parole. Peu après, Mozilo et Kurland eurent une confrontation très dure. Mozilo transmit le message de Kurland au conseil d’administration. « Stan ne sut rester discret et utiliser les talents qu’il avait à l’égard d’un cofondateur de la compagnie depuis quarante-un ans, le fils d’un boucher italien qui avait les épaules solides » dit un employé. « Stan était très maladroit dans la manière dont il s’y était pris – et cela incita Angelo à ne pas partir. » Il ajouta que le plan de Mozilo de se retirer s’était produit lorsqu’il ne se sentait pas bien ; maintenant il se sentait mieux et il voulait rester. « Mozilo et Kurland restèrent neuf mois sans se parler », ajouta l’initié. « C’est la chose la plus stupide au monde, lorsque vous avez les deux dirigeants au sommet de la hiérarchie qui ne se parlent pas. Cela leur fut rappelé à tous les deux en maintes occasions. »

Nick Krsnich, pendant ce temps, avait décidé de quitter la compagnie. En mars 2006, il alla dire au revoir à Mozilo. Selon un copain de Krsnich, Mozilo lui demanda ce qu’il ferait, à sa place, pour la succession. Krsnich croyait que Kurland avait échoué dans ses responsabilités de président, en se montrant incapable de contenir Sambol. Néanmoins, Krsnich dit à Mozilo que si le choix était entre Kurland et Sambol, il choisirait sans hésitation Kurland.

Au début de septembre 2006, la compagnie annonça que Sambol remplacerait Kurland, que Mozilo resterait chairman et président directeur général jusqu’en 2009 et que Kurland devait partir. Kurland quitta la compagnie pour laquelle il avait travaillé pendant vingt-sept ans, sans même envoyer un message électronique aux employés. (L’année dernière, avec plusieurs autres cadres de Countrywide, il démarra une nouvelle société, PennyMac, qui achète et vend des prêts en détresse. Beaucoup de gens furent outragés que quelqu’un ayant participé à la débâcle des prêts, était maintenant en train de jouer les charognards)

Mozila devait négocier un nouveau contrat et il s’attacha à obtenir son dû. Selon un rapport du comité de surveillance, lorsqu’un expert en compensation critiqua les aspects du contrat de Mozilo, ce dernier poussa la compagnie à louer les services d’un autre expert. En 2005, la compensation totale de Mozilo était évaluée à plus de cent quarante millions de dollars, faisant de lui l’un des chefs d’entreprise les mieux payés. Lors d’une réunion des actionnaires en juin 2006, un participant objecta les bonus, les commissions et les stock-options que Countrywide avait octroyés à Mozilo et à d’autres dirigeants. Mozilo répondit que de telles plaintes étaient « obscènes, ridicules et absurdes. »

Selon un initié de la compagnie, durant les premières années d’activité de Countrywide, Mozilo avait dû vendre ses actions pour aider la compagnie et il était resté avec à peine 1% du capital. « Une majorité des fondateurs de la compagnie qu’il tapait sur l’épaule, détenaient entre 10 et 20% des actions qui valaient plusieurs milliards de dollars », dit cet initié. Angelo pensait toujours qu’il n’avait pas eu assez d’actions de la société qu’il avait fondée et bâtie. Aussi était-il intransigeant pour la compensation qu’il attendait. Dans ses négociations de contrat à l’automne 2006, Mozilo se battit pour garder sa compensation et ses commissions, mais il dût faire des concessions en fin de compte. Comme il l’expliqua à un consultant, « A ce stade de ma vie à Countrywide, la raison n’est plus l’argent mais davantage le respect et la reconnaissance pour mes accomplissements. » Les conseils d’administration ont subi une énorme pression de la part de la gauche anti-business, des envieux chefs syndicalistes et d’autres observateurs appelés « C.E.O Comp Watchers. »

Au début de 2007, les défauts de subprimes montaient rapidement. Mozilo disait que les subprimes ne représentaient qu’une petite fraction du business de Countrywide. Mais sa compagnie était toujours l’une des plus grandes émettrices de subprimes. Il apparaissait confiant, toutefois, que Countrywide sortirait plus fort de la crise, comme il l’avait été des précédentes, tandis que les prêteurs plus faibles tomberaient. En attendant, il décida qu’il était important que Countrywide accroisse ses efforts pour se diversifier. Il était intéressé de mener d’autres opérations, tels que les marchés de capitaux. Il approcha Jimmy Dunne III, le président d’une petite banque d’investissement de Wall Street, Sandle O’Neill & Partners.

Les deux firmes étaient un drôle de couple. Dunne était largement reconnue pour son aversion au risque. Après avoir souffert des pertes dévastatrices à ses bureaux du World Trade Center le 11 septembre, Dunne reconstruisit la compagnie, et, en décembre 2001, elle était à nouveau profitable. Elle ne publia jamais les énormes profits que beaucoup de firmes cotées à Wall Street avaient eu pendant les années de boom, mais quelques firmes avaient disparu tandis que la privée Sandler O’Neill demeurait solide. « Les gens confondent levier et performance », m’a dit Dunne. « Ici, notre attitude est la même que celle de la Légion étrangère française : prépare-toi au pire, et espère le meilleur. »

Dunne étudia les résultats financiers de Countrywide, et conclut qu’il n’était pas à l’aise avec son modèle financier et son approche du risque. En février 2007, il rencontra Mozilo, Sambol et Ranjit Kripalani, le chef des marchés de capitaux de Countrywide. « Ces gars étaient de vrais croyants », dit Dunne. « J’étais effrayé de ça. Quel était le doute qu’il éprouvait ? » Il pensait que Mozilo était le plus conservateur des chefs d’entreprise qu’il avait rencontrés, et il dit à Sambol qu’il acceptait le marché à condition qu’il en réfère à Mozilo. Sambol rejeta l’idée, et Dunne interrompit les pourparlers.

Ce qui rendit Dunne et son équipe inconfortable était le volume et la qualité des prêts de Countrywide. Kurland, policé par Loeb, avait cru que Countrywide ne devait faire que des prêts qu’il pouvait vendre rapidement, mais Sambol argua qu’une telle politique était dépassée. Alors que d’autres prêteurs de subprimes faisaient faillite, Countrywide commença à amasser un volume croissant de prêts, mais beaucoup entrèrent dans les comptes. Aussi tard que juillet 2007, Countrywide amassait des milliards de dollars de prêts qu’un analyste estimait qu’ils n’étaient revendables qu’à perte.

Un mois plus tard, les acheteurs de Wall Street abandonnèrent la plupart des mortgage-backed securities, et l’effondrement du marché hypothécaire, envisagé par Krsnich, se produisait. Mozilo s’envola à New York où il plaida avec les dirigeants de J.P.Morgan Chase, Bank of New York, et d’autres créditeurs de Countrywide de continuer à financer sa dette à court terme, connu en tant que papier commercial, que la compagnie comptait dessus pour financer beaucoup de ses prêts ; ils refusèrent. Countrywide emprunta 11.5 milliards de dollars à travers des lignes de crédit préétablies auprès de quarante banques, et le 22 août, Bank of America acquit une position de deux milliards de dollars dans Countrywide.

En décembre, le conseil d’administration envisagea la vente de la compagnie et retint Jimmy Dunne pour le conseiller. « Je me rappelle lorsque j’étais dans le bureau d’Angelo, » dit Dunne. « Il me dit, tout le monde regarde l’histoire pour interpréter le présent et prédire le futur. C’est une chose à laquelle je n’avais jamais pensé il y a trois mois. » Dunne ajouta, « Il pensait que la crise était plus profonde et plus précoce que son équipe ne l’avait envisagée. »

Eric Sieracki, le chef comptable, approcha les directeurs pour leur évoquer les conditions d’un « scenario de base », d’un « stress scenario » et d’un «severe scenario », comme s’il n’était pas évident que le scenario de Countrywide était sévère. Bank of America était le seul acheteur potentiel, et il était prêt à payer quatre milliards de dollars pour acquérir plus de mille bureaux de Countrywide et un portefeuille de prêts hypothécaires d’environ 1.5 trillions de dollars. Sieracki se cabra au prix proposé, et pointa que Golden West, un grand fonds californien avait été racheté en mai 2006, non loin du sommet du marché, à près de vingt-six milliards de dollars. Mais Mozilo était déterminé à vendre.

Le 11 janvier 2008, Bank of America annonça qu’elle s’apprêtait à acheter Countrywide pour quatre milliards de dollars en actions – un sixième de la valeur boursière de l’action avant le début de la crise. Et en milieu d’année, quand Bank of America acquit Countrywide, Sambol et Mozilo quittèrent la compagnie.

Une année auparavant, en juillet 2007, quand il parut évident que les problèmes du marché hypothécaire étaient très étendus – affectant aussi bien les subprime que les prime loans – un analyste demanda à Mozilo, lors d’une conférence, si avec le recul, il aurait agi différemment, à commencer par 2005 et 2006. Mozilo répondit qu’il l’aurait fait, théoriquement, mais, il ajouta, « Nos volumes, notre place dans l’industrie, aurait changé dramatiquement, parce que nous aurions arbitrairement pris une décision qui était contraire à tout ce qui apparaissait être… Cela aurait été avec le recul, je pense, la décision que seul un esprit supérieur pouvait prendre. » Toutefois, il poursuivit, « Je me demande tout le temps quand j’étais directeur…Qu’aurais-je dû savoir et si je l’avais su, ce que j’aurais pu faire ? »

Le mois suivant, le marché s’effondra, et les vrais dommages commencèrent à se multiplier. Depuis, Mozilo a beaucoup de temps pour se livrer à l’introspection. De manière non surprenante, il pense que toutes les routes de l’implosion du système financier mondial conduisent à sa porte. Comme le professeur d’économie Nouriel Roubini l’écrivit en début d’année, dans Foreign Policy, « les excès de crédit qui provoquèrent le désastre, étaient globaux. Il y avait beaucoup de bulles, et elles s’étendaient au-delà de l’immobilier dans beaucoup de pays au marché immobilier professionnel, aux cartes de crédit, aux prêts d’achat de voitures et aux prêts aux étudiants. Il y avait aussi des bulles pour les produits dérivés qui convertissaient ces prêts hypothécaires en instruments financiers destructeurs et toxiques. Et il y avait encore des bulles dans les dettes de gouvernement, dans les opérations de levier, les hedge funds, les prêts commerciaux et industriels, les bons des entreprises, les matières premières et les credit default swaps… Prises ensemble, elles représentaient la plus grande dette de l’histoire de l’humanité. »

Néanmoins, probablement en raison des problèmes de prêts hypothécaires qui ont affligé tant de gens, Countrywide et son directeur sont devenus une fixation de l’opinion publique. Et le tape-à-l’œil de Mozilo et sa personnalité réactive en ont fait une caricature facile. En mai 2008, quand il était encore chairman de Countrywide, en attendant l’acquisition par Bank of America, il reçut un message électronique d’un emprunteur, Daniel Bailey fils, qui plaidait une aide pour modifier son ajustement de crédit variable. Le langage de Bailey avait été emprunté à un site, Loansafe.org, qui conseille les emprunteurs qui sont en difficulté. Mozilo pensa transmettre sa réponse à un dirigeant de Countrywide mais il appuya par erreur la touche « réponse ». « C’est incroyable, » écrivit-il. « La plupart de ces lettres ont le même langage. De manière évidente, ces personnes sont conseillées par la même personne ou par internet. Ecœurant ! » Bailey mit en ligne la réponse de Mozilo sur le site de Loansafe, et cela provoqua une tempête sur la toile. « Angelo était un « serial e-mailer », jour et nuit, nota un initié. « Il écrit comme il parle – crûment. »

Les messages de Mozilo sont au cœur de la plainte de la S.E.C. Si la plainte est instruite, il aura à expliquer pourquoi ses messages à d’autres chefs d’entreprise variaient tant de ses déclarations publiques à propos de la qualité des prêts de Countrywide. Selon une plainte, Mozilo faisait l’éloge des « pay option » le 31 mai 2006, les qualifiant « de bon investissement pour notre banque et de bon instrument financier pour les consommateurs. » Le jour suivant, il envoya un message à Sambol pour exprimer ses soucis que les emprunteurs trafiquaient leurs revenus déclarés, et qu’un grand nombre de défauts de paiement pourrait s’ensuivre.

Plusieurs anciens dirigeants de Countrywide m’on dit que Mozilo avait laissé à d’autres la conduite quotidienne des opérations. Il était devenu l’ambassadeur de Countrywide, apparaissant à des conférences financières et à CNBC. Un grand nombre de ses messages indique qu’il était déconcerté par la façon dont la société opérait. Dans le premier trimestre 2006, H.S.B.C, qui avait acheté des 80/20 de Countrywide, allégua que certains faisaient défaut. La banque anglaise força Countrywide à les reprendre. Cela attira l’attention de Mozilo. Le 28 mars 2006, dans un message à Sambol et à d’autres, il donna l’instruction de réaliser une série de mesures correctives, disant que le prêt 80/20 est « le plus dangereux produit en existence, qu’il n’y a rien de plus toxique et que cela requiert de ne plus dévier des directives permises.» Le 13 avril, Mozilo, dans un message à Sambol, Sieracki et d’autres, toujours à propos de la situation avec H.S.B.C., écrivit que les prêts avaient été créés « à travers nos canaux au mépris des directives érigées. » Il poursuivit, «Dans ma conversation avec Sambol, il appela les 100% subprime « le saignement à blanc du business. Franchement, je considère que cette ligne de produit est notre poison. »

Mozilo semblait préparé à réduire l’agressivité de Sambol et à imposer des directives plus strictes. Néanmoins, c’était à cette époque qu’il avait pris la décision d’en faire son successeur à la place de Kurland. Et en janvier 2007, dans un message figurant dans la plainte de la S.E.C. McMurray, le chef des risques, écrivit à Sieracki que les directives de crédit à Countrywide étaient « plus larges qu’elles ne l’avaient jamais été. »

Les accusations de délit d’initié sont peut être les plus graves que Mozilo doit affronter. Alors qu’il se préparait à prendre sa retraite, il s’arrangea de vendre des actions à travers ce qui est appelé plan 10b5-1, dans lequel les dirigeants des entreprises doivent donner en avance la date de leur trading, pour les protéger des allégations de délit d’initié. Commençant à la fin 2006, Mozilo fit plusieurs changements à ces plans de trading, pour accroître le nombre de stock-options qu’il pouvait vendre. Selon la plainte de la S.E.C. Mozilo exerça la vente de plus de cinq millions de stock-options et engrangea 140 millions de dollars avec ces ventes. En décembre dernier, Mariana Pfaelzer, un juge qui supervise beaucoup de plaintes à l’encontre de Countrywide, écrivit que Mozilo « avait amendé ces plans si fréquemment durant cette période qu’il avait défait le principe même de ces plans établis. » Ses dernières ventes coïncident avec la montée des défauts de paiement des subprimes. L’avocat de Mozilo affirme que la vente de ces stock-options était parfaitement légale et que les allégations de la S.E.C sont sans fondement. L’avocat de Sambol et celui de Mozilo répètent que l’allégation, disant que les dirigeants de Countrywide savaient qu’il y avait des risques masqués, est fausse. Et ils affirment que la plainte de la S.E.C. repose sur des messages sélectionnés qui ont été sortis de leur contexte.

Mozilo voulait toujours se voir comme procurant des prêts hypothécaires à beaucoup de gens comme lui. « Ils ne sont pas des Blancs issus des classes supérieures et alors ? Disait-il. « Ils sont Hispaniques, et peut être leur argent n’est pas dans une banque, mais ils sont responsables. » Plusieurs années auparavant, à une conférence hivernale à Park City dans l’Utah, après avoir entendu des banquiers dire que les minorités ne méritaient pas de prêt, il déclara : « Le droit de propriété n’est pas un privilège mais un droit ! » Maintenant, il abhorre que cette vue rétrograde ait regagné du crédit. Sur la chaîne de télévision Fox Business, le présentateur Neil Cavuto dit en septembre, « Prêter à des minorités et à des gens à risque est un désastre. » Bien entendu, plus de gens étaient servis par Mozilo, plus grande était la part de marché de Countrywide. Au cours des cinq dernières années, des millions de gens ont reçu un prêt de Countrywide. Beaucoup d’entre elles, qui appartenaient à des minorités que Mozilo avait décidé d’assister, furent non pas aidées mais blessées par lui. En octobre, Bank of America promit la modification de plus de huit milliards de dollars de prêts et d’autres aides en faveur des emprunteurs de Countrywide pour résoudre les investigations de prêt prédateur menées par onze Etats fédérés – c’est le plus large accord de l’histoire américaine. Pour Mozilo, qui croyait si fermement à abaisser la barrière de l’accès à la propriété et qui avait comparé ces prêts prédateurs à des requins, il semble que cela soit la pire épitaphe.

samedi 15 août 2009

Les Keynésiens se prennent pour Nostradamus


Ben Bernanke interroge sa boule de cristal à propos de la reconduite de son mandat à la Fed en janvier 2010. Selon un sondage mené auprès d'économistes, il y aurait 71% de chances que le président Obama le reconduise dans ses fonctions.


« Personne ne peut imaginer comment sera le monde de demain, même pour la chose la plus insigne. Chaque chose est constituée de tant d’éléments uniques qui ne peuvent être envisagés. »

Rainer Maria Rilke


L’index Dow Jones Industrial Average (DJIA) a cloturé vendredi 14 août à 9307 points. Il a perdu 63 points ou 0.6% cette semaine. Une peccadille ! Comme la semaine dernière, tout s’est joué dans la dernière séance avec la publication d’une statistique. Etabli conjointement par l’agence Reuters et l’université du Michigan, l’index de confiance des ménages américains est tombé de 66% en juillet à 63% en août alors que le marché attendait 68%. L’annonce par l’ineffable marquise de Bercy, que son pays et son voisin d’Outre-Rhin ont renoué avec la croissance au second trimestre (à peine 0.3%), n’a pas suffi à convaincre le marché américain que les petites locomotives française et allemande allaient tirer les wagons américains de la dépression dans laquelle ils sont embourbés depuis six trimestres consécutifs. La fable du bœuf et de la grenouille de Jean de la Fontaine est un bon résumé de la semaine écoulée.

A force de clamer que la croissance allait repartir demain, les ménages ont fini par se lasser. Entre les prévisions dithyrambiques des Keynésiens et la réalité du marché de l’emploi des deux côtés de l’Atlantique, il y a manifestement un abysse que la propagande ne saurait combler. Abraham Lincoln, le seizième président des Etats-Unis, avait cette excellente formule : « On peut tromper certains tout le monde, on peut tromper tout le monde un certain temps mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. » Au vu de la réaction du marché vendredi, il semble que l’on soit parvenu à la troisième assertion. Il était temps !

Suite à mon dernier article « Molex : le mal français », le gouvernement français a paniqué à l’idée que des télévisions américaines puissent couvrir le procès intenté par le sieur Duesburg. Il s’est empressé de nommer un médiateur pour noyer le poisson. De son coté, le juge des référés a rejeté la demande de Molex de la fermeture provisoire de son usine de Villemur-sur-Tarn et ordonné aux représentants du personnel de « faire cesser les entraves à la liberté de travail ». Je m’attendais à ce jugement de Salomon qui renvoie les deux parties dos à dos.

Cette décision va raviver les malentendus transatlantiques. Elle démontre, s’il en est besoin, que les syndicats marxistes sont toujours les maîtres du jeu en France. Les patrons «voyous » n’ont qu’à bien se tenir ! Toutefois, le bras de fer n’est pas terminé car on ne brave pas impunément les Yankees. La moitié des capitaux investis à la bourse de Paris sont détenus par des fonds de pension américains. Ils suivent avec beaucoup d’attention cette affaire rocambolesque de séquestration d’un des leurs par des hurluberlus gaulois. Que peut-il se passer à la bourse de Paris si la plainte du sieur Duesburg n’est pas plaidée devant un tribunal correctionnel ? La nomination d’un médiateur, à l’initiative du gouvernement qui s’est gardé de dépêcher des forces de police lorsque les dirigeants de l’entreprise le pressaient de le faire, ne saurait les satisfaire longtemps.

Sur un plan pratique, afin de ne pas être pris au dépourvu par un éventuel décrochage de la bourse française, je conseille aux investisseurs d’acheter quelques « put », à échéance de six mois, sur le CAC40. A suivre ce feuilleton passionnant de l’été alors que les médias nous racontent qu’il ne se passe jamais rien en France au mois d’août.

Si l’on interroge des économistes sur le futur de l’économie américaine, ils s’accordent sur une reprise imminente de la croissance et que tous les problèmes seront réglés d’ici deux ans. Ces prédictions évoquent des souvenirs déplaisants. L’un des premiers Nostradamus de l’économie moderne fut Morris Livingston dans son essai « Forecasting Postwar Demand »(1). Selon lui, l’accroissement de la population et de la productivité, l’incapacité de la consommation à faire face à cette pléthorique production allait inévitablement entraîner le chômage de millions de gens après la Seconde Guerre mondiale. Impressionné par son livre, le suédois Gunnar Myrdal fut son infatigable avocat en Europe. Contrairement à son antienne, ce n’était pas la déflation mais l’inflation qui guettait la période de l’après-guerre.

Jusqu’au début des années trente, les économistes sérieux ne se hasardaient à faire de prévision sur la comète. Ce n’était pas la conception qu’ils avaient de leur métier. Ils considéraient que le futur de l’économie dépend de relations imprévisibles entre coût et prix et, aussi important que cela, de réactions psychologiques imprévisibles de la part des entrepreneurs et des ménages. Pour eux, la prévision n’était que du charlatanisme, tout comme les prévisions du budget 2009 en France. (2) Le déficit budgétaire réalisé au premier semestre 2009 s’élève à 86.6 milliards d’euros, soit autant que le chiffre pronostiqué, en novembre 2008, pour l’année 2009 entière. A défaut de multiplier les pains en France, on double la dette. On se distingue comme on peut…

La manie de tout prévoir est un avatar du keynésianisme.

C’est une part intégrale de ce qui est décrit pompeusement « la finance fonctionnelle ». Cette panoplie keynésienne repose sur le sacro-saint effet multiplicateur des petits pains (les déficits budgétaires d’aujourd’hui seront les emplois de demain) et sur le principe de l’accélérateur (l’épandage à tort et à travers de l’argent fraîchement imprimé par la Fed à bord d’hélicoptères de cette même institution fédérale) Selon ces Panurges qui scellent nos destinées, une dépression peut être enrayée (il n’y qu’à augmenter les rotations d’hélicoptères de la Fed) et un boom prolongé ad libitum en manipulant le taux d’intérêt directeur et le taux de réescompte.

Si l’on oublie que l’élimination des mauvais investissements réalisés pendant la bulle immobilière est la condition première à une reprise durable de la croissance, alors le futur de l’économie n’apparaît plus comme incertain. Si l’on croît vraiment que les plans de relance vont nous sortir d’affaire, alors les prévisions les plus éloignées deviennent effectivement prévisibles. C’est un krach obligataire des Etats qui nous attend après-demain !

L’erreur basique des Keynésiens

Les économistes pré-keynésiens n’auraient pas été séduits par ces prévisions loufoques de reprise de la croissance que l’on entend tous les jours sur les ondes. L’erreur basique de l’approche keynésienne est la supposée causalité entre les objectifs quantifiés macro-économiques et les décisions micro-économiques des acteurs économiques. Les hommes ne sont pas encore des robots. Dieu soit loué ! On a vu la réaction salutaire des ménages américains de reconstituer leur épargne détruite par le krach boursier et immobilier alors que les cigales leur disent de continuer à vivre au-dessus de leurs moyens.

La décision d’un investissement par un entrepreneur dépend de son optimisme ou de son pessimisme à l’égard du futur, et surtout de sa profitabilité attendue. Les Nostradamus prétendent qu’ils ont un monopole de la clairvoyance. Ils oublient que la principale occupation des entrepreneurs est de prédire la demande future pour ajuster leur production. S’ils sont trop optimistes ou trop pessimistes, ils investissent trop ou trop peu. Ils s’ajustent, en conséquence, en investissant ou en débauchant du personnel. Le marché est le seul repère fiable. C’est lui, qui par tâtonnements incessants, donne un prix d’équilibre qui sert de référence aux acteurs économiques. L’intervention des banques centrales et des Etats fausse ce processus d’ajustement.

Il est tout aussi erroné de croire que les interventions des technocrates et des politiciens soient plus efficaces que celles des chefs d’entreprise. Les patrons sont plus responsables qu’eux. Ils engagent leurs capitaux alors que les autres n’engagent que leur prestige ou leur réélection.

Mais rien n’arrêtera les Nostradamus ! Ils ont inventé la prime à la casse en France qui a été copiée en Amérique (cash for clunkers) pour doper les ventes de voitures neuves. En faisant cela, ils distordent, une fois de plus, le marché. L’argent qu’ils n’ont pas (planche à billet) sert à financer de mauvais investissements. Pourquoi venir en aide à une industrie mature au détriment d’autres qui ont un besoin crucial de capitaux pour se développer ? La réponse tient en un seul mot : la quête de pouvoir absolu sur la société. Derrière un pseudo-argument économique se cache une volonté politique d’une affligeante banalité.

(1) "Forecasting Postwar Demand" par Morris Livingston n'est plus imprimé mais des extraits sont disponibles sur la toile

(2) « Sarkozy ses balivernes et ses fanfaronnades » par Thierry Desjardins aux éditions Fayard. Un ouvrage à lire sans modération pour les quelques vérités passées sous silence par les médias français.

jeudi 13 août 2009

In the jailhouse of Palmerton


At Bear Rocks

Lehig Gap, 23 September 2008

It has been a rather bad night sleep. I have been awakened by snoring and mumbling. We were six to share the shelter last night. When I said I am going to Palmerton tonight, my fellows are aghast. They plan to reach the town in two days. These twenty five miles are considered the toughest ones in Pennsylvania. Giant boulders, slippery slabs and razor-thin shrapnels make the experience unique. There is a reason for it. During the last ice age, glaciers advanced and retreated incessantly in that area.

The sky is clear and temperature is already mild when I leave the shelter. Just after the junction with the trail, I cross a pleasant campsite alongside a creek. Too bad! I would have got a restful sleep if I had spent the night here. Aware of my long journey, I set up a quick pace as soon as the trail climbs back to the ridge. The first three miles are rather easy. I clock them in an hour.

Suddenly I am stuck in a no-man’s-land. I hop from rock to rock to keep the momentum. At Dan’s Pulpit the view over the valley is restrained by surrounding trees. After a couple of rough miles, the trail surrenders to a gentle path; it follows Old Dresher Road for a while, then it resumes its savage trick at Balanced Rock, a majestic boulder dwarfing the trail. At Tri-county corner which happens to be the highest point of the day at 1674 feet, Old Dresher Road elope in a ravine. I look carefully the white blazes to stay the course in the third no-man’s-land. I check my watch. May be I'll have lunch at the pleasant Blue Mountain Inn at the crossing of a road. The dream is nurtured by a stop there five years ago.

At noon sharp, I arrive at PA309. I go right away to the front door of the property. Unfortunately the restaurant is closed on Tuesday. It is opened only from Thursday to Sunday. I don’t have time to swear at the unpleasant surprise as three young hikers are begging my help. Their cloths arouse my suspicion. They wear cut jeans and cheap army boots. Their bodies are tattooed and pierced everywhere conceivable. They look like more bums than hikers.
“Is there any water Sir?” The begging voice and the polite Sir lower my guard.
“We are looking around for no avail”, adds the second guy with his tattooed arms while the girl, pierced on the lips, stay mute.
“Follow me guys!” Without any hesitation, I lead them to a spigot located in the backyard of the property. That’s where I took shelter five years ago during a rainy day. The kids thank me deeply. I nod my head in return.

There is a table and two benches under the shade. I start eating my snack. My fellow hikers are more interested to wash themselves than to drink. The girl starts washing herself in front of me. She does it with simplicity. I don’t mind. She is plump but taller than her two partners. One says to her:”Wash yourself everywhere! I don’t want you stink anymore!” She smiles. The second guy cleans up a black pan. How do they carry such heavy staff on the trail? After a while, I venture to ask them what they are doing on the trail.
“We start in New Jersey ten days ago and we are going to Florida”, answers the arms tattooed guy.
“Really?” I said.
“Yes, we are on the dole. We don’t have enough money to go there with a bus. When we get there, our friends will help us to find a job.”
“Do you have any idea how long it will take you?”
“Well, we hope to be there to celebrate New Years’ Eve."
“How many miles a day do you expect to hike?”
“We do ten miles a day.”
“At that pace you won’t be there before next year. You’ll get snow in Great Smokey Mountains.”
My rational answers can’t deflect his high spirit. The girl is now washing her hair. She is bending her neck to do it. The second guy, which happens to be the brother of the first one, is cleaning a greasy pot.
The talkative guy adds “We spend seventy dollars a week. We eat rice most of the time.”
Their heroic stance alters my judgmental attitude. Why to warn them of the cold nights they will endure soon? Let them have fun! Don’t spoil their pleasure!
“I play guitar every night around a ring fire”, said the arms-tattooed guy.
“Are you carrying it?”
“Yes, I do. Look at it on the front porch.”
As the girl is bending sideways, I can see now her wet bosom. She makes me giddy. It’s time to leave.

Just after going back to the trail, I encounter two South-bounders. I ask to the first one if the trail is very rocky to Palmerton. “Not much outside the three lookouts.” Had he sensed my anxiety? I am concerned for a good reason. My shoes are busted. They won’t go to Hanover as I expected. I need to replace them. Should I reduce my pace? The first Outfitter is at Delaware Gap, which is fifty miles away. I have been through worst time in the past. In 2005, I was hiking on the Pacific Crest Trail when my shoes busted. I used Duct Tape to cover the holes. When it rained, it was a bad day for my feet. It snowed three times and my feet were icy... So I’ll cope with them till Delaware Gap.

The trail climbs to the Knife Edge. The crest is covered of slabs. With my worn out shoes, I am careful to keep my balance on the sharp crest, hence the name of the hill. At the top of the mountain I take a picture of myself with the help of a timer on the camera. There is nobody around. I put the camera on a flat rock and wait for the end of the flashing red light. It’s done.

The downhill is straight. There isn’t much walk before the next challenge at Bears Rock. It is hot when I reach the unsheltered slopes of the summit. A hawk is circling in the blue sky. It is a perfect Indian summer day. I take others pictures.

The trail goes down to a gap and resumes its ascent to Bake Oven. I hear voices at the summit. There are four birdwatchers with their binoculars. I stop to drink. My legs are tired. I decide to sit for a while. The birdwatchers engage a talk. They are conducting a survey of raptors. While I look around while listening them, I am disgusted by painted rocks and also by trash left in a crack between rocks. I tell my disappointment to the birdwatchers. A blond guy wearing a mustache said kids are partying sometimes here. The vicinity of a road explains it. Five years ago the lookout was still pristine. Should the road be closed? It is the best option as pigs don’t like walking much from their cars. A birdwatcher explains me the variety of raptors in the area. When I leave the group, I don’t know where I should resume the trail Northbound. “It is just where you find the trash”. The downhill is not very steep. My legs appreciate it. At a side trail, I see a prairie where a big property is being erected. Too bad! Encroachment is the biggest challenge for the protection of the trail.

I resume my fast pace when the treacherous rocky field ends. An hour later comes another prairie which offers a good view on both sides of the mountain. On the north I can see a snaking river making its way through a high plateau; on the south, Pennsylvania Turnpike. The sun declines on the horizon. I accelerate my pace. Hitchhiking requires daylight. Palmerton is two miles and half away from the trail. Can I spare these extra miles on a paved road?

At 7pm, I cross the bridge above Lehig River. To increase my chance, I want to hitchhike at a parking lot where cars might stop. It is located at the summit of a hill. I don’t wait too long. A car stops. His driver is a salesman. He accepts to drop me in town. Palmerton is half a mile away from the exit of highway. I thank him. I resume walking on Main Street. My feet are caked by concrete on the sidewalk.

After the crossing of a railway bridge comes Palmerton Hotel. It is a busy place. All tables are occupied. I ask a room at the front desk.
“No Sir, we are sold out tonight. Do you want to sleep at the jailhouse?”
Such a question might need some explanation. In fact, the police station offers a free night sleep, in their basement, to every hiker stopping in town.

After gulping a beer, I resume my hike to the police station. I ring the bell. No answer. I have been told the police patrol is busy. I decide to have dinner at nearby Bert’s Steak House while waiting the return of the patrol-car. It is a restaurant serving a decent American food. After the meal, I ask my waitress what I should do.
“I’ll call 911 for you.”
“Oh, please, don’t do that! I don’t want to disturb an emergency service for no avail.”
“Well, I’ll find out the number of the police for you.”
She calls. No answer. She leaves a message. I wait for a while before going back to the police station. There is a light inside the building. I ring the bell. No answer. I am shivering in the cool air. I need a shower after sweating so much. If there is no answer next time, I’ll sleep on a bench like a bum. At the second ring of the bell shows up a policeman. He lets me go inside. He registers my name and address after checking my passport. He picks up a flash light and guides me to another building.
“You won’t go out by this door. I’ll lock it. Use the one in the basement.”
We go downstairs. The policeman finds a switch light. The room is huge and sparsely furnished of a table and three bunks.
“I’ll show you the bathroom and toilet upstairs.”
He leads me again with the help of flash light. We cross a basketball room and then arrive to the bathroom.
“Ok?”
“Yes Sir, I am very pleased to sleep here tonight.”
“Don’t forget to turn off the light! The personal is coming at eight o’clock.”

After a shower, I am the happiest tenant of Jailhouse hostel. God bless America!

dimanche 9 août 2009

Molex : le mal français



Avec son collègue Lowell Gallaway de l'université de l'Ohio, Richard Vedder est l'auteur d'un livre "Out of Work" qui démolit la thèse néo-keynésienne selon laquelle le New Deal aurait allégé la Grande Dépression.



« Le secret d’être misérable est d’avoir du temps libre pour se poser ce genre de question. La cure est l’occupation. »

George Bernard Shaw



L’index Dow Jones a clôturé vendredi 7 août 2009 à 9370 points. Il a gagné 199 points ou 2% en valeur relative. Ce gain a été réalisé dans la seule séance de vendredi avec la publication des statistiques de l’emploi. 247 000 emplois ont été supprimés en juillet. C’est moins mauvais qu’en début d’année mais cela reste toujours mauvais. Je ne verrai la fin du tunnel que lorsque les créations surpasseront les disparitions d’emploi. A chacun son arithmétique.

La résolution des conflits du travail par la justice française devrait intéresser grandement les télévisions étrangères.

Dans un pays où l’emploi est considéré inaliénable, la fermeture par la société américaine Molex de son usine à Villemur-sur- Tarn est une insulte au modèle marxiste instauré en France en 1945. Dans un article récent (1), j’ai suggéré que l’agence internationale pour les investissements internationaux inclut, dans son droit de réponse à la publication annuelle de l’indice de misère fiscale par le magazine Forbes, la garantie suivante dans les prises d’otages de patrons qui se multiplient.

« Le gouvernement français se porte garant que les cadres étrangers, séquestrés dans une entreprise, seront traités avec dignité jusqu’à ce qu’une issue favorable (renoncement à la délocalisation) soit trouvée au conflit les opposant au personnel de ladite entreprise. »

Cette garantie n’a pas été respectée. Eric Doesburg, un cadre de Molex, a porté plainte après avoir été injurié et molesté par des salariés de l’entreprise. Molex a mis en cause la passivité des autorités françaises, assurant que « la police locale et nationale n’a pas répondu à ses appels répétés. […] Nous sommes indignés par l’attitude des individus impliqués dans les violences et par l’absence de réponse de la police que nous avions appelée à l’aide. »

Dans cette nouvelle épreuve de force, le plus surprenant n’est ni la violence des salariés licenciés, ni la passivité complice des autorités françaises mais qu’une plainte ait été déposée. C’est une première en France ! Les investisseurs étrangers attendent avec beaucoup d’intérêt le sort qui sera réservé à cette plainte. Sera-t-elle ou non classée ? Si, d’aventure, le parquet lui donne une suite, débouchera-t-elle sur une condamnation des agresseurs de monsieur Doesburg?

La séquestration est régie par l’article 224-1 du code pénal.

« Le fait, sans ordre des autorités constituées et hors les cas prévus par la loi, d'arrêter, d'enlever, de détenir ou de séquestrer une personne, est puni de vingt ans de réclusion criminelle.
Toutefois, si la personne détenue ou séquestrée est libérée volontairement avant le septième jour accompli depuis celui de son appréhension, la peine est de cinq ans d'emprisonnement et de 500 000 F d'amende, sauf dans les cas prévus par l'article 224-2.
»

Aucune plainte n’a jusqu’à présent été déposée. Y aurait-il eu des pressions sur les personnes séquestrées pour qu’elles renoncent à faire reconnaître devant la justice le préjudice qu’elles ont subi ? Un rappel juridique s’avère nécessaire pour éclairer les esprits. Comment se déclenche une affaire pénale en droit français ? Le déclenchement du traitement judiciaire, c’est-à-dire la mise en mouvement de l’action publique, peut être mis en œuvre soit par le procureur de la République, soit directement par la victime. Les procureurs se sont gardés d’intervenir dans les séquestrations de patrons alors que la loi les invite. Pourquoi ?

Sommes-nous dans une démocratie populaire ou dans une démocratie libérale ?

Cela fait longtemps que la question ne se pose plus. L’Union soviétique a perduré soixante-douze ans (1917-1989) Notre régime antilibéral survit depuis soixante-quatre ans. Parviendra-t-il à surpasser en longévité l’ex Union soviétique? La réponse tient en un seul mot : la dette. Il tombera lorsqu’il ne pourra plus honorer sa dette vis-à-vis de l’étranger. Compte-tenu de l’emballement de cette dernière, l’hypothèse de huit années supplémentaires est une gageure.

Grâce au courage de monsieur Doesburg, on saura bientôt si la justice française donne raison aux patrons « voyous » ou aux licenciés victimes des «sauvages» délocalisations pour reprendre la dialectique en vigueur. De la condamnation des agresseurs de monsieur Doesburg dépendent les investissements étrangers en France et, par ricochet, les créations d’emploi à la clé dans notre pays. Tout se tient. Quel que soit le jugement de Salomon qui sera rendu dans cette affaire, il ne saurait avoir d’influence sur l’inexorable montée du chômage dans les pays ayant choisi la voie du socialisme.

Petite leçon d’économie aux socialistes

Aux Etats-Unis, les démocrates à la Chambre des Représentants ont fait un grand pas vers le socialisme. Ils s’apprêtent à garantir la sécurité sociale à tous les Américains, à augmenter les impôts des riches et à pénaliser les patrons qui ne fourniront pas d’assurance-maladie à leurs salariés.

Qu’on le veuille ou non, le marché du travail est un marché comme les autres. Obliger les patrons à assurer leurs salariés aura un coût. Il va rendre plus difficile l’embauche. Comme leurs homologues européens, les socialistes américains ne s’intéressent qu’à la partie visible de leur intervention pour se donner une bonne conscience vis-à-vis de l’opinion publique, mais ils se gardent d’envisager l’effet pervers de leur intervention, c’est-à-dire les personnes qui ne pourront plus trouver d’emploi à cause justement de la couverture médicale imposée aux patrons. Frédéric Bastiat (2) disait : «Entre un mauvais et un bon économiste, voici toute la différence: l'un s'en tient à l'effet visible; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir.»

Le prix médian du travail devrait baisser de 10% pour retrouver le chemin du plein emploi

Alors que le chômage augmente inexorablement, les gouvernements d’inspiration socialiste ou keynésienne ne font que l’aggraver. Le prix du travail doit baisser pour que le surplus d’offre de travail soit absorbé par le marché.

Richard Vedder et Lowell Gallaway, deux professeurs de l’université de l’Ohio, arguent que la Grande Dépression a été prolongée significativement en durée et en magnitude par l’impact du New Deal de Franklin Delano Roosevelt. Dans leur livre (3), ils suggèrent que sans la sécurité sociale, le work relief, l’assurance pour le chômage, le salaire minimum et les privilèges accordés par le gouvernement fédéral aux syndicats, le patronat américain aurait employé davantage de salariés. Ils estiment que le taux de chômage qui était de 17.2% pendant le New Deal, aurait pu être abaissé à 6.7%.

Les suppressions massives d’emploi correspondent aux mauvais investissements réalisés pendant la bulle immobilière. Les prix des matières premières, de l’énergie et de l’immobilier ont baissé sensiblement depuis l’éclatement de la bulle. Il n’y a pas de raison que les salaires ne suivent pas cette phase de déflation. Pour revenir le plus rapidement au plein emploi, il faudrait que les salaires baissent d’environ 10%. Dans un marché libre, il n’y pas de chômage qui persiste s’il n’est choisi par les salariés eux-mêmes.



(1) archive du 6 juin 2009 : l’attractivité unique de la France auprès des investisseurs internationaux

(2) Frédéric Bastiat : la leçon « Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas » est disponible sur son site http://bastiat.org

(3) Out of Work: Unemployment and Government in Twentieth-Century-America de Richard Vedder, Lowell Gallaway et Martin Bronfenbrenner; une version gratuite est disponible sur le site de Google pour les lecteurs qui supportent de lire 390 pages sur un écran.

lundi 3 août 2009

Hawk Mountain Sanctuary


The Pinnacle tarnished by spray painting



Eckville Shelter, 22 September 2008

While wandering on the trail for eleven days, I want to know if I am on track to reach Hanover before deadline. Whatsoever happens to me, I must quit the trail no later than October 19. I have bought a guidebook which contains a database. So far I am thirteen miles behind my scheduled pace.

After paying tribute to Charles Breon at the cemetery of Port Clinton where he is buried, I leave for good the town. I am confident for two reasons. I am back in known territory, as I have already hiked southbound to that town, and I have bought a new guidebook. I am planning my future move: an easy stage of fifteen miles today and a more laboring one of twenty five miles tomorrow. Why shouldn’t I plan two equal stages of twenty miles each? Hiking a fixed distance would oblige me to camp anywhere. The appeal of a good campsite or a diner in town can’t be easily discarded. Fifteen miles is the distance between Port Clinton and the shelter of Eckville and twenty five miles the one between Eckville and the town of Palmerton.

It is nearly 11am when I start alongside beautiful Schuylkill River. It is an easy walk during a couple of miles. My headache is going away when the trail veers to the rocky ridge. I come across two hikers in the vicinity of Minehanna spring. We just say hello to each other. The spring is dry but everyone has enough water. The trail goes up and down steep slopes for a while. My legs don’t like it.

Finally I reach the top of the ridge. I am blessed with a good view on a sunny valley with pastures. The ridge juts out. This southern balcony is a sanctuary for raptors. According to the latest data available in 2008, more than twelve thousand birds have gone through the cliff at the Pinnacle. The Pinnacle can’t be seen from where I stand. It is much further south from here. My first lookout is at Pupil rock. The trail meanders through a treacherous karstic plateau. Despite an excellent view on the valley, I am watching my steps. Sometimes, I jump from rock to rock to avoid a crevasse. This exercise requires tempo and shrewdness.

I am sweating when I arrive at Pupil rock. I drop my backpack and drink plenty. While taking a picture I am annoyed by a bug on my arm. I slap it and return to my photography. Another bug bites my skull. When looking above my head, I realize that the overhanging tree is swarming with bedbugs. I scamper. My backpack is also attracting these nasty bugs. They stink when I crash them. I rush to a safe rock. Several black hawks are circling in the sky. Sometimes I hear the swish of their wings when they dive the cliff.

I resume my hike toward the Pinnacle. The trail follows the ridge. I should know when I am there as the Pinnacle is the most advanced rock to the South. There is an increase of raptors in the sky. Finally I am nearly there when I arrive at a side trail. As I have to come back later, I drop my backpack. I just carry my camera. My excitement increases as the view widens. The Pinnacle is like the bow of Titanic. To my disappointment, it has been tarnished by spray painting. Some young nerds wanted probably to leave their mark for posterity.

The Pinnacle is one of the best balconies of the entire trail. Which other match it in beauty? Charlie’s Bunion in Tennessee, McAffee knob in Virginia or Race Mountain in Massachusetts? There is no definite answer as each one has a different appeal. I was blessed by a sunset at McAffee knob. More, I was alone that day, a rare occurrence, as it is one of the most visited places. I didn’t do it on purpose. I was late that day. On a long journey it is impossible to predict where you’ll be on a specific day. Dozens of hawks are circling the Pinnacle.

During the migrating season, one hundred and fifty birds a day on average go by this legendary cliff. In 1934, Rosalie Edge leased 1400 acres. She installed a warden on the property, a bird enthusiast named Maurice Broun who, with his wife Irma, protected the birds. The shooting of birds decreased sharply. A year later, Mrs Edge opened the sanctuary to the public. In 1938 the State of Pennsylvania bought the land and secured the sanctuary for future generations.

When I return to my backpack, I can’t find my ski poles. Where are they? I can’t figure out. I err for ten long minutes. My anxiety increases. I find the gray poles nearby a pyramid of rocks of the same color.

Back on the trail, it is an easy five miles hike to Eckville through a jeep road. I cross a magnificent virgin forest. It has been spared from logging because of its difficult access in a gorge. At 5 pm I reach the road to Eckville. The shelter is 0.2 miles away. It is located in a private property. There is a cold shower in a separate bunker. The shelter is clean because the caretaker next door is doing his job with gusto. Only hikers are allowed to stay. Drivers are turned down by the vigilant caretaker. We’ll be five people tonight. For the first time I meet north-bounders on the trail. They are cheerful and talkative at the table outside where we share diner. We exchange our past experiences by a pleasant evening.

Five years earlier it was a frightening night. It was pouring rain and gusts of wind of eighty miles an hour. A hurricane was crossing the area. We were only two inside the shelter: a guy from Saint Louis and me. I have a vivid memory of this guy. He was in his sixties. Twice a year he was hiking a section of the trail: a week mid-April and another week mid-October. He hated bugs and mosquitoes. That’s why he hiked so early or so late in the season. His schedule was tight. He was driving to the end of his one hundred miles section where a shuttle was waiting for him. He was driven back where he had left the trail six months before. And when he reached his car, a week later, he allowed himself a night at a hotel before driving back home. It was a very long drive to Saint Louis.

I have never seen a man more dedicated to the trail. He excused himself for not being talkative. His job was too consuming. He was a computer geek helping clients on the phone. After having diner, he went to bed early. I remember when he left the shelter at daylight. He was moving fast despite fallen branches. Most of the kids on the trail have too much time to stay focused. They have no goal. They don’t complete the trail in one season because they don’t have the discipline to hike only fifteen miles a day. They congregate in town where they chat and drink beers. One should be young enough to waste his time, a luxury the old guy from Saint Louis couldn’t afford. It was his seventh year on the trail.

Is the US Economy Close to Hitting Bottom?



Frank Shostak est chef économiste de M.F.Global et contributeur régulier de l'institut Ludwig von Mises.


A un lecteur qui s'interroge sur la reprise économique trompétée par les keynésiens, voici la réponse de Frank Shostak, que j'ai reprise sur le site mises.org, avec mon commentaire in fine sur ce qui nous attend dans deux ou trois ans.

Most experts and commentators are of the view that the worst of the US recession may be over by year's end. My own prediction is for an illusory recovery of government-constructed economic indicators, but nothing more than that.

It is held by most experts that a recession is typically set in motion by various unpredictable shocks. For instance, it is argued that the present recession was triggered by the crisis in the real estate market. Since, as a rule, various shocks tend to weaken consumer demand, it is the role of the central bank and the government to replace this shortfall in demand by boosting monetary pumping and government outlays. Thus, the central bank and the government counter the effects of various negative shocks by means of monetary and fiscal stimulus policies.

The monetary and fiscal stimulus is aimed at boosting overall expenditure in the economy, which (it is believed) is the key for economic growth. On this logic, spending by one individual becomes the income for another.

Following this way of thinking, since September 2007 the US central bank has aggressively lowered its interest rates. The federal funds rate target was lowered from 5.25% in August 2007 to almost zero at present. The yearly rate of growth of the Fed's balance sheet (that is, the pace of monetary pumping) jumped from 4% in September 2007 to 152% by December 2008.

With respect to the fiscal stimulus, aggressive government spending has resulted in a massive deficit. For the first nine months of fiscal year 2009, the budget deficit stood at $1.086 trillion. That compares with a shortfall of $285.85 billion in the comparable year-ago period. The twelve-month moving average of the budget had a deficit of $105 billion in June — the largest deficit since 1960.

It would appear that recent strengthening in some key economic data raises the likelihood that various stimulus measures have succeeded in reviving the economy. Seasonally adjusted retail sales increased by 0.6% in June after rising by 0.5% in the month before — this was the second consecutive monthly increase. The pace of deterioration in industrial production appears to be softening as well. Seasonally adjusted production fell by 0.4% in June after a fall of 1.2% in May. (Note that in January production fell by 2.2%.)

If recessions are caused by a fall in consumer demand as a result of various unforeseen shocks, then it makes a lot of sense for the government and the central bank to beef up the overall demand in the economy.

Why Popular Statistics Provide Misleading Signals

Observe that various economic data, which serve as a guide to establishing the state of the economy, are derived from monetary expenditure data. This means that the more money that is created, the larger the expenditure (in terms of money) is going to be. Hence, various derived statistics are going to mirror this strengthening. For instance, the so-called gross domestic product (GDP), which is pivotal in the analysis of various experts, reflects the rate of growth in money supply.

Once the state of an economy is assessed in terms of GDP, it is not surprising that the central bank appears to be able to counter any recessionary effects that emerge. By pushing more money into the economy, the central bank's actions will appear to be effective, since GDP will show a positive response to this pumping, following a time lag.

Even if one were to accept that GDP depicts a well-defined "economy," there is still a problem as to why recessions are of a recurring nature. Does it make sense that unconnected, various shocks cause this repetitive occurrence of recessions? Surely there must be a mechanism here that gives rise to this repetitive occurrence?

Also, how can an increase in demand boost economic growth? After all, in order to be able to generate an increase in the output of goods and services, there must be an increase in various means to support the increase in the production of goods.

If the key to economic growth is an increase in demand, then poverty world-wide would have been eradicated a long time ago. Every central bank in the world could have generated massive demand by means of monetary pumping, which according to popular thinking would have generated massive economic growth. That this is not the case — have a look at Zimbabwe — should raise questions regarding the soundness of this popular way of thinking.

Loose Monetary Policies Cause Boom-and-Bust Cycles

Careful examination actually shows that, rather than protecting the economy, loose monetary policies are the key source of boom-bust economic cycles.

The source of recessions turns out to be the alleged "protector" of the economy — the central bank itself. Further investigation demonstrates that the phenomenon of recession is not an indicator of the weakness of the economy as such, but rather an indication of the liquidation of various activities that sprang up on the back of the loose monetary policies of the central bank.

Loose monetary policy sets in motion an exchange of nothing for something, which amounts to a diversion of real wealth from wealth-generating activities to non-wealth-generating activities. In the process, this diversion weakens wealth generators, which in turn weakens their ability to grow the overall pool of real wealth.

The expansion in activity that sprang up on the back of loose monetary policy is what constitutes an economic boom — in reality, false economic prosperity. Note that once the central bank's pace of monetary expansion has strengthened, irrespective of how strong and big a particular economy is, the pace of the diversion of real wealth will also strengthen.

However, once the central bank tightens its monetary stance, it slows down the diversion of real wealth from wealth producers to non-wealth producers. And as activities that sprang up on the back of the previous loose monetary policy receive less support from the money supply, they fall into trouble — an economic bust, or recession, emerges.

From what we have shown, we can conclude that recessions are essentially the liquidation of economic activities that were created and sustained by the loose monetary policy of the central bank. The process of a bust is set in motion when the central bank reverses its earlier loose stance.

Having established this, we must investigate why recessions are recurrent. The reason for this is that the central bank's ongoing policies are aimed at fixing the unintended consequences arising from its earlier attempts to stabilize the economy — or rather, what it believes to be the measure of the economy: the GDP. On account of the time lag between changes in money supply to changes in GDP, the central bank is forced to respond to the effects of its own previous monetary policies. These responses to the effects of past policies give rise to fluctuations in the rate of growth of the money supply and, in turn, lead to recurrent boom-bust cycles.

Wealth Generators Key for Economic Growth

The key drivers of the economy are wealth generators. Hence, the fact that various non-wealth generators come under pressure as a result of the central bank's tighter stance is indeed good news for wealth generators and real economic growth. A tighter stance means that less real wealth, which is required to support economic growth, is taken from wealth generators.

From this we can infer that the government's and Fed's loose monetary policies have only weakened the wealth generators' ability to grow the economy by diverting real wealth to nonproductive activities.

Can the economy recover despite aggressive policies of the Fed and the government?

We suggest that this depends on whether wealth generators have managed to retain their ability to generate wealth despite destructive central bank and government policies. The ability to support economic growth hinges on the pool of real savings. Once this pool is starting to move ahead, the economic growth follows suit. This in turn means that economic growth is emerging, despite government and central bank aggressive policies.

We suggest that the aggressive policies of the Fed from 2001 to June 2004 — during which time the fed funds rate was lowered from 5.5% to 1% — have significantly damaged wealth generators' abilities to keep the flow of real savings going. While the Fed's tight interest rate stance from June 2004 to September 2007 provided good support for wealth generators, the loose stance since September 2007 has most likely undone anything positive from that time. Hence, we doubt that the US economy is on the verge of solid economic recovery, if at all.

Some commentators hold the view that the present economic crisis is the result of the Greenspan-chaired Fed's extremely loose monetary policy between 2001 to June 2004. Yet for some strange reason the same commentators hold the view that Fed's loose monetary policy since September 2007 has saved the economy from massive disaster. According to this way of thinking, at certain times pumping money is bad for the economy, while at other times it can be of great benefit. We find this logic extraordinary. Something that is bad cannot also be good. Printing money always undermines the bottom line of the economy. This is why it is always bad news.

We also find it extraordinary that many experts are urging the US government to increase its fiscal stimulus in order to strengthen the expected economic recovery.
Again, as with loose monetary policy, loose fiscal policies can only redistribute the existing pool of real savings. The greater the fiscal stimulus, the less that is left for wealth generators to promote real economic growth.
Fed May Consider a Tighter Stance

On account of massive monetary pumping, the growth in momentum of various key economic data is likely to strengthen in the months ahead.

This, we maintain, may prompt Fed policy makers to consider curtailing the pace of monetary pumping. In an interview with Reuters, the Kansas City Federal Reserve Bank president Thomas Hoenig said that the Fed's massive monetary stimulus must be gently withdrawn as the economy improves. "There are ways to pull it out when you see the economy showing signs of stability, pulling out the liquidity slowly, carefully," he said.

Furthermore, Hoenig argues that it is important to raise interest rates from current levels to a range around their "neutral" setting — the level where they neither stimulate nor restrict economic activity in order to prevent future inflation. According to Hoenig, "[O]nce we get the policy rate in a range — around neutral — you stay within that range. What we need to do is get to some level of policy that is more constrained, around a neutral level, and then let the economy work its way through."

We, however, suggest that once the Fed tightens its stance — regardless of the neutral interest rate fiction — this will set an economic bust in motion; that is, it is going to hurt the various activities that emerged on the back of the Fed's previous loose monetary stance.

Conclusion

Most experts are of the view that the worst of the US recession may be over by year's end. Common opinion holds that the key reason for the expected turnaround is the positive effect that the policies of the government and Fed have on various economic indicators. The pace of monetary pumping by the US central bank jumped from 4% in September 2007 to 152% by December 2008. With respect to fiscal stimulus, aggressive government spending has resulted in a record deficit of over one trillion dollars in the first nine months of fiscal year 2009.

Careful examination shows that, rather than protecting the economy, it is loose monetary policies that are the key source of boom-bust economic cycles. Loose Fed and government fiscal policies have only weakened the wealth generators' ability to grow the economy. Aggressive policies have inflicted severe damage to the sources of funding that support real economic growth. Hence, we are doubtful that the US economy is on the verge of a solid economic recovery. On account of massive monetary pumping, the growth in momentum of various key economic data is likely to strengthen in the months ahead. We maintain this may prompt Fed policy makers to consider curtailing the pace of monetary pumping, and we suggest that this will set in motion a new economic bust.

===commentaire===

les keynésiens sont des gens dépourvus de logique. Ils disent que c'est la politique laxiste de la Fed entre 2001 et 2004 qui est à l'origine de la crise mais ils prétendent que c'est la même politique laxiste menée depuis 2008 qui a permis d'éviter un plus grand désastre. Comme le note avec ironie Shostak pourquoi ce qui était mauvais avant serait-il bon à présent ? Ce qui est sidérant c'est que tant de gens n'aient point remarqué cet illogisme de la pensée keynésienne.

Dès que la croissance repartira (à force d'injecter tant de liquidités dans l'économie la Fed y parviendra un jour) on peut prédire une hyperinflation et qu'une nouvelle bulle va se former quelque part. Que fera la Fed ? Elle augmentera ses taux directeurs afin de combattre l'inflation et nous aurons un nouveau krach, probablement obligataire où de nombreux Etats vont faire faillite.

Avec les Keynésiens, c'est un éternel recommencement du cycle "boom and bust".

dimanche 2 août 2009

Comment peut une catastrophe en provoquer une autre de plus grande ampleur ?


Gillian Tett, reporter du Financial Times, est l'auteur d'un best-seller sur la finance


"Quel est l'intérêt de courir lorsque vous êtes sur le mauvais chemin ?"

proverbe bavarois d'actualité...


L’index Dow Jones Industrial a clôturé vendredi 31 juillet à 9171 points. Il a gagné 102 points ou 1.1% dans la semaine. Depuis l’abysse du 6 mars, il a engrangé un gain considérable de 38%. Pour trouver un événement comparable dans l’histoire, il faudrait remonter à l’année 1938. Cette concordance entre pourcentage et date de l’histoire est-elle un présage ? Si oui, nous nous rapprochons d’un conflit majeur. Il suffit de voir les divergences irréconciliables entre la rémunération attendue des Chinois sur leurs placements en bons du Trésor américain et l’incapacité des Etats-Unis à honorer leur dette.

La régulation des Credit Default Swaps

Le congrès américain planche sur une loi visant à réduire la spéculation sur les credit default swaps (C.D.S) Ce marché hors cote (over-the-counter) représente la bagatelle de 39 trillions de dollars. Pour fixer les idées, le produit national brut de la planète a été de 60 trillions de dollars en 2008. La spéculation sur ce seul produit dérivé représente les deux tiers de la richesse mondiale produite. On comprend alors l’urgence d’examiner ce trou noir de la finance.

L’assureur American International Group (A.I.G) avait la plus grande position sur ce marché hors cote. Le gouvernement fédéral est venu trois fois à sa rescousse en lui accordant la somme extravagante de 173 milliards de dollars ! J’ai évoqué, à plusieurs reprises, ces infusions massives d’argent pour sauver le système capitaliste. (1)

Collin Peterson à la commission de l’agriculture et Barney Frank à la commission des services financiers de la chambre des Représentants envisagent deux options pour réduire la frénésie qui a régné sur ce type de contrat qui a participé à la formation de la bulle immobilière. La première serait d’interdire l’accès à ce marché aux personnes qui ne détiennent pas d’actif à assurer. Dans le jargon de Wall Street, il s’agit d’éradiquer la prolifération des « naked credit default swaps.» La seconde serait d’exiger des hedge funds qui ont une position supérieure à 100 millions de dollars d’en informer la future autorité de tutelle. Il y aurait aussi la création d’une chambre de compensation. Ce rôle était assumé de facto par l’assureur A.I.G. avec le succès que l’on connaît…

Cette salutaire régulation ne concerne qu’un seul trou noir de la finance. Avec ses 39 trillions de dollars, le marché des C.D.S ne représenterait que 8 % du marché global des produits dérivés qui est estimé à 450 trillions de dollars. Cette spéculation folle est sept fois et demi plus élevée que la richesse mondiale produite en 2008. Cela laisse pantois.

Les keynésiens et les démocrates confondent volontiers les causes et les conséquences afin de s’exonérer de la terrible responsabilité qu’ils portent dans cette crise financière. Au risque de me répéter, la crise immobilière est due à l’activisme de la banque centrale américaine pour doper la croissance et à la politique de discrimination en faveur des minorités ethniques menée par les démocrates. (2) La dérégulation des produits dérivés est seulement un vecteur qui a permis à cette bulle d’atteindre une taille gigantesque.

La genèse des C.D.S

Fool’s God (3), un livre de Gillian Tett qui est un reporter du Financial Times, explique comment l’invention des C.D.S par une petite équipe de la banque J.P.Morgan a été corrompue par la cupidité de Wall Street et a provoqué la catastrophe de l’automne 2008.

Tout commence, le 23 mars 1989, lorsque le super tanker Exxon Valdez quitte à 21h12 son terminal pétrolier en Alaska en direction de Long Beach en Californie. Le capitaine obtient l’autorisation des gardes-cotes de sortir de sa route encombrée d’icebergs. A 0h04, il heurte un récif. Commence alors la plus grande marée noire de l’histoire. L’Exxon Valdez transporte 200 millions de litres de pétrole. Un cinquième de sa cargaison va se répandre dans le détroit de Prince William. Pourquoi le navire a-t-il entamé de nuit son dangereux périple ? C’est la question que l’on peut se poser a posteriori. Mais sous le coup de l’émotion suscitée, à l’époque, par cette catastrophe écologiste, il faut trouver rapidement un bouc-émissaire solvable. La compagnie Exxon est toute désignée.

A Boca Raton, une première rencontre a lieu entre les dirigeants d’Exxon et de la banque J.P.Morgan. Exxon a besoin d’ouvrir une ligne de crédit de cinq milliards de dollars pour couvrir les dommages potentiels résultant de la marée noire. J.P.Morgan est réticent mais il ne veut pas laisser tomber son vieux client. Pour conclure ce marché, la banque a besoin de se couvrir contre le risque de défaut de son client. On en revient aux critères de Bale inventés, l’année précédente, dans cette ville où est sise la Banque des Réglements Internationaux (B.R.I) à la suite de la retentissante crise des Saving & Loans que l’on a déjà oublié. La banque doit respecter le ratio Cooke de 8% de fonds propres. Elle ne peut pas prêter les cinq milliards de dollars sans dépasser ce seuil. Comment faire ? Les avocats s’activent pour retarder le plus longtemps possible le jugement. Ils y parviennent.

A la fin de l’année 1994, Blythe Masters, un membre de l’équipe de traders de J.P.Morgan, a l’idée de vendre la ligne de crédit de cinq milliards de dollars à la banque européenne de reconstruction et de développement (B.E.R.D) Jacques Attali, le conseiller spécial du président socialiste François Mitterrand, en est son premier président après avoir eu l’idée lumineuse de sa création lors de l’effondrement du mur de Berlin. (Une catastrophe peut en provoquer une autre...) Si Exxon fait défaut, c’est la B.E.R.D qui va essuyer les plâtres. En échange de la patate chaude refilée, J.P.Morgan s’engage à lui verser une indemnité.

Ce marché étrange ne porte pas encore de nom mais il est promis à un grand avenir. Sa mise au point a été laborieuse. Il a consommé beaucoup de temps et de ressources au sein de la banque. Il faut que le processus soit affiné afin de devenir lucratif. Une brillante équipe de mathématiciens planche pour mettre au point un produit standardisé qui va permettre à la banque de lui faire gagner beaucoup d’argent. Ainsi est créé le credit default swap qui est une forme de standardisation des risques au lieu de l’étude besogneuse du cas par cas du risque de chaque ligne de crédit. Les mathématiciens modélisent le risque encouru par la standardisation : "si quelques prêts font défaut, cela ne devrait pas mettre en péril l’ensemble des transactions." Les banquiers croient dur comme fer à cette martingale. Ils escomptent gagner sur deux tableaux : les profits tirés de la tritisation et les revenus générés par le flot régulier des remboursements de prêts.

Bill Demchak, une étoile montante de la banque, va commencer à vendre les C.D.S auprès des investisseurs qui auront les revenus associés aux risques qu’ils encourent. Pour mettre la fusée sur orbite, il faut créer une filiale dans un paradis fiscal pour déroger au carcan de la législation bancaire. La station de lancement des fusées s’appellera Special Purpose Vehicle. Elle va assumer 9.7 milliards de dollars de dettes que J.P.Morgan a contractés auprès de trois cents clients. Selon les calculs de ces Mozart de la finance, le risque est très faible. Il suffit de collecter 700 millions de dollars de primes d'assurance pour couvrir la dette de 9.7 milliards de dollars. C’est l’effet de levier tant recherché par les banquiers pour doper les profits et aussi leurs primes de fin d’année. Tout se tient…

En 1997, l’agence de notation Moodys donne son aval à l’industrialisation des C.D.S. Wall Street baigne dans l’exubérance irrationnelle (E1I1) de la bulle internet. J.P.Morgan a réussi son pari : divertir les risques de ses comptes tout en générant un flux régulier de revenus liés à ces risques, et libéraliser ses fonds propres pour les prêter à d’autres clients. Inévitablement, le succès de J.P.Morgan attise la convoitise de ses concurrents qui ne tardent pas à s’engouffrer dans la brèche. Dix ans plus tard, la bulle des C.D.S éclate lorsque le prix de l’immobilier cesse de croître. Les arbres ne montent pas au ciel... Il reste encore beaucoup de cadavres dans les placards mais le gouvernement fédéral et la Fed croient toujours à une possible réévaluation de ces produits toxiques. La Fed en a racheté des quantités considérables. En l’espace d’un an, son bilan a triplé. Merci Ben ! C’est pourquoi je crois que la Fed est proche du seuil d’insolvabilité. (4)

Toute régulation entraîne inévitablement une manœuvre pour la contourner. C’est ce que n’ont toujours pas compris nos énarques et nos politiciens. Ils croient que la crise est due à une trop grande libéralisation des marchés financiers. Ce n’est pas en régulant davantage un secteur bancaire, qui l’est déjà trop, que l’on évitera les crises prochaines.

L’école autrichienne préconise une mesure de bon sens : la suppression des banques centrales et du fractionnement des fonds propres des banques. Toute banque doit avoir 100% de fonds propres. Il faut retourner au système financier d’avant 1913. On n’empêchera jamais la survenance de crises mais elles auraient beaucoup moins d’effets dévastateurs si l’on rétablissait l’aléa moral. Il faut laisser choir les banques qui ont failli.

La propagande des keynésiens a fait gober au public l’importance capitale des banques pour le fonctionnement de notre économie. D’où l’adage en vogue « too big to fail » appliqué aux dix neuf grandes banques américaines qui ont fait l’objet d’un traitement de faveur. On en voit aujourd’hui l’effet pervers avec la distribution de 33 milliards de dollars de bonus indécents à ses employés. Les bénéfices sont pour les banquiers, les pertes pour les contribuables américains. Le business d’une banque est très simple. Elle ne sert que d’intermédiaire entre un prêteur et un emprunteur. Une entreprise privée peut très bien se passer de ses services et lever directement un emprunt sur le marché. Quant à la clientèle privée des ménages, c’est effectivement le rôle d’une banque de dépôt de lui offrir un service personnalisé au lieu de lui fourguer un produit financier compliqué dont le conseiller est incapable d’évaluer le risque.

La seule régulation d’envergure qui vaille la peine d’être étudiée, est celle de la restauration du Glass & Steagall Act de 1933 mais pour une seule de ses provisions. Cette loi fédérale a instauré le Federal Deposit Insurance Corporation (F.D.I.C) qui est un fonds garantissant les dépôts des ménages à hauteur de 10 000 $. Pendant la grande dépression, il y avait trop de «bank run» en raison de rumeurs non fondées. Tous les clients se précipitaient en même temps pour retirer leurs fonds. Quatre mille banques firent ainsi faillite. Aujourd’hui, les comptes de dépôt sont assurés à hauteur de 250 000 $. En fait, le F.D.I.C serait incapable de rembourser au-delà de quelques millions de ménages. En France, ce ne serait que quelques milliers de clients qui pourraient récupérer leur argent. On se garde bien de dire la vérité aux Français pour ne pas créer de panique. Les banques européennes sont très loin des ratios de fonds propres exigés par la B.R.I. La solution est de mettre fin au fractionnement et de rétablir la règle de 100% des fonds propres. Ainsi serait supprimé l’effet de levier qui est à l’origine de la spéculation.

La seule provision du Glass & Steagall Act, que je recommande vivement, est la séparation des banques d’investissement et des banques de dépôt au sein de l’Union européenne. Laissons la liberté aux banques d’investissement de courir les risques qu’elles veulent au profit de leurs clients désireux d’en prendre et laissons la tranquillité aux ménages dans leur placement peinard de compte d’épargne rémunéré à un taux convenable ! Le gouvernement se moque des Français en abaissant la rémunération du livret A. Ce n’est pas à lui de fixer la rémunération de cette épargne mais au marché à travers la loi d’airain de l’offre et de la demande.


(1)- archive du 31 octobre 2008 : « l’élection présidentielle américaine n’est pas le grand oral de l’ENA.
- archive du 7 janvier 2009 : « les agences de notation de l’économie de casino »
- archive du 10 mars 2009 : « comment rétablir l’aléa moral dans le nouveau système financier international ? »
- archive du 22 mars 2009 : « à chacun sa vérité »

(2)Community Reinvestment Act (C.R.A) de 1977 est une loi fédérale à l’instigation de l’administration Carter. Elle a encouragé les banques et les caisses d’épargne à prêter de l’argent à des ménages sur la couleur de leur peau et non pas sur leur capacité de rembourser un prêt et qui reste, qu’on le veuille ou non, le seul critère permettant une bonne sélection des dossiers.

(3) Fool’s God : How the bold dream of a small tribe at J.P.Morgan was corrupted by Wall Street and unleashed a catastrophe
Ce best-seller de Gillian Tett est édité par HarpersCollins

(4) archive du 6 février 2009 : « la Fed bientôt insolvable ! »