vendredi 31 juillet 2009

le gel des saisies de maisons en mars n'a fait que reporter le problème



A un lecteur qui s'interroge (c'est tout à son honneur) sur la pertinence des chiffres concernant le taux de défaut de paiement des ménages américains, voici le tableau fourni par Mark Hanson à Alan Abelson dans l'éditorial du 13 juillet 2009 du Barron's magazine sous le titre:"What has Sergey Wrought?" (Qu'est-ce que Sergey a bidouillé?)

Comme l'atteste le tableau en question, le taux de défaut des ménages varie entre 34% et 59% pour la première catégorie (prime credit) et entre 62% et 80% pour la deuxième catégorie (les ménages ayant bénéficié d'un rééchelonnement de leur dette il y a dix mois).

L'agence Reuters a publié, le 30 juillet 2009, un article qui corrobore le tableau en question. J'ai mis en gras les passages essentiels de cette enquête.


Unemployment spreads distress in U.S. home loans

By Lynn Adler Lynn Adler Thu Jul 30, 1:23 am ET


NEW YORK (Reuters) – Cities in the U.S. Sun Belt states of California, Florida, Nevada and Arizona dominated the record foreclosure spree in the first half of the year, but distress in other regions emerged as joblessness spread, RealtyTrac said on Thursday.

Metro areas with populations of at least 200,000 in those four states accounted for 35 of the 50 highest foreclosure rates. Mortgages have failed the fastest in the areas with the greatest overbuilding, purchases by speculators and reliance on riskier loan products to improve affordability. But the source of the mortgage trouble has swung from lax lending standards to unemployment.

Some of the areas with the most severe foreclosure activity have started to show improvement as price cuts and first-time buyer tax credits lure purchasers.
With the unemployment rate near a 26-year high and many employers cutting wages, more consumers in areas that were initially spared in the foreclosure explosion are now behind in their home loan payments.

More than 20 percent of areas with above-average foreclosure activity were in Oregon, Idaho, Utah, Arkansas, Illinois and South Carolina in the first half of the year. That shift points to growing unemployment more than to fallout from subprime and adjustable-rate loans, RealtyTrac said in its midyear metropolitan foreclosure market report.

While total foreclosure activity kept rising, "some of the markets that had the highest saturation of foreclosures over the past few years have seen declining rates, while new markets like Provo, Utah, and Boise, Idaho, have seen large increases," James J. Saccacio, chief executive officer of RealtyTrac, said in a statement.

"As unemployment rates increase in different parts of the country, it's very likely that we'll see similar patterns develop elsewhere," he said. Home prices through May plunged more than 32 percent from their mid-2006 peak, with losses varying sharply depending on region, according to Standard & Poor's/Case-Shiller indexes.

A rise in foreclosure properties pressure prices of other homes for sale.
"As unemployment rises, we are seeing a change in the financial profile of the people seeking our help," Suzanne Boas, president of Consumer Credit Counseling Service of Greater Atlanta, said this week.

"We are serving an increasing number of people who work in professional services and skilled trades," she said. "These people have maintained solid incomes their entire lives, but are now in financial trouble and are reaching out for counseling to help avoid foreclosure."

In June, 72 percent of homeowners who got foreclosure prevention counseling from the agency, which serves all 50 states, were either unemployed or reported a drop in income.

RealtyTrac this month reported a record 1.9 million foreclosure filings on more than 1.5 million properties in the first six months of this year. The pace picked up after various temporary freezes ended in March.(le gel des saisies est une initiative de l'administration Obama)

The company forecasts 4 million filings for the year.

SOME LIGHT AT TUNNEL'S END

Las Vegas, Nevada, had the highest metro foreclosure rate, with 7.45 percent, or one of every 13 households with a loan, getting at least one filing in the first half of the year. Filings include notice of default and auctions.

Cape Coral-Fort Myers area in Florida had the second highest rate and Merced, California was third. Both reported a slight decrease in foreclosure activity from the previous six months but a higher pace than the first half of 2008.
Other metro areas in the top 10 were the California cities of Riverside-San Bernardino-Ontario, Stockton, Modesto, Bakersfield and Vallejo-Fairfield; the Phoenix metro area and Orlando, Florida, metro area.

Foreclosure activity rose in all but Stockton and Modesto from the prior six months and from the first half of 2008. Stockton had a 4 percent drop in the first half from the prior six months and a nearly 13 percent fall from the first half of 2008.
Other hard-hit areas showed declining foreclosure activity in the first half, including Detroit and Cleveland, RealtyTrac said.

===commentaire===

l'administration Obama a gelé les saisies de maisons en mars mais le problème resurgit, quelques mois plus tard, avec plus d'acuité. L'intervention des Keynésiens ne fait qu'aggraver la crise comme ne cesse de le répéter l'école autrichienne. En France on vit dans le déni des réalités. Des professionnels envisagent seulement une baisse de 7% de l'immobilier en 2009. A ce rythme là, il faudra une décennie pour purger la bulle immobilière. C'est le scénario japonais qui nous attend.

mercredi 29 juillet 2009

L’enfer est pavé de bonnes intentions




« Les gens qui confondent leur bonne fortune et leur mérite s’engagent inévitablement dans une aventure désastreuse. »

J. Christopher Herold

L’index Dow Jones Industrial a franchi la ligne des 9000 points. Il a clôturé vendredi 23 juillet à 9069 points. Il a gagné 326 points ou 3.7%. Le renversement de tendance depuis deux semaines est confondant : l’index vedette a avancé de 11%. La configuration d’île flottante est périmée. Après une semaine en drapeau, il suit une pente moins raide. Le marché éprouve le besoin de consolider ses gains. Pour mémoire, il est simplement revenu se placer à son cours de début d’année.

Malgré un rebond spectaculaire du marché, la fin de la récession n’est pas pour demain.

La Fed vient de publier son livre beige sur l’état de l’économie américaine. Elle a découpé le pays en douze districts qui sont supervisés par un gouverneur de la banque. Voici un extrait saillant de ce rapport par zones géographiques : «Chicago et Saint Louis notent un ralentissement du déclin. New York, Kansas City, Cleveland et San Francisco montrent des signes de stabilisation. Seul Minneapolis voit une contraction depuis le dernier rapport.» Concernant le marché de l’immobilier résidentiel qui est à l’origine de la crise, la Fed note qu’il est mou à peu près partout. En revanche, le marché de l’immobilier commercial a continué sa dégringolade dans deux tiers des districts. Il n’y a pas matière à pavoiser ; tout au mieux note-t-on un ralentissement de la dégringolade aux enfers si cela vous intéresse encore.

Une crise peut en cacher une autre

Tous les médias ont raconté, la semaine dernière, que le nombre de ventes de maisons avait grimpé de 3.6% en juin. Le marché a pris cette excuse pour s’envoler au-delà de la ligne des 9000 points. Suspicieux, Alan Abelson a interrogé Mark Hanson qui est un professionnel de l’immobilier. Mark a relevé une stabilisation du marché des maisons de bas de gamme qui sont en dessous de 150 000 $. Ce secteur attire les jeunes primo-acheteurs qui se disent qu’ils font une bonne affaire. En revanche, ce n’est pas la même histoire pour le marché des maisons moyennes ou de haut de gamme.

Mark a fourni un tableau intéressant à l’éditorialiste du Barron’s Magazine. On a beaucoup glosé en France à propos de la crise des « sub prime credits » mais on a totalement ignoré celle des «prime credits ». Cela n’apitoiera pas les socialistes qu’il n’y a pas que les pauvres en Amérique qui ne peuvent plus honorer leur échéancier de remboursement de prêt hypothécaire. Cette enquête a été menée dans dix-sept grandes banques du pays. La clientèle est divisée en deux catégories. Dans la première figurent les taux de défaut parmi la riche clientèle qui a pu jusqu’alors honorer ses engagements. Dans la seconde sont indiqués les taux de défaut parmi les ménages qui ont obtenu un rééchelonnement depuis dix mois. Le taux de défaut pour les riches ménages est alarmant. Il est de 34% à la banque Fremont qui est la moins mal lotie et culmine à 59% à la banque Countrywide. Quant au taux de défaut parmi les ménages qui ont rééchelonné leur dette il y a dix mois, il est tout simplement catastrophique : 62% à la banque JP Morgan Chase et 80% à Countrywide. On peut se poser la question pourquoi il n’y a pas davantage de banques qui font faillite. Ce serait passer sous silence la main invisible de Ben.

Pour Mark, le rééchelonnement de la dette n’a fait qu’empirer la situation des ménages américains. « Les modifications de prêt », fulmine-t-il, «transforment les propriétaires en débiteurs à vie, les rends incapables de revendre, racheter, refinancer ou épargner. Ils les tournent en zombies économiques.»

Ce tableau calamiteux illustre la faillite de l’administration Obama. Le président a crû pouvoir sauver les ménages les moins aisés en rééchelonnant leurs dettes. Leur situation a empiré. C’est le genre de choses malheureuses qui se produisent lorsqu’on élit un ignare qui a la prétention de vouloir tout changer. Barack Hussein Obama est le digne successeur de Franklin Delano Roosevelt qui s’était essayé à tout pendant huit ans avant que l’économie ne reparte d’elle-même en 1941.

samedi 18 juillet 2009

La théorie de la conspiration est revisitée



Sergey Aleynikov a été arrêté, le 3 juillet 2009, par le F.B.I à l'aéroport international de Newark pour détention illégale d'une martingale appartenant à la firme Goldman Sachs

« L’homme le plus honnête est aussi le plus malchanceux dans la vie.» John Ray

L’indice Dow Jones a clôturé vendredi 17 juillet à 8743 points. Il a rebondi de 597 points ou 7.3% ! Il a effacé quatre semaines de baisse consécutive. Ce rebond porte le nom de configuration en drapeau. En revenant se placer au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours, comme les autres indices majeurs du marché américain que sont le Nasdaq et le S&P; 500, l’index vedette est sorti miraculeusement d’un scénario bearish.

La publication des résultats du second trimestre 2009 a galvanisé le marché. Rien que dans la seule séance de mercredi, l’excellent résultat d’Intel, le fabriquant de cerveaux d’ordinateurs, a entrainé une hausse globale de 3% du marché.

Alors verrait-on le bout du tunnel ? Pour les ravis, cela ne fait aucun doute. Peut-on encore les croire alors qu’ils n’ont cessé de marteler depuis le début de la crise que ce n’était qu’une dépression passagère et que la reprise était pour demain?

Pour résumer cette folle semaine, une partie des acteurs est séduite par ce scénario rose, les sceptiques, qui sont encore majoritaires (les faibles volumes échangés l’attestent) préfèrent attendre d’autres indicateurs macroéconomiques avant de se jeter à l’eau. Le combat entre bears et bulls fait rage à Wall Street.

Y a-t-il eu une nouvelle intervention secrète du gouvernement américain pour doper les indices ?

Dans son édition du 18 mai 2009, le magazine New Yorker a publié l’enquête menée par Nick Paumgarten : « Annals of Finance - The Death of Kings » Parmi les nombreux personnages qu’il a interrogés au sujet de la débâcle financière, un seul s’est interrogé sur le miraculeux redressement du marché au début du mois de mars. Il s’agit de Colin Negrych qui se présente de la façon suivante : « I’m a macroeconomic and geopolitical strategist disguised as a bond salesman » (Je suis un macroéconomiste et un stratège géopolitique déguisé en vendeur de bons) Negrych fait gagner beaucoup d’argent à ses clients qui lui demandent un conseil. Atteint d’un lymphome il y a onze ans, il vit reclus dans un appartement près de Washington Square à Manhattan. Ne sortant jamais de sa tanière, il suit à longueur de journée le marché sur des écrans d’ordinateur et sur la chaîne de télévision Bloomberg. Il suspecte que le gouvernement américain aurait établi des programmes secrets d’achat d’actions pour regonfler les indices. A l’appui de sa théorie de la conspiration, il a noté un achat massif de titres à chaque fois en fin de séance. « Nous allons trouver rapidement quelle arme ils possèdent, brique ou bazooka. » Deux mois après sa sensationnelle déclaration, nous serions curieux de connaître le résultat de son enquête.

Un politicien s’interroge, pour sa part, sur le rôle toujours trouble joué par la Fed. Il s’agit de Ron Paul qui demande, depuis vingt-cinq ans, la transparence de la Fed. Pour sa part, cela ne fait que dix-sept ans que Claude Reichman réclame la fin du monopole de la sécurité sociale en France en application du traité de Maastricht que la France a ratifié. Encore un peu de patience mon cher Claude… Tout vient à point à qui sait attendre !

Ce trouble-fête de l’école autrichienne commence à inquiéter sérieusement l’establishment. Figurez-vous que le public américain est en train de se rallier à son projet de loi jumelle (S604) qu’il a déposé auprès des deux chambres du Congrès américain (1) Interrogé par les chaînes de télévision qui se le disputent, Ron Paul n’est pas le monstre ultra libéral et caricatural que les Français s’imaginent. Affable, souriant et ne manquant pas d’humour, Ron répète à l’envie aux téléspectateurs américains : « Pourquoi le gouvernement fédéral refuse-t-il la transparence de la Fed ? S’il le fait, c’est qu’il veut nous masquer quelque chose d’inavouable.» Il demande, en conséquence, la publication de toutes les communications, qu’elles soient téléphonique ou écrite, entre le gouvernement fédéral et la Fed.

Comme il ne cesse de le répéter, le congrès américain est souverain. C’est son rôle à lui de contrôler toutes les branches de l’exécutif. Le président Obama est pris à son propre piège. N’est-ce point lui qui a demandé que la Central Intelligence Agency (C.I.A) coopère avec le congrès pour établir la vérité concernant les actes de torture perpétrés en Irak et à la prison de Guantanamo?

Depuis que Ben Bernanke a pris les rênes de la Fed, le 1er février 2006, l’agrégat monétaire M3 n’est plus publié. Et pour cause ! La publication de cet agrégat permettrait de connaître plus précisément les interventions de la Fed sur le marché. Un ravi français ne cesse de glorifier sur son blog son action en le comparant au bombardier furtif B2. C’est une curieuse conception de la démocratie... Comme je l’ai écris en février (2) la Fed s’approche dangereusement du seuil d’insolvabilité à travers ses rachats massifs de déchets toxiques. Ron Paul a raison de demander des comptes à la Fed et il est heureux que le public américain lui emboîte le pas.

On assiste au même sursaut salutaire de l’autre côté de l’Atlantique. La Cour des Comptes a examiné le budget de la présidence de la république. Pour cette première, elle s’est contentée de morigéner l’actuel locataire de l’Elysée pour sa gestion laxiste de nos deniers. Bon prince, il a reversé 14 000 euros de sa poche (une peccadille) au Trésor public. Peu suspect de sympathie envers ce fief technocratique (ce rôle de contrôle appartient au parlement dans une république qui se respecte), son président actuel, Philippe Seguin, a eu raison de s’attaquer en priorité au faîte de l’Etat. Si celui-ci ne convient pas qu’il doit se serrer la ceinture afin de donner l’exemple, comment peut-on demander les nécessaires sacrifices à la nation?

Il ne faut nullement demander des sacrifices aux contribuables français qui sont les plus taxés de la planète mais en priorité aux politiques et aux administrations publiques. Il y a l’embarras du choix dans les dépenses inutiles. Commençons d’abord par la suppression du ministère de l’éducation nationale qui est le plus gros poste de dépenses de l’Etat. Ce ministère et ses syndicats épigones s’enorgueillissent du taux de réussite de 88% au baccalauréat pour le crû 2009. Il reste encore un petit effort à fournir pour parvenir au taux de 100% ! En grattant 1% par an, le ministère de l’autosatisfaction devrait y parvenir en 2021.

Il est grand temps d’arrêter cette fabrique à crétin en offrant un chèque éducation à chaque famille française. Faut-il rappeler que les trois-quarts des bacheliers du crû 2009 rateraient le certificat de fin d’études primaires qui était délivré avant 1968 ? Nos jeunes bacheliers ne savent ni écrire ni faire une opération de calcul mental mais ils savent envoyer des textos à partir de leur portable. Quel prodige !

A quoi tiennent les résultats extraordinaires de Goldman Sachs ?

Puisqu’il est question de calcul et de décerner la palme au meilleur de la classe, une maison se distingue à Wall Street. Il s’agit, comme vous l’avez sans doute deviné, de Goldman Sachs qui a engrangé un bénéfice de 3.4 milliards de dollars au second trimestre de cette année.

En dépit de son reclassement en banque commerciale pendant la tourmente de l’automne lui assurant ainsi l’aide automatique du F.D.I.C (Federal Deposit Insurance Corporation), Goldman Sachs est une pure banque d’investissement qui tire tous ses bénéfices de ses activités de trading. Avant la crise, Goldman Sachs pouvait se sucrer dans ses commissions pour l’introduction en bourse d’une société ou lors de la fusion de deux sociétés. Comme cette manne s’est vaporisée, la firme aurait mis au point une martingale pour compenser ces pertes.

On en a découvert l’existence tout récemment avec l’arrestation de Sergey Aleynikov par la Fed. Ce Russe naturalisé Américain a travaillé pour Goldman Sachs. Ce génial mathématicien aurait mis au point un programme assurant la suprématie de Goldman Sachs sur le marché. Baptisé « haute fréquence », son programme détecterait des opportunités d’achat ou de vente d’actions à une vitesse sidérante et sur un très grand volume de titres. Exactement le type de martingale industrielle que recherche la firme au veau d’or.

Très recherché, l’intéressé aurait accepté une proposition alléchante d’un concurrent pour l’aider à découvrir des «pousses vertes» qui, comme vous le savez, sont très en vogue dans l’administration écologiste du président Obama.

Distrait, Sergey aurait emporté avec lui les codes du programme « high frequency ». La Fed et le gouvernement ont de solides liens d’amitié avec la firme vedette de Wall Street. Avant de devenir Secrétaire du Trésor, Henry Paulson, était le patron de Goldman Sachs. Avec son compère Ben, Henry assura le sauvetage de sa firme mais pas celle de sa rivale Lehman Brothers qu’il laissa choir.

Informée de son départ imminent, la Fed a demandé au F.B.I d'arrêter le prodige qui s’apprêtait à livrer les codes à l’ennemi. Accusé de vol, l’intéressé a versé une caution de 750 000 $ en attendant son procès. L’éditorialiste du Barron’s Magazine, Alan Abelson, a commenté avec ironie cet avant-procès dans son dernier papier du 13 juillet 2009 et intitulé «What has Sergey Wrought ?» (Qu’est ce que Sergey a bidouillé ?) Lors de l’audience au palais, un avocat de la défense qui préférait que Sergey aille moisir en prison en attendant son procès, a déclaré que si le code de Goldman Sachs passe entre de mauvaises mains, cela occasionnerait des « manipulations malhonnêtes » du marché. Nous en déduisons que tant que Goldman Sachs possède le code en question, le marché serait sain et sauf. Autrement dit, le marché restera entre de bonnes mains tant que Goldman Sachs génèrera des profits énormes. CQFD Voilà une plaidoirie qui va entrer dans les annales de Wall Street.

Le socialiste Paul Krugman, dans son papier du 17 juillet 2009 dans le New York Times, l’a conclu ainsi : « Le remarquable trimestre de Goldman est bon pour les superstars de la finance en général dont les salaires regrimpent rapidement au niveau d’avant la crise. Mais c’est une mauvaise nouvelle pour presque tout le monde en dehors d’eux. »


(1) Archive du 16 mai 2009 : David contre Goliath.

(2) Archive du 6 février 2009 : La Fed bientôt insolvable

Honor to a veteran of the Second World War



Port Clinton, 22 September 2008

The saloon of Port Clinton hotel is crowded on Sunday’s afternoon. Motor bikers wearing their usual black’s leather clothes congregate in the former stagecoach. Opened in the early 1800’s, “Gately hotel”, under its birth name, was a stop between Reading and Pottsville. Travelers still like to stop at Port Clinton. The hamlet is squeezed alongside a busy road and Schuylkill River. Amblers and hikers stroll on the bank of a clear blue stream. It is said that twelve year old Daniel Boone, who was born in the vicinity, once got lost and camped overnight on the riverbank near where the trail crosses a bridge into town.

In the crowd, the bartender quickly notices my presence. He invites me to let my backpack outside the establishment. Backpackers are not welcomed here. Despite a hostile attitude toward hikers, I give in. I need a room and a shower. The boss shows up. He is a burly man. He gives me a key of a room, a towel and a tiny bar of soap after I have paid the room with my credit card. He is too busy to guide me to the bedroom.

By a backdoor, I climb squeaking wooden stairs leading to the hotel’s rooms. I hear music coming from a half closed door. My room is old furnished and dusty. I toss out camping gears inside a dark wood chest of drawers. There is only one bathroom for the entire floor. A cleaning lady is vacuuming a derelict carpet when I walk out of my room with a waist-high towel. The bathroom is filthy. When washed and shaved, I am ready to have a beer at the bar. According to the Through-Hiker’s handbook: “owners request you shower before dining.” The bartender invites me to give him my dirty clothes now. “Laundry closes at 5pm on Sunday” he said while mopping the bar. I turn down his offer. I only have short pants, tee-shirt, gaiters and socks that I hand wash daily with a biodegradable soap. Despite a warm afternoon, I am condemned to wear long sleeve’s orange shirt and long black silk pants. My only luxury is a pair of sandals. Distance obliged, I am taking a great care of my feet.

When motor bikers leave for good the place, we are only a few customers left. A middle-aged couple is seated to my right at the bar. They eat with gusto a despicable meal. Disgusted by the greasy food, I indulge in too many beers for my dehydrated body. I’ll surely wake up with a terrible migraine tomorrow morning. It is only 5pm when I fork out.

What to do now? I can’t go back to my despairing room. Five years earlier, I would had been glad to find a room. There was no vacancy at Port Clinton hotel. The last room available was taken by a woman I met a week before on the trail. She was ahead of me. We had a good chattering at the bar. She was a nurse at Flagstaff in Arizona. Her boyfriend was working on the East Coast. He wasn’t interested to hike the trail wit her. She started northbound with her young brother. Quickly left behind, she struggled to end up in style in Maine. At mid-summer, she was only at Harpers Ferry, which is not yet half-way through her journey. She decided to flip-flop southbound. It was mid-October when I met her on the trail in the state of New Jersey. On her advice we had slept at Camp Mohican. It is operated by Appalachian Mountain Club. A loud-mouthed weekender ruined our night sleep. This time, she invited me to share her bedroom. I would had slept on the floor. I turned down her offer as she needed a good night sleep before resuming her hike. She had still two hundred miles to go. She wanted to finish her adventure before Thanksgiving. Mine was over. I had to wake up early to catch up a bus bringing me back to New York.

A veteran of Second World War helped me to find out the schedule of the bus. On the advice of a lady working at nearby peanut shop, I had knocked to his door. He made several calls to find out connecting bus schedules from Port Clinton to New York. He spent a great deal of time to check up the schedules. Robert Brion, of French ancestors, had lived all his marital life in Port Clinton. He had warned me to be no later than 6am in front of peanut shop. Port Clinton is a flag stop on the bus line. I slept on the riverbank. My night was marred by the roaring noise of trucks. At 6am, while waiting for the bus coming from Pottsville, Robert Brion wearing a bathrobe and slippers showed up with a cup of coffee. He offered me to drink it. He knew I was sleeping outside. He was concerned by my health on that first freezing night. We chatted while waiting for the late bus. He told me his harsh experience as prisoner of war. I never forgot his smiling face and his polite talk despite his failing health. He confessed me having a cancer. I wanted to give him a rain check. I promised to come back the year after. Unfortunately, I didn’t come back neither in 2004 nor the year after...

Five years later, I am back to his door. I knock it. No answer. The house looks empty. Anxious to know the truth, I inquire at nearby peanut shop. The lady tells me his passing which happened several years ago. She can’t remember the date. I come back downhearted to Port Clinton hotel. The boss also remembers him very well:” a very nice person!” Like the lady, his memory is failing. He can’t remember when he passed away. The uncertain date of his passing causes me anguish. Did he pass away before or after my false promise ? I ask the boss if he is buried in town. “Oh yes, he’s there. He has even his brass at the monument. He was a veteran. To go the cemetery, cross the bridge and turn right after it, climb half a mile on a dead end road. The cemetery is at the top of the hill.” I am too tired to climb the hill by a hot afternoon. I will pay my tribute tomorrow morning before leaving town.

I decide to pay a visit to Ye Olde Backpacker. I need to replace my lost handbook. The outfitter is located on the second floor of an old plant. My legs hurt when I climb the steep staircases. A boy is in charge of the Outfitter. In that quiet Sunday afternoon, he replaces his mother. I find another handbook. It is an updated version. The 2008 edition is the eight one! I need another pair of socks. There are only short ones on the rack. I am skeptical on their usefulness as gaiters will rub my lower calves. Between two evils, I choose the merest. Better to have socks rubbing my skin than no socks at all! My boots are worn out by the rugged trail. I still hope to go with them to Hanover, a distant five hundred miles from here. I refill my canister with denatured alcohol and I buy a new bottle of biodegradable soap. The Outfitter is selling ice cream. I check the empty tank. At the bottom, I find a cup of strawberry sorbet. When I pay the bill, the lady owner shows up. I ask her if short socks are worthwhile. “A lot of hikers are using them now!” There is a reason behind it. Most young hikers don’t wear boots anymore. They prefer lower running shoes. She asks her son if everything went well during her absence. The boy is relieved. He has no interest in the business of his mother.

On the next day, I wake up with a headache. All night a loud music was played downstairs. The noise came from the restaurant. Has some one forgotten to turn off the juke box? I inquire to a cleaning lady. She has the key of the closed bar. Yes ! The juke box was still playing for no reason. After a bad night sleep, I am in a grouch mood. The lady shares my misery. She invites me to write a letter and to ask a rebate on my bill. She provides me paper, envelope and pen. Despite my migraine, I manage to write a full page. On her advice, I drop the letter under the door of the bar. The bar is closed on Monday.

There is only one restaurant opened today. It is a mile away north of town. The walk and the cool air alongside the riverbank soothe my migraine. It is a good restaurant for breakfast. I order my favorite meal: fried eggs, hash browns, sausage, crispy bacon, orange juice and coffee. After three cups of coffee, I feel all right. It is time to go to the cemetery.

The cemetery is at the top of a hill where there is a good view on the valley. As I have no idea where Charles Brion is buried, I check every alley. Finally, I find his gravestone. "Robert Brion, August 12, 1924 - March 1, 2004". Despite my failed promise, I had no chance to meet again the old gentleman. He passed away less than five months after our acquaintance. Beside is written Ruth Brion, born Clay, February 24 1926. I have been told the widow is living in a nursing home. She has got a knee cap replacement. Ruth is ready to join her beloved husband in paradise. One need only to engrave her last day on earth on the gravestone.

samedi 11 juillet 2009

Rien !



Louis XVI (23 août 1754 - 21 janvier 1793) écrivit "rien" dans son journal au soir du 14 juillet 1789.


"Le futur est acheté par le présent."

Samuel Johnson


Les signaux « bearish » du marché se multiplient

L’index Dow Jones Industrial Average (DJIA) a cloturé vendredi 10 juillet 2009 à 8146 points. Il a perdu 134 points ou 1.6% dans la semaine écoulée. C’est la quatrième semaine consécutive de baisse. Depuis le pic du 12 juin à 8799 points, il a perdu 7.4%. Il ne faudrait pourtant pas se rasséréner par cette lente décrue de l’indice. L’analyse chartiste donne partout des signaux «bearish» du marché. Il s’est formé une tête et deux épaules non seulement sur l’index vedette mais aussi sur le S&P; 500 qui est le meilleur indice du marché ; quant au Nasdaq il vient de former un double top.

Dan Sullivan n'est pas n'importe quel conseiller de Wall Street. Il est le patron de Chartist, une lettre d'information payante destinée aux investisseurs. Parmi les 160 lettres recensées qui circulent dans le pays, Chartist est celle qui s'est avérée la plus presciente au cours des trois dernières décennies. Sans remonter loin dans le temps, Dan a senti le vent tourner à la mi-janvier 2008. Il vient d'éprouver, en début de semaine, la même crainte d'un craquement imminent du marché. Il est repassé à 100% en cash.

Dans le scénario d’île flottante que j’ai envisagé, le Dow Jones devrait rester dans un canal horizontal compris entre 8175 et 7800 points pendant quatre semaines. Puis, dans la nuit du 4 août 2009 (heure française GMT + 1) il devrait sortir de ce canal à Wall Street et entamer sa dégringolade pour retester l’abysse du 5 mars dernier à 6594 points. Il y parviendra le 15 septembre 2009 qui est la date anniversaire de l’explosion nucléaire du marché avec la faillite de Lehman Brothers.

Ensuite, tout dépendra si un nouveau plan de relance est adopté ou non par le gouvernement d’Obama. Si celui-ci se matérialise, je ne donne pas cher du marché. Il devrait entamer sa descente aux enfers comme ce fut le cas en avril 1930. Le prochain palier est placé à 4000 points. Ce qui effacera quatorze années de belle croissance. Tel sera le prix à payer pour avoir écouté les idioties des néo-keynésiens.

Comment assurer le lancement de l’emprunt national en 2010

Le CAC 40 mimique le Dow Jones. Il est repassé sous la ligne des 3000 points en clôturant vendredi à 2983 points. Des spécialistes le voient toucher 2500 points à l’automne.

Dans ces conditions dégradées de l’environnement international et de notre propre environnement dû à notre aboulie, y aura-t-il un emprunt national l’an prochain ?

Si celui-ci devait se concrétiser sous la pression des énarques de Bercy, je suggère au gouvernement de copier l’exemple de la Californie qui a recours à la formule IOU (I owe you) Cette formule, qui fait florès à Sacramento dans la capitale de la Californie, a certaines caractéristiques d’un emprunt classique comme le nom de l’emprunteur, le montant dû et parfois même le nom du créancier, mais elle se distingue de l’orthodoxie financière en ce qu’elle ne fixe pas de date de remboursement… Le tour est joué !

Pour assurer son lancement auprès du public français, je propose la formule suivante: « l’Etat français vous doit de l’argent !» Ainsi tout citoyen se sentira fier d’avoir des créances sur l’Etat. Qu’importe si elles s’avèrent irrécouvrables si on parvient à faire vibrer la fibre patriotique en dehors des stades de football !

L’agenda politique n’est plus souverain

Tout le monde sait que l’agenda d’un politicien est lié à sa réélection. Encore que cela puisse changer. C’est une occurrence, me direz-vous, qui ne survient que tous les deux siècles. Figurez-vous que nos sénateurs viennent de se réveiller brusquement sous leurs lambris dorés du palais du Luxembourg. Ils ont demandé à Philippe Mills, c’est le directeur de l’agence France Trésor qui gère la dette de la France, de venir s’expliquer devant la commission des finances. De cette audition feutrée, on retiendra qu’un tiers des nouvelles émissions de la dette sont à court terme et qu’elles représentent 16% de l’encours de la dette, soit deux fois plus qu’en 2007. Excusez du peu ! Une remontée de quelques points de base (exprimés en centièmes) sur le marché obligataire ou que la Banque Centrale Européenne (B.C.E) décide de relever son taux directeur d’un demi-point pour lutter contre l’inflation auraient de graves conséquences pour le Trésor français.

A l’issue de cette rencontre historique entre un énarque condescendant qui a daigné venir s’expliquer devant les godillots de la république sur l’état calamiteux de nos finances, on retiendra surtout cette phrase admirable de sang-froid du rapporteur de la commission des finances : «Nous nous approchons d’une zone sensible.»

Sa circonspection fait penser à Louis XVI au soir du 14 juillet 1789 quand il écrivit dans son journal : « Rien ». Bien entendu, il ne s’agissait que de chasse car le roi n’apprit la nouvelle que le lendemain. Il était excusé par la lenteur des communications de son époque ; une excuse dont ne sauraient se prévaloir tous les veaux qui s’apprêtent à partir en vacances sur les plages.

Après tout, on aura le sort que l’on mérite. Il n’y a pas d’injustice. Le marché n’est ni moral ni immoral ni amoral, il est tout simplement impitoyable envers les mécréants.

mardi 7 juillet 2009

Anthracite Land


Port Clinton, 21 September 2009

Despite a late arrival, I am awakening at dawn. When I get out of the tent, I realize that I have missed a better campsite in the darkness. Should I regret it? Not as I have slept correctly. Today I am impatient to close a gap at Port Clinton. Indeed I was there six years earlier when I was hiking southbound the trail. I am lured by the prospect of returning to a known place.

Before leaving camp, I fill two bottles of water as I have no map to tell me if there is a spring. I also don’t know the distance to Port Clinton. I think I am probably less than twenty miles away. At 7.30 am I am departing, with a little frustration, from beautiful Hertlein campsite where I would had enjoyed a pleasant evening if I didn’t err six miles for no avail. Without map or guidebook, I am moving carefully. The first couple of hours are uneventful in the forest till I reach a clearing basked by the sun light.

There is a marker. What is it? On this site was erected Fort Dietrich Snyder. It was an outpost for English troops during the French and Indian War, which is also known as the Seven Year’s War (1756-1763). After crossing battlefields of the Secession War in Maryland, here starts another piece of land harshly fought earlier. The English were settled alongside the Coast. It was too narrow for the unending stream of European immigrants. They wanted to settle westward but they clashed with French Empire which stretched from the Great Lakes to the mouth of Mississippi. It was during that war that scalping occurred on a large scale. Indians were mercenaries to the French army. They collected scalps in order to be paid. Outrage was not a French monopoly. Following a massacre committed by Mi’kmap in 1749, Governor Edward Cornwallis issued a bounty on the heads of Mi’kmap.

A side trail goes to a spring. My water supply is still intact. A quarter mile later, I reach a parking lot at PA183. The road is empty on Sunday morning. After the crossing of the road, the trail goes back to secluded woods. I come across four south-bounders. We chat for a while. The two young couples are native from Michigan. I am told that Port Clinton is roughly ten miles away. I glance at my watch to figure out at what time I can reach it. I should be there in the middle of afternoon. Later I meet several hikers on the trail. Am I the only guy going northbound this year? My impatience increases with the faint noise of Interstate. I stop at Auburn lookout. I check my multitask watch. It is 23°C or 74°F. I drink my last liter of water. I gamble my comfort zone for the remaining miles.

Auburn lookout is a natural clearing. It is another giant boulder’s field. Pennsylvania is considered the worst section of the trail for a good reason. During the last ice age, glaciers advanced and retreated in that area. They did not stay long enough to iron out the rocks but they advanced enough to break up the rocks. Repetitive freeze-thaw cycles subjected the ridge-crest rocks to ice wedging in open, water-saturated fractures. Rocks broke away and slid down the slopes where they accumulated as large masses of talus (scree). Broken, angular rock fragments and broken outcrops common along the Mountain Blue Ridge are a product of this ice age.

The trail crosses several times a jeep road. It is tempting to follow the gentle road instead the bumpy trail. As a purist, I stick to the trail. I cross a pipeline where I have a good view of the valley. Finally, the trail goes down to Schuylkill River. It is very steep at the bottom.

I stop at the train station for a good reason. There are three old steam engine locomotives with a car attached to each one. The separate tender of one locomotive wears the name of Blue Mountain & Reading Company. It was filled with the best coal in the world. A huge block of anthracite lays twenty feet away from the rail track. A sign post says it is the “famous Reading Anthracite.” Anthracite is a glaring coal. It has the highest carbon density (between 92% and 98%) amid mineral coals.

I swoon in front of the huge block of anthracite. Should I pick up a bit as keepsake? The train station is closed to the public and there is just a sleepy traffic controller at a nearby tower. Nobody will notice my petty theft. As I try with my tiny pocket knife, the blade cannot slice it. Anthracite is as hard as diamond, which is another carbon mineral. It is also too hot to stay nearby. I give up. I wipe beads of sweat on the forehead with my forearm. Is it not time to have a cold beer in town?

vendredi 3 juillet 2009

Le docteur Folamour au chevet d’une économie moribonde



Tom Simpson (30 novembre 1937 - 13 juillet 1967) fut le premier britannique à porter le maillot jaune lors du Tour de France de 1962.


En raison de la fête nationale (Independance Day) le marché américain est fermé ce vendredi 3 juillet. Comme je l’ai anticipé avec justesse, la semaine dernière, la cassure à la baisse de la moyenne mobile à deux cent jours est un fort signal « bearish » envoyé par le marché. L’index Dow Jones a clôturé jeudi 2 juillet à 8280 points. Malgré une semaine réduite à quatre sessions, il a perdu 1.8%. La pandémie d’exubérance irrationnelle (E2I2) est définitivement conjurée. Depuis le pic du 12 juin à 8799 points, l’index a reperdu 519 points ou 5.8% en valeur relative.

Mon scénario d’île renversée est en train de se confirmer

L’île renversée (island reversal), une configuration graphique que j’ai évoquée, pour la première fois, dans un article du 2 mai 2009 (1), est en train de se confirmer. La propagande des néo-keynésiens a fait long feu. Comme nous sommes entrés en période estivale, leur foi de conjurer les forces du marché me fait penser au jeu de plage qui consiste à bâtir un château de sable dans le vain espoir qu’il résiste à la marée montante…

Depuis le 12 juin, la baisse du marché a été plutôt contenue. C’est normal. Les retranchés se battent de toutes leurs forces avec l’antienne d’une reprise imminente de la croissance. La pandémie E2I2 s’est trouvé une antienne écologiste qui est dans l’air du temps avec « green shoot. » Si les néo-keynésiens voient partout des pousses vertes dans leur jardin, de sourds coups ont ébranlé la muraille. C’est le travail de sape des assaillants qui reste largement ignoré des médias. Une brèche vient de s’ouvrir dans la muraille. C’est l’annonce, ce jeudi 2 juillet, des statistiques du marché de l’emploi aux Etats-Unis pour le mois de juin. Le Département du Travail a annoncé que l’économie américaine a perdu 467 000 emplois alors que les économistes en attendaient 100 000 de moins. Aucun secteur n’est épargné par la purge. Depuis que l’économie est entrée en récession en décembre 2007, 6.5 millions d’emplois ont été perdus. Le taux de chômage s’établit à 9.5%. Dans le pire scénario envisagé par la Fed lors de son test (stress testing) qu’il a fait passer aux dix-neuf grandes banques du pays, le chômage devait atteindre 8.9% en 2009 et 10.3% en 2010. D’ores et déjà, le seuil de 2009 est enfoncé. Cela démontre l’obsolescence des simulations de la Fed moins de deux mois après leur publication du 8 mai.

La crainte se répand que les pousses vertes ont été carbonisées par le soleil.

La brèche dans la muraille va s’élargir immanquablement et les ours vont se répandre dans la cité en vendant à découvert. La descente aux enfers va s’accélérer quand les assiégés capituleront. Le marché va sans doute retester le plancher de 6594 points du 5 mars. Il s’est formé un gap (trou) de 126 points dans la courbe du Dow Jones qu’il faudra combler un jour ou l’autre. (2) Ainsi se conclura, dans le paroxysme des forces destructrices du marché, la configuration d’île renversée.

La France se considère toujours à part du reste du monde

Si l’été s’annonce calamiteux pour peu que l’on décrypte les tendances lourdes du marché, des millions de Français s’apprêtent à partir, comme chaque année, en vacances. De son côté, le gouvernement envisage benoîtement de lever un emprunt national. A défaut de dédouaner la folle insouciance de mes compatriotes, elle s’explique par des causes historiques. Contrairement aux autres grandes puissances, la France n’a pas subi la Grande Dépression de l’entre-deux-guerres. Son autarcie et la grande place des petites exploitations agricoles dans son économie jouèrent indéniablement en sa faveur alors que le commerce mondial recula de 80% ! Si ce n’est plus le cas aujourd’hui, la France vit dans l’illusion que son modèle étatiste la protégera bien des forces déflationnistes qui sont à l’œuvre…

L’analogie avec la crise de 1929

L’analyse chartiste présente d’étranges analogies avec la crise de 1929. Après le zénith du 10 octobre 1929 lorsque l’index Dow Jones culmina à 352 points, il entama sa dégringolade. Contrairement à ce que racontent les livres français d’histoire économique, le krach ne peut se résumer à la seule séance du jeudi noir du 24 octobre. Il tomba à 230 points le 29 octobre, puis rebondit à 273 points le 31 octobre avant de rechuter lourdement. Il dégringola à 198 points le 13 novembre 1929. De ce point bas, il entama une lente période de convalescence qui dura jusqu’en avril 1930. Cinq mois s’écoulèrent entre le point bas à 198 points du 13 novembre 1929 et le sommet à 294 points du 17 avril 1930. Puis le marché capitula et entama sa descente aux enfers. L’abysse ne fut atteint que, deux ans plus tard, lorsque le Dow Jones toucha les 41 points le 8 juillet 1932.

Ce rappel historique conforte l’analyse que je soutiens depuis l’explosion nucléaire du marché du 15 septembre 2008 avec la faillite de Lehman Brothers, à savoir que nous avons vécu provisoirement un rebond technique au lieu d’une reprise en V de la croissance annoncée en fanfare par les néo-keynésiens.

Si la fin tragique du coureur cycliste Tom Simpson pouvait nous servir de leçon…

A son corps défendant, Paul Krugman (le gourou des néo-keynésiens est littéralement assommé par la publication des statistiques du chômage) rejoint mon analyse. Il a titré son papier de ce jour comme suit : « That ‘30s Show ! » Il écrit ceci : “All of this is depressingly familiar to anyone who has studied economic policy in the 1930s.”(Tout cela est familièrement démoralisant pour quiconque a étudié la politique économique des années trente) Au moins sur ce point, nous sommes d’accord mais pas pour le reste lorsqu’il prône, à court d’argument, une énième stimulation de l’économie.

Alors que s’élance le Tour de France, il est bon de rappeler celui de 1967. Après deux semaines de course, Tom Simpson était sixième au classement général. Honnête grimpeur, il avait limité la casse dans l’ascension du col du Galibier. Puis il avait souffert, comme les autres coureurs du peloton, de la canicule en Provence. Grâce aux amphétamines qu’il prenait pour se surpasser, il visait toujours une place sur le podium à l’arrivée du Tour à Paris. Au départ de la treizième étape (13 juillet) reliant Marseille au sommet du Ventoux, le docteur du Tour, Pierre Dumas, fit une déclaration prémonitoire : « Si les coureurs prennent quelque chose aujourd’hui, nous aurons une mort sur les bras. » Pierre Chagny, le célèbre journaliste sportif, écrivit : « La course fut tranquille jusqu’au pied du mont Ventoux lorsque le grimpeur espagnol Julio Jimenez passa à l’attaque. » Il faisait 45°C ce jour là dans la cuvette de Bedoin au pied du Ventoux. La chaleur était suffocante. La course se décanta rapidement dès les premiers terribles lacets de l’ascension. Simpson faisait plutôt bonne figure. Il naviguait dans un petit groupe qui n’accusait que deux minutes de retard sur l’homme en tête de la course. Subitement, il commença à zigzaguer dangereusement à trois kilomètres du sommet. Il tomba lourdement. Avec l’aide du mécanicien, il fut remis en selle. «Mes cales, Harry, mes cales !» furent les derniers mots qu’il prononça. Il refit trois cent mètres avant de s’écrouler sur l’asphalte brûlant. Ni le bouche à bouche, ni le massage cardiaque pratiqué sur place, ni le masque à oxygène durant son évacuation en hélicoptère ne purent le ranimer. Il décéda avant même son admission à l’hôpital d’Avignon.

C’est la même thérapie de choc que veut infliger le gourou néo-keynésien à une économie moribonde. Comme le docteur Folamour a l’oreille du président Obama, il y a tout lieu d’être inquiet !

(1)Archive du 2 mai 2009 : « La Chine veut racheter tout le stock d’or du Fonds Monétaire International.

(2)Archive du 22 mars 2009 : « A chacun sa vérité »