samedi 27 juin 2009

La roche Tarpéienne est proche du Capitole



Le taureau est l'attraction touristique de Wall Street



"Selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."

Jean de la Fontaine


L'index Dow Jones a clôturé vendredi 26 juin à 8439 points. Il a encore perdu 100 points par rapport à la semaine dernière. Il a cassé, à la baisse, sa moyenne mobile à 200 jours qui est actuellement à 8508 points. C'est un signal "bearish" envoyé par le marché.

La vulnérabilité de l'Etat français en cas d'assèchement du marché obligataire

Dans la mythologie de Wall Street, le marché se partage entre bulls (taureaux) et bears (ours) : d'un côté le clan des optimistes et de l'autre des pessimistes en ce qui concerne l'avenir de l'économie américaine. A l'angle de Bowling Street et de Wall Street, les touristes de passage à New York se prennent en photo devant la statue en bronze de trois tonnes du taureau prêt à charger. C'est l'œuvre de l'artiste italien Arturo Di Modica. Sa contrepartie n'existe pas car elle ne cadre pas avec le tempérament résolument optimiste du peuple américain et qui tranche avec la crainte viscérale du peuple français à l'égard de son propre avenir.

Cette crainte est amplement justifiée. Comment peut-on espérer percevoir une retraite dans le système actuel de répartition ? Comme le notait avec ironie le journaliste Yvan Rioufol (1), ce qui n'est qu'une vulgaire pyramide de Charles Ponzi, imitée de nos jours par Bernard Madoff, s'appelle la solidarité nationale dans notre économie soviétique. Avec un ratio de 1.4 actif par retraité, il n'est pas besoin d'être un Polytechnicien pour comprendre que ce système ne récompensera plus que pour quelque temps encore les plus hauts placés dans la pyramide. Curieusement, beaucoup de Français ne l'ont pas encore compris. Ils s'imaginent toujours qu'ils cotisent pour leur propre retraite alors qu'ils ne font que payer la retraite de ceux qui en bénéficient. Tout cela se terminera très mal un jour et dont la date ne saurait être indéfiniment reportée.

Le recours à l'emprunt sur les marchés internationaux devient un exercice difficile. Comme le révèle Philippe Herlin (2), la dette française est détenue à 62% par des investisseurs étrangers. A titre de comparaison, celle des Etats-Unis est moins vulnérable que la nôtre. Seulement 28% de celle-ci est détenue par des étrangers. D'où l'idée lancée, cette semaine, par le président de la République d'un emprunt national pour colmater les brèches béantes du Titanic...

La notion de bulle à l'épreuve du temps


La semaine dernière, j'avais évoqué que la formation d'une bulle est inhérente à la nature humaine (spéculation) et que Ben Bernanke, le président de la Fed, ne savait pas quand une bulle se formait et que si cela devait se produire, il disposait de la seringue pour la dégonfler en douceur. Mais dégonfler une bulle sans qu'elle éclate est un exercice périlleux. Le maestro (Alan Greenspan) s'y est essayé sans succès. La remontée progressive du taux directeur de la Fed, entre 2003 et 2006, n'a pu prévenir l'éclatement de la bulle de l'immobilier en août 2007 ; d'où mon scepticisme à l'égard du rôle des banques centrales...

Pourtant, il ne faut pas être un grand clerc pour déceler l'apparition d'une bulle. L'histoire fourmille d'exemples. Commençons par le début. En février 1637, au sommet de la tulipomania aux Pays-Bas, un contrat de bulbes de tulipe se vendait dix fois le salaire annuel d'un ouvrier qualifié. Selon le journaliste anglais Charles Mackay, le record fut atteint, le 3 février 1637, lorsqu'un bulbe de tulipe rare (Semper Augustus) atteignit la valeur de cinq hectares de terres agricoles. Le 1er mai, le cours de ce bulbe avait perdu 95% de sa valeur. La bulle ne s'était pas dégonflée ; elle avait littéralement éclaté.

Plus près de nous dans le temps, une autre bulle s'est formée. Elle concernait le secteur nouveau de l'internet. Al Gore, le vice-président de l'époque, lui donna un joli nom : "l'autoroute de l'information." Le 10 janvier 2000, l'action Yahoo atteignit son record à 218 $. Sa capitalisation boursière représentait deux fois la bourse de Wellington. Peter Schiff, un économiste américain qui était en visite en Nouvelle Zélande, posait la question suivante à ses interlocuteurs : "Ne préféreriez-vous pas détenir ce pays plutôt que Yahoo ? Le dividende de tout le marché néozélandais vous rapporterait un milliard de dollars par an. C'était juste le dividende des actions et non pas le principal. Néanmoins, Yahoo valait deux fois plus que tout le marché néozélandais." Comprenne qui pourra !

Un analyste joua un grand rôle dans l'accélération de cette bulle. Henry Blodget, un licencié d'arts de l'université de Yale, commença par écrire pour le compte du magazine Harper's. Puis il s'essaya à la finance qui devait plus lui rapporter que ses piges au célèbre magazine littéraire. Tel était le pari qu'il fit. En 1994, il fut engagé par la maison de courtage Prudential Securities. Sans entrer dans les détails de sa lucrative reconversion professionnelle et qui est la preuve que tout un chacun peut tenter sa chance en Amérique, il atterrit, deux ans plus tard, au firmament de la profession en devenant un analyste du secteur des valeurs technologiques de la firme Oppenheimer & Co. A cette époque, le Nasdaq tirait tout le marché à la hausse. Blodget, qui ne manque ni de talent ni de flair, comprit qu'il pouvait tirer son épingle du jeu biaisé qui se jouait. En octobre 1998, il annonça que l'action Amazon atteindrait 400 $. Plus surprenante que sa prédiction fut la rapidité avec laquelle l'action atteignit cette cible. Un mois suffit pour y parvenir. L'action avait grimpé de 128%. Après ce beau coup réalisé, il devint la coqueluche du marché. Comme je vivais à cette époque à New York, je me rappelle très bien des commentaires élogieux de la presse à son égard. Faire gagner beaucoup d'argent en si peu de temps vous attire immanquablement une grande estime du public américain. Quoi de plus naturel, me direz-vous, dans la ville au veau d'or magnifiée par l'artiste italien Arturo Di Modica ?

Deux mois après la prédiction de l'oracle de Wall Street, ce dernier se vit offrir le même poste par une firme concurrente. Blodget démissionna et entra chez Merril Lynch, l'une des plus grandes maisons de courtage de Wall Street, où son salaire et son bonus de fin d'année furent nettement revalorisés. Un bonus d'une dizaine de millions de dollars était à la clé. Qui pourrait résister à une telle offre mirobolante ? L'influence de Blodget continua à croître en symbiose avec la bulle internet. L'année suivante, il devint l'analyste le mieux payé de Wall Street. Infatué par son succès et perdant aussi, par la même occasion, le sens des réalités, Blodget investit personnellement 700 000 $ dans des actions technologiques au début de l'année 2000. Mais son heure de gloire était passée. Le 10 mars 2000, l'indice Nasdaq atteignit son zénith à 5048 points. Puis il entama sa descente aux enfers. Aujourd'hui, l'indice ne vaut plus que 1838 points. Il a perdu 64 % en une décennie.

Deux poids, deux mesures

En 2002, le procureur de Wall Street qui n'était autre qu'Elliot Spitzer qui défraya, plus tard, la chronique lorsqu'il fut contraint de démissionner de son poste de gouverneur de l'État de New York après s'être payé des prostituées avec l'argent du contribuable américain, publia des messages électroniques de Blodget dans lesquels il avouait à ses supérieurs hiérarchiques que ses recommandations étaient infondées. (C'est un peu la même histoire avec Kerviel comme nous le verrons plus loin) L'action Yahoo ne valait certainement pas le double de la bourse de Wellington. Qu'importe la vérité puisque l'oracle faisait tant gagner d'argent à sa firme ! Quand la bulle éclata, il fallut bien qu'un bouc-émissaire fût désigné à la vindicte publique après que les spéculateurs aient perdu tant d'argent. Blodget était tout désigné.

En 2003, la Securities and Exchange Commission (S.E.C) inculpa Blodget de fraude financière. Dans un arrangement négocié avec le gendarme de Wall Street (plea bargain) Blodget ne reconnut pas sa faute mais il accepta de payer une amende de deux millions de dollars et aussi la somme de deux millions de dollars pour dégorger la procédure juridique engagée contre lui. Il fut interdit à vie de l'industrie financière. Blodget sut rebondir. Il retourna à son métier de journaliste. Comble d'ironie, il couvrit le procès de Martha Stewart, la Madonna de la cuisine américaine, qui avait eu l'imprudence d'acheter des actions sur un tuyau qui lui avait été donné par un ami. Cette femme célèbre, qui n'appartient pas au sérail de Wall Street, fut condamnée à cinq mois de prison ferme.

L'histoire d'Henry Blodget et de Martha Stewart ressemble grosso modo à celle du courtier Jérôme Kerviel et de son patron Daniel Bouton à la banque Société Générale. Le parquet a demandé le renvoi en correctionnelle du courtier alors que son patron n'encourt aucune sanction en dépit que c'est lui qui a créé, dès sa nomination à la tête de la vénérable banque de dépôt créée sous le Second Empire, la branche d'investissement qui est à l'origine des pertes colossales essuyées par la banque.

Sortir de la botte de l'ENA avec une nomination dans le corps des inspecteurs de finances assure à l'impétrant une impunité totale au cours de sa carrière professionnelle dans le secteur privé et qui porte le gentil nom de pantouflage pour les initiés, comme l'a fort justement relevé Nicolas Lecaussin dans un essai caustique. (3) La seule sanction qu'il encourt est sa réintégration dans son corps d'origine, une sanction fort douce pour quelqu'un qui a fait perdre des milliards d'euros aux actionnaires ou aux contribuables lorsqu'il s'agit d'une banque publique. La faillite du Crédit Lyonnais aurait-elle été oubliée par les Français ? Le général de Gaulle avait raison de dire que les Français sont des veaux. Une évidence exploitée à fond par cette caste intouchable qui est à l'origine de 99 % des lois votées en France !

(1) Yvan Rioufol : "Quel avenir pour nos retraites "Madoff" ?

(2) Philippe Herlin : "Le grand emprunt national.

(3) Nicolas Lecaussin : "Le dossier noir de l'ENA"

samedi 20 juin 2009

Le mythe de l'homme providentiel



Franklin Delano Roosevelt (1882-1945) fut réélu trois fois président. Suite à ce précédent fâcheux qui rompait avec la coutume présidentielle, le vingt-deuxième amendement fut inséré, le 27 février 1951, dans la constitution américaine. Il limite le président à deux mandats.



L'index Dow Jones a clôturé vendredi 19 juin à 8539 points. Il a perdu 241 points ou 2.7% par rapport à la semaine dernière. La correction a débuté dès lundi avec la publication de l'indice de production industrielle pour le mois de mai aux États-Unis. Il est en baisse de 1.1%. Que croyez-vous qu'il arriva ? Ce n'est pas le serpent qui creva mais la bulle d'Obama !

Dans la récente pandémie d'exubérance irrationnelle (E2I2), que nous avons connu entre le 9 mars et le 12 juin, une telle nouvelle aurait immanquablement été saluée par une hausse du marché. On nous aurait expliqué que c'est tout à fait normal que les cours montent lorsque les indices sont moins mauvais qu'escomptés. Mais à force de nous répéter que la reprise de la croissance est pour demain, les investisseurs ont fini par se lasser.

La formation des bulles est inhérente à la nature humaine

Dans l'enquête menée par John Cassidy " Anatomie d'une débâcle : Ben Bernanke et la crise financière" (1) on y lit que l'actuel président de la Fed n'a pas vu venir la bulle immobilière jusqu'à ce qu'elle éclate. Dans cette passionnante enquête de 22 pages (j'ai pris la peine de la traduire intégralement le jour de Noël et le suivant) j'ai été stupéfié par la position de Bernanke lors d'une conférence estivale de la Fed.

Cette conférence se tient, chaque année, à Jackson Hole au pied de la chaîne des Grands Tétons dans le Wyoming. Après le rendez-vous hivernal dans la villégiature de Davos en Suisse, nos élites économiques aiment se retrouver dans un cadre exceptionnellement beau et revigorant pour leurs neurones fatigués. Ce n'est pas le fruit du hasard que le somptueux hôtel victorien de Bretton Woods, au pied de la chaîne présidentielle dans le New Hampshire, fut choisi, en été 1944, pour l'élaboration de l'ordre financier de l'Après-guerre. Le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale ont été accouchés au pied du mont Washington, lequel est réputé pour la violence des tempêtes qui s'y abattent. Le 12 avril 1934 fut enregistrée, à la station météorologique implantée au sommet de la montagne, une rafale de vent de 372 km/h ! (2) C'est le record absolu à ce jour. Les économistes de l'époque savaient-ils cela ? On peut en douter en raison du chaos qui règne de nos jours. Voici l'extrait qui est au cœur du problème.

"Le thème de la conférence de 1999 était "les nouveaux défis pour la politique monétaire". Comme maintenant, il y avait à cette époque un vigoureux débat parmi les économistes à propos des banques centrales : Devaient-elles hausser les taux d'intérêt pour contrer les bulles spéculatives ? En accroissant le coût du crédit, la Fed, du moins en théorie, peut restreindre la spéculation et prévenir une hausse excessive des actifs, comme les actions ou l'immobilier.

Bernanke et Gertler arguèrent que la Fed devait ignorer les bulles et s'en tenir à sa politique traditionnelle de contrôle de l'inflation. Si une bulle éclate, dirent-ils, la Fed pourrait toujours abaisser les taux d'intérêt pour minimiser les dommages sur le reste de l'économie. Pour supporter leur thèse, ils présentèrent une série de simulations faites sur un ordinateur, qui, en apparence, montraient qu'une politique destinée à lutter contre l'inflation, stabiliserait mieux l'économie qu'une politique axée sur les bulles.
"

C'est ce qu'entreprit, avec retard, le maestro Alan Greenspan en 2004 alors que s'était créée une bulle immobilière dont il était coresponsable avec George Walker Bush en maintenant le taux directeur de la Fed à 1% pendant deux années après l'éclatement de la bulle internet en avril 2000. C'est très exactement ce qui est en train de se reproduire aujourd'hui avec le maintien artificiel du taux directeur à 0% de la Fed pour doper la croissance.

A-t-on besoin de banques centrales ?

Sans le rôle souvent néfaste joué par les banques centrales pour doper la croissance, y aurait-il encore des bulles ? Oui car le marché obéit à une psychologie des foules amplement démontrée par Gustave Le Bon. (3) Mais il existe aussi des cycles économiques qu'il ne faut pas négliger dans la formation des bulles. C'est un Français, Clément Juglar, qui identifia, pour la première fois, en 1860, des cycles économiques de huit à onze ans de période. Plus tard, l'économiste autrichien Joseph Schumpeter argua qu'un cycle de Juglar a quatre phases : une expansion (accroissement de la production et des prix, taux d'intérêt bas), une crise (krach du marché et faillite en série de firmes), une récession (baisse des prix et de la production, taux d'intérêt élevés) et reprise (augmentation de la productivité, regain de confiance des ménages)

A-t-on encore besoin de banques centrales puisqu'elle sont incapables de prévoir la formation de bulles dont elles sont coresponsables avec les politiques en maintenant artificiellement bas les taux directeurs pour doper la croissance alors que l'histoire nous a appris qu'il ne faut rien faire ?

Le mythe des néo-keynésiens

Les néo-keynésiens sont convaincus du bien fondé des initiatives de Franklin Delano Roosevelt pour sortir son pays de la Grande Dépression. Contrairement à ces gens qui puisent leur légitimité dans l'action du grand maître, Franklin ne connaissait ni l'économie, ni a fortiori les travaux de Keynes. C'est très embarrassant pour eux. Mais, une chose que l'on sait moins de lui, c'est qu'il était, avant tout, pragmatique en tout sens que cette assertion contient de troublant. Il essaya donc tout et son contraire jusqu'à ce que l'économie américaine redémarre finalement d'elle-même, en 1940, lorsque les carnets de commande affluèrent de l'Union soviétique du cher oncle Joseph qu'il aimait et du Royaume-Uni de Winston qu'il n'aimait pas. Pour les liens affectifs unissant Franklin à Joseph, l'historien anglais Paul Johnson en donne des preuves. (4) De mémoire, je vous cite un extrait d'une lettre de Franklin à Winston, l'éternel rabat-joie : "Je sais que si je demande une chose à Joseph, il ne me la refusera pas." (sous-entendu qu'avec vous, c'est toujours déplaisant de dialoguer) L'angélisme de Franklin en matière de relations internationales me fait penser à Obama. L'enfer est pavé de bonnes intentions.

Plus que par la science économique qu'il abhorrait autant que son cousin Théodore (5), Franklin était servi par un don oratoire exceptionnel. En 1936, il battit facilement le gouverneur du Kansas, Alf London, qui avait commis l'imprudence d'accepter le "New Deal" proposé par son adversaire. Comme il n'y avait pas d'alternative économique pour sortir le pays de la Grande Dépression, les électeurs choisirent le barde à la voix réconfortante.

En 1940, nouveau coup de pouce du destin, Franklin choisit de se représenter une troisième fois alors que la coutume présidentielle l'interdisait. Ulysse Grant et son cousin Théodore furent, tour à tour, attaqués pour essayer de briguer un troisième mandat. Mais Franklin sut habilement surmonter cet obstacle juridique dans une mise en scène inédite. Il savonna d'abord la planche de deux membres de son cabinet qui étaient les étoiles montantes du parti démocrate : Cordell Hull et James Farley. Les prétendants évincés du trône, il choisit la ville de Chicago où il avait un très fort support de la machine démocrate (encore Chicago où il se passe des choses étranges de nos jours !) pour accueillir la convention du parti. Elle eut lieu entre le 15 et le 18 juillet 1940 alors que les Allemands paradaient sur les Champs-Élysées. Aux délégués, Franklin envoya un message habile annonçant qu'il ne se représentait pas à moins que le parti ne l'inscrive sur la liste des candidats et que, de toute façon, les délégués seraient libres de voter pour qui ils voudraient in fine. Les délégués furent abasourdis par la teneur du message. C'est alors que le speaker, qui était à la botte de Franklin, cria : "Nous voulons Roosevelt, le monde veut Roosevelt!" Comme son cousin Théodore qui fut son mentor en politique, Franklin avait sans doute lu l'ouvrage de Gustave Le Bon à propos de la psychologie des foules. La réaction ne se fit pas attendre. Les délégués furent transcendés par l'appel du speaker. Roosevelt fut désigné triomphalement par la convention démocrate, dès le premier tour de scrutin, avec 946 voix contre 147 seulement à son malheureux adversaire John Nance Garner. Dans sa campagne contre le républicain Wendell Willkie, Franklin se vanta de son expérience au pouvoir et aussi de son intention de faire tout son possible pour garder le pays à l'écart de la guerre. Comme Woodrow Wilson en 1916, il sut capter les voix des pacifistes qui étaient majoritaires dans le pays. On connaît la suite en 1917 et en 1941. Les paroles des politiques n'engagent que ceux qui y croient.

Pour sa quatrième campagne en 1944, Franklin n'eut pratiquement rien à faire. Il n'avait plus à se justifier. Il avait déjà franchi le Rubicon en 1940 en se présentant une troisième fois. Sur un plan économique, l'appareil industriel tournait à plein. Il n'était donc plus question d'expérimenter comme lors de ses deux premiers mandats calamiteux. La victoire des Alliés n'étant pas acquise, surtout contre l'empire du Soleil Levant, on ne change pas de cheval au milieu du gué. Les électeurs le plébiscitèrent contre le candidat républicain (il en fallait un pour donner l'illusion d'une élection) Thomas Dewey.

L'ingratitude des électeurs

Quant à son Cassandre qu'il ne voulait pas écouter, il subit une grande déconvenue en 1945. Par décence, Winston avait attendu la fin des hostilités pour convoquer le corps électoral anglais qui le remercia comme on le sait. L'ingratitude des électeurs n'est plus à relever. George Walker Bush qui a mené une bataille sans concession contre l'islamo-fascisme en sait quelque chose. A l'inverse de Winston Churchill et de Théodore Roosevelt qui avaient des scrupules à l'égard des électeurs, Franklin en était dépourvu. Par paresse intellectuelle (s'informer correctement requiert beaucoup d'énergie) les électeurs préfèrent les bardes (Obama : "yes we can !") aux hommes d'État qui leur tiennent un langage de vérité. Se sachant condamné, Franklin n'aurait pas dû se représenter une quatrième fois. Pourtant, les électeurs ne lui ont pas tenu rigueur.

Plus grave, Franklin passe pour l'homme providentiel qui aurait réussi à sortir son pays de la Grande Dépression à travers le "New Deal" qui est un galimatias de mesures incohérentes. Dans son essai "America's Great Depression" paru en 1966 (6), Murray Rothbard les avait toutes relevées. Tombé aux oubliettes, son livre vient d'être opportunément réédité en anglais. J'ai eu le grand plaisir de le lire après avoir renoncé, pour des raisons financières, à une ancienne version vendue à un prix astronomique sur la toile.

A quand une version française pour instruire ceux qui veulent connaître les faits et non pas se contenter d'écouter les mêmes idioties répétées à l'envie par nos journalistes gauchistes ? Mais les mythes ont la vie dure, surtout dans une France profondément ancrée à gauche, même si elle se donne encore l'illusion d'avoir un président de droite qui, lui, sait jouer des contradictions du corps électoral en utilisant la plume de son conseiller spécial.

(1) archive du 26 décembre 2008 : "Le capitaine à la barre de l'économie mondiale"

(2) archive du 1er août 1996 : "Bretton Woods"

(3) Gustave Le Bon : "La psychologie des foules". Paru en 1895, cet essai est la référence. Malheureusement, cet auteur remarquable par la clarté de sa démonstration est devenu un paria du politiquement correct depuis qu'il est tabou d'évoquer le mot de race.

(4) Paul Johnson : "A history of American People" paru en 1997

(5) Bernard Martoïa : Théodore Roosevelt tome III La Présidence Impériale

(6) Murray Rothbard : " America's Great Depression". Une réédition placée sous de bons auspices car c'est le clairvoyant Paul Johnson qui l'a préfacée.

dimanche 14 juin 2009

La quadrature du cercle des keynésiens



Timothy Geithner, l'actuel secrétaire du Trésor, parle le chinois. Cet atout sera-t-il suffisant pour convaincre Pékin de ne pas se délester des bons du trésor en faveur de l'or ?


L'index Dow Jones Industrial a clôturé à 8780 points vendredi 12 juin. Avec un faible gain de 27 points par rapport à la semaine dernière, le marché hésite sur la direction à suivre. Serait-il parvenu à un plateau provisoire ou est-il au bord d'un précipice ? Les avis sont partagés.

La purge du marché immobilier n'est pas encore terminée en Amérique

Si vous êtes keynésien, vous pouvez me traiter de grincheux et de borné appartenant à une école (autrichienne) en voie de disparition. Les plans de relances ne sont-ils pas en train de nous sortir de la crise ? L'envolée des bourses ne préfigure-t-elle pas une reprise de la croissance en août selon les dernières prévisions ?

En dépit des objurgations des politiques d'inspiration keynésienne ou socialiste (la main invisible d'Obama pour régler tous nos problèmes) je persiste dans l'erreur. Je ne vois toujours pas le bout du tunnel dans le marché de l'immobilier qui est à l'origine de la crise. Peut être suis-je victime de cécité alors que de lumineux signaux indiquent un retournement du marché ? Je me console en me disant que ce n'est pas parce que j'appartiens à un courant ultra minoritaire en France que j'ai forcément tort... Confer l'édition du 9 juin du journal Le Monde : "les libéraux plaident non-coupable."

Whitney Tilson et Glenn Tongue sont partenaires d'un mutual fund. Le 20 mai a été publié leur livre dont le titre se passe de commentaire : "More Mortgage Meltdown" (encore plus de faillite hypothécaire) Le sous-titre "six moyens de prospérer par mauvais temps" consolera peut être les spéculateurs.

Que disent ces managers qui ne sont ni des idéologues ni des philanthropes ?
"Bien que les États-Unis aient pris le problème à bras le corps, des pertes estimées à plus d'un trillion de dollars ne se sont pas encore matérialisées... En dépit du vent de face que nous devrons affronter pendant plusieurs années, nous croyons qu'il existe des opportunités sensationnelles d'investir pour ceux qui savent où regarder."

Dans leur livre, ils arguent que les récents indices de stabilisation du marché de l'immobilier sont le produit de facteurs saisonniers et d'expédients de l'administration. Un moratoire temporaire des saisies a permis à Fannie Mae et Freddie Mac (1), les deux grands coupables de la crise des crédits hypothécaires encore ignorés par le journal Le Monde, de venir en aide aux propriétaires qui peuvent être sauvés. Ceux qui n'ont aucune chance de l'être en raison de leur ratio d'endettement ont été écartés de cette sélection à la sauvette. Mais cette manipulation du marché a un prix. Elle va se traduire, en fin d'année, par une hausse importante du stock de maisons invendues qui, à son tour, exercera une pression à la baisse des prix. C'est la conséquence de la main invisible d'Obama...

Selon ces deux spéculateurs avisés, le marché devrait baisser de 5 à 10%, une opportunité qu'ils vont sans doute exploiter à leur avantage. Pour ces deux borgnes, l'abysse ne devrait être atteint que dans un an et la reprise du marché sera très molle...

Dans leur analyse, ils évoquent, entre autres calamités, que 73% des options ARM, 50% des subprime, 45% des Alt-A et aussi 25% des prime mortgage (la meilleure signature du marché des prêts hypothécaires) sont en train de couler. Une option ARM (adjustable rate mortgage ou prêt hypothécaire à taux variable en français) est un prêt sur trente ans assorti de quatre options. Sans entrer dans les détails des options de ce type d'emprunt spéculatif, le taux d'intérêt est de l'ordre de 1% pendant les quatre premières années avant de grimper fortement. Un Alt-A mortgage, un raccourci pour Alternative A-paper, est un type de prêt à risque intermédiaire et qui se situe entre le prime mortgage et le sub prime mortgage dans le jargon de Wall Street. On notera surtout dans l'analyse des deux auteurs qu'un quart des ménages ayant contracté un prime mortgage (la meilleure qualité du marché) s'apprêteraient à faire défaut dans leur mensualité de paiement. Il est considéré par les professionnels qu'au-delà d'un seuil de 12% de faillites, le marché est menacé de krach.

La quadrature du cercle des keynésiens

A la lumière de ces rappels volontairement ignorés par la presse gauchiste de part et d'autre de l'Atlantique, on comprend mieux pourquoi la Fed ne peut s'autoriser une remontée, même mineure, de son taux directeur pour lutter contre l'inflation rampante sans provoquer, à son tour, une nouvelle vague de faillites de ménages américains.

Dans le même temps, le secrétaire du Trésor Timothy Geithner doit convaincre les dirigeants chinois que leurs achats de bons du Trésor américain constituent toujours un excellent placement malgré la baisse concomitante du rendement de ces bons et du dollar. D'où son déplacement à Pékin, le 30 mai, où les mandarins commencent à douter de la qualité d'un tel placement. Timothy parle couramment le mandarin. La maîtrise de cette langue est la raison de sa nomination à ce poste très sensible.

Pour ces raisons et d'autres évoquées dans un précédent article (2), je reste circonspect sur la perspective d'une reprise prochaine et, a fortiori, durable de la croissance en question dopée aux amphétamines.

L'illusion temporaire de la France

Quant au marché immobilier français, il n'est en qu'aux prémices de la purge. C'est la conséquence d'une économie fortement administrée ; ce qui donne l'illusion que nous nous en sortons mieux que les autres dans cette crise. Cocorico ! Malgré les innombrables interventions de la main étatique, le moment de vérité approche. Les réserves en devises n'ont jamais été aussi basses : à peine de quoi tenir une quinzaine de jours alors qu'il en faudrait pour trois mois pour parer une méchante vague déferlante.

Les communiqués de presse de la marquise de Bercy ne sont plus aussi triomphaux que par le passé. Mais quand traitera-t-on les Français comme des adultes en leur expliquant la situation catastrophique de nos finances publiques ? L'ampleur et la répétition des manifestations prouvent que beaucoup trop de nos compatriotes sont dans l'ignorance. Triste constat d'une pandémie de schizophrénie entretenue par les politiciens et les syndicalistes.

(1) archives du 6 août 2008 : "la responsabilité de deux administrations démocrates dans la débâcle des subprimes."

(2) archives du 2 mai 2009 : "La Chine veut racheter tout le stock d'or du Fonds Monétaire International."

mardi 9 juin 2009

Hertlein Campsite



Boulder field before Hertlein Campsite, 20 September 2008

Before leaving One Gallon and his young partner from Maine, I ask them if they have seen a good campsite alongside the trail.
“There is one with a swimming pool right on the trail!” said the boy with gusto.
“How far is it from here?”
“Roughly fifteen miles” adds the boy after a mental arithmetic.

It will be an average stage for me: just seventeen miles. Even with a late start at 10 am, an hour long talk with One Gallon and his partner, I should arrive before darkness to the camp. With that expectancy in mind, I don’t feel any pressure. It is a beautiful day for hiking: blue sky and light breeze. I don’t have my data book to guide me. Tomorrow I’ll be back in known territory at Port Clinton. I have already hiked the trail south bound from Greenwich, in Vermont, to Port Clinton in Pennsylvania.

The trail is parallel to the ridge. Sometimes I am blessed with an open view. A cliff borders Blue Mountain Range to the south. Water is scarce on the ridge. Without any information to my disposal, I am clueless. After a couple of hours, I hear a faint traffic. Will I cross a road soon? Yes. Ten minutes later I arrive at PA 645. Tourists gaze at Dick Kimmel lookout. I join them. I drop my backpack and drink water. A guy offers me a beer. I decline politely his offer. As he feels offended, I explain to him that I am too thirsty to drink a beer now.

“Where’re you from?” Asks the woman closed to the man.
“I am from Paris.”
“Paris, France?”
“Yes, Paris, France and you?”
“Oh we’re from Pottsville, a little town you have never heard off” she adds to excuse herself.
“I don’t know Pottsville but I do know John O’Hara. He is a great writer“ I add to minimize her low self esteem.
“Oh do you?”
The whole group of six are dazzled.
“You’re French and you know O’Hara”, said a cute girl wearing a tiny black skirt, “We’ve learned him in school.”
“Oh I’ve just read Appointment in Samarra; I don’t know his short stories and other books.”
“Where are you sleeping tonight?” Asks another guy who is not acquainted with O’Hara.
“I sleep in my tent.”
“Good luck to you”, he said while squeezing an empty can with one hand.

It’s time to go in the woods. Every one bids me farewell. Back in the woods, back also to my loneliness… At the trail head, I read carefully a signage indicating several directions.

The trail becomes rocky when I overtake four daily hikers. They try to catch up with me. They are loud-mouthed. I keep them at bay while accelerating my pace. The first two don’t want to give up the chase and the other two, who don’t want to be outrun, yell for direction. Finally, the rumbling discontent fades when the trail reaches a difficult section of slabs. My left calf tightens a bit.

Back to the ridge, I set up the cruise control. Rocks are everywhere. Welcome to hell! This is the dread section of one hundred miles. There is no respite till Delaware Gap. My shoes are lacerated by sharp teeth of rocks. After Applebee campsite, the trail is roller-coaster. I tighten my grip on ski poles to avoid a fall in a steep downhill. Then the trail resumes its ascent while making a sharp turn to the south to avoid a cliff. Back to the ridge, it zigzags through a karstic field. I reach a beautiful lookout at sunset. I am thirsty. I drink the last drops of the bottle.

In the woods I hear voices. Four scouts are collecting wood for a fire. I don’t understand their choice of staying away from a spring. I keep going. While going down again, I am confused by a signpost toward a giant boulder field. Is it the right direction? I dash over in that direction. I jump from rock to rock to keep my balance. I am happy like a boy when I arrive at the other end of the giant boulder field.

No white blaze in sight… Am I in the right direction? I back track the giant field for a while before deciding to move north again. Stuck in dense woods, I advance slowly. No trail. Finally I go back where I have left the trail. Have I missed a turn? Not sure yet. I walk back to the south. Darkness catches me up when I reach the ring fire of the boys. I am too proud to ask them if I am hiking in the right direction. I go back to the magnificent lookout. Have I missed a fork somewhere? There is a faint track which goes nowhere. I pursue my back track toward the roller coaster hills. There I heard voices in the bottom. It is pitch-dark. To avoid a fall, I turn on the flashlight. One minute later I reach the voices. It is a young couple. I ask them where the trail is heading to. “South”, they answer unambiguously. I am going south-bound for an hour now. Where did I make a wrong turn?

I go back to the lookout and follow the ridge. When I am out of danger, I turn off the flashlight. The woods are talkative now with owlish creatures. I pass by the campfire for the third time. The boys are having diner. At 8.30 pm I reach the giant boulder field. I turn on again the flashlight. I see for the first time a white blaze to my right. The trail is making a zigzag toward the cliff and veers north toward a grassy glen. Suddenly my shoes are sloshing. Eureka! I hear a creek running. A little further I reach the swimming pool described by the young man from Maine. It is a big hole under two trees. I dare to bathe despite the cold temperature.

It is too late to prepare a diner. I eat Ramen soup instead. It is 9.40 pm when I lay down in the tent. While thinking again, I figure out my mistake. I was only two hundred yards away from Hertlein campsite when I back tracked to south. In my diary I write:” I have hiked six extra miles in retribution for the loss of my data book."

samedi 6 juin 2009

L’attractivité unique de la France auprès des investisseurs internationaux



« Vous savez ce que je pense de la violence. Pour moi, elle est profondément morale, plus morale que les compromis et les négociations. »

Benito Mussolini (1883-1945)



La révision de l’indice vedette après la faillite de General Motors

L’index Dow Jones Industrial a clôturé vendredi 5 juin à 8763 points. Il a engrangé un gain de 263 points par rapport à la semaine dernière, soit une hausse de 3%. Depuis l’abysse du 5 mars à 6594 points, cela représente un gain considérable de 32% en dépit de la faillite retentissante d’une des trente actions qui composent l’indice vedette.

De combien aurait grimpé l’indice si une autre entreprise avait fait faillite dans la semaine écoulée ? Voilà le type de raisonnement absurde qui prévaut dans la pandémie d’exubérance irrationnelle, E2I2, que nous connaissons depuis le 9 mars 2009, lorsque Vikram Pandit, le patron de Citigroup, annonça que son entreprise avait fait des bénéfices en janvier et en février. L’histoire nous a appris, entre temps, qu’il s’agissait d’un dénouement de positions de l’assureur A.I.G dans le marché toxique des credit default swaps. (1)

General Motors et Citigroup ont été remplacés par Cisco et Travelers Company dans l’indice. Le choix de la société Dow & Jones est logique. Cisco, le géant de la technologie qui permet à tout un chacun de parcourir la toile, méritait cette promotion. Quant à Travelers Company qui succède à Citigroup, il s’agit d’un replâtrage. Travelers avait été absorbé par Citigroup en 2002. L’assureur recouvre son indépendance après le naufrage de Citigroup dans la tempête des subprimes. Le titre de Citigroup ne côte plus que 3.46 $, à peine de quoi se payer un sandwich chez McDonald.

D’aucuns espéraient la promotion de Google mais c’est une société trop jeune pour accéder au panthéon. Elle n’a été introduite en bourse (Nasdaq) qu’en 2004. Parmi les douze sociétés qui furent sélectionnés au départ dans l’indice concocté par Charles Dows en 1896, une seule société en fait encore partie. Il s’agit de General Electric.

L’exception française en matière d’investissements internationaux

Comme le relève l’histoire de l’indice vedette, le capitalisme est un processus ininterrompu de création et de destruction d’entreprises ; une évidence qui ne passe toujours pas en France où les salariés licenciés séquestrent leurs employeurs. A ce jour, aucune plainte n’a été déposée. Des pressions discrètes s’exerceraient-elles pour dissuader les patrons ? Le doute est permis.

Dans le droit de réponse, exercé chaque année par l’énarque de service de l’agence internationale des investissements étrangers auprès du magazine Forbes après la publication de son indice de misère fiscale (2), je suggère qu’il soit ajouté la mention vantant l’attractivité unique de notre pays :

« Le gouvernement français se porte garant que les cadres étrangers, séquestrés dans une entreprise, seront traités avec dignité jusqu’à ce qu’une issue favorable (renoncement à la délocalisation) soit trouvée au conflit les opposant au personnel de ladite entreprise. »

Pourquoi le facteur Besancenot ne demanderait-il pas à ses amis qui sont légion au parlement une loi établissant les modalités de prise d’otages de patrons dans notre droit du travail ? Au point où nous sommes parvenus dans la démolition systématique de nos libertés individuelles, le ridicule n’est plus à craindre.

Une autre affaire avait révélé la crispation des relations du travail dans notre pays lorsque le député Jean Lassalle du groupe UDF entama, le 7 mars 2006, une grève de la faim pour s’opposer à la délocalisation d’une usine de sa chère vallée d’Aspe. Depuis cette grotesque mise en scène par un parlementaire français, les investissements japonais ont reculé dans notre pays.

Si l’on veut interdire les licenciements en France, il faut en tirer la conclusion qui s’impose, à savoir le retour à un régime autarcique comme celui de la Corée du Nord. S’ils étaient cohérents avec leur désir profond de disposer d’un emploi permanent, les électeurs français devraient voter, dimanche 7 juin, pour les partis qui militent en faveur du retrait de notre pays de l’Union européenne. Il est piquant de relever que le député Jean Lasalle fait partie de l’UDF qui est le parti politique français le plus attaché à l’Europe. Cette incohérence a échappé aux médias officiels mais pas à votre serviteur.

(1) Archives : 19 avril 2009 le spectre de la Kreditanstalt Bank
(2) Archives : 9 avril 2009 Zut Alors !

jeudi 4 juin 2009

One Gallon


Swatara Gap, 20 September 2008

Last evening I froze, three times, the injured calf with a plastic bag filled with ice cubes. Each period lasted half an hour. The leg was numb but today I feel better. The calf doesn’t hurt anymore.

The bedroom is equipped with a small kitchen. While sipping coffee, I watch forecast on Weather Channel and market news on CNBC. The prognosis is much better for Pennsylvania than for Wall Street: sunny sky in the first area, ominous dark clouds gathering for the second… Futures are in negative territory.

Yesterday I read in the Wall Street Journal the turmoil sparked by the bankruptcy of Lehman Brothers, which happened five days ago. I have escaped a week of anxiety. After the injured leg, this is another worry. Despite the ominous gathering of dark clouds above Wall Street, I can’t make up my mind. I take comfort in dubious analogy: weather and market are two dynamical systems whose state has been described by the theory of chaos. Why should I worry for something which is out of control? While being errand, it is difficult to make a sound judgment. I prefer to focus my attention on the trail. My goal is to reach Hanover, at the border of New Hampshire, which is 564 miles away from Swatara Gap.

A pick-up stops. I drop my backpack in the open cargo. The drive to the trail is too short to engage a meaningful talk with my driver. It is 10 am when I resume the trail at a pedestrian bridge which spans quiet Swatara River and noisy Interstate 81.

I start slowly the climb of the ridge. My calf is a little stiff but it doesn’t hurt anymore. At the top of the ridge, I feel confident that it has been a minor injury, a warning to listen my body. A pain is always a signal that something is going wrong; in my case an excess of speed due to an irrational exuberance that I can cruise at three miles an hour on a treacherous field.

As I ponder risk and wisdom, a voice comes from the woods. That voice is not unknown. Suddenly show up two hikers on the trail. They are south-bounders. I recognize immediately the first one. It is the legendary “One Gallon”.

“Hi One Gallon, glad to see you again!”
“Oh I know you also.”
“Yes, we met three years ago on the Pacific Crest Trail”.
One Gallon quickly remembers our encounter at Marble Mountain, in Northern California.
“Ah yes, you’re the French guy I met when I accomplished the circumnavigation of the globe”.
One Gallon had walked 26.000 miles (40.000 kilometers) between 1982 and 2005.

Suddenly I realize that I have ignored his young partner. I shake his hand with gusto to apologize. He is eighteen years old and has lived all his life in a small town in Maine. Hiking the Appalachian Trail is his first foray in the world…

Back to One Gallon, I am impressed by his strong torso. He gives me an explanation. In 2006 he engaged in another incredible adventure. He wanted to enact the commemoration, for its bicentenary, of the overland expedition of Lewis and Clark (1803-1806). With its modest means, he paddled aboard a canoe the Missouri River from Saint Louis to its headspring in Montana. Arrived at the monument of Lewis and Clark, he carried his canoe, with the help of a trail angel, through Lemhi Pass, to the other side of continental divide. At the crossing of Lehmi River, he resumed his paddling to the mouth of Columbia River at Astoria in Oregon.

I told him that I have written an article about his fate in a French speaking gazette. We celebrate our encounter by a picture and an exchange of email addresses.
I invite him to join me next year at the annual zero day kick-off party at Lake Morena. (1) The party celebrates the start of hikers at the border of Mexico. Unfortunately I could not go to Lake Morena in spring. I hope to be there in 2010, ten years after my first foray on the Pacific Crest Trail.

One Gallon hopes to be home to celebrate Thanksgiving. Due to an early snowfall in Great Smoky Mountains, he was forced to slowdown his pace. He arrived at Amicalola Falls a week before Christmas; the southern terminus of Appalachian Trail is in Georgia.

Where will he be next year? Nobody knows including himself. An adventure is no more an adventure when too much planed.

I check my watch. We have talked for an hour. Time goes fast when in good company. We wish ourselves a safe trip. I don’t know when our paths will cross again but it will happen. I am sure of it as hiking long trails is our favorite pastime.

(1) http://www.siechert.org/adz/