samedi 30 mai 2009

Comment son modèle social a tué l'industrie automobile américaine


"Tous les gens ruinés le sont à cause de leur propension naturelle" disait le philosophe irlandais Edmond Burke (1729-1797)

Le marché est hermétique aux mauvaises nouvelles…

L’index Dow Jones a clôturé vendredi 29 mai à 8500 points. Il a gagné 223 points, soit 2.7% dans la semaine écoulée. Contrairement à ma prédiction de la semaine dernière, la pandémie d’exubérance irrationnelle E2I2 n’est pas encore conjurée.

Faute de crédit, des criminels seront bientôt remis en liberté en Californie.

Les électeurs californiens ont rejeté cinq propositions sur six dans le référendum organisé le 20 mai 2009. La proposition 1A relative aux finances publiques est celle qui intéresse le plus les conservateurs. Concernant la proposition de mariage de gens du même sexe, reportez-vous à la presse française qui en fait ses choux gras.

Présentée par le député républicain Roger Niello à la chambre basse de Sacramento, la proposition 1A visait à limiter les déficits et les dépenses futures de l’Etat qui, avec ses trente-six millions d’habitants, est le plus peuplé de l’Union. Concrètement, il s’agissait d’augmenter la taille d’un fonds de réserve baptisé «rainy day». Tout surplus éventuel de recettes devait être reversé obligatoirement à ce fonds qui devait servir d’amortisseur en période de récession. Par une majorité de 66%, les électeurs californiens ont rejeté cette proposition de bon sens.

Le gouverneur Arnold Schwarzenegger va devoir tailler à la hache dans les dépenses. Faute de crédit pour le système pénitentiaire qui est le premier budget de l’Etat, des milliers de prisonniers seront relâchés dans la nature. Fera-t-on un tri entre les criminels et les autres ? J’en doute en raison de la pagaille qui règne à Sacramento.

Le problème de la Californie ne date pas d'hier. Il remonte très précisément au 6 juin 1978 lorsqu’un autre référendum (proposition 13) fut adopté sous l’égide du gouverneur Ronald Reagan. La section 1 de cette proposition était la suivante : « le montant maximal de toute taxe foncière ad valorem ne saurait excéder 1% de la valeur de ladite propriété. » Si ce principe était bon (fiscalité minimale) il fallait en tirer la conséquence, à savoir une limitation correspondante des dépenses publiques. Mais députés et sénateurs démocrates, qui règnent sans partage au parlement de Sacramento depuis le rattachement de cet Etat à l'Union en 1850, ont toujours refusé d’équilibrer les dépenses et les recettes.

Il existe plus de cinq cent agences, départements, commissions et administrations dans ce bastion démocrate. Pour consulter la liste complète, reportez-vous au lien (1) Vous lirez qu’en matière de bureaucratie, la Californie n’a rien à envier à la France.

Pour faire plaisir au syndicat U.A.W et au président Obama, le Michigan sera très bientôt l’Etat le plus subventionné de l’Union

Un autre Etat de l’Union est également au bord de la faillite. Il s’agit du Michigan. Un million de foyers seront touchés directement par la liquidation des constructeurs automobiles Chrysler et General Motors, laquelle sera vraisemblablement annoncée en début de semaine prochaine.

Le management de ces deux entreprises ressemble étrangement à celui de la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF) en France. Dans une enquête menée par Peter Boyer « The Road Ahead » et publiée, le 27 avril, par le magazine The New Yorker, on apprend que le nombre d’actifs est quatre fois moindre que celui des retraités ! C’est exactement le même ratio actif/inactif dans l’entreprise phare française. Avec le système imposé par le tout puissant syndicat United Auto Workers (UAW) qui a l’exclusivité de la représentation syndicale des salariés de l’entreprise, trente annuités sont suffisantes pour collecter une généreuse pension. Ainsi, l’âge de la retraite sonne à quarante-huit ans pour l’ouvrier qui est entré à dix-huit ans dans l’entreprise. C’est mieux qu’à la S.N.C.F où l’âge légal de la retraite est à cinquante ans.

Quand les patrons de l’industrie automobile vinrent plaider, séparément et en avion privé, leur cause auprès du Congrès (2), ils furent surpris de l’accueil sarcastique qui leur fut réservé. Ils s’attendaient sans doute à ce que les cordons de la bourse fussent déliés sans leur poser trop de questions. Mais le sénateur républicain Bob Corker du Tennessee voulait leur poser des questions pertinentes.

Lors d’un interrogatoire serré au sein de la commission des finances, il fut révélé que les dinosaures n’avaient aucune chance de survivre à la crise. Ce n’était pas par manque d’imagination de la part de la direction, comme le martèle la presse gauchiste française, mais à cause des clauses léonines qui furent imposées par le syndicat dans un contrat baptisé «Jobs Bank». Ce contrat fut signé en 1984 sous la présidence de Ronald Reagan qui n’était nullement concerné par cette affaire de droit privé. C’est dommage qu’il ne fût pas consulté car ces entreprises auraient pu s’adapter à la concurrence internationale si elles avaient eu les coudées franches…

A un moment de l’enquête, marquant un ton d’incrédulité, Corker dit qu’il avait entendu dire que les sociétés gardaient leurs usines en production même s’il n’y avait pas de demande pour ces voitures, parce que le contrat avec le syndicat rendait trop cher d’arrêter les chaînes de montage. Corker demanda à Robert Nardelli, le président directeur général de Chrysler, si c’était vrai. Nardelli, sa tête entre les mains, répondit :
-C’était une obligation contractuelle. Si nous arrêtions une chaîne, nous devions continuer à payer les salaires à hauteur de 95%.
- Cela me paraît problématique, je veux dire, en surface, répondit Corker. Et il me semble que vous demandez vingt-cinq milliards de dollars pour supporter une clause qui ne serait tolérée dans aucune autre entreprise de ce pays.

C’est pourtant ce qui se passe chaque année en France lorsque le directeur de la SNCF demander une dotation de dix milliards d’euros au gouvernement.


En 1984, l’usine Nissan à Smyrna dans le Tennessee (Corker est le sénateur de cet Etat) commençait à tourner à plein régime et Honda construisait une usine à Marysville dans l’Ohio. Flairant le danger, les dirigeants de General Motors, voulurent robotiser leurs usines pour augmenter la productivité. Le syndicat U.A.W imposa la clause suivante pour dissuader la direction : tous les ouvriers licenciés devront être versés automatiquement dans le programme «jobs bank» et recevront un salaire à hauteur de 95%. Ils ne seront pas obligés de rechercher un autre emploi. Ainsi, comme l’a rapporté le journal Detroit News, beaucoup de ces licenciés ont passé leur temps à jouer aux mots croisés à leur syndicat. Pour chaque voiture sortant des chaînes de montage de Chrysler et General Motors, il est estimé un surcout de 1500 $ pour payer ces extravagances. Mais la hausse faramineuse du pétrole, l’an dernier, a mis fin au «modèle social» du Michigan.

Quand Corker demanda aux trois présidents leur plan pour les vingt-cinq milliards de dollars, ils avouèrent qu’ils n’avaient pas de plan spécifique et qu’ils se partageraient le montant en fonction de la part de marché de chacun. «J’étais embarrassé pour eux», dira plus tard Corker en séance plénière du sénat.

L’hostilité à l’égard du modèle social du Michigan reflète la fracture qui est en train de s’opérer au sein du parti démocrate. Le centre de gravité n’est plus Détroit mais Denver dans le Colorado, un autre Etat de l’Ouest qui a basculé dans le camp démocrate lors de la dernière élection présidentielle.

L’idéologie dominante du parti de l’Ane n’est plus celle des syndicats, des cols bleus et de leurs usines qui disparaissent rapidement au profit exclusif de la Chine, mais de l’environnement et des sociétés de haute technologie.

Obama a surfé sur la vague verte pour l’emporter. Il a raflé la mise auprès des jeunes cadres qui rêvent d’air pur, d’eau fraîche et de ballades en vélo tout terrain dans les Rocky Mountains.

Cette évolution pèse sur les constructeurs automobiles. Ainsi le Sierra Club de San Francisco, le club à l’avant-garde de l’écologie, a mené une ardente campagne contre l’usage des S.U.V (sport utility vehicles), les véhicules à quatre roues motrices qui défoncent la nature.

Si nous ne connaissons pas encore les détails de la liquidation, les grandes lignes ont été jetées par le président Obama. Les dinosaures seront démantelés et fourgués à des investisseurs étrangers. Grâce au pouvoir de nuisance du syndicat U.A.W, le généreux système de protection sociale devrait être préservé pour les anciens. En revanche, les nouveaux employés auront un statut aligné sur celui des usines japonaises opérant sur le sol américain.

Déjà une polémique a surgi concernant le traitement privilégié des futurs licenciés du Michigan alors que ceux qui souffrent du chômage en Californie, en Floride et ailleurs n’ont fait l’objet d’aucune considération. Cela nous ramène à l’adage en vogue à la Maison Blanche et à la Fed : « Too big to fail !» On ne peut pas laisser tomber le Michigan mais on peut laisser crever les autres qui sont plus petits.

Que les admirateurs d’Obama en Europe veuillent l’admettre ou non, leur idole applique la real politik (le cynisme à l’égard des forces en présence) dans ce plan de sauvetage tant attendu, car il concerne le futur de l’ex-première entreprise du monde.

(1) Source : http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_California_state_agencies

(2) Dans mes archives, article du 24 novembre 2008 intitulé : « Deux Poids, Deux Mesures. »

mercredi 27 mai 2009

Swatara Gap


Clark Creek, 19 september 2008

The jolly hiker I met yesterday at Peter Mountain Shelter warned me of an impending cold night. Indeed, it is only 48°F (9°C) at dawn. Nevertheless it has been a rest sleep in the tent; it is probably the best since Harpers Ferry. A beautiful campsite with its pristine water is no stranger to that happy event. Well rested, I am eager to start hiking. Fingers are numb in cold morning. I am wistful for that last day of summer: another season is gone.

The stage starts with a thousand feet climb toward Stony Mountain. Half way the ascent, I catch up with the boy scout at his campsite. He is lighting a wood fire for his breakfast. He is dirty and disheveled.
“Hi there, did you sleep well last night?”
“I am fine” answers the scout.
Is it an attitude? His camping is not appropriate: waterless, rocky and not flat. In darkness it is impossible to choose a good campsite.
“I’ll catch up with you later”, he adds between two blows toward a vacillating flame. In his answer, I detect more than a surprising confidence for his young age but rather brazenness. I don’t answer back. He won’t listen. Yesterday, he didn’t follow my advice to stay at the beautiful campsite and its nearby spring.

At the top of Stony Mountain (1688 ft) I take off gloves and windbreaker jacket. The soil is karstic now. I move cautiously on a treacherous field. There are many hidden holes where I could wrench an ankle. That section deserves its name of “devil’s racecourse”. After a mile of struggle, the trail reaches a forest of tiny white oaks. The path is less difficult now.

I resume my pace in a long downhill toward the ruins of Yellow Spring village. Coal mine was closed in 1859 when its veins were depleted and its owner, the Dauphin & Susquehanna Coal Company went bankrupt. In that ghost town I am surprised to find a genuine mailbox. Who is getting mail nowadays? How mail is delivered without any road access? I am clueless.

While snacking with tuna and cheese, the boy shows up. He doesn’t seem interested by my presence, neither do I. He also seems uninterested by the ruins of Yellow Spring Village. He keeps moving at brisk pace. Speed seems to be his only interest on the trail…

Around noon I reach a beautiful creek. The trail follows it for a mile. I envision several excellent campsites alongside Rausch Creek. The magic is spoiled by a sharp pain in the lower section of my left calf. I slow down for no avail. In the vicinity of Rausch Gap Shelter I decide to stop. I rub vigorously the tight calf. When the muscle becomes soft again, I pick up a pain killer pill inside my tiny pharmacy. I pray the Lord to let me walk again but I would not be angry to stay here the rest of the day.

The surrounding area is odds and sods with a crumbling water-mill towering two waterfalls downstream. Despite its pristine appearance, water is heavy with sulfur from old mines. There is a signpost at a former railroad bridge. It is in honor of Stony Valley Wilderness. Thanks to a committed fisherman, the construction of a dam, which would have flooded the upper valley, was thwarted. In 1970 a handful of anglers lead by “Doc” Fritchey started a fight, which was illusory against a powerful utility company. Doc never gave in. Slowly he enlisted the support of various associations. Ten years later, the coalition of more than fifty associations he was leading, was successful in having the river designated as part of the Pennsylvania Scenic Rivers system by legislators. After that victory, the company gave up the battle.

The example of Doc reinvigorates me. I won’t give up! I intend to reach Swatara Gap where I could hitchhike to a nearby motel where I might ice my calf… If! if! if! Keep the faith in any circumstance, I said myself. According to the data book, the gap is five miles away. I resume hiking at a slow pace. After thirty miles in a thick forest, the trail reaches an open field. I am glared by the sunlight. Just after a county road, I meet a young South-African. He is hiking a section of the trail. He asks me if there is a phone at the road. He wants to call a friend in Philadelphia to come to his rescue. He is suffering too much from his knees. I told him honestly that I did not see a phone at the crossing. Swatara Gap is not far away. I don’t understand his decision to not bail out when he was there. I pursue at a slower pace. My leg is tightening again…

With tear-filled eyes I reach the gap. I don’t wait too long before a car stops. A young couple offers me a ride to the next hotel. The left leg of the lady is in a cast. “I broke it while running”, she said hilariously. Is it an omen for myself? In the rush to put my backpack in the truck, I forget to store the data book into a zip pocket. At Best Western hotel entrance, I thank warmly my trail angels. I will realize the loss of data book only the next morning.

Since Harpers Ferry I am hiking with a single pair of socks, a ski pole with a loose handle which needs to be fixed as soon as possible, and no maps or global positioning system to guide me through thick forests. Today I have lost the
data book which mentions only distances. How long can I keep track of the trail?

While icing the tight calf in my bedroom, I read the Wall Street Journal, courtesy to the hotel’s manager, a nice black lady who is doing anything to please the banged up hiker. The bankruptcy of Lehman Brothers is making headlines. My world is falling apart today…

samedi 23 mai 2009

La faillite programmée des Etats par la faute des néokeynésiens


dans un sketch de 1960, le comédien Marty Allen disait : "Une étude économique révèle généralement que le meilleur moment d'acheter n'importe quoi était l'an dernier."



La formation d’un double sommet est un signal baissier envoyé par le marché

L’index Dow Jones a clôturé vendredi 22 mai à 8277 points, soit 9 points de plus que la semaine dernière. Peut-on en déduire que la semaine a été étale ? Pas vraiment pour la raison suivante. Après avoir atteint un pic intraday à 8657 points lors de la séance du 8 mai, l’index a retesté ce plafond, le 20 mai, avec un autre pic intraday à 8645 points. N’ayant pu crever ce plafond, il vient de former un double top (sommet) ; c’est un fort signal bearish (baissier) selon l’analyse graphique.

Je persiste à croire que nous sommes toujours dans une configuration d’île flottante (island reversal), une histoire qui se terminera très mal pour les investisseurs de la onzième heure. (1) Il est conseillé de sauter du train en marche (vendre immédiatement tout son portefeuille d’actions) et d’attendre tranquillement sur le ballast que la purge du marché se réalise. Cela ne devrait pas tarder. A bon entendeur salut !

La pandémie E2I2 (euphorie irrationnelle) touche à sa fin

Le marché a réagi trop favorablement à l’annonce du stress testing des dix-neuf grandes banques américaines par le secrétaire du Trésor Timothy Geithner. Pouvait-il en être autrement avec la propagande ardente menée par l’administration Obama ? Plus une banque a besoin de se recapitaliser, plus son cours grimpe ! Ainsi Bank of America dont le besoin de recapitalisation a été estimé à 34 milliards de dollars, a vu son cours s’envoler de 17% au cours de la séance euphorique du 8 mai. Imaginons, un instant, que Bank of America aurait eu besoin non pas de 34 milliards mais de 68 milliards de dollars pour se renflouer, son cours aurait alors grimpé de 34% ! C’est ce genre de déduction fallacieuse que l’on rencontre en période d’euphorie irrationnelle.

De son côté, le Wall Street Journal a fait passer un stress testing à 940 banques régionales. Le résultat est plus alarmant que pour les dix-neuf grandes banques, celles qui sont considérées « too big to fail !» par l’establishment keynésien. Seulement 306 banques sur 940 seraient suffisamment capitalisées. Pourtant l’examen de passage n’était pas dur. Il suffisait aux banques d’avoir un ratio Cooke de 4% au lieu de 8% prévu par le comité de Bale. Cela en dit long sur l’état de délabrement du système bancaire américain. Ne glosons pas alors qu’il n’y a que trois banques (toutes familiales) en France sur les deux cent enregistrées qui passeraient avec succès le stress testing. (2)

La Fed et l’administration Obama sont responsables de la nouvelle bulle sur les marchés boursiers

La politique monétaire de la Fed (banque centrale des Etats-Unis) est la cause principale du cycle « boom and bust ! » que je préfère à celui trop gentil de «stop and go !» employé par les néokeynésiens. Ainsi ne s’est-il écoulé que huit mois, entre l’explosion nucléaire du 15 septembre 2008 avec la réaction en chaîne provoquée par la faillite de Lehman Brothers, et la formation d’une autre bulle sur les marchés boursiers. Mais nos keynésiens indécrottables vous diront encore qu’il n’y avait pas d’alternative pour faire repartir l’économie. Il faut vivre ou plutôt survivre dans un environnement de plus en plus déséquilibré par leurs interventions intempestives. Les keynésiens ont malheureusement le monopole de l’information.

Autant dire que votre serviteur et les tenants de l’école autrichienne ne sont que des spectateurs impuissants du prochain désastre qui se profile à l’horizon. Loin de stabiliser une économie, les keynésiens ne font que la détraquer. Pour autant, la cause de la récession est toujours imputée à la dérégulation dans l’esprit du public français. Peut-il en être autrement dans une nation qui ne jure que par l’Etat ?

Vers un krach des obligations, ultime étape du désastre keynésien

Justement, ce sont les Etats qui vont être prochainement mis à l’épreuve. Chaque bulle keynésienne est plus meurtrière que la précédente. Après celles d’internet en 2000 sur le Nasdaq et de l’immobilier américain en 2005 (merci messiers Greenspan, Clinton et Bush), se profile à l’horizon celle des obligations d’Etats (merci par avance à messieurs Bernanke, Geithner et Obama).

L’agence de rating Standard & Poor’s a annoncé, le 21 mai, la possibilité de réviser la notation de la dette publique du Royaume Uni. Dans son communiqué, l’agence déclare : “Nous avons révisé la perspective du Royaume Uni à négative, due à notre point de vue, que même avec un accroissement de la pression fiscale, la dette de l’Etat pourrait approcher 100% du PNB en 2013 et rester à ce niveau dans le moyen terme. […] Un fardeau de la dette à ce niveau là est incompatible avec un rating AAA. »

La marquise de Bercy reste imperturbable dans ses prévisions optimistes de sortie de crise. Je n’émettrai qu’un vœu pour la France : « Il faut geler pendant trente-cinq ans les dépenses de l’Etat !» Depuis 1974 avec l’arrivée de l’énarchie au faite du pouvoir (le tandem Giscard-Chirac) ce pays n’a jamais réalisé un seul excédent budgétaire. Il faudra autant d’années de rigueur pour desserrer la contrainte qui pèse sur les générations futures.

(1) Archive du samedi 2 mai 2009 : la Chine veut racheter tout le stock d’or du Fonds Monétaire International
(2) Source sur le site de Jean-Pierre Chevallier http://www.jpchevallier.com

jeudi 21 mai 2009

Clark Creek


Shikellimy overlook, Pennsylvania, 18 September 2008



The wife’s manager of Doyle Hotel wants my picture (like every hiker) for the record. She is using a Polaroid. I put a smiley face. Once achieved, she offers me a beer. I decline tactfully as I am too thirsty. I beg for water. She fills a big glass and I gulp it. Since mid afternoon, I have not drink at all. I’ve also walked twenty six miles in just eight hours. The traditional picture remembers me another one well alive on the Pacific Crest Trail. At Vermilion Valley resort at Edison Lake, which is a couple of days south of Yosemite National Park, hikers are honored to have their burned an dirty face printed for the record. As Duncannon has nothing to offer to a tourist crowd, people are friendly to the few hikers who stop in town.

The Thru-Hiker’s Handbook mentions an Italian restaurant. I dream of fancy food and Barolo wine. Sorrento’s restaurant has only its name to offer. It is a tiny fast food with limited supply. Back to reality I cross Main Street and venture to the Pub. There are more TV screens (no less than twelve after checking) than clients. I order crab cake and white wine. While fans wearing baseball hats watch their team, I write my diary… I am not familiar with games to break their religious fervor.

Back to my room nested on upper floor and at the very end of corridor (I have been warned to let open the emergency door giving access to rusty fire stairs by a concerned manager who can’t afford to renovate its derelict building) I crash as soon as I turn off the light bulb.

Morning is busy as usual in town. First thing to do: breakfast or laundry? I bet for laundry. It is a wrong start as I don’t have any change. I am going to Goodie’s restaurant to get a wad of quarters. In three shuttles I manage to eat breakfast and get my clothes washed and then dried.

Goodie’s restaurant is the place for breakfast. I eat two eggs, bacon, sausage, home fries and four toasts crammed with jelly. I also drink two quarts of orange juice and plenty of coffee. The check is only $12. I love it! Breakfast is the most important meal for a long distance hiker. With a full breakfast I can hike a dozen miles without any stop to refill the tank.

For approximately an hour, the Appalachian Trail is no more a trail. It follows a paved road alongside Susquehanna River. At 444 miles long, it is the longest river on the American East Coast. The name of the river comes from an Indian phrase meaning “mile wide, foot deep” referring to its unusual dimensions. A giant bridge links the two banks. In fact, it spans first over Juanata River, a tributary, and then straddles Susquehanna River while making a long curve. I follow the pedestrian path, which is protected by a three feet high concrete wall. My ears are rattling with the screeching noise of traffic. The bridge is named for Daniel Clark, who in 1785 operated a ferry service here.

Just after the bridge, the trail goes back to the secluded woods. It climbs a steep ridge. I am going easy as I have not yet digested my huge breakfast. The trail veers momentarily to the south. From a notch I say farewell to Duncannon and mighty Susquehanna River. After the crest of Peters Mountain the noise of traffic subsides. For the remaining of the day I will follow the crest going North West.

Around noon I meet my first rattle snake on the trail. I nearly walk over! The beast is warming me up on the trail. I have time to take a picture before it escapes. Shortly after that unpleasant surprise I run into an old woman. She carries a light backpack. Later I meet her husband on the trail. They hike at their own pace.

The trail cuts road PA225 at a nearby radio tower. There is no spigot at the parking lot. In the middle of afternoon, my reserve of water is empty. Am I a fool? In fact it is a calculated gamble. Carrying extra liters of water slows down my pace. I am also concerned by my injured shoulder. I stop at Peter Mountain shelter. A jolly hiker welcomes me.
“Is there any water in the vicinity of shelter?” (There are two filled bottle on the table)
“If you don’t mind going down 700 feet from the crest… It took me a while to climb back“
“How long?”
“Half an hour!”
Just to check the accuracy of his saying, I venture to the faint footpath going down to the spring. The slope is very steep. I come back to the shelter. The guy offers me a liter. I turn down his offer as I assume my choice of going light. My goal is to reach Clark creek before dark. It is six miles away. I check my watch: four o’clock. It is doable. I say farewell to my fellow hiker and resume a fast pace.

The trail meanders up and down the undulating crest. The highlight of that uneventful stage is Shikellimy Overlook. I stop to take a picture of myself with the help of timer. I am at the junction of Shikelllimy trail which goes straight down to Clark creek. My trail goes further on the crest. Around 6pm, the trail finally veers down to the right. I stay concentrated in the steep downhill. I cross an empty road and just after a bridge over the creek.

According to the data book, there is a good spring 0.2 miles after the creek. I reach it in the last rays of sun. Water is seeping from several branches. I manage to watch myself in a stream formed by several gullies. Mosquitos bother me when I set up the tent. I hurry up. I am very happy to cook diner. Suddenly comes out a young boy. He is moving very fast.
“Where are you going at that late hour?”
“I don’t know; it is my first day on the trail.”
“But there is no water on the crest” I add.
My answer doesn’t dissuade him to go further. Soon darkness will catch him.
He dashes off. I’ll probably see him tomorrow on the trail.

At the flashlight, I write my diary: “Today I have covered only 17.4 miles but I have stopped at the best campsite nearby a spring alongside a moderate stage.”
That kind of happiness might seem desultory to those who have never spent a night in the woods.

samedi 16 mai 2009

David contre Goliath


Ron Paul s'attaque à Ben Bernanke



« Inspirer confiance est un plus grand compliment que d’être aimé. » George MacDonald



Frustrés d’avoir raté le départ, des spéculateurs escomptent une correction de 10% pour sauter dans le train en marche

L’index Dow Jones a clôturé vendredi 15 mai à 8268 points. Il a perdu 306 points dans la semaine écoulée. Cela représente une baisse de 3.5%. Une salutaire correction après une pandémie d’exubérance irrationnelle. Parmi les indices boursiers de Wall Street, c’est encore le Dow Jones qui résiste le mieux. L’index Nasdaq, qui avait enfoncé la moyenne mobile à 200 jours, retombe comme une pierre. Il faut toujours se méfier d’une configuration parabolique. Les arbres ne montent pas au ciel, comme je vous l’ai rappelé la semaine dernière...

Est-ce que la pandémie E2I2 est conjurée ? Pas vraiment. Nombre d’investisseurs professionnels (gérants de fonds de pension ou de mutual funds) sont frustrés d’avoir raté le départ improviste du train. Ils sont en embuscade. Ils attendent une correction de 10% pour sauter, à leur tour, dans le train. La volatilité au cours de la semaine écoulée n’est pas dramatique ; de l’ordre de 30%. Il faut se rappeler qu’au plus fort de la crise, l’index de volatilité a atteint 80%. Cela s’est produit au cours de deux séances : 27 octobre et 20 novembre 2008. Le « trouillomètre » en question porte le nom de Chicago Board Options Exchange Volatility Index (CBOEVC) mais les traders de Chicago préfèrent utiliser son symbole VIX.

Pour la correction en cours, il ne faut pas chercher bien loin l’explication. La publication des résultats du premier trimestre 2009 touche à sa fin. Les profits sont en baisse de 30% par rapport au même trimestre de 2008. Dans le jargon de Wall Street, les fondamentaux ne soutiennent pas les cours actuels. L’index Standard & Poor’s 500 a un PER de 20 pour l’année 2009. (PER est le ratio bénéfice/cours) C’est supérieur au PER séculaire de 14 à Wall Street.

Un train de mesures peut en cacher un autre…

Si des investisseurs sont frustrés d’avoir raté le départ du train du 9 mars, un autre train est passé sous silence par la presse européenne qui n’a d’yeux que pour l’archange noir qui occupe la Maison Blanche. Il s’agit de la proposition de loi H.R 1207. Elle a été introduite, le 26 février 2009, par Ron Paul à la Chambre des Représentants. Si vous ne le savez pas encore (vous êtes tout excusé en raison de la propagande délirante des médias européens), Ron Paul fut le candidat du parti libertaire lors de la dernière campagne présidentielle américaine. En revanche, vous n’avez probablement pas oublié que la Fed a publié, la semaine dernière, le « stress testing » qu’elle a fait subir aux dix-neuf grandes banques américaines ayant plus de 100 milliards de dollars d’actifs financiers. Le docteur Bernanke agace beaucoup de monde. En quoi serait-il mieux placé que les autres pour évaluer la santé des banques ? N’est-il pas à la tête d’une institution en péril ? (1)

La proposition de loi introduite par Ron Paul vise à introduire un contrôle de la Fed par le Congrès américain. Dans le code fiscal actuel (article 31) la Fed peut faire seulement l’objet d’un audit de la part du Comptroller General of United States (contrôleur général des Etats-Unis) Cela revient à ce que l’administration se juge elle-même. C’est en contradiction avec un principe général du droit : nul ne peut être juge et partie.

Ron Paul a introduit un amendement visant à ce que l’audit en question soit mené par le Congrès. Il a également demandé que ce premier audit soit conduit avant la fin de l’année 2010. Il y a urgence alors que la Fed s’approche dangereusement du seuil d’insolvabilité…

Sa proposition a reçu le support de 149 représentants à la Chambre. Le leader du petit parti libertaire a réussi la prouesse de rallier à son projet tout le parti républicain. Vint démocrates, inquiets de la détérioration des finances publiques, viennent de lui emboîter le pas. Il y a une chance sérieuse que sa proposition soit examinée rapidement par la commission bancaire. Barney Frank, le président de ladite commission, qui est pourtant un démocrate, a déclaré : «J’espère que nous allons mettre des limites au pouvoir de la Fed de prêter n’importe quoi à n’importe qui ! » Ce représentant de Boston espère accroître ainsi la transparence de la Fed. On aimerait la même audace de la part de Didier Migaud qui préside la commission des finances à l’Assemblée nationale pour réduire la dépense publique. Avec Alain Lambert au sénat, il est le père de la LOLF (la loi organique relative aux lois de finances)

Au sénat américain, la proposition de loi jumelle (S 604) vient d’être introduite, le 13 mai, par le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders. On attend les parrainages.

La proposition de Ron Paul a reçu le soutien du gouverneur de la Fed de 1979 à 1987. Paul Volcker a précédé le maestro à ce poste. Cela est piquant lorsqu’on sait que Volcker est l’actuel conseiller économique de la Maison Blanche. Dans un discours à l’université Vanderbilt, Volcker a admis l’impensable : « Je pense, pour le meilleur ou le pire, que nous sommes arrivés au point que le Federal Reserve Act (2), après tout ce qui est arrivé depuis l’année dernière, va être révisé. »

(1) Dans mes archives, relisez l’article du 6 février 2009 « La Fed bientôt insolvable !»
(2) Le Federal Reserve Act portant création de la Fed fut signé, le 23 décembre 1913, par le président Woodrow Wilson.

mercredi 13 mai 2009

Cumberland Valley


Susquehanna River and the town of Duncannon


Boiling Spring, 17th September 2008

I have slept twelve hours in a nice bedroom at Gelinas Manor. From my window I can see geese, ducks, swans and other smaller birds swimming on nearby Children’s Lake. The lake in downtown Boiling Spring was formed by partially damning the brook fed from thirty springs, including one nicknamed the “bubble”. Indeed the water sparkles to the surface, at a year round-temperature of 52°F (11°C), from caverns that are two thousand feet (610m) below the surface.

Yesterday I could not read more than fifty pages of “Profiles in Courage” from John Fitzgerald Kennedy. I am frustrated but I don’t have time to read on the trail. Since Harper’s Ferry I am carrying a book in my backpack: “La Route des Flandres” from Claude Simon. I can’t concentrate on the story. The culprit: too many miles or an uninspiring story? Well may be both. I decide to leave, in this house of culture, the book written by the 1985 Nobel laureate of litterature. In less than a month the jury of Stockholm will award the prize to another French writer: Jean Marie Le Clezio. Excuse my ignorance if I confess you that I have never read a line from him!

Kitty is preparing me a nice breakfast with Florentine eggs. Leo is reading the local newspaper on the porch. I hurry up. Today is another big stage. Duncannon is twenty six miles away. Despite a late start at 9 am, the first fifteen miles are the easiest ones of the entire Appalachian Trail. It goes through Cumberland Valley, a busy one of Pennsylvania. It is grid-pattern with Pennsylvania Turnpike, two railroad tracks, US-11 and plenty of county roads.

At the corner of Main Street I stop to pay homage to a local hero. Sergeant Randall Shughart (1958-1993) was a US Army special forces sniper. He gave the supreme sacrifice during a rescue attempt of a downed helicopter pilot in Mogadishu in Somalia. He was awarded posthumously the Medal of Honor. After the failed operation, the Clinton administration withdrew its troops from Somalia. A book and a movie "Black Hawk Down" related the tragic incident. People of Boiling Spring have not forgotten the sacrifice made by one of them. They honor sergeant Shughart with this memorial.

The trail meanders through corn fields. I meet daily hikers alongside that easy section. The opportunity to eat at a restaurant on US11 pervades my soul. Is it right to do so? I have hiked eight miles in three hours. Will I be able to cover eighteen miles in the afternoon? Will I arrive before dark in Duncannon? All these questions are secondary to a hungry through hiker. Hungry is redundant as a long distance hiker is always craving for a good meal. So I quit the trail at US11. According to the databook, Middlesex Diner is 0.4 miles away. It is sharp noon when I enter the restaurant. Some clients are having a late brunch. I order a prime rib. I get back at the overcooked one I’ve got, last night, in Carlisle.

Half an hour later I hit back the road. Back in the wood I appreciate the shade of trees. It is 75°F (24°C) and muggy. I sweat on the foothills. At the last crossing the trail is diverted. Road workers are building a foot and equestrian tunnel. Back in France, I will read the opening ceremony of the tunnel in the Appalachian Trail Journeys. I am too early to enjoy a safe crossing.

I climb as fast as possible Blue Mountain. Darlington shelter is on the ridge. Its spring is dry. Will I have enough water to go through to Duncannon? Another concern is seeping through my mind. It is time to use again the poles. Downhill on four legs is better than on two.

At the crossing of Fishing creek I am thirsty. I dare to drink unfiltered water. The trail resumes a steep climb to Cove Mountain. I sweat and gasp in muggy afternoon. Nearly to the top, I slow down while crossing a field of slabs. Unfortunately it is not a field as I guess; the entire crest is covered of treacherous rocks. It won’t stop for five miles. The easy southern section of Pennsylvania is over. Now starts the horrendous one till Delaware Gap, which is one hundred and fifty miles north of Duncannon. My misery index ends momentarily at Hawk Rock, which offers a splendid view of Susquehanna River.

In the glowing rays of sunset I take a picture of the mighty river and the town of Duncannon nested on the bank. At dusk I reach the entrance of Duncannon. The town is derelict. It epitomizes the rust belt and its citizens left behind. I check in at Doyle hotel. The landlord couple is very friendly to hikers. Room is $25 only. The hotel is a landmark. It was built in 1900 by the Anheuser Busch family. It has lost its luxury but not its soul. The mahogany ceiling attests its former glory.

dimanche 10 mai 2009

Point Reyes


les trois cent quatre marches conduisant au phare de Reyes



Point Reyes, Californie, 2 octobre 2004


Remis de mon émotion au volant de la voiture, je poursuis ma route en direction du cap Reyes. Je m’arrête peu après pour prendre une photo au bord de la route. Derrière une clôture de fils de fer barbelés s’ouvre un grand champ incliné en aval duquel se trouve un réservoir d’eau pour le bétail et tout en bas du vallon un fjord. Il s’agit de l’estuaire de Drake. Il a la forme d’une main. La partie, que j’ai le plaisir de contempler dans la lumière tamisée par la brume de mer, est celle du médius. Ce fjord s’enfonce de cinq kilomètres à l’intérieur des terres.

Le fjord donne sur la baie qui porte également le nom du navigateur anglais. Par hasard je suis en train de lire un ouvrage que John Steinbeck lui a consacré. Cup of Gold fut le premier livre de cet auteur californien. Il parut en 1929 à la veille de la Grande Dépression. Steinbeck avait une admiration pour cet explorateur. Il ne s’agit pas d’une biographie proprement dite mais d’un récit romanesque. Il est centré sur la prise de Panama, surnommée Cup of Gold au temps des boucaniers. Les pirates avaient l’habitude de fumer la viande pour la conserver ; d’où ce surnom qui leur fut affublé. Malgré ses attaques répétées contre les colonies espagnoles alors que la paix régnait entre les deux pays, Drake ne fut jamais inquiété par les autorités anglaises. Privée du partage du Nouveau Monde entre l’Espagne et le Portugal par le traité de Tordesillas en 1494, l’Angleterre n‘était pas mécontente que les boucaniers ravagent les colonies de ses concurrents. La reine Elizabeth anoblit Drake après son tour du monde.

Une falaise de craie à l’embouchure du fjord serait la raison pour laquelle cette région du Nouveau Monde fut appelée la Nouvelle Albion.

Le lieu exact du débarquement de Drake ne fait pas l’unanimité. Un chercheur canadien a publié un livre en 2003. Il pense que Drake aurait débarqué sur l’île de Vancouver. Un historien anglais penche, au contraire, pour Whale Cove en Orégon. Pourtant Drake avait donné une latitude de 38° qui correspond à celle de ce fjord. Personne ne détient la vérité en l’absence de traces archéologiques. La reine Elizabeth interdit à Drake de publier son journal de bord et ses cartes. A l’époque, la cartographie revêtait un intérêt stratégique. Un extrait du voyage rapporté par Francis Petty, un membre de l’expédition, confirme cette dernière hypothèse : “Our General with his company travelled up into the country to their villages, where we found herds of deer by a thousand.”

Justement j’aperçois dans un pré un cerf et une biche. Je m’arrête pour les photographier. Seraient-ils les descendants du vaste troupeau qui aurait été décimé par l’arrivée de l’homme blanc ? A présent, ces cervidés vivent en paix dans un parc national miniature à l’échelle du pays.

Après le passage d’un col, la végétation change radicalement. Il n’y a plus que de la lande jusqu’à l’océan. La furie des vents en est la raison.

La route en cul de sac se termine au cap Reyes. Je gare la voiture à un parking. Se présente une allée couverte à droite par des cyprès californiens. Leurs branches sont couvertes de mousse. Puis lui succède un grand escalier. Il faut descendre ses trois cent quatre marches pour accéder au phare bâti sur un promontoire surplombant la mer. J’avais décrit dans la gazette d’octobre 1999 mon passage à ce phare. L’escalier du Paradis est équipé d’une rampe. Son utilité est avérée quand sévit une tempête. C’est, parait-il, l’endroit le plus venteux et brumeux de la côte du Pacifique.

Comme sur une route étroite de montagne ont été aménagés des garages pour le croisement des piétons. Cette plateforme permet de contempler l’abime. Des centaines d’oiseaux nichent sur la pente d’herbe fortement inclinée. Aujourd’hui, le temps est calme, enfin presque si l’on fait abstraction du vacarme des oiseaux. Des goélands planent majestueusement à mi-hauteur de la falaise de craie et de silex qui succède à la pente d’herbe. Je m’arrête pour examiner la conque d’un rocher. Elle est couverte d’une mousse rouge microscopique.

Au bas des marches, je revisite la maison attenante au phare. Il n’y a plus de gardien depuis 1975 quand le phare a été automatisé. C’est devenu un haut lieu touristique. L’intérieur de la maison est un musée à la gloire des anciens gardiens. Photos, mobilier d’époque et instruments de mesure donnent un cachet à cette bicoque passée sous la coupe des Rangers.

Après cette visite obligée, je retrouve la solitude des grands espaces. Un chemin longe la falaise. Je m’arrête de temps à autre pour contempler l’abîme. Comme il n’y a pas de parapet, mieux vaut se tenir à distance. Un faux pas et c’est le grand plongeon…

Un bateau à moteur s’approche de la falaise. Il est chahuté par le remous. Que vient-il faire ici ? L’explication ne tarde pas quand j’aperçois un groupe d’otaries qui se reposent sur un îlot rocheux. L’omniprésence de l’homme sur la planète est une menace pour de nombreuses espèces animales. Il n’y a plus beaucoup d’endroits où les otaries peuvent se reposer. Elles passent la moitié de leur vie dans l’eau pour se nourrir ou s’amuser et l’autre moitié sur terre pour se reposer.

Je retourne à la voiture. Mon intention est de me rendre à Chimney Rock. C’est un promontoire offrant une excellente vue sur la baie de Drake. A peine ai-je parcouru une dizaine de mètres que je rencontre un serpent sur mon chemin. Je l’examine. Il s’agit d’un gopher snake. Il n’est pas venimeux. Rassuré, je sors mon appareil. J’ai le temps de le prendre en photo avant qu’il disparaisse dans un fourré. Peu après je rencontre un faucon. Il est perché sur une coupole d’arbrisseaux. Il ne bronche pas à mon passage.

Le chemin grimpe en direction de la crête. La péninsule est défendue par une étroiture de deux mètres de large. Je m’avance prudemment sur la bande de terre fendue par une crevasse. Je me concentre dans la traversée périlleuse d’une quinzaine de mètres. Bientôt ce passage sera impraticable. Il faudrait jeter une passerelle pour sécuriser l’accès. Au sommet du promontoire s’ouvre une vue extraordinaire à 360°. J’ai l’impression que le monde marin m’appartient. Deux îlots prolongent le cap. L’un ressemble à la nuque d’une otarie plissée par deux bourrelets de graisse, l’autre à un hippocampe. Personne ne vient troubler ma solitude enchantée.

En examinant la falaise de craie qui surplombe la baie de Drake, je me mets à la place de l’explorateur qui a découvert ce site merveilleux en 1579. Pouvait-il lui donner un autre nom que la nouvelle Albion ? Tout concourt à ce qu’il ait accosté ici mais l’incendie du palais de Whitehall en 1689 a détruit tous les documents de son tour du monde. Faute de preuve, l’incertitude demeurera à jamais.

je ne m’arrête jamais pour déjeuner lorsque je suis seul. Ainsi je profite au maximum de mes journées. Je me rends à la plage de McClures qui est adossée au Pacifique. Je n’ai vu l’océan que du haut des falaises. Il me tarde de fouler une plage. Un chemin au fond d’un vallon encaissé y conduit. Il longe la rive droite d’un ruisseau qui se jette dans la mer. A cause du travail de sape de la mer il s’est formé un cordon de sable qui fait barrage. L’eau du ruisseau s’étale dans un lagon parsemé de troncs d’arbres. Ils ont été rejetés par la mer. Ils viennent probablement de la rivière russe qui est à une trentaine de kilomètres au nord sur la côte californienne.

Une colonie d’Elegan Terns (Thalasseus Elegant) se repose sur la plage. Ces oiseaux ont un bec rouge, un ventre et une tête blanche et des ailes grises. Ils sont constamment à l’affut d’un mets providentiel que la mer leur offre. Je me fais discret pour ne pas les déranger.

Un promontoire rocheux est accessible à marée basse. Je m‘y rends sans tarder. Le fonds d’une piscine naturelle est tapissé de moules et d’anémones vertes. La périphérie de ces créatures est bordée de trois rangées de tentacules dans lesquelles s’empêtrent leurs proies. La contemplation prend fin quand une vague m’asperge. Trempé, je retourne sur la plage colonisée par les Elegan Terns.

Je distingue une masse informe sur le rivage. Je m’y rends. De gros tuyaux de couleur marron sont entrelacés. Il s’agit d’une algue géante. La baignade est interdite. Cette interdiction semble superfétatoire. Nul n’a envie de se baigner dans une eau froide. Mais ici le courant est très fort et des surfeurs l’ont payé de leur vie. C’est la raison pour laquelle l’océan rejette tout, y compris cette algue géante. Elle ressemble à un filet de pêche entortillé. Une nappe de brouillard arrive du large. Je frissonne dans mes vêtements mouillés.

Ainsi prend fin cette ballade dans la presqu’île de Reyes. Où vais-je dormir ce soir ? C’est samedi et je n’en ai pas la moindre idée. Je n’ai aucune chance de trouver une chambre. Pour ma dernière soirée en Californie, je décide de la passer à Bolinas. Le village des hippies est sur ma route. J’imagine faire un bon repas et dormir ensuite dans la voiture mais à l’écart du village.

Quand je repasse le col, le soleil réapparaît. Un ciel bleu d’azur m’accueille au lagon de Bolinas. Sur la plage se bronzent des filles nues. Ici, chacun fait ce qu’il lui plait. Rien n’a changé depuis mon dernier passage… Je me méfie seulement des chiens errants depuis qu’un m’a mordu sévèrement la main que je lui tendais.

L’endroit le plus extraordinaire est l’embouchure du lagon. Il est emprunté par des otaries qui vont pêcher en haute mer. De temps à autre, une tête émerge. Une otarie tient entre ses palmes un poisson qu’elle déguste. Elle est inclinée sur le dos comme dans un fauteuil. Simplicité merveilleuse de la nature sur la côte californienne.

Finirai-je mes jours dans une de ces bicoques adossées au grand large ? C’est une question que je me pose depuis longtemps. Des maisons en bois surplombent la falaise qui s’érode. Combien de temps tiendra celle-ci dans un équilibre précaire au bord de l'abime ? Des pieux en bois ont été plantés dans la falaise pour retenir la terre. Illusoire protection contre les forces de la nature.

samedi 9 mai 2009

E2I2 : une pandémie d’exubérance irrationnelle frappe les marchés boursiers


"On dit d'un sage qui reste ferme sur ses positions que c'est un homme d'Etat et d'un fou qui est aussi ferme que le sage que c'est une catastrophe", disait Adlai Stevenson (1900-1965) qui fut battu, à deux reprises, par le républicain Dwight Eisenhower lors des élections présidentielles de 1952 et 1956.

Un rebond impressionnant de 29% de l’index Dow Jones depuis l’abysse du 6 mars

L’index Dow Jones a clôturé vendredi 8 mai à 8574 points. Il a gagné 4.4% dans la semaine. Le rebond s’est accéléré depuis qu’il a cassé la ligne de résistance à 8175 points. Il n’y a plus d’obstacle à sa progression fulgurante. Prochain objectif : retracer la courbe de la moyenne mobile à 200 jours (9000 points) C’est ce qu’a réalisé, de son côté, l’indice Nasdaq au cours de la séance de jeudi lorsqu’il a dépassé sa courbe moyenne mobile à 200 jours qui est à 1744 points.

Le clan des déclinologues se réduit comme une peau de chagrin

Ralph Acampora a rejoint, cette semaine, le camp adverse. Dans une église d’Upper East Side (un quartier huppé de Manhattan) et remplie de fidèles de la secte de Wall Street, l’ancien analyste vedette a donné son point de vue du marché. Il anticipe que l’index Dow Jones atteindra le seuil de 10 000 points avant la fin de l’année. Ralph est le co-fondateur de l’association des techniciens du marché. Il connut son heure de gloire en juin 1995 lorsqu’il prédit un Dow Jones à 7000 points en 1997. L’index était à 4400 points à l’époque. Ralph a douché les fidèles à la fin de la messe. « Nous pourrions voir une méchante correction se produire lorsque l’index Dow Jones approchera 10 000 points… Mais ces rebonds sont spectaculaires. Les investisseurs agressifs qui ont un horizon ne dépassant pas trois à six mois devraient entrer maintenant dans le marché.» Pour les stoïciens qui sont restés dans le marché et qui, de ce fait, ont essuyé de lourdes pertes, il leur a conseillé : « Ne faites rien ! Je pense que vous avez surmonté le pire. »

Pour les investisseurs ayant un horizon au-delà de six mois, il vaudrait mieux qu’ils restent à l’écart d’une récidive d’exubérance irrationnelle. C’est mon opinion personnelle. Cette épidémie se propage comme un feu dans la brousse. Elle fut décrite en son temps par le maestro Greenspan. Bernie Shaffer est un autre analyste réputé de Wall Street. Il se base sur la courbe moyenne à 160 mois de l’index Standard & Poor’s 500. « L’index devrait franchir cette barrière à 1140 points pour enterrer définitivement la tendance baissière du marché à long terme. » Nous sommes loin du compte avec l’index à 929 points en ce vendredi 8 mai.

La publication des tests des dix-neuf grandes américaines a dopé le marché.

Longtemps attendue mais avec des fuites orchestrées par son patron à la Maison Blanche pour guider le sentiment de l’opinion publique, le secrétaire du Trésor Timothy Geithner a publié et commenté le rapport devant la presse ce jeudi 7 mai. Sans surprise, dix banques sur dix-neuf requièrent une recapitalisation de leurs fonds propres dans l’hypothèse d’un scénario noir. Sans entrer dans des détails techniques qui nécessiteraient de longs développements, retenons les trois hypothèses macro-économiques retenues par l’administration keynésienne d’Obama : décroissance du PIB, taux de chômage et déclin du prix de l’immobilier pour les années 2009 et 2010.

La crédibilité du contrôle des grandes banques (supervisory capital assessment program) repose sur les paramètres choisis. Notons au passage que l’explosion nucléaire du 15 septembre 2008 n’avait pas été envisagée par les modèles mathématiques des banquiers. Peut-on faire confiance aux nouveaux paramètres retenus ? Dans le pire scénario imaginé par l’administration Obama, le PIB reculerait de 3.3% en 2009 et progresserait de 0.5% en 2010, le chômage serait à 8.9% en 2009 et atteindrait 10.3% en 2010, le prix moyen de l’immobilier reculerait de 22% en 2009 et encore de 7% en 2010.

D’une nature suspicieuse à l’égard des gouvernements en place (des play-boys se préoccupant davantage de leur carrière personnelle ou de leur vie sentimentale que de l’avenir de la nation), j’ai lu, comme tout citoyen ordinaire, les statistiques du chômage publiées par le Département du Travail. Que nous apprend le dernier rapport mensuel ? Que 539 000 emplois (non compris le secteur agricole) ont été détruits en avril, que le taux de chômage est passé de 8.5 à 8.9%, que 5.7 millions d’Américains ont perdu leur emploi depuis décembre 2007 et qu’il y a, au total, 13.7 millions de chômeurs en Amérique. D’ores et déjà, le taux de chômage national a atteint le seuil noir de 2009 imaginé par l'administration Obama. Il nous reste encore huit mois pour finir l’année. Peut-on décemment envisager que la destruction d’emplois va miraculeusement s’arrêter le mois prochain ?

Wall Street a interprété la mauvaise nouvelle de la manière suivante : à savoir que la destruction d’emplois en avril a été moindre que celle enregistrée en octobre au plus fort de la crise. Cette interprétation bizarre est à rapprocher de celle des bilans des sociétés pour le premier trimestre 2009 et qui pourrait se résumer ainsi : « c’est moins pire que ce qui avait été anticipé. » Oui mais, ajouterai-je, les statistiques restent toujours mauvaises.

Grâce à la propagande orchestrée par la Fed et l’administration Obama, une autre bulle est en train de se former. Pour les vétérans, la question est de savoir quand cette exubérance irrationnelle cessera. Le plutôt serait le mieux pour repartir sur des bases plus seines qu’à présent : c'est-à-dire favoriser l’épargne au détriment de l’endettement. La purge de l’immobilier n’en est qu’à la moitié du processus entamé à l’été 2006. L'achat d'un bien immobilier ordinaire doit représenter cinquante fois le salaire mensuel d'un ménage. Menez votre enquête dans votre région et demandez-vous si les prix de l'immobilier sont revenus dans le ratio prudentiel que je viens de décrire. A Paris, ce ratio est d'environ cent fois le salaire mensuel d'un ménage.

Quant au risque de pandémie de grippe H1N1 pour ne point déplaire aux Mexicains et aux éleveurs de porc, il est bien moindre, à présent, que celui d’une exubérance irrationnelle sur les marchés boursiers. Les bourses asiatiques ont rebondi de 60% depuis l’abysse du 6 mars. Excusez du peu ! Puisque la mode est aux acronymes, je vais nommer ce risque majeur E2I2. (E et I pour exubérance irrationnelle, 2 puisqu'il s'agit d'une récidive de la même maladie décrite par le maestro en 1997)

Gardez vos ceintures attachées, c’est le conseil de votre pilote. Un trou d'air peut se présenter n'importe quand au cours de ce vol dans la stratosphère. Les arbres ne montent pas au ciel, dit aussi un adage oublié de Wall Street.

samedi 2 mai 2009

La Chine veut racheter tout le stock d’or du Fonds Monétaire International



le "Gold Rush" vers la Californie commença le 24 janvier 1848 avec la découverte du métal précieux dans le lit de la rivière Sacramento.



« La connaissance peut être transmise mais pas la sagesse.»

Herman Hesse




Une configuration « Island Reversal » se dessine.

Contrairement à ma prédiction de la semaine dernière, l’index Dow Jones a cassé la résistance à 8175 points. Il a clôturé la semaine à 8212 points : un gain de 1.6%. Depuis l’abysse à 6626 points qui a été atteint le 6 mars, l’index vedette a progressé de 23,9 %. Cela représente un gain hebdomadaire de 3% en huit semaines.

Le marché montre une surprenante résilience à l’avalanche de mauvaises nouvelles. En début de semaine, il a absorbé la menace d’une pandémie de grippe mexicaine, ensuite la régression de 6.1% de la croissance américaine au cours du premier trimestre 2009, puis la faillite de Chrysler et enfin celle de trois banques régionales pour la seule journée du 1er mai qui n’est pas fériée en Amérique. Labor Day est placé au premier lundi de septembre dans le calendrier américain. Il s’agit d’America West Bank à Leyton dans l’Utath, de Citizens Community Bank à Ridgewood dans le New Jersey et de Silverton Bank à Atlanta en Géorgie. On attend, la semaine prochaine, la publication du « stress testing » imposé aux dix-neuf grandes banques. Le docteur Bernanke de la Fed ne veut pas les laisser tomber selon l’adage en vogue dans les cercles keynésiens « too big to fail!»

L’analyse graphique de l’index évolue rapidement d’une semaine à l’autre. Je vois à présent se dessiner une configuration « Island Reversal ». De ce vocabulaire technique emprunté à Wall Street, il s’agit d’une configuration dans laquelle après un gap haussier se forme un plateau. C’est le cas depuis quatre semaines de l’index Dow Jones qui évolue dans un canal étroit. Il était à 7978 points le 2 avril, il est à présent à 8212 points. Mais une falaise succède à un plateau dans ce scénario. Que ce soit le cours d’une action ou d’un indice, la courbe amorce alors une descente qui se transforme en chute libre sur la fin. Il se forme un gap symétrique à la baisse de celui qui était haussier ; d’où le nom d’île flottante qui est affublé à cette configuration graphique. Serait-ce le scénario en gestation ? L’avenir nous le dira.

La progression fulgurante du marché boursier rend-elle obsolète le débat entre une sortie du tunnel et un rebond technique ?

Charles Allmon est un vétéran de 88 ans qui a connu, dans son enfance, la Grande Dépression. Il a commencé à publier en 1965 la première lettre adressée à des investisseurs dans le Hulbert Financial Digest. Il a arrêté cette publication l’an dernier mais il reste attentif à l’évolution du marché. Le 15 avril, il a surpris d’aucuns quand il a investi 50% de son propre portefeuille dans des actions. Cela ne lui était pas arrivé depuis le krach du 19 octobre 1987.

Bernard Madoff et Charles Allmon ont un point en commun. Ils ont gagné beaucoup d’argent mais leur méthode de travail diffère sensiblement. Le premier a passé son temps à cultiver des relations avec des gens bien placés à Wall Street mais aussi au parlement d’Albany, la capitale de l’Etat de New York, et au Capitole à Washington. Ses anciennes relations ne se bousculent pas pour le soutenir dans la dure épreuve qu’il traverse. L’esprit de cour se vérifie aussi bien dans une monarchie que dans une république. Dans le plus grand secret, Madoff a bâti une pyramide de Ponzi qui n’a profité qu’aux gens au sommet de celle-ci. Le second n’a pas cherché à nouer des relations. Il est resté discrètement à son bureau dans le Maryland où il a travaillé inlassablement sur des statistiques économiques et des bilans de sociétés. Contrairement à Madoff, Allmon ne gérait pas directement l’argent de sa clientèle. Elle était libre de suivre ou non ses conseils à travers sa lettre portant le nom de « Growth Stock Outlook. »

Contrairement à la pléthore de lettres d’investissement qui promettent un rendement fulgurant, celle d’Allmon n’a jamais attiré de spéculateurs. Elle s’adresse à une clientèle voulant avant tout préserver son patrimoine. Mais sur le long terme, Allmon lui a fait gagner beaucoup plus d’argent que les autres. Au cours des dix dernières années, il a réalisé un gain annuel de 3.49% alors que le Wilshire 5000 (l’index le plus large de Wall Street) a enregistré une perte annuelle de 2.11%. Voilà pour la carrière de l’intéressé.

Voyons à présent ce qu’Allmon pense du marché. Dans un récent entretien accordé à Peter Brimelow de Marketwatch, il a déclaré que la récente augmentation des actions dans son portefeuille est strictement dictée par ce qu’il considère n’être qu’un rebond technique du marché. Il pense toujours que l’index Dow Jones va retomber entre 3200 et 4200 points à l’horizon 2011-2012. Le cours de l’or sera aussi à ce niveau là. Pour votre information, l’once d’or est à 885 $. Si Allmon anticipe un quadruplement ou un quintuplement du métal précieux, cela n’est pas de bon augure pour les épargnants.

Puisqu’il est question d’or, l’agence Xinhua News a annoncé, la semaine dernière, que la Chine a augmenté sensiblement ses réserves : de 600 tonnes en 2003 à 1054 tonnes aujourd’hui. Cela représente une hausse de 76% en six ans. Excusez du peu ! Elle s’est hissée à la sixième place mondiale derrière les Etats-Unis, l’Allemagne, le Fonds Monétaire International, la France et l’Italie. Plus surprenant encore, elle a demandé au F.M.I de vendre entièrement son stock d’or. Cela représente la bagatelle de 3217 tonnes.

Pourquoi la Chine formule-t-elle cette demande aujourd’hui ?

Pour une raison simple. Elle ne veut plus être remboursée en monnaie de singe et que la décence empêche de nommer. La fourmi géante dispose de deux trillions de dollars de réserves en devises étrangères. C’est elle qui a le plus de réserves de change en dollars. Dans un langage imagé, elle se hâte de transférer une grande partie de ses œufs dans une fourmilière qui n’est pas prête d’être anéantie par l’hyperinflation !

Les Chinois ne croiraient-ils pas aux bienfaits du massif plan de relance de 885 milliards de dollars de l’administration Obama ? Cela laisse entendre que les pragmatistes marxistes de Pékin sont finalement plus proches des vues de l’école autrichienne que de celles de l’école keynésienne. Ne boudons pas notre plaisir de la conversion des édiles du Grand Timonier aux valeurs que nous défendons contre tout l’establishment français.

Comme la fourmi chinoise ne peut pas racheter tout l’or sur le marché sans provoquer une bulle dont elle serait la première victime, on comprend son appel pressant à la bureaucratie internationale dont le directeur n’est autre que le Français Dominique Strauss-Kahn. Le récent réchauffement des relations diplomatiques avec Pékin n’est pas forcément celui auquel Paris aspire.