lundi 30 mars 2009

half a gallon of ice cream challenge


Pine Grove Furnace, 16 september 2008, young hikers face the challenge to eat half gallon of ice cream

Ironmaster’s Mansion Hostel at Pine Grove Furnace opens at 5pm. It is a splendid brick house with a large terrace. The house was built in 1820. As its name suggests, it was the house of a former boss. Jackson Fuller operated the furnace of South Mountain Ore. The company was owned by Jay Gould, a robber baron of Wall Street.

I wait outside patiently on the covered terrace. I write my daily log. At 5pm, I dare to ring the bell. The manager welcomes me. He said I should have come earlier. The lobby is the nicest room with its piano and antique maps from eighteen century. Monday night is a respite for the manager. He had seventy guests during the weekend.

I will sleep with two young hikers in a dormitory on the first floor. They show up. One is limping. He has a huge blister at the heel. He asks my advice. “You need a bigger size.” The answer doesn’t appeal to him. His shoes are brand new. It’s a typical mistake made by an inexperienced hiker. Later after dinner, they ask my advice on several subjects. They are amazed by my ultra light equipment. They carry a rope, three gas canisters and other ludicrous items. As they are high spirited but also unable to discard their equipment, I suggest to replace an item every year, starting with the most cumbersome.

The young blond guy has a big scar at the neck. I venture to ask him the reason. “I have got a cancer!” The answer breaks my heart. How such a young man might be afflicted by a dire disease? One of my colleagues died in 2005 from the same cancer at the Lymph nodes. He was operated successfully but, three years later, the cancer came back… I don’t sleep well in the dormitory. The lone wolf prefers its tent. At day light, I am eager to leave the house.

The sky is overcast this morning. Fog lingers on Fuller Lake. Its artificial sand beach is cordoned off. It is the end of summer. At the end of Pine Grove Furnace State Park, I resume the trail in the wild. Soon I hit half way marker. It is a triangular wooden structure. Due to relocation of the trail, the actual half-way point is two miles south. To stay accurate, the marker would have to be put on wheelbarrow and moved every time a new reroute is opened. Later in Vermont, I will discover a new reroute which eschews the ski slopes of Killington. Nevertheless, I am happy to be half way on the trail linking Georgia to Maine.

Eight miles later I want to stop to a general store on PA 34. I would like to buy a drink. At a table outside the store, six garrulous young nerds are eating ice cream. They are south bounders. As they are aware of the closing of the store at Pine Grove Furnace, they want to replace the challenge here. It is a silly tradition for through hikers to eat half gallon of ice cream. The one, who has completed the challenge, is going back and forth to the toilet. He has got a diarrhea. The others are laboring painfully. One can’t stop shivering. Whatsoever the price for their health, they want to clean up their box. It is a matter of honor. While they scoop out and gulp, I drink a Gatorade in their company. I love carbohydrate drink. It gives a boost on the trail.

To these young nerds, I ask them if they have heard of One Gallon. Of course not! They weren’t born in 1982 when a guy from Des Moines won the challenge while eating a full gallon of peanut ice cream. My listeners are sick to hear a guy might gulp it. The choice of peanut butter ice cream is a hard one. The taste is horrible. I met One Gallon in 2005 on the Pacific Crest Trail, in northern California, at Marble Mountain. The day before, he won the pancake challenge at Seiad Valley. If you are able to eat five huge pancakes, each one weighting a pound, in less than two hours, the meal is free for the winner. One Gallon wasn’t sick. He is the strongest guy I ever met on the trail.

The day I met him he was elated for a special reason. “Tomorrow, I will have circumnavigated the globe!” Yes, One Gallon had hiked 40.000 kilometers in twenty three years. I dedicated him an article in a French gazette as he epitomizes the spirit of sheer freedom. One Gallon works double shift in winter time. With the doll spared, he takes, each year, a six month leave to hike the trail. The year I met him in California, he left earlier his seasonal job. In February, he started hiking from San Francisco to the Mexican border. There he congregated with hikers at the annual day zero pacific crest trail kick off at Lake Morena. This huge party celebrates, every year, the start of hikers to their long journey toward Canada. The eleven one will be held on April 24th through 26th. If you like to hear great stories, that’s the place to be. So long!

samedi 28 mars 2009

L’orchestre du Titanic a joué jusqu’à la fin



"Tout va très bien" pour madame Christine Lagarde


Le rebond se poursuit. L’indice Dow & Jones a encore gagné 6% cette semaine malgré une prise de bénéfices dans la dernière séance. Il a clôturé vendredi 27 mars à 7776 points. Depuis l’abysse du 6 mars à 6626 points, l’indice vedette a donc regagné 17%! Après avoir frôlé la catastrophe en rasant le plancher de 6500 points, l’espoir renaît.

Sur un plan technique, l’index est repassé au-dessus de la moyenne mobile à 50 jours. Ce bon signal confirmerait la validité du ratio de volume « 9-1 » exprimé par Martin Zweig et que j’ai abordé la semaine dernière. Il est trop tôt pour évoquer la fin de la récession. L’index doit franchir une résistance formidable à 9000 points qui est encore trop éloignée de nous.

Ce rebond a-t-il été orchestré ?

La faiblesse des bonnes nouvelles (hausse timide des ventes de logement neuf et de la production de biens intermédiaires en février aux Etats-Unis) ne suffit pas à expliquer ce formidable rebond de 17%. Mon interprétation est la suivante. Les responsables de la Fed et de l’administration d’Obama ont vécu un cauchemar quand l’index s’est approché du plancher de 6500 points. Si ce plancher avait craqué, l’index aurait plongé à 4000 points. Cela aurait représenté une baisse énorme de 38% car il n’y avait point de plancher intermédiaire. Les autres bourses auraient plongé de concert.

Conscients de ce danger mortel, les autorités américaines ont tout fait pour conjurer le krach du marché d’actions par des méthodes peu orthodoxes. La fin justifie les moyens…

Ce fut d’abord, le 10 mars, la déclaration surprenante du patron de Citigroup annonçant des bénéfices de sa banque pour les mois de janvier et février alors qu’il est strictement interdit par la Security Exchange Commission (SEC) de commenter les résultats avant la publication officielle du rapport trimestriel.

La publication du premier trimestriel 2009 aura lieu le 17 avril prochain. Sur les dix analystes de Wall Street qui suivent cette banque, le consensus est d’une perte de 24 centimes de dollar par action pour le trimestre en question et d’une perte de 73 centimes de dollar par action pour l’année 2009. Cela contredit la déclaration optimiste de Vikram Pandit.

Contrairement en France où l’autorité des marchés financiers n’a pas de pouvoir judiciaire, la SEC peut envoyer en prison un patron ou lui infliger une lourde amende. Vikram Pandit aurait-il pris le risque de commenter l’activité de sa banque sans l’aval de la S.E.C ?

Ben Bernanke, le patron de la Fed, a senti que cela ne suffirait pas pour rassurer le marché. Son ex lieutenant à la banque fédérale de New York, qui n’est autre que le tout nouveau secrétaire au Trésor Timothy Geithner, n’a pas convaincu lors de la présentation de son plan de sauvetage des banques.

Fort de son expérience de « grand timonier » pendant la tempête de l’automne, Bernanke a décidé de prendre les choses en main en accordant, pour la première fois de l’histoire, une interview à une grande chaîne américaine de télévision. Pour des raisons d’audience, il a choisi de passer à l’émission 60 minutes de C.B.S. Lors de cette émission du 15 mars, il a laissé entendre que le pire était derrière nous et que la reprise de la croissance se ferait en 2010. C’était exactement le genre de déclaration que le public attendait.

Puis ce fut son annonce surprise, du 18 mars, de racheter des bons du trésor américain pour un montant de trois cent milliards de dollars. Le précédent remonte à 1960. Pourquoi a-t-il choisi de recourir à cet expédient et à cette date ? Parce qu’il craint, et à raison, que le marché obligatoire ne soit pas capable d’absorber de telles émissions de bons du trésor américain. A titre de comparaison, la Banque d’Angleterre n’a pu lever que 1.65 milliard de livres sterling sur 1.73 milliard offert au marché obligataire. (source de Philippe Herlin sur son blog http://ladettedelafrance.blogspot.com)

Quel sera l’accueil du marché aux O.A.T ?

De son côté, l’agence française du Trésor a choisi la date du 2 avril (sommet du G20) pour lever entre 6 et 8 milliards d’euros sur le marché obligataire. Le spectre est large avec des obligations à 5, 10, 25 et 30 ans. La date de règlement est fixée au 7 avril.

Rien n’est moins sûr que le seuil minima de 6 milliards d’euros soit atteint. Madame Christine Lagarde raconte à qui veut l'entendre que le monde entier se dispute nos emprunts. Cela ne vous rappelle-t-il pas que l’orchestre du Titanic a joué jusqu’à la dernière minute ?

jeudi 26 mars 2009

Tomales



Tomales, Californie, 2 octobre 2004

Bodega Bay est le village de pêcheurs immortalisé à l’écran par le maître du suspense. En 1963 Hitchcock y tourna le long métrage Les Oiseaux. Je recherche l’école où l’institutrice, incarnée par Suzanne Pleshette, organisa le sauvetage de ses élèves encerclés par des oiseaux menaçants. J’ai du mal à me situer. Du temps d’Hitchcock il y avait un grand pré mitoyen, maintenant c’est une rue commerçante animée… En revanche, le bar sur le port est toujours là. Je retourne dans la grande salle où étaient attroupés les citadins effrayés par les assauts des oiseaux. Une plaque en l’honneur du cinéaste trône au-dessus du bar. Combien de touristes se sont arrêtés pour contempler ce décor qui n’a pas changé ? La nostalgie des années soixante me gagne. C’était une décennie heureuse. Je me renseigne sur le prix d’une chambre en ville. Il n’y a qu’un hôtel et il affiche complet en ce vendredi.

Je reprends la route vers le sud. Sur la route de Valley Ford, je me remémore le pré où j’ai passé une nuit à la belle étoile. Je n’avais pas trouvé de chambre sur cette côte sauvage. La nuit m’avait rattrapé et, à la lueur des phares, je m’étais engagé sur un chemin. Au bout de celui-ci, j’avais dormi dans un pré. Intrigué par la présence d’une voiture sur son chemin, un fermier s’arrêta, à l’aube, pour contempler cette incongruité dans la lumière des phares de son véhicule. Il resta pendant une bonne minute mais n’osa pas descendre de son véhicule. Puis, il repartit. Ses vaches curieuses n’eurent pas cette retenue. Elles s’approchèrent très près de moi. Ce fut un rude réveil dans le tintamarre de leurs cloches.

Tomales est une bourgade sur un plateau herbeux. L’enseigne d’une pimpante maison en bois, peinte en jaune clair, attire mon regard : Continental Inn. Y aurait-il une chambre libre ? Je fais sonner la petite cloche posée sur un registre. Une femme d’une quarantaine d’années, à la chevelure blonde soignée, arrive. Elle a deux chambres disponibles. Elle me propose de visiter la petite chambre. La literie et le mobilier victorien emportent mon suffrage. Intrigué par son accent, je lui demande sa nationalité. Elle me répond qu’elle est anglaise. Elle s’est installée il y a deux ans. Elle me raconte qu’elle a fait de gros travaux pour transformer ce vieux saloon datant de 1850 en hôtel confortable. C’est un grand changement de vie pour cette londonienne. J’entends les voix de petites filles jouant dans une chambre voisine.

Connaissant le fin palais d’un Français, ma charmante hôtesse anglaise m’indique un bon restaurant à Dillon Beach. Je connais cette villégiature adossé aux vents terribles du Pacifique. Je m’y rends sans tarder. Dîner tôt est un luxe que j’apprécie en Amérique. Il est 17h lorsque je franchis l’entrée de ce nouvel établissement. Toutes les tables sont libres. Une hôtesse me propose de dîner en terrasse. Je décline son offre car je préfère être à l’abri du vent. A la carte, exclusivement marine, je choisis un ragoût de poisson avec un verre de sauvignon blanc de la vallée Napa. Quand la salle se remplit, je demande l’addition.

Avant de quitter cette villégiature, je me rends à la plage pour admirer le coucher de soleil. Des jeunes surfent sur les vagues. Je prends des photos d’un phénomène rarissime. La planche d’un adolescent glisse mystérieusement sur une fine pellicule d’eau recouvrant le sable à la marée descendante.

Dans une nappe de brouillard se dessine l’extrémité squelettique de la presqu’île de Reyes. Elle ressemble à la proue d’un vaisseau fantôme. Cette image évoque pour moi une scène d’un film de Tony Curtis. Tourné en 1941, Sea-Wolf était une adaptation du roman de Jack London. Jack Robinson y jouait le rôle de Larsen, un capitaine psychopathe à bord d’un schooner portant le nom idoine de Ghost.

Dillon Beach est à la sortie de la baie de Tomales. C’est ici que la faille de San Andreas surgit de l’océan. La plaque du Pacifique s’encastre sous la plaque tectonique du continent américain pour former une gigantesque boutonnière sur près de mille kilomètres de long. La terre tremble toutes les semaines. C’est pourquoi les maisons, y compris celles des gens fortunés, sont en bois. Dillon Beach est étagée. Le bas du bourg est sur une dune en bordure de l’océan, le haut au sommet d’une colline pelée.

Couché tôt, je me lève tôt. Les habitudes de la marche ne s’effacent pas. Je ne parviens à retrouver un mode de vie sédentaire. Je démarre à la lumière des phares. La route tournicote dans un vallon rejoignant la baie de Tomales. Je m’arrête à Marshall. C’est à cet endroit que j’ai eu le coup de foudre pour cette côte sauvage. Je m’étais arrêté, à l’improviste, à cette jetée en bois, par une après-midi d’août. Le temps était frais. A l’extérieur du restaurant Nicks’s Cove se trouvait un gigantesque tas de coquilles d’huitres. L’huitre de la baie ayant disparu en raison d’une surproduction, on m’avait servi, à la place, des huîtres de Seattle qui n’avaient pas un bon goût en raison de la faible salinité de la baie de Puget.

Nicks’s Cove est fermé pour une raison d’hygiène. Les effluves étaient rejetés directement à la mer ! Un groupe d’entrepreneurs s’apprêterait à le racheter pour en faire un établissement fantastique. Le capitalisme de la Silicon Valley est en perpétuelle quête de réinvestissement. Hollywood s’était déjà intéressé à ce cadre idyllique quand Barry Levinson y tourna, en 2001, le film Bandits avec Bruce Willis, Billy Bob Thornton et Cate Blanchett. En consultant la toile, j’ai découvert la réouverture de Nick’s Cove. Les promoteurs n’ont pas fait les choses à moitié. Ils ont non seulement rénové le célèbre bar mais ils ont aussi racheté toutes les bicoques adjacentes. Ces bungalows rénovés servent de chambres luxueuses. Certains sont sur pilotis, d’autres en retrait de la chaussée. Pour vous donner une idée du cadre, cliquez sur le lien http://www.nickscove.com.

La route longe la baie jusqu’à la localité d’Inverness. Celle-ci occupe la même position que la ville d’Ecosse au fond d’une baie. L’attraction de cette bourgade n’est pas un pub où de vieux marins fumant la pipe racontent avoir vu le monstre du Loch Ness, mais le bureau des Rangers pour une toute autre raison... A la recherche d’une carte, un Ranger féminin me demande ma ville d’origine. Cette question est posée à chaque visiteur pour établir des statistiques. Quand je lui dis que je viens de Paris, son visage s’éclaire. Elle me raconte qu’elle a lu le livre Da Vinci Code. Elle est fascinée par l’œuvre de Dan Brown. Elle est même convaincue de son authenticité. J’essaie de lui expliquer que ce n’est qu’une fiction. Peine perdue ! Elle est animée d’une ferveur qui dépasse mon entendement. Elle rêve de se rendre à l’église Saint Sulpice pour découvrir la « vérité ». Devant tant de fascination mes arguments sonnent creux. Je bats en retraite. Le battage médiatique entourant ce livre ne m’incite pas à le lire. Ce succès planétaire de l’ésotérisme est la marque d’une société déboussolée et qui se raccroche aux contre-vérités colportées par un auteur ne manquant pas de ressources. Dan Brown s’est grandement inspiré de Pierre Plantard, un illuminé qui se prétendait être le descendant direct de la dynastie des Mérovingiens.

Il n’y a qu’une seule route sur la presqu’île de Reyes. Elle a conservé le caractère sauvage qu’elle devait avoir aux yeux de l’explorateur Sir Francis Drake lorsqu’il l’accosta le 17 juin 1579. Sur cette route portant son nom, je commets une erreur de pilotage. Dans une descente je crois rétrograder de vitesse quand j’enclenche malencontreusement la marche arrière. Evidemment, la manœuvre est impossible mais elle a une conséquence imprévisible. Au broutement de la boîte à vitesse lui succède un arrêt complet du moteur et de tout le système électronique du véhicule.

Le véhicule incontrôlable prend de la vitesse dans la pente. Au bas de celle-ci se profile un virage serré à gauche. Serai-je en mesure de le négocier ? L’angoisse de faire une embardée me saisit. Que faire ? Je décide de tirer le frein à main pour l’aborder. La Ford Crown Victoria se met en travers. Les pneus crissent. Il y a une barrière en bois sur un petit pont qu’enjambe la route au-dessus d’un marais. Vais-je terminer ma course dans l’eau ? Je m'accroche au volant qui n’est plus dépendant de la direction assistée. La voiture tangue. Je ne suis plus que sur les deux roues de droite. Je parviens à faire retomber le véhicule sur ses quatre pattes à la sortie du virage. Se présente une bosse qui ralentit considérablement ma vitesse. Mon véhicule termine sa course folle au sommet de celle-ci.

Dans l’action je n’ai pas paniqué. Ce n’est qu’après que mes nerfs se relâchent. J’ai eu de la chance que cet incident se soit produit sur une route déserte. Je descends de voiture. Mes jambes sont en coton. J’inspecte le véhicule. Je me mets à plat ventre sous le châssis. Je ne vois rien d’anormal. Je remonte à bord de la voiture. J’enlève la clé de contact avant de la réintroduire. Un tour à droite : le tableau de bord se rallume et tous les voyants reviennent au vert. Le moteur démarre. J’actionne la boîte à vitesse. Elle fonctionne. Plus difficile est d’abaisser le frein à main. Il semble grippé. Quand je démarre lentement, je parviens à le desserrer. Ouf ! L’alerte a été chaude. Tout fonctionne normalement à présent.

Je mets cette panne sur le compte de l’excès de sécurité des véhicules modernes. Une fausse manœuvre (tentative d’enclencher une marche arrière sur un véhicule à boîte automatique) a provoqué l’arrêt complet du système électronique et du moteur. Dans les anciens véhicules, on était à la merci d’une défaillance d’une pièce mécanique ; dans les modernes à celle d’une panne d’ordinateur. A vouloir éliminer tous les risques, les constructeurs automobiles en ont créé un autrement plus inquiétant pour la sécurité des passagers. N’est-ce pas la sanction ultime d’une société abhorrant le risque ?

mercredi 25 mars 2009

The new bank rescue is doomed!



Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor, se tient la tête pendant que Ben Bernanke, son ex patron au dernier plan, s'exprime devant une commission du congrès. Geithner a été le président de la banque fédérale de New York qui est l'une des douze banques régionales de la Fed.

L'éditorial du New York Times du 24 mars 2009 est un papier non signé. Il exprime, sans retenue, sa forte défiance à l'égard du nouveau plan de sauvetage des banques. Ce plan mixte -fonds publics et privés - est un mélange des genres qui satisfera la cupidité des uns et la crasse ignorance des autres. En conclusion, ce journal se demande s'il ne faudrait pas laisser tomber les canards boîteux ! Cela nous ramène invariablement au paradigme de l'aléa moral (hazard moral en américain) et que je ne cesse de marteler pour entreprendre l'assainissement tant retardé du secteur bancaire. Si le sale boulot n'est pas fait maintenant, l'aléa moral se retournera, in fine, contre les États eux-mêmes ! Ce papier marque aussi la fin de l'idylle des journalistes démocrates à l'égard du président, deux mois seulement après sa prise de fonction.


President Obama’s long-awaited plan to revive the banks could work if certain assumptions about the future are right. But there is not much, beyond faith, to believe those assumptions will pan out — and even if there were, it is hard to see how the plan is the best way to go.

In the near term, the plan would provide financing to buy $500 billion of banks’ bad assets — and possibly up to $1 trillion over time. Most of the financing would be in the form of low-cost government loans and loan guarantees for private investors who buy the troubled assets.

The first assumption is that those battered assets will recover handsomely, thus allowing the government loans to be repaid with interest. There has, however, been no independent assessment of the assets or their underlying collateral, so there’s no way to know that they will recover by much, if at all from their beaten-down state.

The Times has reported that investors are currently offering 30 cents on the dollar for certain toxic assets. Banks are unwilling to sell at that price, but that doesn’t mean the offer price is too low. It may only indicate their fear that taking such losses might render the banks insolvent. With government subsidies, investors will presumably offer a price that is more to the banks’ liking. But that, in turn, could expose the government to big losses. Government loans are huge compared with the sums that investors must put up, so even a modest decline in the value of the purchased assets would endanger repayment of the loans.

Even if we assume that the assets do increase in value, allowing the government to be repaid, there are still unsolved problems.

Successful sales will rid banks of some of their toxic assets, but not necessarily all or even most of them. To restore the banks to health, the sums expended would have to be enough to balance the banks’ assets and liabilities, and provide a reasonable cushion to resume lending and absorb future losses. No one knows with any certainty how much that is, though some estimates put it north of $2 trillion, much more than what the administration is contemplating.

And even if you assume that the sums put up by the government are enough to cleanse the banks entirely, restoring the banks to health by throwing money at them — even with a sheen of private capital — would not be fair. It would be one big transfer of wealth from the government to bank investors. That would be better than an apocalyptic crash, but it is a near complete socialization of losses, with little value flowing to taxpayers.

A better way would be to base the rescue on current reality, not assumptions about the future. What would an examination of the banks’ assets reveal about their value? What is the size of the hole in the banking system? In the absence of good-faith measurement, taxpayer-financed purchases of bad assets could court huge unnecessary risks.

In other banking crises, both in this country and abroad, resolution of a systemwide problem has sooner or later involved separating solvent banks from insolvent banks. In the end, there is no getting around firing the executives at failing banks, acknowledging the losses, wiping out the shareholders and then deciding how the government can best restructure the institutions. The Obama administration has yet to explain why its approach is better than that.

dimanche 22 mars 2009

A chacun sa vérité !



Martin Zweig est un ancien professeur de finances du college Baruch


Le ratio « 9-1 » serait un signal haussier pour le marché

Dans la semaine écoulée, l’indice Dow Jones a gagné 108 points (de 7170 à 7278 points) et ce malgré un pic provisoire de 7624 points atteint dans la séance du 19 mars 2009. En deux semaines, l’indice vedette a rebondi de 11%. De ce rebond technique entamé le 9 mars, des analystes sont devenus très optimistes quant à une sortie prochaine de la crise. Ils invoquent le jour « 9-1 » qui s’est présenté à trois reprises.

Quelle est sa signification ?
Il fait référence au volume de toutes les actions côtés sur le NYSE (New York Stock Exchange) progressant un jour donné et comparé au volume global de toutes les actions qui montent ou déclinent ce jour là. Si un jour donné, le volume des actions qui progressent est égal à celui de celles qui déclinent, ce ratio est de 50%. Un jour «9-1» se produit lorsque ce ratio est égal ou supérieur à 90%. Il s’est produit à trois reprises depuis l’abysse du 6 mars. Selon Martin Zweig (1) qui a développé cet indicateur, un tel déséquilibre du volume d’actions en hausse est un signal d’une tendance haussière du marché. Un signal encore plus haussier pour le marché se produit lorsque ces jours «9-1» sont rapprochés.

C’est l’avis aussi du professeur David Aronson qui enseigne la finance au collège Baruch, dans le même établissement où Martin Zweig a enseigné cette discipline. Le collège Baruch est une annexe de la prestigieuse université de New York. Aronson a fait plancher ses étudiants sur ce phénomène en examinant la période allant de 1942 à nos jours. La profusion des statistiques disponibles en Amérique fait le délice des chercheurs. Dans les deux mois suivant ce jour «9-1» la probabilité que le marché soit haussier est de 80%.

Après des mois de défaitisme, n’est-il pas aimable de vous annoncer enfin une bonne nouvelle ? Hélas, cet indicateur passe sous silence un fait têtu. Comme je l’ai écris la semaine dernière, il s’est ouvert un gap de 126 points, sur l'indice Dow Jones, à l’ouverture de la session du 10 mars et qu’il faudra combler un jour ou l’autre, le plutôt étant le mieux pour ne pas casser cette fragile stabilisation du marché. Si l’analyse technique reste le meilleur outil disponible pour ébaucher une tendance, elle ne peut expliquer à elle-seule les faits qui, de leur côté, restent préoccupants.

La haine envers les riches n’a d’égale que sa myopie.

Que n’a-t-on pas dit, écrit ou même légiféré à propos des primes versées aux employés de l’assureur A.I.G ? L’affaire des primes a mobilisé la Maison Blanche et le congrès a voté, une fois n’est pas coutume, une loi de circonstance… Une inquiétante dérive qui est bien dans le style d’une assemblée révolutionnaire de stigmatiser une classe de gens. Ces primes ne représentent qu’une goutte d’eau par rapport au plan calamiteux de relance d’Obama et un epsilon des sommes faramineuses perdues à cause de la politique de discrimination positive du logement menée en faveur des minorités raciales. Mais on ne s’attache qu’aux détails, comme le regrette David Brooks, l’un des dix éditorialistes du New York Times, qui n’est pas suspect d’antipathie à l’égard du pouvoir en place.

Pour paraphrase Carl Menger, les Keynésiens confondent allègrement les causes et les effets. Ce n’est pas fortuit car cela leur évite de se remettre en question. Un autre éditorialiste du New York Times, Roger Cohen, a écrit qu’il préfère que l’Amérique n’emprunte pas la voie des jacobins sous le titre provocateur : « One France is enough ! » Dans un passage saillant, il écrit : « J’aimerais croire qu’Obama est plus proche de Talleyrand que de Robespierre. Je pense toujours qu’il est davantage un centriste recherchant le consensus qu’un révolutionnaire. » Cette phrase traduit le doute qui s’est installé parmi les journalistes de la côte Est des Etats-Unis qui ont grandement facilité son accession à la Maison Blanche.

La notion toujours oubliée d’aléa moral

L’assureur A.I.G était trop grand pour le laisser choir, déclara Henry Paulson, l’ancien secrétaire du Trésor à qui on reprochait de ne pas avoir sauvé Lehman Brothers. C’est pourquoi l’Etat fédéral est venu trois fois à sa rescousse pour un montant global de 173 milliards de dollars.

American International Group n’était plus un assureur proprement dit. Il s’était lancé dans une ingénierie financière, à grande échelle, avec le succès que l’on connaît… Il était devenu le numéro un des credit defaut swaps. Ces instruments de hedging (couverture contre tout type de risque) sont devenus en fait la première source de spéculation de la planète. Ce marché dérégulé (over the counter) s’élevait à 45 trillions de dollars en 2007. Cela représentait deux fois le marché américain d’actions. Excusez du peu !

Dans un article prémonitoire du 17 mars 2008 « Credit Defaut Swaps : the next crisis ? » la journaliste Janet Morrissey du magazine Times s’inquiétait que ce marché fou pouvait impacter durablement la crise immobilière qui avait éclaté en août 2007. Les quinze grandes banques internationales (primary dealers auprès de la Fed) en auraient pour un montant de 13 trillions de dollars.

Paribas s’est bien gardé de divulguer le montant qu’elle en détient dans son hors-bilan. Si la transparence n’est pas une vertu française, la Fed fait, de son côté, son boulot. Elle a dénoncé le blanchiment d’argent sale de la Société Générale. C’est un avertissement solennel lancé aux banques françaises qui se complaisent, avec l’approbation du gouvernement, dans la plus grande opacité.

La dernière lance des pompiers de la Fed va-t-elle faire pschitt comme les autres ?

Comme ces immenses déchets toxiques ne trouvent plus preneur, les pompiers de la Fed ont eu l’idée de lancer une nouvelle grande échelle. Cette échelle est le parangon de l’économie mixte : 50% de capitaux publics et 50% de capitaux privés. Elle n’est en fait qu’une version allongée de la seconde baptisée Term Securities Landing Facility qui avait été créée, le 11 mars 2008, après l’incendie de Bear Stearns.

Quelle va être la réaction du marché à cette lance capable d’arroser un trillion de dollars ? Qui, parmi les acteurs privés, voudra souscrire à ces déchets toxiques malaxés à de la monnaie fraîchement imprimée par la Fed ? Cette potion nous ramène à un exemple tiré de la nature. C’est comme si vous proposez à un boa d’avaler un porc-épic en lui offrant du sirop d’érable. Croyez-vous vraiment qu’il suivra votre conseil ? Tel est l’angélisme d'Obama qui a ouvert ses bras aux ayatollahs de Téhéran.

L’énarchie au faîte de son incompétence économique

Si, comme je le répète inlassablement, les erreurs des Américains pouvaient nous servir de leçon. Hélas, le pouvoir est autiste ! Dans la semaine écoulée, on nous annonce le mariage de trois assureurs : Macif, Matmut et Maif. Ces trois assureurs se portent mal. Ce mariage ne tombe pas du ciel.

Quelle est la grande manœuvre qui se prépare derrière cette fusion ? Ma version est la suivante. A l’approche de la fin du monopole de la sécurité sociale (2) qui va ouvrir ce vaste marché au reste de l’Europe, les énarques ont réagi comme d’habitude : créer un champion national pour affronter la concurrence étrangère.

La faillite de l’assureur A.I.G coûte une fortune au contribuable américain. Nous nous apprêtons à commettre la même erreur en rendant impossible la faillite de ce géant en herbe. Les énarques n’ont pas leur pareil pour disséminer les germes de l’anticapitalisme. L’adage est que les profits seraient privatisés et les pertes toujours pour les contribuables. Ça c’est la conséquence désastreuse des Keynésiens et non pas des vrais capitalistes. Blâmez les keynésiens, les socialistes et les énarques mais pas les libéraux, monsieur Besancenot ! Vous vous trompez toujours de cible.

A toujours nier l’aléa moral, on ne l’éradiquera pas pour autant. Il arrivera un jour où l’aléa moral se retournera contre l'Etat français. Il se posera de la façon suivante : «Peut-on laisser tomber la France ?» se demanderont les prêteurs internationaux à propos de son incapacité à rembourser sa dette. « Trop grande pour la laisser tomber », se disent, pour se rassurer, les inspecteurs des finances qui tiennent les cordons de la bourse. La faillite d’autres États devrait les inciter à plus de prudence. N’y a-t-il pas une amorce de réalisme quand les Européens envisagent de doubler la capacité financière du Fonds Monétaire International pour faire face justement à la banqueroute d’un grand État comme la France ou l’Italie ?

(1) Martin Zweig : « Winning on Wall Street ». On ne compte plus le nombre de rééditions de cet ouvrage de 1986.

(2) Depuis 1994, l’Etat français a transposé les directives du traité de Maastricht portant sur la création d’un marché unique en Europe. Pour des raisons idéologiques, l’Etat providence s’est refusé à appliquer ces directives qui mettent en péril son existence même.

jeudi 19 mars 2009

Pine Grove Furnace


Monday 15 September 2008, Birch Run Shelter, Pennsylvania

The night has been hot. I have slept with only a sheet inside the tent. I wake up at day light. An hour later I am ready to go. Lisa, my hospitable neighbor, is still asleep when I leave camp at 7.20 am. On the bench of Conococheague River I see anglers fishing with fly. With a snap move of their wrist they throw the line in the middle of the stream. The trail meanders through beautiful Caledonia State Park. At the crossing of a wooden bridge I meet a happy boy who has caught a carp. The fish is as big as his arm. He is proud of his catch. I congratulate him.

The junction with the Appalachian Trail is at the very end of the park. It is a beastly start with steep staircases right up to the top of the hill! I take it easy with a stage of twenty miles. At the top of the hill the noise of traffic ceases suddenly. I won’t meet anyone today on the trail. A strange quietness reigns like before a storm. The storm in question is not happening in the woods but at Wall Street. Lehman Brothers is bankrupt today. I won’t hear the news before a week. Being in the woods insulates me from the turmoil of the financial world.

The stage is uneventful and of moderate difficulty. I stop for a snack at flowery Quarry Gap Shelter. Suspended pots of petunia welcome visitors. Is there an innkeeper in the vicinity to take care of such flowers? It is always a surprise to find a clean and well maintained shelter. Further on in Pennsylvania and New Jersey I will discover ugly painting’s spray made by hooligans.

It is already 77°F (25°C) Indian summer is the best time for hiking. Bugs, flies, mosquitoes and ticks are no more an annoyance. There is a short window before the first frost of October. Time seems suspended for a while. The Appalachian Trail is a long corridor insulated from hunting. Sometimes a forlorn shot or a high flying plane is heard.

While having no one to talk with or nothing special to watch around me I grind miles at a steady pace. Is my soul at peace? Sometimes the body is totally disconnected from the brain. Legs and arms move relentlessly on the narrow path in the forest. They repeat the same gesture thousand times a day. Who is in charge of that endless process? The forehead is the buffer zone which trades hundred signals. Other parts of brain are idle or free to do what please them. Old events come back to life. I remember a day at the beach when I was eight years old. At work or home we don’t have the luxury to let our mind ramble. Hiking is the best way to burst one’s fetter. Without any effort, old and deeply buried souvenirs percolate to the surface. I pull the thread and another souvenir comes back to life. Old and often disconnected events are whirling.

During the day, I go through to no less than five shelters. A record! In fact, they are close from each other. I take a picture of Birch Run Shelter and its serene prairie. It is pleasant to sit while having a drink. Sometimes, I read the log of hikers left inside the shelter. The sheer diversity of hand writings is more appealing than the content of stories. Some are light, other bold, some are slanted, other upright, some are narrow, other wide. A handwriting gives a lot of information about people’s character. After many years of typing on keyboard, I am unable to write properly. I can’t translate the staccato rhythm of typing to a page. I am frustrated. Writing requires more skills than typing.

I have entered the Michaux State forest. It is named in honor of André Michaux, a French botanist, dispatched in 1785 by Louis XVI, the king of France, to gather plants for the royal gardens. With the help of his son, Michaux discovered and identified a host of flowers, shrubs and trees. At the peak of industrialization, the forest was operated by iron companies. Three furnaces were built at Caledonia, Mont Alto and Pine Grove Furnace. Cannon balls were produced during the Revolutionary War. The iron companies needed large lands from which to cut wood that was converted to charcoal and used to fuel the iron furnaces. The forest was destroyed at brisk pace. It was saved when iron companies couldn’t compete with new technology and richer ore deposits discovered in the West. In 1903, the Pennsylvania State Forest Academy was established at Mont Alto. The president of that time was Teddy Roosevelt who was concerned to preserve natural resources for future generations. Today the Michaux forest comprises 85.000 acres or roughly 3440 km².

In the middle of afternoon, I am surprised to arrive at Pine Grove Furnace. This tiny village has preserved its old furnace. The town has the honor of being placed half way through the Appalachian Trail. It is located at mile 1088. To celebrate it, a custom has been made at the local grocery. Hikers are supposed to eat half gallon of ice cream. I am bared of that challenge. The grocery is closed. Outside two girls and a guy are asleep on wooden benches. My appearance wakes them up. They enjoy a lazy afternoon in the sun. They tell me that the owner of the grocery is gone. Bad luck! The guy warns me of the stage after tomorrow. It has the particularity of being hold in open fields. He suggests me to hike at night! Is the sun unforgiving in mid September at 40° north of latitude? Yes, for some people. Like fonts and handwriting, the world is fascinating for its sheer diversity of characters.

mardi 17 mars 2009

A Continent Adrift



Paul Krugman, le gourou des Keynésiens, déplore le manque de coordination de la politique économique et monétaire en Europe. Il se demande même si la création de l'euro n'a pas été une erreur. Si un Keynésien réputé apporte de l'eau à mon moulin, où va-t-on ?


March 16, 2009
Op-Ed Columnist
A Continent Adrift
By PAUL KRUGMAN


I’m concerned about Europe. Actually, I’m concerned about the whole world — there are no safe havens from the global economic storm. But the situation in Europe worries me even more than the situation in America.

Just to be clear, I’m not about to rehash the standard American complaint that Europe’s taxes are too high and its benefits too generous. Big welfare states aren’t the cause of Europe’s current crisis. In fact, as I’ll explain shortly, they’re actually a mitigating factor.

The clear and present danger to Europe right now comes from a different direction — the continent’s failure to respond effectively to the financial crisis.

Europe has fallen short in terms of both fiscal and monetary policy: it’s facing at least as severe a slump as the United States, yet it’s doing far less to combat the downturn.

On the fiscal side, the comparison with the United States is striking. Many economists, myself included, have argued that the Obama administration’s stimulus plan is too small, given the depth of the crisis. But America’s actions dwarf anything the Europeans are doing.

The difference in monetary policy is equally striking. The European Central Bank has been far less proactive than the Federal Reserve; it has been slow to cut interest rates (it actually raised rates last July), and it has shied away from any strong measures to unfreeze credit markets.

The only thing working in Europe’s favor is the very thing for which it takes the most criticism — the size and generosity of its welfare states, which are cushioning the impact of the economic slump.

This is no small matter. Guaranteed health insurance and generous unemployment benefits ensure that, at least so far, there isn’t as much sheer human suffering in Europe as there is in America. And these programs will also help sustain spending in the slump.

But such “automatic stabilizers” are no substitute for positive action.

Why is Europe falling short? Poor leadership is part of the story. European banking officials, who completely missed the depth of the crisis, still seem weirdly complacent. And to hear anything in America comparable to the know-nothing diatribes of Germany’s finance minister you have to listen to, well, Republicans.

But there’s a deeper problem: Europe’s economic and monetary integration has run too far ahead of its political institutions. The economies of Europe’s many nations are almost as tightly linked as the economies of America’s many states — and most of Europe shares a common currency. But unlike America, Europe doesn’t have the kind of continent wide institutions needed to deal with a continent wide crisis.

This is a major reason for the lack of fiscal action: there’s no government in a position to take responsibility for the European economy as a whole. What Europe has, instead, are national governments, each of which is reluctant to run up large debts to finance a stimulus that will convey many if not most of its benefits to voters in other countries.

You might expect monetary policy to be more forceful. After all, while there isn’t a European government, there is a European Central Bank. But the E.C.B. isn’t like the Fed, which can afford to be adventurous because it’s backed by a unitary national government — a government that has already moved to share the risks of the Fed’s boldness, and will surely cover the Fed’s losses if its efforts to unfreeze financial markets go bad. The E.C.B., which must answer to 16 often-quarreling governments, can’t count on the same level of support.

Europe, in other words, is turning out to be structurally weak in a time of crisis.

The biggest question is what will happen to those European economies that boomed in the easy-money environment of a few years ago, Spain in particular.

For much of the past decade Spain was Europe’s Florida, its economy buoyed by a huge speculative housing boom. As in Florida, boom has now turned to bust. (1) Now Spain needs to find new sources of income and employment to replace the lost jobs in construction.(et oui, monsieur Krugman, cela est un bon exemple de la théorie autrichienne des mauvais investissements que vous continuez à ignorer en prônant une énième relance)

In the past, Spain would have sought improved competitiveness by devaluing its currency. But now it’s on the euro — and the only way forward seems to be a grinding process of wage cuts. This process would have been difficult in the best of times; it will be almost inconceivably painful if, as seems all too likely, the European economy as a whole is depressed and tending toward deflation for years to come.

Does all this mean that Europe was wrong to let itself become so tightly integrated? Does it mean, in particular, that the creation of the euro was a mistake? Maybe. (si un Keynésien partage mon analyse, où va-t-on ?)

But Europe can still prove the skeptics wrong, if its politicians start showing more leadership. Will they?

(1) la comparaison entre la bulle immobilière en Espagne et en Floride est pertinente. Krugman se réfère implicitement à une enquête menée par George Packer "The Ponzi State, Florida's foreclosure disaster" qui a été publiée dans l'édition du 9 février 2009 du New Yorker. Vous pouvez lire un résumé de celle-ci sur le site du magazine à l'adresse suivante : http://www.newyorker.com

samedi 14 mars 2009

l'Euro est une chimère


Robert Heinlein (1907-1988) est l'auteur du fameux adage "Il n'y a pas de repas gratuit."


Rebond technique ou fin de descente aux enfers ?

L’index Dow Jones s’est resaissi cette semaine. Il a clôturé à 7223 points. Cela représente une hausse conséquente de 9%. Le gouffre a été évité lundi à 15h quand l’index vedette est descendu à 6528 points. Le vieux plancher de douze ans à 6500 points a résisté. Mardi, avant l’ouverture du marché, Vikram Pandit, le président de Citigroup, a annoncé que sa banque a dégagé des bénéfices en janvier et en février. Il n’en a pas fallu davantage pour galvaniser les traders. Sur un plan technique, un gap de 126 points s’est formé ce jour là. Il faudra bien le combler un jour. La faillite de General Motors pourrait sonner le glas de ce rebond technique. Dans cette hypothèse l’index retestera ce plancher de 6500 points. Il est trop tôt pour considérer que le pire est derriere nous…

Le découplage outre-atlantique va s’accentuer

Le ménage se fait toujours à la hâche dans les entreprises américaines. Le taux de chômage national a atteint 8 % en février. Rien de tel en Europe où les licenciements sont parfois interdits par des gouvernements socialistes. La décision du gouvernement français de rehausser le salaire minimum et les revenus sociaux dans les départements d’outre-mer va inévitablement accroître le chômage dans ces îles et dégrader les comptes publics. L’écart de rendement entre les bons à dix ans des trésors français et allemand est passé à 22 points de base. Il n’était que de 6 points avant l’explosion nucléaire du marché financier du 15 septembre dernier.

Si le ménage des grandes banques n’est pas une option envisagée par l’administration d’Obama, le docteur Bernanke de la Fed leur fait passer discrètement un “stress testing”. Ce test est à l’image du test à l’effort sur tapis roulant pour diagnostiquer une maladie des artères coronaires. Parmi les seize banques concernées (primary dealers) figure la française Paribas. Rien de tel n’est envisagé en France. Philippe Herlin a publié, dans la Tribune du 11 mars 2009, un article intitulé : “les banques calculent-elles correctement le risque ?”

Malgré tout ses défauts, l’Amérique fait le ménage. Les branches mortes tombent dru. C'est la sanction des mauvais investissements. Mais le test le plus important est à venir. Faut-il laisser choir Detroit et son industrie automobile obsolète ? La réponse devrait être donnée en avril. Quoi qu'il en soit, l'Amérique sortira de la crise avec trois longueurs d'avance sur l'Europe.

L’Euro est une chimère

Dans une lettre du 12 mars 1999 adressée à l’économiste italien Antonio Martino, Milton Friedman écrivit ceci : “Je suis très négatif à propos de l’Euro et je doute qu’il puisse fonctionner. Toutefois, je suis moins pessimiste que je ne l’étais auparavant parce que je ne croyais pas que les divers pays démontreraient la discipline requise pour se qualifier pour l’euro. La convergence des taux d’inflation et des taux d’intérêt fut plus grande et plus rapide que je ne l’avais envisagé.

Certes, les États candidats ont fait preuve de discipline pour se qualifier pour l’euro mais ils se sont relâché dès leur admission. La paresse est inhérente à la nature humaine. L’exemple le meilleur est celui des concours de la fonction publique française. Les étudiants bachotent puis se relâchent lorsqu’ils obtiennent le sésame d’admission. Le traité de Maastricht souffre du même vice que la fonction publique française : des critères élevés d'admission mais aucune clause prévue pour l’expulsion d’un membre de l’Euroland en cas de dérapages prolongés de ses déficits budgétaires.

Dans son roman de 1940 The Moon is a Harsh Mistress (la lune est une dure maîtresse) Robert Heinlein avait popularisé les conséquences d’une zone économique déséquilibrée par l’adage suivant : “There ain’t no such thing as a free lunch.” Les déistes de l’euroland ont cru qu’il était possible de transformer des cigales en fourmis. La crise va balayer cette chimère. Mon scénario est celui de l’éclatement de l’Euroland avec, d’un côté, les cigales du Club Méditerranée disposant d’une monnaie de pacotille et, de l’autre, une monnaie forte réservée au club étroit des fourmis.

NB : J'ai évoqué les objectifs contradictoires des trois grands pays de l’Europe (Allemagne, Royaume-Uni et France) dans un article du 1er mai 1997 "Euro versus Dollar" et que vous pouvez consulter dans les archives de mon blog.

mardi 10 mars 2009

Comment rétablir l’aléa moral dans le nouveau système financier international ?


L'économiste allemand Ernst Friedrich Schumacher (1911-1977) est l'auteur du livre Small is Beautiful.


La faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, a déclenché une véritable explosion nucléaire du système financier international dit de Bretton Woods. Ce système fut mis en place, en juillet 1944, par les Alliés qui se réunirent dans cet hôtel victorien qui ressemble à un paquebot échoué au pied de la chaîne présidentielle dans le New Hampshire.

Même si nous ne savons pas le montant des déchets toxiques que cachent les banques dans leur hors-bilan, il y a une leçon que le G20 doit tirer lors de sa prochaine réunion : une banque ne devra plus jamais mettre en péril le système financier international.

Comme le revendique l’extrême gauche, il est scandaleux que les banquiers fautifs soient secourus par les gouvernements alors que tant de gens sont victimes de la crise qu’ils ont déclenchée. Voilà pour le constat. Besancenot et ses épigones proposent le renversement du capitalisme pour on ne sait quoi à la place. Il n’y a d’ailleurs qu’en France où l’on songe sérieusement à remplacer, à moraliser ou à réformer le capitalisme. Cette cacophonie est la conséquence de notre inculture économique.

L’école autrichienne a toujours milité en faveur de l’aléa moral.

C’est la seule façon de responsabiliser les banquiers. Depuis le début de la crise, beaucoup de commentateurs ont réfléchi à ce dilemme : «Pouvait-on laisser tomber Lehman Brothers ? » Le non fait l’unanimité. Il fallait l’aider pour éviter l’accident nucléaire que nous déplorons. Le contexte actuel ne permet pas de rétablir l’aléa moral en raison de la taille gigantesque des banques. Le troisième sauvetage de l’assureur A.I.G était inévitable en raison de sa position dominante sur le marché des credit defaut swaps. Dans un article du 7 mars 2009, le Wall Street Journal a dévoilé que sur les 173 milliards de dollars que le gouvernement américain lui a perfusés en trois fois, 50 ont servi à payer une douzaine de banques internationales dont la Société Générale…

Small is beautiful

Pour rétablir l’aléa moral, il faut réaliser que les banques ne doivent plus atteindre une masse critique qui mette en péril le système financier. Au lieu de s’occuper des paradis fiscaux qui sont très utiles pour neutraliser l’appétit insatiable des enfers fiscaux comme celui de la France, le G20 ferait mieux de casser ces mastodontes. Selon l’adage de l’économiste Ernst Friedrich Schumacher, Small is beautiful.

Cet économiste allemand trouva refuge en Angleterre avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Il fut aidé par Keynes qui lui trouva un poste à l’université d’Oxford. Il se détacha rapidement de son protégé pour suivre une voie originale. Il eut la tache délicate de préparer l’eulogie de son protégé bien avant sa mort…

C’est tout le contraire de la politique de grandeur suivie par la France. Nous nous glorifions de nos champions nationaux sans réaliser qu’un jour nous en serons les victimes. Le mariage du gorille Paribas avec le chimpanzé Fortis va, évidemment, dans le sens contraire de l’histoire.

La société en commandite pour se débarrasser des énarques

Pourquoi y a-t-il eu autant de banques naufragées en France ? Parce que les énarques sont irresponsables sur un plan juridique. Même s’ils font perdre des milliards d’euros aux contribuables français, ils ont l’assurance de réintégrer leur sésame de l’inspection des finances. C’est normal puisque ce sont eux qui fixent les règles du jeu. La solution est simple pour y remédier. Il faut demander au parlement que toutes les banques fonctionnent sur le principe de la société en commandite.

La société en commandite est composée de deux catégories d'associés : les commandités et les commanditaires.

Les commandités (énarques) sont les seules personnes autorisées à administrer et à représenter la société. En tant qu'administrateurs, ils ont une responsabilité illimitée à l'égard des dettes et des obligations de la société de personnes envers les créanciers.

L'apport de capital dans la société en commandite revient aux commanditaires (capitalistes et actionnaires); ils fournissent le capital et ne sont responsables des dettes de la société que jusqu'à concurrence de leur mise de fonds.

Dans ce cadre juridique réformé, nul doute que les impétrants de Bercy ne se bousculeraient plus pour briguer la présidence d’une banque.

John Naisbitt disait que les grandes fusions d’entreprises ressemblent aux périodes nuptiales des dinosaures. Ces mastodontes ne purent pas s’adapter au brutal changement de climat infligé par l’impact d’un astéroïde sur la péninsule du Yucatan il y a soixante millions d'années. C’est exactement ce qui est en train de se produire avec les grandes banques internationales depuis l’explosion nucléaire du 15 septembre 2008. Il est temps de changer non pas de modèle mais d’échelle dans le capitalisme.

samedi 7 mars 2009

le pot de terre contre le pot de fer


« IL est dangereux de laisser entrer le public dans les coulisses. Il est facilement désillusionné. Il vous en voudra parce que c’est l’illusion qu’il aimait. » Disait le dramaturge anglais William Somerset Maugham (1874-1965)

L’analyse graphique du marché indique que nous sommes au bord du gouffre

La descente aux enfers se poursuit. L’indice Dow & Jones a encore reculé cette semaine : de 7032 à 6626 points. Il a enregistré une baisse plus forte que la semaine dernière : 5.7% au lieu de 4.5%. La semaine a été marquée par deux événements : un rebond technique à Wall Street au cours de la séance de mercredi et la publication, vendredi, de 651.000 chômeurs supplémentaires pour le mois de février. A une heure de la clôture du marché, l’index était à 6490 avant de rebondir à 6626 points.

La ligne de 6500 points est cruciale. C’est un plancher vieux de douze ans. Si l’index le casse, le prochain support est à 4000 points. Autrement dit, nous sommes au bord d’un gouffre. Soit le marché se stabilise sur ce vieux support, soit il capitule. Comme le capitaine d’un aéronef prévenant les passagers d’attacher leurs ceintures avant d’entrer dans une zone de turbulence, il faut se préparer à un décrochage violent de tous les indices boursiers de la planète si Wall Street enfonce ce vieux plancher de douze ans. La semaine prochaine sera décisive.

D’ores et déjà, la crise actuelle est la plus grave de l’histoire après celle de 1929.

L’index vedette a perdu 54% de sa valeur depuis le zénith du 9 octobre 2007. Jusqu’à présent, les gouvernements et les médias officiels se sont refusé à envisager le pire. Ils comparent la crise actuelle à celle de 1982 consécutive à la montée brutale des taux directeurs de la Fed pour tuer l’hydre de l’inflation ou à celle de 1974 après le premier choc pétrolier. Le spectre de la Grande Dépression se dessine pour peu que l’on s’intéresse à l’histoire économique. Pour mémoire, l’index avait perdu 89% de sa valeur (de 380 à 43 points) en l’espace de 34 mois (du 3 septembre 1929 au 8 juillet 1932) Si ce scénario catastrophique devait se répéter, l’abysse ne sera atteint que le 9 août 2010 avec l’indice Dow Jones avoisinant les 1600 points…

Les démocrates sont tout autant désemparés que les républicains face à l’ampleur des déchets toxiques.

Après l’antienne du « Yes, we can ! » entonné par le président lors de sa campagne, les démocrates sont pris de doute :«Est-ce que le président savait vraiment ce qu’il convenait de faire pour régler la crise lorsqu’il s’adressait aux électeurs ? » Pour ma part, je considère qu’Obama a utilisé une vieille ficelle de la rhétorique pour se faire élire. Il n’aurait pas pu gagner l’élection s’il avait concédé qu’il était dépassé par les évènements. Son adversaire a eu la même attitude irresponsable envers les électeurs américains. Deux éditorialistes et non des moindres du New York Times ont tiré, cette semaine, la sonnette d’alarme.

Dans son papier du 4 mars 2009, Thomas Friedman écrit : « Je crains que tout son premier mandat (Obama) soit pollué par Citigroup, A.I.G, Bank of America, Merrill Lynch, et toute la bulle immobilière des subprimes que nous avons gonflé pendant vingt ans. » […] Nationaliser Citigroup peut paraître bien sur le papier, mais mettre Citigroup sous règlement judiciaire pourrait déclencher tout un tas de non-paiement des contrats de produits dérivés qu’il a souscrit. C’est peut être inévitable, mais nous ferions mieux de comprendre tous les risques des contreparties de Citigroup pour ne pas déclencher, par mégarde, plus de faillites en cascade, à la Lehman Brothers. Pour le moment, l’équipe d’Obama semble préférer une approche graduelle qui consiste en des transfusions de sang aux banques malades. La Fed et le Trésor semblent essayer de donner à ces banques suffisamment de capital pour survivre les deux prochaines années, alors qu’elles sont engagées dans un processus de réduction des risques de leurs avoirs (de-leverage), et ils espèrent s’en sortir pour le mieux.»

Dans son commentaire du 6 mars 2009, Paul Krugman, le gourou des Keynésiens, a écrit, pour une fois, quelque chose de censé.
« Le mois dernier, dans son grand discours au Congrès, le président Obama a argué en faveur de grandes actions pour résoudre le dysfonctionnement des banques. Il a déclaré : « Je peux vous assurer que le coût de l’inaction sera beaucoup plus grand, car il pourrait résulter dans une économie cahotante pour des mois ou des années, voire même une décennie. » Beaucoup d’analystes sont d’accord. Mais parmi les gens à qui je parle, il y a un sentiment grandissant de frustration, ou même de panique, concernant l’échec de monsieur Obama à passer des mots aux actes. La réalité est que lorsqu’il s’agit de traiter des banques, l’administration d’Obama tergiverse. Voici comment cela se passe : d’abord, des officiels, parlant hors des micros, lancent l’idée de venir au secours des banques. Ce ballon d’essai est rapidement dégommé par des commentateurs informés. Puis, quelques semaines après, l’administration lance un nouveau plan. Ce plan est, toutefois, juste une version déguisée du plan précédent, un fait rapidement réalisé par tous ceux qui sont concernés. Et le cycle continue… Pourquoi les officiels continuent à offrir des plans que personne ne trouve crédible ? Parce que les hauts responsables de l’administration d’Obama et de la Fed sont convaincus que les avoirs douteux, souvent appelés de nos jours «déchets toxiques», valent beaucoup plus que ce que les gens sont prêts à payer, et si ces actifs étaient proprement évalués, nos problèmes seraient réglés. »

Ceci est à rapprocher d’une déclaration faite par Timothy Geithner, le nouveau secrétaire du Trésor, dans laquelle il a fait une distinction entre la valeur fondamentale et la valeur artificiellement déprimée de ces avoirs douteux. Les titres adossés aux prêts hypothécaires, même ceux qui bénéficient du triple AAA des agences de notation, s’échangent à moins de 40 centimes de dollars. Le secrétaire du Trésor pense qu’ils valent beaucoup mieux que cela. Mais comment faire changer d’avis un marché devenu très méfiant à leur égard ? Chat échaudé craint l’eau froide.

Le montant des produits dérivés en circulation est peut être le plus grave sujet d’inquiétude

C’est la raison pour laquelle l’administration Obama ne peut pas se permettre de nationaliser les grandes banques. Thomas Kostigen est un analyste de MarketWatch. Dans un papier du 6 mars 2009, son titre est révélateur du désarroi de Wall Street : « l’éléphant de 700 trillions de dollars » et en sous-titre « le marché gargantuesque des dérivés pèse sur tout le reste. » Voici ce qu’il écrit.

« Les contrats dérivés représentent 700 trillions de dollars en montants «notionnels» selon la Banque des Règlements Internationaux. Ces contrats sont comptabilisés en valeur notionnelle parce que personne ne peut dire combien ils valent vraiment. Mais les évaluer correctement est exactement ce que nous devrions faire parce qu’ils ont propagé le virus qui a infecté les marchés financiers et les économies du monde. Essayer comme nous le faisons de sauver le marché de l’immobilier représente au plus 23 trillions de dollars en Amérique. Nous nous efforçons de sauver le marché des actions, mais qui est évalué aujourd’hui à moins de 15 trillions de dollars. Et nous espérons sauver l’entière économie américaine du désastre, alors que le PNB s’élève à peine à 14.2 trillions de dollars. Comparer cela au marché des contrats dérivés et vous pouvez voir que nous sommes juste en train de fermer les fenêtres alors qu’un tsunami s’apprête à dévaster la côte. Le montant total de tous les marchés d’actions dans le monde représente moins de 50 trillions de dollars, selon la fédération mondiale des échanges. C’est sûr que le marché des produits dérivés est international mais le problème provient des contrats associés au marché américain de l’immobilier. Ces contrats ont été montés sur la base de variables liées à leur valeur. Peu savent ce qu’ils valent aujourd’hui. J’ai parlé avec un trader qui brasse des milliards de dollars et elle m’a dit qu’elle ne pouvait même pas évaluer son portefeuille personnel parce que personne ne sait la contrepartie du marché. La valeur d’un contrat dérivé est déterminée par l’argent que quelqu’un est prêt à payer pour ce contrat. La valeur est basée sur un scénario artificiel que X vaudra Y si Z s’engage. Enlevez cette fantaisie et la réalité de la situation est celui de la chaise musicale, sans aucune chaise ! Voici pourquoi la musique a cessé de jouer. »

Le sauvetage du marché de l’immobilier est un cautère appliqué sur une jambe de bois. Imaginons, comme le souhaite l’administration Obama, que des prêts hypothécaires soient revendus avec une décote à des acheteurs secondaires, alors toutes sortes de produits dérivés fous inventés par les mathématiciens seront inévitablement dépréciés à leur tour. Il n’y aura donc plus de corrélation entre ces contrats dérivés et la valeur du marché immobilier à laquelle ils sont adossés.

C’est le pot de terre contre le pot de fer, avec d’un côté un PNB américain de 14.2 trillions de dollars, et, de l’autre, un marché de produits dérivés de 700 trillions de dollars.

jeudi 5 mars 2009

One France is Enough !



Roger Cohen est un un éditorialiste du New York Times. Il vient de publier cet article ironique qui peut se résumer ainsi : "L'Amérique n'a pas besoin de copier la France. Elle est déjà assez mal en point pour ne pas en rajouter. Tel est l'avertissement qu'il lance au président Obama et à sa politique d'étatisation de la société américaine."

Cet article ne manque pas de saveur quand on sait qu'il émane d'un démocrate qui a séjourné une décennie en France. C'est dur à avaler pour les gogos qui croient encore que notre Etat Providence serait envié dans le monde entier. Voici le texte intégral en anglais dont je me suis permis de mettre en gras les passages saillants.

The French writer François Mauriac once said during the cold war that he loved Germany so much, he was glad there were two of them. After what an undivided Germany had done to France in World War II and before, that was understandable.

To paraphrase Mauriac, I love France, but I don’t want there to be two of them, least of all if one is in the United States.

Don’t get me wrong, I think President Obama’s counter-revolution goes in the right direction. In fact, it’s less a question of right and wrong with his budget than of necessity. After the excesses of Reagan-inspired deregulation and the disaster that unfettered markets have delivered, the pendulum had to swing.

Still, the $3.6 trillion Obama budget made me a little queasy. There is a touch of France in its “étatisme” — the state as all-embracing solution rather than problem — and there’s more than a touch of France in the bash-the-rich righteousness with which the new president cast his plans as “a threat to the status quo in Washington.”

Of course, the budget proposal represents a maximalist position that Congress will claw back. Obama knows that. Still there was something breathtaking about the scope of the president’s targets and ambitions. For everyone from the oil and gas industry to drug companies, the message was clear: Off with their heads!

I’d thought of Obama as less Robespierre than Talleyrand. I still think he’s more bridge-building centrist than revolutionary. He needs to be. Money has never been more fungible than today.

Punish capital and it will punish you by saying, “Hasta la vista!” The former French President François Mitterrand learned that a little over a quarter-century ago when, after an initial wave of nationalizations, he reversed course.

Obama, too, will have to adjust and make trade-offs, while keeping his eye on core goals, like bringing health coverage to the country’s 45 million uninsured. As he does so, he should be careful to guard America’s spirit, without which recovery will stall.

I lived for about a decade, on and off, in France and later moved to the United States. Nobody in their right mind would give up the manifold sensual, aesthetic and gastronomic pleasures offered by French savoir-vivre for the unrelenting battlefield of American ambition were it not for one thing: possibility.

You know possibility when you breathe it. For an immigrant, it lies in the ease of American identity and the boundlessness of American horizons after the narrower confines of European nationhood and the stifling attentions of the European nanny state, which has often made it more attractive not to work than to work. High French unemployment was never much of a mystery.

Americans, at least in their imaginations, have always lived at the new frontier; French frontiers have not shifted much in centuries.

Churn is the American way. Companies are born, rise, fall and die. Others come along to replace them. The country’s remarkable capacity for innovation, for reinvention, is tied to its acceptance of failure. Or always has been. Without failure, the culture of risk fades. Without risk, creativity withers. Save the zombies and you sabotage the vital.

If America loses sight of these truths, it will cease to be itself.

When the Big Three automakers, their heads in the sand, have made the wrong models with the wrong technologies for years, while their competitors adapted, I think it’s inevitable that one — probably Chrysler — must pay the price. Bankruptcy is not necessarily the same as liquidation.

I know, this is an exceptional moment. Decidedly the “Decider” delivered a debacle. President Obama, its recipient, sometimes resembles the trustee-in-chief of national bankruptcy proceedings. Hope is on hold.

Trillions are the new billions and because 80 is the new 70, or so we are led to believe, you will get to live longer to witness where all the debt accumulated by throwing money into the bottomless pit of A.I.G., and its cohorts in leveraged fleecing, leaves the country.

We are told that the collapse of A.I.G. would pose a “systemic risk,” but it would be a tonic to my particular system if someone in the Obama administration could explain why in plain language.

The battle lines are being drawn. Mitt Romney, the former Republican presidential candidate, said of the Democrats: “As they try to pull us in the direction of government-dominated Europe, we’re going to have to fight as never before to make sure that America stays America.”

Romney’s got it upside-down. The Republicans under Bush destroyed the American economy and what America stood for in the world. But that does not change the fact that Obama, in his restorative counter-revolution, must be careful to steer clear of his French temptation.

Greek tragedy holds that hubris, or overweening pride, leads inexorably to nemesis, divine judgment and at the last may usher in utter destruction. The United States is in full post-Bush nemesis. In its core values, un-Gallicized, lies the long road to redemption.

mercredi 4 mars 2009

Mendocino


1er octobre 2004, la côte californienne à la hauteur de Fort Ross

Comme d’habitude, je me réveille à l’aube et comme tout est fermé, je prends mon petit déjeuner dans la chambre. A 7h30, je démarre sous un ciel bas. Depuis que j’ai quitté la côte à Eureka, j’ai hâte de revoir le Pacifique. Je l’ai manqué sur une centaine de miles. Cette portion de la côte qui échappe miraculeusement à la circulation automobile est surnommée "Lost Coast." Elle n’est pas perdue pour tout le monde. J’envisage, un jour, de parcourir à pied ce petit paradis.

Le cap Mendocino est le point le plus avancé à l’Ouest des États-Unis avec une longitude de 124° 24’. A l’opposé, le cap West Quoddy, dans le Maine, est le point le plus à l’Est du pays avec une longitude de 66° 57’. A titre de comparaison, le méridien de Greenwich (qui est la base de la cartographie) traverse la France à la hauteur de Villiers sur Mer.

A Leggett, je quitte la sécurisante Highway 101 et m’engage sur une route secondaire pour rejoindre la mer. Cette route étroite et extrêmement tortueuse n’est autre que la Highway one ! Elle fut ouverte à la circulation en 1919. Quand le réseau du pays devint trop compliqué à gérer, une association (American Association of State Highway and Transportation Officers) instaura la numérologie. En 1934, cette route décrocha l’honneur d’être la première du vaste réseau routier du pays. Si les chiffres ne font pas rêver les foules, une y est parvenue. Il s’agit de la route 66. Longue de 3940 kilomètres, elle relie Chicago à Los Angeles. Elle est surnommée la route de Will Rogers après l’humoriste qui, dans ses sketches, l’appelait alternativement « Main Street of America » ou « Mother Road. »

Ma vitesse tombe à 30km/h. De temps à autre une biche traverse la route. La montagne côtière baigne dans une humidité permanente qui explique la densité exceptionnelle de la végétation.

Alors que je parviens au col de la montagne, la jauge d’essence clignote. Ne connaissant pas la réserve de cette voiture de location, je commence à m’inquiéter. Où se trouve la prochaine pompe à essence sur cette route déserte ? Pris de doute, j’économise le carburant en évitant d’appuyer sur la pédale de l’accélérateur. Le temps me paraît interminable. La jauge ne clignote plus ; elle est rouge en permanence. Dans une nappe de brouillard, je rejoins la côte où je ne roule plus qu’à 20km/h pour économiser les dernières gouttes d’essence. Soudain, je vois un panneau annonçant une pompe à essence à Rockport. Eureka ! Enfin presque... A l’approche du bourg, le moteur cale. J’effectue le dernier mile en roule libre.

La pompe à essence de Rockport est probablement l’une des plus anciennes du pays. Le vendeur est accoutré comme dans les années trente. Il porte un chapeau noir en feutre, une veste grise élimée, un pantalon en velours et de grosses chaussures en cuir. Je me croirais en compagnie de John Steinbeck lorsqu’il décrit la migration des Oakies (les fermiers ruinés de l’Oklahoma) vers la mythique Californie dans son livre Les Raisins de la Colère. 

« Je ne vous ai pas entendu arriver », dit-il en souriant.
« Je suis tombé en panne d’essence à un mile. Je n’ai pas vu de pompe depuis Garberville. »
« Vous avez eu de la chance » répond-il alors qu’il actionne la vieille pompe « il m’arrive d’aller en dépanner», ajoute-t-il alors que l’air refoulé gargouille dans le réservoir vide.
Je vois dans un champ une dépanneuse qui date des années cinquante.
« Elle marche encore bien » dit-il en suivant mon regard dubitatif.

Ce bourg est un ancien port de pêcheurs à la baleine dans une anse de la côte abrupte. On ne voit pas le sommet de la montagne adossée à la mer. Je traverse au plus vite l’agglomération de Fort Braggs. C’est la ville américaine type avec plein d’affiches publicitaires hideuses sur un long boulevard. J’exècre cette société de consommation.

Dix miles plus loin se présente Mendocino qui a conservé son cachet touristique. C’est la Mecque des artistes californiens. Galeries d’art, cafés, restaurants, antiquaires et boutiques de souvenir abondent. Pour la rendre encore plus attractive, elle est interdite à la circulation automobile. Elle attire une clientèle qui vient de très loin. Certains n’hésitent pas à venir de San Francisco pour une journée.

A un cyber café, je consulte ma messagerie. J’aimerais voir si mon compte courant n’est pas trop dans le rouge mais je ne me rappelle plus comment y accéder en ligne.

Je m’arrête à l’hôtel Mendocino. Construit en 1878, c’est un bijou de l’ère victorienne. Tout le mobilier date du XIX Siècle. Je visite le parloir à la moquette rouge épaisse. Installé dans un fauteuil, je feuillette la gazette de Mendocino. Ne pouvant pas me concentrer sur ma lecture, je regarde le défilé des femmes élégantes qui se rendent au salon de thé. Je ne m’attarde pas dans l’établissement car je crains de succomber à son charme rétro. Dans ma tête défilent les bons souvenirs d’un séjour que j’ai effectué dans cette villégiature au cours de l’été 1999.

Poursuivant ma route, je voudrais revoir un village qui me tient à cœur. Navarro est une bourgade sur la rivière du même nom. C’était le nom de mes feux grands parents espagnols. Je décide d’y retourner pour prendre une photo du panneau d’entrée de la ville et d’en faire cadeau à ma mère qui, je l’imagine, sera ravie de cette attention.

La côte est déchiquetée à Mendocino. Cela explique son succès auprès des touristes. Des dizaines d’îlots rocheux sont battus par les vagues. La route passe sous un viaduc en bois qui enjambe la Little River. Puis après une colline, la route descend en deux lacets sur la rivière Navarro.

Je m’arrête pour pique-niquer au bord de la mer. Le parking donne sur la plage. Je marche dans un dédale de bois mort rejeté par la marée. Je suis déçu que la rivière ne coule plus jusqu’à la mer. Ses eaux basses s’infiltrent dans le cordon de sable qui ferme la mer. Les eaux du lagon sont refoulées à trois kilomètres à l’intérieur des terres.

Il y a dix ans, je m’étais amusé à me laisser entraîner au large par le courant de la rivière qui se frayait un canal large de trois mètres à peine sur la plage. La température de l’eau ne dépassant pas 13°C en été, ma baignade fut un plaisir fugace dans le Pacifique.

La plage est déserte aujourd’hui. Un amas de billots me protège du vent. Je suis loin des plages encombrées de la Méditerranée. Des goélands s’enhardissent. Je leur jette de la mie de pain. C’est une erreur. Loin de calmer leur appétit, j’ai déchaîné une tempête. D’autres oiseaux veulent aussi leur part du festin. Ils se battent pour avoir une miette. Leurs cris perçants m’assourdissent. Je m’enfuis en courant sous une nuée d’oiseaux. A la voiture, je retrouve le calme.

Le climat change sur la route de Navarro. A la sortie d'une forêt de séquoias géants, un soleil généreux inonde la vallée. Je m’arrête pour prendre en photo le panneau de la ville. Puis je fais demi-tour.

Je connais cette route qui donne sur la vallée d’Anderson qui est l’un des grands vignobles de Californie. Après le passage d’un petit col s’ouvre cette vallée prisée des amoureux du vin. Le premier vignoble est celui de la maison Louis Roehderer. En raison du climat fluctuant entre brouillard et soleil, Jean Claude Rouzaud a acheté 580 acres en 1982. Même si l’appellation Champagne est interdite, la qualité de ce vin mousseux californien vaut celle d’un vrai Champagne. Je l’ai apprécié lors d’une dégustation en 1999.

De retour sur la côte, je file en direction d’une autre rivière qui ne manque pas d’intérêt. L’embouchure de la rivière russe a été choisie par une colonie de phoques. Armé de mon appareil photo, je m’approche silencieusement de la colonie qui dort sur la rive opposée. Comme à l’embouchure de la rivière Klamath, ils sont entourés de pélicans. Bien que tout les oppose, les uns sont silencieux, les autres bruyants, ces deux espèces semblent vivre en harmonie. En fait, toutes deux se nourrissent du saumon qui transite entre le Pacifique et la rivière. Je respecte leur tranquillité en me tenant à distance.

Le brouillard s’est déchiré. La colline de paille dorée contraste avec l’azur du ciel. C’est l’un des endroits les plus photographiés de la planète. Je passe un bon moment à observer les oiseaux. Les phoques sont moins intéressants quand ils dorment. Parfois un mâle anxieux se soulève et lance un cri rauque pour repousser un éventuel concurrent.

Dans une anse du lagon émeraude est fiché un gros bloc de granite gris. Le sommet couvert d’une mousse jaune est ceinturé par un bandeau rouge.

Est-ce ici que Sir Francis Drake aurait trouvé un bon mouillage ? Le grand navigateur aurait accosté le 17 juin 1579, quelque part au nord du territoire revendiqué par les Espagnols. Il y serait resté le temps de réparer ses vaisseaux et de se ravitailler pour entamer une traversée périlleuse du Pacifique. Le nom de Nouvelle Albion qu’il lui a laissé indique une côte crayeuse. Il s’en trouve une dans la péninsule de Reyes, au Sud de la rivière russe.

La location exacte fut un secret bien gardé. Plusieurs cartes de Drake furent falsifiées à cet effet. Mais les rapports comprenant croquis, peintures et graphes disparurent dans l’incendie de Whitehall Palace en 1698. Aussi le débarquement de Drake en Californie restera à jamais un mystère.

Ce qui, en revanche, ne fait pas de doute est sa circumnavigation du globe qu’il acheva en 1580. Il était le second marin à réaliser cet exploit après Juan Sebastian Elcano en 1522. Des 237 marins qui embarquèrent à bord de cinq navires, seulement 18 d’entre eux achevèrent le voyage, trois ans plus tard, en Espagne. Les autres périrent lors de cette terrible traversée, y compris leur chef, Ferdinand Magellan, qui fut tué à la bataille de Mactan.

Lors de cette bataille, 48 soldats espagnols osèrent défier les indigènes philippins qui étaient environ 1500. Magellan se bâtit comme un lion avant de succomber à la multitude de ses assaillants.

dimanche 1 mars 2009

Les gouverneurs des banques centrales pendant l’entre-deux-guerres


Montagu Norman (1871-1950) était le gouverneur de la banque centrale britannique durant l'entre-deux-guerres



« Notre connaissance peut être seulement finie, alors que notre ignorance est nécessairement infinie. »

Karl Popper



Historique des banques centrales

La Banque d’Angleterre est la plus vieille banque centrale. Elle fut créée en 1694 à l’initiative d’un groupe de marchands, plusieurs d’entre eux étant des réfugiés Huguenots, pour aider le roi dans ses projets de guerre. L’offre était la suivante : le gouvernement obtiendrait un crédit de 1.2 million de livres à perpétuité, à un taux d’intérêt fixe de 8%, et en retour, la banque aurait l’exclusivité d’émettre des billets pour le même montant. Cet accord mutuellement bénéfique établissait de jure un monopole d’émission de la monnaie.

La banque de France fut fondée en 1800 par le premier consul Napoléon Bonaparte, dans le but de relancer la croissance après la forte récession de la période révolutionnaire. Bonaparte était un keynésien avant l’heure. Il est évident que Keynes n’a rien inventé. Il a simplement repris des idées anciennes, comme l’a rappelé Jörg Guido Hülsmann lors de son émission télévisée sur http://www.reichmantv.com.

Avant l’unification allemande en 1871, il y avait 31 banques qui émettaient de la monnaie. La banque centrale allemande, Reichsbank, fut créée en 1876. Il s’agissait d’une banque privée, la banque centrale de Prusse, qui était placée sous le contrôle du gouvernement. Malgré la création de la Reichsbank, quatre banques dans le Palatinat, en Bavière, en Saxe et au Württemberg continuèrent à émettre de la monnaie jusqu’en 1914.

La benjamine est la Federal Reserve Bank. Elle fut créée en 1913 à l’initiative de l’administration Wilson. Comme l’opposition au congrès était réticente, un compromis fut trouvé. Douze banques centrales autonomes furent établies à travers le pays. Elles étaient supervisées par le conseil des gouverneurs appointé par le président. Cette structure a perduré. Les douze banques en question sont à Boston, New York, Philadelphia, Cleveland, Richmond, Atlanta, Chicago, Saint Louis, Minneapolis, Kansas City, Dallas et San Francisco. Le conseil des gouverneurs a son siège à Washington.

Les gouverneurs dans l’épreuve de la Grande Dépression

Benjamin Strong, le premier gouverneur de la banque de New York, déclara :
« La structure décentralisée va perpétuer la fragmentation et la diffusion de l’autorité qui ont jusque là embrouillé le système bancaire américain. Cela engendrera inévitablement conflit et confusion. » Il mourut en 1928, juste à la fin de la hausse de Wall Street.

Le krach de 1929 provoqua le départ en cascade de plusieurs présidents du conseil des gouverneurs. Le président Herbert Hoover remplaça Young par Meyer le 31 août 1930. Le nouveau président Franklin Delano Roosevelt le remplaça par Black le 19 mai 1933. Puis, le 15 novembre 1934, il fut lui-même remplacé par Marriner Eccles. Ce dernier s’entendit bien avec le président et son successeur Harry Truman. Il resta à son poste jusqu’au 3 février 1948.

Le plus étrange gouverneur de l’entre-deux-guerres était Montagu Norman.

Après la Première Guerre mondiale, le gouverneur de la banque d’Angleterre était le financier le plus puissant de la planète. Ce névrotique était obsédé par le secret. Quand il voyageait à travers le monde, il utilisait le pseudonyme de Clarence Skinner. Quand le gouvernement britannique lui demanda ses raisons pour prendre une décision, il répondit : « Je n’ai pas de raison, j’ai un instinct.» Le point d’orgue de la carrière de Norman se situe en 1925 quand il imposa son point de vue à Winston Churchill, le chancelier de l’échiquier, pour le retour à l’étalon or, lequel avait été abandonné pendant la guerre. Winston occupait le même poste que son père Randolph dans le gouvernement. Mais à l’inverse de son père, il ne s’intéressait pas à la finance. Il déclara un jour : « Je n’ai jamais pu me faire avec ces damnés chiffres. » A la fin de sa vie, il confessa que le retour à l’étalon or fut la plus grande bévue de sa carrière. « Comme je ne comprenais pas grand-chose des problèmes de monnaie, je me fiais aux experts. Je n’ai pas commis la même erreur, plus tard, avec les affaires militaires.» Norman reçut le crédit de la restauration du système financier international. Il fut un héros, quelques temps, avant d’être un bouc-émissaire pendant la Grande Dépression. Sa trajectoire ressemble à celle du Maestro (Alan Greenspan)

Le second héros (temporaire) de l’entre-deux-guerres était Horace Greeley Hjalmar Schacht.

C’est son père qui l’avait affublé de ces deux prénoms américains en l’honneur de l’éditeur du New York Tribune. Schacht entra, comme commissaire, dans le gouvernement de la république de Weimar confrontée à l’hyperinflation. Un rappel des cours de change donne une idée de la catastrophe frappant ce pays. En 1914, le mark valait 4.2 $, en 1922, un dollar valait 190 marks, à la fin de la même année 7600, et en novembre 1923, au plus fort de la crise monétaire, un dollar s’échangeait contre 630 milliards de marks ! Faut-il rappeler que c’est Georges Clémenceau qui a imposé des réparations exorbitantes à l’Allemagne au traité de Versailles de 1919 ? La science économique n’a jamais été le fort des jacobins… Schacht introduisit une nouvelle monnaie, le Rentenmark, dont la valeur était adossée au patrimoine immobilier de l’Allemagne. Avec la stabilisation de la nouvelle monnaie, il fut nommé à la tête de la Reichsbank par le président Friedrich Ebert. Le Rentenmark tint sa parité avec les autres monnaies car le gouvernement allemand appliqua une mesure radicale. Il se débarrassa d’un quart de ses fonctionnaires ! Schacht devint un héros. Plus tard, il travailla avec le gouvernement national socialiste. Mais il devint si dépité par Hitler qu’il participa à une conspiration pour le renverser. Schacht fut traduit avec les grands dirigeants au tribunal international de Nuremberg. Il fut acquitté. Ses ennuis n’étaient pas terminés. Il fut inculpé dans plusieurs procès menés par les nouvelles autorités juridiques. Il se battit comme un lion et fut acquitté. Il vécut librement jusqu’en 1970, date de sa mort, alors qu’il avait atteint l’âge de 93 ans. La lutte contre l’hyperinflation l’avait sans doute dopé.

Le troisième héros (provisoire) était Emile Moreau.

En tant que gouverneur de la banque de France, il fit preuve de pragmatisme. Il profita de la hausse de la livre avec le retour à l’étalon or. Le franc, maintenu à une parité basse, dopa les exportations françaises. Grâce à la guerre, la Fed avait accumulé les plus grandes réserves d’or. La banque de France devint sa dauphine. Montagu Norman fut l’un des rares à prédire le désastre en raison des trop grands déséquilibres monétaires. Il écrivit, en 1928, à Moreau : « A moins que des mesures drastiques soient prises, le système capitaliste sera détruit dans un an. »

Les comparaisons historiques devraient nous inciter à la modestie

Comme l’a écrit Dominique Venner, dans sa remarquable « Histoire de la Collaboration», on ne peut pas juger les hommes d’une époque sans se placer dans le contexte historique, chose extrêmement délicate tant l’avenir était incertain pour cette génération prise dans un étau infernal. Soyons modestes dans nos jugements. Une qualité que l’on ne trouve pas dans les censeurs omnipotents de la pensée unique. Vous avez sans doute entendu dans les amphithéâtres des universités françaises que c’est le New Deal qui a mis fin à la Grande Dépression. Mais ce n’est pas une vérité partagée outre-Atlantique. Sur une centaine d’économistes américains interrogés à ce sujet dans les années quatre-vingt dix, la moitié avait déclaré : «Prise dans son ensemble, la politique du New Deal a allongé et aggravé la Grande Dépression. » Voilà qui nous change des affirmations tranchées de nos Robespierre et Fouquier-Tinville. Sommes-nous vraiment une démocratie ? Populaire, je n’en doute pas à l’aune des réflexes pavloviens de la pseudo-élite keynésienne qui s’arc-boute à son pouvoir. Une démocratie libérale ? Sûrement pas avec les lois liberticides qui se multiplient. La présente crise sera débattue par les générations qui nous succèderont. Espérons qu’elles auront plus de recul que la nôtre imbue de ses certitudes qui ne sont pas partagées par le reste du monde.

Les gens au pouvoir croient toujours qu’ils connaissent mieux que les autres. Les banquiers ont établi une échelle de risques à partir de modèles mathématiques. Ils étaient persuadés d’avoir éliminé le risque systémique à travers un fatras de contrats à terme d’une extrême complexité. La faillite de Lehman Brothers les a ramenés brutalement sur terre.

De leur côté, les politiques ont montré leur grande ignorance historique. Au lieu de se précipiter dans la lecture d’ouvrages de référence pour combler leurs lacunes, ils se sont empressés de déclarer que la crise n’était qu’un épiphénomène. Six mois plus tard, ils sont autant désemparés car ils n’ont rien appris.

Montagu Norman, qui fut l’homme le plus puissant de la planète après la Première Guerre mondiale, tira la conclusion que sa vie avait été futile. « Alors que je regarde en arrière, il me semble, qu’avec toutes les réflexions, les bonnes intentions et le travail que j’ai accompli, et très peu de ce que old Ben (Benjamin Strong) a pu faire de son côté, n’a eu d’effet positif pour la communauté internationale. Tout ce que nous avons fait, c’est de collecter l’argent de tant de pauvres diables et de l’avoir dispersé aux quatre vents. »