vendredi 28 août 2009

L’éducation nationale progressiste est à mettre au pilori


Nicholas Murray Buttler (1862-1947) était le président de l'université de Columbia où se développa la doctrine de l'éducation progressiste. Fermement opposé à la réforme, ce conservateur lucide ne put rien contre la propagande des socialistes.


« L’arrogance, la pédanterie et le dogmatisme sont les maux professionnels de ceux qui passent leur temps à orienter les esprits des jeunes. »

Henry S. Canby



Alors que la rentrée scolaire approche, il convient de se repencher sur le désastre que constitue notre éducation nationale. Longtemps j’ai crû que mai 1968 a été le début de la fin. Il n’en est rien comme le révèle ce texte de Frederic Francis DeArmond (1893-1983) publié, en 1953, aux Etats-Unis. Cela prouve, s’il en est besoin, que nous ne copions que ce qui est mauvais de ce pays. Voici la traduction intégrale de ce texte par votre serviteur.



L’éducation progressive n’est pas une idée nouvelle. Jean-Jacques Rousseau l’expérimenta au dix-huitième siècle mais sa surprenante succession d’enfants illégitimes était un trop grand handicap pour que ses idées fussent acceptées. Au dix-neuvième siècle, Johann Heinrich, un prédicateur suisse, déclara : «Nous ne devons rien lire, nous devons tout découvrir », et il expérimenta sa théorie en créant une école. Un docteur italien, Maria Montessori, la reprit à son compte et développa un système éducatif à Rome qui est maintenant mondialement connu sous le nom de méthode Montessori.

Dans chaque cas, l’objectif était le même : donner à l’enfant la liberté et l’opportunité d’apprendre «spontanément.» C’était une réaction à la règle en bois, au système d’apprentissage par cœur qui faisait de l’école un calvaire.

On est revenu de loin si l’on en juge à l’expérience vécue par une parente en Californie qui a visité récemment son fils à l’école. Elle a trouvé dans la classe quarante gamins en train de hurler, de crier et de courir comme des elfes diablotins. «Nous disputons un concours d’épellation,» l’informa l’instituteur. «C’est une course de relais : chaque équipe transporte des lettres.»

Une autre parente inquiète a rendu visite à l’instituteur parce que sa fille, après quatre années d’école, ne peut pas réaliser la plus simple addition. « Il n’y a rien de mauvais à cela », lui a-t-on dit pour la rassurer. « Attendez que les enfants éprouvent le besoin d’apprendre. » Mais cette assurance gratuite n’a pas suffi pas à calmer l'inquiétude de la mère.

Le mouvement d’éducation progressiste commença en Amérique avec le philosophe John Dewey. Dewey et ses disciples étaient convaincus que l’éducation devait ressembler au monde des adultes, et que chaque classe d’école devait être le plus proche possible d’une société en miniature. Ils prétendaient que les impulsions naturelles des enfants devaient être encouragées ; "un enfant se développe mieux", affirmaient-ils, "s’il goûte à beaucoup de victoires et à très peu de défaites."

Un petit groupe de gens, appelé « les penseurs de la frontière », développa à l’université de Columbia la doctrine de Dewey. Des noms éminents de ce groupe étaient William Heard Kilpatrick, Georges S. Counts, Goodwin Watson, Jesse Newlon, Harold Rugg et George W. Hartmann. Ils étaient de fervents disciples de réforme, et leur influence fut profonde.

Les réformes, qu’ils préconisaient, furent accueillies comme des idées grisantes par des instituteurs inaptes ou inexpérimentés, et entre les mains de proviseurs elles pouvaient facilement aboutir à des débordements extrêmement pervers. C’est ce qui se passa. C’est un malheur que la profession d’enseignant ait trop bien suivi les innovations de John Dewey.

Le sevrage de sucettes

Les Deweyens prêchent que l’éducation doit être un plaisant divertissement pour les écoliers au lieu d’une tache rébarbative. Un public effaré a appris de ces pédagogues la valeur émotionnelle de telles choses que le crachat. « Les enfants souffrent du sevrage intellectuel de sucettes. » Comme un enseignant dissident l’a avoué : « Il y a un trop grand enthousiasme pour la méthode. Certains d’entre eux nous ne sont plus que des baby-sitters. »

Cette emphase, éloignée des outils essentiels de l’apprentissage (lire, écrire et compter), a permis à de jeunes esprits de grandir dans une jungle de mauvaises herbes. Des instituteurs de la vielle école avaient insisté sur la valeur de la discipline, à la fois mentale et morale. Quand la discipline, qui est la clé de voute de l’éducation, fut abandonnée, le travail le fut aussi. Mais il advint que sans le travail, l’écolier moyen n’apprenait plus ni à lire, ni à écrire, ni à épeler ou à compter avec facilité.

Contrairement à la promesse des réformateurs, ces accomplissements ne se produisent ni spontanément ni facilement. Maria Montessori avait dit qu’à l’âge de quatre ans un enfant apprendrait sans effort à lire, à cinq ans à jouer avec les chiffres, et à six ans à extraire la racine carrée d'un nombre. Cela ne s’est pas réalisé. En fait, si l’erreur n’est pas corrigée, les trois outils devront être enseignés au collège. Sans ces outils basiques d’apprentissage, une éducation supérieure est contrecarrée.

D’un point de vue moral, les résultats sont également désastreux. La vieille école était une sorte de réplique de la vie, avec l’instituteur personnifiant la loi et l’autorité que tous les citoyens doivent reconnaître. Avec l’avènement de ce que les réformateurs appellent la « démocratie » de la classe, les élèves ont grandi avec une impression complètement fausse de la vie. Après des années à faire ce qui lui plait, un jeune homme cherche un travail ou est enrôlé dans l’armée, et, pour la première fois de sa vie, entre en contact avec la discipline et l’autorité. C’est un choc pour lui.

Nicholas Murray Butler (1)(le président de l’université de Columbia où le mouvement est né) réagit fortement. Il lui était difficile de comprendre qu'une «doctrine grotesque» pouvait avoir un tel écho. Voici ce qu’il déclara.

« Le plan d’action ou plutôt de non-action va, dans sa forme extrême, priver l’enfant de son héritage spirituel, social et intellectuel, et le renvoyer au jardin d’Eve où il aura tout à reconstruire la vie d’un homme civilisé. Il ne doit pas lui être demandé de faire ce qu’il n’aime pas. Il ne doit pas être soumis à la discipline des bonnes manières et d’une morale décente. »

Le docteur Robert Hutchins, quand il était président de l’université de Chicago, attaqua également les tenants de l’éducation progressive – en particulier, sa tendance «démocratique» à servir le même menu débile à ceux qui ont des capacités faibles, moyennes ou supérieures. La révolte grandit dans de telles proportions que mademoiselle Isabelle Buckley de Los Angeles attira une attention nationale avec son école privée baptisée «no nonsense» (pas de balivernes!), lorsqu’elle retourna aux fondamentaux et demanda à ses élèves de travailler.

Quand le pouvoir politique s'immisce dans l’éducation

Mais il y avait un aspect plus dangereux du mouvement «progressiste». Les «penseurs de la frontière» avaient couplé les méthodes révolutionnaires d’enseignement au socialisme et aux idées collectivistes.

Lors d’une réunion tenue, en 1933, à l’université de Columbia (Harold Rugg était son président), le collège des instituteurs dissémina la politique dans l’enseignement. Il fut affirmé que le profit était une excroissance du corps politique, comme John Dewey l’a longtemps crû. A cette réunion, l’association d’éducation progressive fut érigée en instrument de propagande pour attaquer le système capitaliste avec l’objectif d’introduire un nouvel ordre social aux Etats-Unis.

Le groupe noyauta l’association conservatrice d’éducation nationale existante, qui, plus tard, annonça officiellement que le « moribond laissez-faire doit être complètement détruit. » L’association d’éducation progressiste devint un modèle pour le socialiste anglais radical Harold Laski qui congratula l’organisation pour sa contribution à l’élaboration d’une Amérique socialiste. «Elle peut prospérer dans une société seulement où le socialisme est accepté comme un mode de vie », déclara-t-il, « par sa critique directe des idées qui ont établi une Amérique capitaliste. »

Le nivellement par l’ignorance

Nous ne savons pas encore jusqu’où peut aller cet endoctrinement politique mais nous avons les moyens d'évaluer les conséquences de l’éducation progressiste sur la nation.

Les sondages de l’institut Gallup rapportent que 40% des adultes américains ne savent pas ce qu’est un tarif, un Américain sur quatre n’a pas la moindre idée de l’inflation, le terme de « filibuster » (procédure pour retarder l’adoption d’un texte de loi par l’opposition) serait d’origine grecque pour la moitié des votants, pour deux tiers d’entre eux « une grève juridictionnelle » n’a pas d’importance, et seulement un votant sur quatre connait le principe du collège électoral. Plus surprenante encore, au regard de la mode de voyager, c'est l’ignorance des collégiens envers la géographie de leur pays.

Moins de la moitié des étudiants interrogés par un reporter du New York Times ont une idée approximative de la population des Etats-Unis. Seulement 17% sont capables de donner les noms des États traversés en prenant la route la plus directe de Minneapolis à Seattle.


Le réquisitoire de l’éducation progressiste, c'est qu’elle a produit une génération qui n’est plus capable du moindre discernement et qui est une proie facile des démagogues. Il n’existe plus de corrélation entre le degré de culture d’un citoyen et sa résistance à la propagande. Il est aussi facile de vendre une loi de circonstance à un homme diplômé qu’à un travailleur illettré travaillant dans les champs de coton.

John Dewey pensait avoir trouvé un raccourci à un système qui devait entraîner les étudiants à penser. Cela n’a pas marché. Canon Bernard Iddings a dit : « Les produits de nos écoles, pour la plupart d’entre eux, sont incapables de penser et d’agir intelligemment, honnêtement, et bravement dans une situation difficile. » Aucune mise en accusation aussi radicale de l’éducation progressiste ne saurait être mieux formulée.


===Commentaire===

Ce texte, vieux de 56 ans, convient parfaitement à la France, d’aujourd’hui, manipulée par des démagogues qui n’ont rien à craindre d’une opinion publique abrutie par une éducation nationale progressiste et par une télévision débile.

La seule façon de remonter la pente est de supprimer le monopole de l’éducation nationale progressiste et de donner un chèque-éducation aux parents qui le veulent bien pour offrir un autre avenir à leurs enfants.


(1) Nicholas Murray Butler apparaît au tome III « La présidence Impériale » que j’ai consacré au président Théodore Roosevelt. Invité à la cour d’Allemagne, l’empereur Guillaume II lui demanda qui était en charge de l’économie dans son pays, et Butler de lui répondre sans détour «Dieu.» Cette réponse lapidaire montre que l’on peut faire l’économie d’un ministère de ce nom en France. L’économie n’a pas besoin de tuteur.