dimanche 14 juin 2009

La quadrature du cercle des keynésiens



Timothy Geithner, l'actuel secrétaire du Trésor, parle le chinois. Cet atout sera-t-il suffisant pour convaincre Pékin de ne pas se délester des bons du trésor en faveur de l'or ?


L'index Dow Jones Industrial a clôturé à 8780 points vendredi 12 juin. Avec un faible gain de 27 points par rapport à la semaine dernière, le marché hésite sur la direction à suivre. Serait-il parvenu à un plateau provisoire ou est-il au bord d'un précipice ? Les avis sont partagés.

La purge du marché immobilier n'est pas encore terminée en Amérique

Si vous êtes keynésien, vous pouvez me traiter de grincheux et de borné appartenant à une école (autrichienne) en voie de disparition. Les plans de relances ne sont-ils pas en train de nous sortir de la crise ? L'envolée des bourses ne préfigure-t-elle pas une reprise de la croissance en août selon les dernières prévisions ?

En dépit des objurgations des politiques d'inspiration keynésienne ou socialiste (la main invisible d'Obama pour régler tous nos problèmes) je persiste dans l'erreur. Je ne vois toujours pas le bout du tunnel dans le marché de l'immobilier qui est à l'origine de la crise. Peut être suis-je victime de cécité alors que de lumineux signaux indiquent un retournement du marché ? Je me console en me disant que ce n'est pas parce que j'appartiens à un courant ultra minoritaire en France que j'ai forcément tort... Confer l'édition du 9 juin du journal Le Monde : "les libéraux plaident non-coupable."

Whitney Tilson et Glenn Tongue sont partenaires d'un mutual fund. Le 20 mai a été publié leur livre dont le titre se passe de commentaire : "More Mortgage Meltdown" (encore plus de faillite hypothécaire) Le sous-titre "six moyens de prospérer par mauvais temps" consolera peut être les spéculateurs.

Que disent ces managers qui ne sont ni des idéologues ni des philanthropes ?
"Bien que les États-Unis aient pris le problème à bras le corps, des pertes estimées à plus d'un trillion de dollars ne se sont pas encore matérialisées... En dépit du vent de face que nous devrons affronter pendant plusieurs années, nous croyons qu'il existe des opportunités sensationnelles d'investir pour ceux qui savent où regarder."

Dans leur livre, ils arguent que les récents indices de stabilisation du marché de l'immobilier sont le produit de facteurs saisonniers et d'expédients de l'administration. Un moratoire temporaire des saisies a permis à Fannie Mae et Freddie Mac (1), les deux grands coupables de la crise des crédits hypothécaires encore ignorés par le journal Le Monde, de venir en aide aux propriétaires qui peuvent être sauvés. Ceux qui n'ont aucune chance de l'être en raison de leur ratio d'endettement ont été écartés de cette sélection à la sauvette. Mais cette manipulation du marché a un prix. Elle va se traduire, en fin d'année, par une hausse importante du stock de maisons invendues qui, à son tour, exercera une pression à la baisse des prix. C'est la conséquence de la main invisible d'Obama...

Selon ces deux spéculateurs avisés, le marché devrait baisser de 5 à 10%, une opportunité qu'ils vont sans doute exploiter à leur avantage. Pour ces deux borgnes, l'abysse ne devrait être atteint que dans un an et la reprise du marché sera très molle...

Dans leur analyse, ils évoquent, entre autres calamités, que 73% des options ARM, 50% des subprime, 45% des Alt-A et aussi 25% des prime mortgage (la meilleure signature du marché des prêts hypothécaires) sont en train de couler. Une option ARM (adjustable rate mortgage ou prêt hypothécaire à taux variable en français) est un prêt sur trente ans assorti de quatre options. Sans entrer dans les détails des options de ce type d'emprunt spéculatif, le taux d'intérêt est de l'ordre de 1% pendant les quatre premières années avant de grimper fortement. Un Alt-A mortgage, un raccourci pour Alternative A-paper, est un type de prêt à risque intermédiaire et qui se situe entre le prime mortgage et le sub prime mortgage dans le jargon de Wall Street. On notera surtout dans l'analyse des deux auteurs qu'un quart des ménages ayant contracté un prime mortgage (la meilleure qualité du marché) s'apprêteraient à faire défaut dans leur mensualité de paiement. Il est considéré par les professionnels qu'au-delà d'un seuil de 12% de faillites, le marché est menacé de krach.

La quadrature du cercle des keynésiens

A la lumière de ces rappels volontairement ignorés par la presse gauchiste de part et d'autre de l'Atlantique, on comprend mieux pourquoi la Fed ne peut s'autoriser une remontée, même mineure, de son taux directeur pour lutter contre l'inflation rampante sans provoquer, à son tour, une nouvelle vague de faillites de ménages américains.

Dans le même temps, le secrétaire du Trésor Timothy Geithner doit convaincre les dirigeants chinois que leurs achats de bons du Trésor américain constituent toujours un excellent placement malgré la baisse concomitante du rendement de ces bons et du dollar. D'où son déplacement à Pékin, le 30 mai, où les mandarins commencent à douter de la qualité d'un tel placement. Timothy parle couramment le mandarin. La maîtrise de cette langue est la raison de sa nomination à ce poste très sensible.

Pour ces raisons et d'autres évoquées dans un précédent article (2), je reste circonspect sur la perspective d'une reprise prochaine et, a fortiori, durable de la croissance en question dopée aux amphétamines.

L'illusion temporaire de la France

Quant au marché immobilier français, il n'est en qu'aux prémices de la purge. C'est la conséquence d'une économie fortement administrée ; ce qui donne l'illusion que nous nous en sortons mieux que les autres dans cette crise. Cocorico ! Malgré les innombrables interventions de la main étatique, le moment de vérité approche. Les réserves en devises n'ont jamais été aussi basses : à peine de quoi tenir une quinzaine de jours alors qu'il en faudrait pour trois mois pour parer une méchante vague déferlante.

Les communiqués de presse de la marquise de Bercy ne sont plus aussi triomphaux que par le passé. Mais quand traitera-t-on les Français comme des adultes en leur expliquant la situation catastrophique de nos finances publiques ? L'ampleur et la répétition des manifestations prouvent que beaucoup trop de nos compatriotes sont dans l'ignorance. Triste constat d'une pandémie de schizophrénie entretenue par les politiciens et les syndicalistes.

(1) archives du 6 août 2008 : "la responsabilité de deux administrations démocrates dans la débâcle des subprimes."

(2) archives du 2 mai 2009 : "La Chine veut racheter tout le stock d'or du Fonds Monétaire International."

3 commentaires:

daredevil2007 a dit…

Pour ce qui est de la France, cela fait des mois que M. Chevallier a mis en évidence ses erreurs de gestion et son affaissement... très visiblement, nos gouvernants sont incapables de gérer la situation et ne vivent que d'expédients qui ne permettent que de retarder l'inéluctable...
Tout ceci est fort triste! Mais que faire face à l'anticapitalisme et l'illibéralisme qui règnent en maître sur les esprits de notre pays?

Anonyme a dit…

Bonjour, merci pour ce nouveau billet très intéressant. Je crois me souvenir que vous avez parlé de trois banques familiales françaises qui ne sont pas trop sous-capitalisées. Voudriez-vous préciser leur nom?
Vendredi je suis passé dans une agence bancaire (mutualiste) pour obenir des informations sur des placements. La conseillère avec laquelle j'ai discuté une heure était extrêment négative sur l'état des banques. Elle n'a pas nié que le changement des normes comptables (abandon du mark to market) était mauvais signe. Elle m'a dit craindre pire que des faillites (effondrement du système?) et ne voyait aucun moyen de sécuriser des avoirs.

Bernard Martoïa a dit…

rendons à César ce qui lui appartient ! Les trois banques françaises (toutes familiales et donc mieux gérées que par des énarques irresponsables) sont le fruit du travail de monsieur Jean-Pierre Chevallier. Consultez son site pour de plus amples informations.