samedi 9 mai 2009

E2I2 : une pandémie d’exubérance irrationnelle frappe les marchés boursiers


"On dit d'un sage qui reste ferme sur ses positions que c'est un homme d'Etat et d'un fou qui est aussi ferme que le sage que c'est une catastrophe", disait Adlai Stevenson (1900-1965) qui fut battu, à deux reprises, par le républicain Dwight Eisenhower lors des élections présidentielles de 1952 et 1956.

Un rebond impressionnant de 29% de l’index Dow Jones depuis l’abysse du 6 mars

L’index Dow Jones a clôturé vendredi 8 mai à 8574 points. Il a gagné 4.4% dans la semaine. Le rebond s’est accéléré depuis qu’il a cassé la ligne de résistance à 8175 points. Il n’y a plus d’obstacle à sa progression fulgurante. Prochain objectif : retracer la courbe de la moyenne mobile à 200 jours (9000 points) C’est ce qu’a réalisé, de son côté, l’indice Nasdaq au cours de la séance de jeudi lorsqu’il a dépassé sa courbe moyenne mobile à 200 jours qui est à 1744 points.

Le clan des déclinologues se réduit comme une peau de chagrin

Ralph Acampora a rejoint, cette semaine, le camp adverse. Dans une église d’Upper East Side (un quartier huppé de Manhattan) et remplie de fidèles de la secte de Wall Street, l’ancien analyste vedette a donné son point de vue du marché. Il anticipe que l’index Dow Jones atteindra le seuil de 10 000 points avant la fin de l’année. Ralph est le co-fondateur de l’association des techniciens du marché. Il connut son heure de gloire en juin 1995 lorsqu’il prédit un Dow Jones à 7000 points en 1997. L’index était à 4400 points à l’époque. Ralph a douché les fidèles à la fin de la messe. « Nous pourrions voir une méchante correction se produire lorsque l’index Dow Jones approchera 10 000 points… Mais ces rebonds sont spectaculaires. Les investisseurs agressifs qui ont un horizon ne dépassant pas trois à six mois devraient entrer maintenant dans le marché.» Pour les stoïciens qui sont restés dans le marché et qui, de ce fait, ont essuyé de lourdes pertes, il leur a conseillé : « Ne faites rien ! Je pense que vous avez surmonté le pire. »

Pour les investisseurs ayant un horizon au-delà de six mois, il vaudrait mieux qu’ils restent à l’écart d’une récidive d’exubérance irrationnelle. C’est mon opinion personnelle. Cette épidémie se propage comme un feu dans la brousse. Elle fut décrite en son temps par le maestro Greenspan. Bernie Shaffer est un autre analyste réputé de Wall Street. Il se base sur la courbe moyenne à 160 mois de l’index Standard & Poor’s 500. « L’index devrait franchir cette barrière à 1140 points pour enterrer définitivement la tendance baissière du marché à long terme. » Nous sommes loin du compte avec l’index à 929 points en ce vendredi 8 mai.

La publication des tests des dix-neuf grandes américaines a dopé le marché.

Longtemps attendue mais avec des fuites orchestrées par son patron à la Maison Blanche pour guider le sentiment de l’opinion publique, le secrétaire du Trésor Timothy Geithner a publié et commenté le rapport devant la presse ce jeudi 7 mai. Sans surprise, dix banques sur dix-neuf requièrent une recapitalisation de leurs fonds propres dans l’hypothèse d’un scénario noir. Sans entrer dans des détails techniques qui nécessiteraient de longs développements, retenons les trois hypothèses macro-économiques retenues par l’administration keynésienne d’Obama : décroissance du PIB, taux de chômage et déclin du prix de l’immobilier pour les années 2009 et 2010.

La crédibilité du contrôle des grandes banques (supervisory capital assessment program) repose sur les paramètres choisis. Notons au passage que l’explosion nucléaire du 15 septembre 2008 n’avait pas été envisagée par les modèles mathématiques des banquiers. Peut-on faire confiance aux nouveaux paramètres retenus ? Dans le pire scénario imaginé par l’administration Obama, le PIB reculerait de 3.3% en 2009 et progresserait de 0.5% en 2010, le chômage serait à 8.9% en 2009 et atteindrait 10.3% en 2010, le prix moyen de l’immobilier reculerait de 22% en 2009 et encore de 7% en 2010.

D’une nature suspicieuse à l’égard des gouvernements en place (des play-boys se préoccupant davantage de leur carrière personnelle ou de leur vie sentimentale que de l’avenir de la nation), j’ai lu, comme tout citoyen ordinaire, les statistiques du chômage publiées par le Département du Travail. Que nous apprend le dernier rapport mensuel ? Que 539 000 emplois (non compris le secteur agricole) ont été détruits en avril, que le taux de chômage est passé de 8.5 à 8.9%, que 5.7 millions d’Américains ont perdu leur emploi depuis décembre 2007 et qu’il y a, au total, 13.7 millions de chômeurs en Amérique. D’ores et déjà, le taux de chômage national a atteint le seuil noir de 2009 imaginé par l'administration Obama. Il nous reste encore huit mois pour finir l’année. Peut-on décemment envisager que la destruction d’emplois va miraculeusement s’arrêter le mois prochain ?

Wall Street a interprété la mauvaise nouvelle de la manière suivante : à savoir que la destruction d’emplois en avril a été moindre que celle enregistrée en octobre au plus fort de la crise. Cette interprétation bizarre est à rapprocher de celle des bilans des sociétés pour le premier trimestre 2009 et qui pourrait se résumer ainsi : « c’est moins pire que ce qui avait été anticipé. » Oui mais, ajouterai-je, les statistiques restent toujours mauvaises.

Grâce à la propagande orchestrée par la Fed et l’administration Obama, une autre bulle est en train de se former. Pour les vétérans, la question est de savoir quand cette exubérance irrationnelle cessera. Le plutôt serait le mieux pour repartir sur des bases plus seines qu’à présent : c'est-à-dire favoriser l’épargne au détriment de l’endettement. La purge de l’immobilier n’en est qu’à la moitié du processus entamé à l’été 2006. L'achat d'un bien immobilier ordinaire doit représenter cinquante fois le salaire mensuel d'un ménage. Menez votre enquête dans votre région et demandez-vous si les prix de l'immobilier sont revenus dans le ratio prudentiel que je viens de décrire. A Paris, ce ratio est d'environ cent fois le salaire mensuel d'un ménage.

Quant au risque de pandémie de grippe H1N1 pour ne point déplaire aux Mexicains et aux éleveurs de porc, il est bien moindre, à présent, que celui d’une exubérance irrationnelle sur les marchés boursiers. Les bourses asiatiques ont rebondi de 60% depuis l’abysse du 6 mars. Excusez du peu ! Puisque la mode est aux acronymes, je vais nommer ce risque majeur E2I2. (E et I pour exubérance irrationnelle, 2 puisqu'il s'agit d'une récidive de la même maladie décrite par le maestro en 1997)

Gardez vos ceintures attachées, c’est le conseil de votre pilote. Un trou d'air peut se présenter n'importe quand au cours de ce vol dans la stratosphère. Les arbres ne montent pas au ciel, dit aussi un adage oublié de Wall Street.