samedi 16 mai 2009

David contre Goliath


Ron Paul s'attaque à Ben Bernanke



« Inspirer confiance est un plus grand compliment que d’être aimé. » George MacDonald



Frustrés d’avoir raté le départ, des spéculateurs escomptent une correction de 10% pour sauter dans le train en marche

L’index Dow Jones a clôturé vendredi 15 mai à 8268 points. Il a perdu 306 points dans la semaine écoulée. Cela représente une baisse de 3.5%. Une salutaire correction après une pandémie d’exubérance irrationnelle. Parmi les indices boursiers de Wall Street, c’est encore le Dow Jones qui résiste le mieux. L’index Nasdaq, qui avait enfoncé la moyenne mobile à 200 jours, retombe comme une pierre. Il faut toujours se méfier d’une configuration parabolique. Les arbres ne montent pas au ciel, comme je vous l’ai rappelé la semaine dernière...

Est-ce que la pandémie E2I2 est conjurée ? Pas vraiment. Nombre d’investisseurs professionnels (gérants de fonds de pension ou de mutual funds) sont frustrés d’avoir raté le départ improviste du train. Ils sont en embuscade. Ils attendent une correction de 10% pour sauter, à leur tour, dans le train. La volatilité au cours de la semaine écoulée n’est pas dramatique ; de l’ordre de 30%. Il faut se rappeler qu’au plus fort de la crise, l’index de volatilité a atteint 80%. Cela s’est produit au cours de deux séances : 27 octobre et 20 novembre 2008. Le « trouillomètre » en question porte le nom de Chicago Board Options Exchange Volatility Index (CBOEVC) mais les traders de Chicago préfèrent utiliser son symbole VIX.

Pour la correction en cours, il ne faut pas chercher bien loin l’explication. La publication des résultats du premier trimestre 2009 touche à sa fin. Les profits sont en baisse de 30% par rapport au même trimestre de 2008. Dans le jargon de Wall Street, les fondamentaux ne soutiennent pas les cours actuels. L’index Standard & Poor’s 500 a un PER de 20 pour l’année 2009. (PER est le ratio bénéfice/cours) C’est supérieur au PER séculaire de 14 à Wall Street.

Un train de mesures peut en cacher un autre…

Si des investisseurs sont frustrés d’avoir raté le départ du train du 9 mars, un autre train est passé sous silence par la presse européenne qui n’a d’yeux que pour l’archange noir qui occupe la Maison Blanche. Il s’agit de la proposition de loi H.R 1207. Elle a été introduite, le 26 février 2009, par Ron Paul à la Chambre des Représentants. Si vous ne le savez pas encore (vous êtes tout excusé en raison de la propagande délirante des médias européens), Ron Paul fut le candidat du parti libertaire lors de la dernière campagne présidentielle américaine. En revanche, vous n’avez probablement pas oublié que la Fed a publié, la semaine dernière, le « stress testing » qu’elle a fait subir aux dix-neuf grandes banques américaines ayant plus de 100 milliards de dollars d’actifs financiers. Le docteur Bernanke agace beaucoup de monde. En quoi serait-il mieux placé que les autres pour évaluer la santé des banques ? N’est-il pas à la tête d’une institution en péril ? (1)

La proposition de loi introduite par Ron Paul vise à introduire un contrôle de la Fed par le Congrès américain. Dans le code fiscal actuel (article 31) la Fed peut faire seulement l’objet d’un audit de la part du Comptroller General of United States (contrôleur général des Etats-Unis) Cela revient à ce que l’administration se juge elle-même. C’est en contradiction avec un principe général du droit : nul ne peut être juge et partie.

Ron Paul a introduit un amendement visant à ce que l’audit en question soit mené par le Congrès. Il a également demandé que ce premier audit soit conduit avant la fin de l’année 2010. Il y a urgence alors que la Fed s’approche dangereusement du seuil d’insolvabilité…

Sa proposition a reçu le support de 149 représentants à la Chambre. Le leader du petit parti libertaire a réussi la prouesse de rallier à son projet tout le parti républicain. Vint démocrates, inquiets de la détérioration des finances publiques, viennent de lui emboîter le pas. Il y a une chance sérieuse que sa proposition soit examinée rapidement par la commission bancaire. Barney Frank, le président de ladite commission, qui est pourtant un démocrate, a déclaré : «J’espère que nous allons mettre des limites au pouvoir de la Fed de prêter n’importe quoi à n’importe qui ! » Ce représentant de Boston espère accroître ainsi la transparence de la Fed. On aimerait la même audace de la part de Didier Migaud qui préside la commission des finances à l’Assemblée nationale pour réduire la dépense publique. Avec Alain Lambert au sénat, il est le père de la LOLF (la loi organique relative aux lois de finances)

Au sénat américain, la proposition de loi jumelle (S 604) vient d’être introduite, le 13 mai, par le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders. On attend les parrainages.

La proposition de Ron Paul a reçu le soutien du gouverneur de la Fed de 1979 à 1987. Paul Volcker a précédé le maestro à ce poste. Cela est piquant lorsqu’on sait que Volcker est l’actuel conseiller économique de la Maison Blanche. Dans un discours à l’université Vanderbilt, Volcker a admis l’impensable : « Je pense, pour le meilleur ou le pire, que nous sommes arrivés au point que le Federal Reserve Act (2), après tout ce qui est arrivé depuis l’année dernière, va être révisé. »

(1) Dans mes archives, relisez l’article du 6 février 2009 « La Fed bientôt insolvable !»
(2) Le Federal Reserve Act portant création de la Fed fut signé, le 23 décembre 1913, par le président Woodrow Wilson.