dimanche 30 novembre 2008

Hyperion



Je pose devant Illuvatar dont le diamètre est de douze mètres.

Crescent City, Californie, 30 septembre 2004
Le centre d'information du parc national des séquoias géants est une grande bâtisse en bois.
Le personnel est très coopératif avec les touristes. Un Ranger me demande la durée de mon séjour dans le parc.
-Deux ou trois jours environ.
-C'est beaucoup !
Sa réponse ne me surprend qu'à moitié ; elle est le signe qu'une vacance demeure une denrée rare en Amérique.
Le Ranger affable m'indique les sites les plus intéressants à visiter. Non loin du centre se trouve une prairie où paissent les Roosevelt elks. Le nom de ce grand cerf (cervus canandesi roosevelti) a été donné en l'honneur de Théodore Roosevelt. Cet ancien président des États-unis (1901-1908) était passionné par la faune. Je ne sais pas encore ce jour là que je suis embarqué dans une longue biographie de ce personnage. Il me faudra cinq années pour écrire les 1340 pages des trois tomes que je lui ai consacrés.
Avant de retourner dans la forêt, j'ai envie de respirer la brise du Pacifique. Le centre est protégé du vent par une haie d'arbustes. J'emprunte le chemin qui va à la plage. Celle-ci est jonchée de troncs d'arbres rejetés par la mer.
Un panneau attire mon attention : "En cas de tremblement de terre, courez vite à l'intérieur des terres !" Le public californien est averti du risque mortel que présente la vague géante qui semble littéralement sortir de la mer.
Comment tant de téléspectateurs à travers le monde, je découvrirai dans un mélange détestable de fascination et d'effroi, quelques semaines plus tard, ce qu'est un tsunami. Le 26 décembre 2004, il ravagera tout sur son passage. 228 429 personnes ont péri dans la catastrophe. A l'inverse des Californiens, les Asiatiques ont négligé ce risque. Ils n'ont pas pris la menace au sérieux en bâtissant un système d'alerte préventive qui aurait pu sauver des vies humaines.
Méritons-nous d'être sauvés ? Nous nous enorgueillissons de notre intelligence et de notre supériorité par rapport aux autres espèces vivantes de la planète mais les éléphants du parc touristique de Pukhet se sont libérés de leurs chaines peu avant le raz-de-marée pour aller se réfugier dans la forêt, emmenant malgré eux leurs dresseurs. Tous les autres animaux se sont enfuis à l'approche du tsunami. Quand la première vague a surgi de la mer, des bipèdes sont restés aux premières loges pour contempler, durant quelques secondes, le spectacle qui allait les emporter comme des fétus.
J'en viens presque à souhaiter la disparition des trois quarts de l'humanité pour laisser respirer la planète. Cormac McCarthy a obtenu, en 2007, le prix Pulitzer pour son livre "La Route" qui décrit le périple d'un père et de son jeune fils après un cataclysme dont il ne précise pas la nature, mais qui a rayé l'Amérique de la carte. Avec la prolifération nucléaire dont les gauchistes se félicitent - Pourquoi l'Iran n'aurait pas le droit de disposer de la bombe atomique comme Israël ? - on se rapproche sûrement de l'apocalypse.
De gros rouleaux s'affaissent sur place comme des châteaux de carte. Ils n'avancent pas d'un pouce vers la plage. Riptide (courant de retour) est un autre danger mortel méconnu. Sa force est telle qu'il annihile les vagues. Malheur au baigneur qui s'aventure à quelques mètres du rivage ! Il est entraîné au large par ce courant si fort qu'il renverse un baigneur qui a de l'eau aux genoux.
Le ciel bas se confond avec la couleur grise de l'océan. La journée n'est pas propice au "beach combing." De quoi s'agit-il ? Au départ, un beachcomber est quelqu'un qui passe au peigne fin, du verbe anglais to comb ou coiffer, sur une plage des coquillages enfouis dans le sable. C'est le romancier Herman Melville qui l'aurait utilisé, la première fois en 1847, dans son livre Omoo. Depuis cette date, il a pris une connotation touristique. Il ne s'agit plus d'un travail mais d'une activité ludique de plein air. C'est d'ailleurs la seule détente sur une plage californienne en raison du courant glacé d'Alaska.
Je regagne ma voiture au parking. Un Ranger m'a conseillé d'aller voir les chutes de Trillium. Le sentier est une boucle de six kilomètres. Il pénètre dans une magnifique forêt de Douglas-fir (Pseudotsuga menziesii). Le seul inconvénient est la faible luminosité dans le bois. Mes yeux s'en accommodent après cinq minutes. Il existe trois étages dans ce type de forêt : le sous-bois, l'étage intermédiaire des immenses troncs nus de ces arbres et enfin la canopée touffue qui est invisible. Mon univers se restreint à celui du sous-bois qui est d'une grande diversité biologique. Mousses et plantes aquatiques se sont adaptées à cet écosystème d'eau douce et salée des lagons. La fougère épée (sword fern) et la redwood sorrel (oxalis oregana) tapissent le sol couvert de mousse. Cette dernière ressemble au trèfle surmonté d'une petite fleur blanche. A l'étage tout juste supérieur au sol se trouvent, en compétition pour la lumière, des arbustes. On y rencontre le rhododendron rose, le huckleberry qui donne des baies juteuses qui sont un délice, le salal avec ses fleurs rosées en clochettes et enfin l'azalée (rhododendron occidentele) dont la senteur m'enivre de bonheur.
Les chutes de Trillium se situent à un escarpement rocheux de la colline côtière. Leur faible hauteur est compensée par l'extraordinaire verdure. La mousse couvre absolument tout ! Même les racines en surface des arbres et les roches qui émergent des eaux cristallines sont couvertes d'une mousse au vert tendre.
A mon retour, je tombe sur une harde de Roosevelt elks. J'ai été prévenu de me tenir à distance de ces cervidés imprévisibles. Les mâles pouvant atteindre une demi tonne, chargent les intrus qui s'approchent de leur progéniture ! Je prends une photo médiocre en l'absence d'un téléobjectif puissant.
La route traverse une autre forêt de séquoias. Prairie Creek Redwood est un "State Park" imbriqué dans le parc national. Le degré de protection est moindre qu'au niveau fédéral. Il est ouvert à l'exploitation des minerais et des forêts ; il est soumis au pâturage et au passage des véhicules de tourisme. Je me rends à Atlas Grove où se trouvent des spécimens hors norme. Illuvatar est le deuxième plus gros séquoia de la côte du Pacifique. Il a un diamètre de douze mètres à la base pour une hauteur "moyenne" de 98 mètres. Il a été nommé par Stephen Sillett, le chercheur de l'université d'Arcata, en référence au créateur de l'univers dans un livre de Tolkien.
Depuis qu'il s'est spécialisé dans l'ascension des séquoias pour les étudier de près, Sillett a grimpé des arbres plus grands que Libbey (110 mètres), découvert en 1963, par Paul Zahl, le reporter de National Geography. En 2004, il a escaladé Stratosphere Giant qui mesure 112.83 m. Cet arbre continue de grandir de dix centimètres par an. Il mesurait 112.34 m en l'an 2000. Le 8 septembre 2006, Chris Atkins et Michael Taylor, deux naturalistes, ont découvert le plus grand arbre de la planète à ce jour : Hyperion.
Comme pour tous les arbres dépassant une centaine de mètres de hauteur, la location d'Hyperion est un secret bien gardé par quelques chercheurs qui veulent le protéger. Edward Webb est professeur de sociologie à l'université d'Arcata où travaille Stephen Sillett. Il m'a promis de me présenter à Sillett si je viens lui rendre une visite à Arcata. Il est possible que je fasse le grand voyage en 2010. Qui sait, si entre temps, Sillett n'aura pas grimpé un arbre plus grand qu'Hyperion ?
Ce qui fascine la communauté scientifique, c'est la capacité de ces titans à faire monter l'eau à une telle hauteur. Il faut compter trois semaines pour que l'eau pompée par les racines parvienne au faîte de l'arbre. La pression artérielle est phénoménale au-delà d'une centaine de mètres. Cette pompe hydraulique reste un mystère entier, comme me l'a confirmé mon ami Edward.
Quelle est la hauteur maximale de ces arbres à l'âge adulte ? 120 mètres ? 140 mètres ? Nous ne le savons pas ou nous ne le saurons peut être jamais car il ne reste aujourd'hui plus que 4% de la couverture forestière qu'occupaient autrefois les séquoias géants de la côte du Pacifique.
Sur le chemin du retour, je m'arrête à un séquoia dont la notoriété choque la pruderie puritaine. Il est assorti d'une excroissance en forme de pénis. Plus surprenant encore, celle-ci a une pigmentation rosée à son extrémité qui lui donne l'allure d'un gland décalotté. A-t-il été circonscrit ? Cette géante anatomie déclenche le fou rire de deux passantes dont je croise le regard alors que je m'applique à prendre une photo.
Ces arbres géants fascinent toujours. Richard Preston leur a consacré un deuxième reportage - Getting to the top of a record-breaking tree- dans l'édition du 9 octobre 2006 du New Yorker après l'ascension d'Hyperion. Stillett s'aventura à vingt pieds de son sommet. Il reporta comme suit : "C'est comme un tissu alvéolé et sa cime est légèrement inclinée." Il s'arrêta prudemment là. Avec une perche métallique télescopique il toucha le faîte et mesura la longueur de la perche. Il envoya ensuite une sonde laser au sol. Hyperion mesure 115.55 mètres. Sans contestation, c'est l'arbre le plus haut de la planète.

mardi 25 novembre 2008

la fuite en avant nous conduit à la catastrophe



Quand il entra à l'université de Vienne, Ludwig von Mises (1881-1973) était de gauche et interventionniste. Il ne tarda pas à se convertir à l'orthodoxie monétariste lorsqu'il découvrit les principes de l'économie du professeur Carl Menger.


Sans surprise, les politiciens promettent de nous sortir de la récession par des plans massifs de relance keynésienne. Sans surprise, le cartel des banques centrales qui sont aux ordres des politiques, abaissent les taux directeurs et laissent accroître inconsidérément la masse de monnaie en circulation. Après avoir laissé mourir le soldat Lehman Brothers, l'administration Bush n'a pas voulu laisser tomber le capitaine Citigroup. Sans surprise, les bourses ont salué la "bonne" nouvelle par un rebond spectaculaire lors de la séance du lundi 24 novembre 2008.

Soigne-t-on un drogué en lui administrant davantage de cocaïne ?

Je ne partage pas l'euphorie du moment. Toute cette effervescence des médias à l'affut du plan miraculeux concocté par l'équipe d'Obama confirme mes soupçons que nous courons à la catastrophe. Ce n'est pas en augmentant les doses que l'on va soigner un drogué du crédit. L'économie mondiale est malade de sa montagne de dettes. Celles-ci se répartissent entre trois grandes familles : budgétaires pour l'Italie et la France, commerciales pour la France et les États-Unis, ou celles des ménages pour encore les États-Unis. Si le drogué du crédit remercie les donneurs, au fond de lui-même, il sait que ce n'est qu'un répit et qu'il faudra lui administrer des doses massives pour obtenir le même bienfait. Voilà où nous en sommes aujourd'hui !

le dernier rebond du marché avant la descente aux enfers

Après le krach d'octobre 1929, Wall Street connut un rebond technique - dead cat bounce ou le rebond de l'animal blessé à mort - en avril 1930. Nous en serons là au printemps prochain avec le plan massif qu'Obama va mettre en œuvre dans quatre domaines : l'école, les infrastructures (ponts et chemins de fer), la couverture médicale universelle et les énergies renouvelables pour assurer l'indépendance énergétique du pays. Ce plan keynésien ne prend pas en compte les opérations de sauvetage des banques qui vont se poursuivre au gré des dénouements de position des contrats toxiques de produits dérivés. Il faudra des années pour traiter les métastases du système financier. A terme, le secteur bancaire américain sera entièrement nationalisé car il ne peut se sauver lui-même comme je l'ai écris hier.

Quand tous les plans keynésiens auront échoué, le marché capitulera et entamera sa longue descente aux enfers. L'abysse ne fut touché que le 8 juillet 1932 à Wall Street lorsque le Dow Jones clôtura à 43 points. Il s'était écoulé 27 mois depuis le krach d'octobre 1929. Les plans keynésiens ne font que retarder l'inéluctable ajustement du marché.

l'entrepreneur imprévoyant

Pour comprendre la crise actuelle, il faut se référer à l'exemple donné par Ludwig von Mises qui appartient à l'école autrichienne. Un entrepreneur veut construire une splendide maison. Il croit disposer en abondance de la main d'œuvre et des matériaux nécessaires à sa construction. Supposons qu'il se trompe de 10% dans son estimation de briques. S'il s'aperçoit très tôt de son erreur, il pourra corriger le tir et construire une maison plus petite que celle qu'il envisageait au départ. Le coût se résumera à quelques pelletées de trop tôt pour les tranchées et au carburant dépensé pour la pelleteuse. Il égalisera le terrain et poursuivra la construction. S'il s'aperçoit tardivement de son erreur, les conséquences seront beaucoup plus néfastes. La maison sera inévitablement d'une qualité inférieure à celle qu'il avait imaginée au départ. Maintenant supposons que l'entrepreneur ne connaisse pas son erreur et que les maçons lui cachent la vérité, le chantier se poursuivra jusqu'à ce que la vérité éclate. La maison n'aura pas de toit et il faudra mettre une bâche pour la couvrir.

Dans la théorie de Mises, l'erreur de l'entrepreneur est un mauvais investissement, non pas un surinvestissement des ressources. Quelle que soit l'interprétation, l'entrepreneur aurait préféré apprendre plutôt son erreur.

Parallèle avec la crise actuelle

Pendant la bulle immobilière, les Américains ont accumulé de larges dettes pour conserver un niveau de vie élevé. A l'époque, cela n'inquiéta personne puisque le niveau d'endettement était contrebalancé par la hausse de l'immobilier. Après l'éclatement de la bulle, les Américains se retrouvent dans la position de l'entrepreneur qui a réalisé tardivement son erreur : ils ont une maison sans toit et la tempête emporte la bâche de protection.

La réponse rationnelle à cette horrible situation est de couper la consommation des ménages américains en redessinant une maison plus petite. Lorsque l'entrepreneur s'est aperçu tardivement de son erreur, il a congédié les ébénistes qui travaillaient aux moulures du plafond. Un autre ajustement nécessaire pour l'économie américaine est la suppression des milliers d'emploi dans la finance spéculative : mutual funds, et hedge funds en particulier. C'est ce qui est en train de se faire naturellement sans que l'État intervienne.

Dans le cas particulier de la France, les efforts du gouvernement pour sortir de la récession ne font que l'aggraver. Des ressources seront dilapidées par les énarques dans leur précipitation à combler les brèches du Titanic. C'est l'assurance que l'épargne des Français sera sacrifiée pour faire plaisir à ceux qui manifestent le plus bruyamment leur mécontentement. Exemple : les fonctionnaires qui font grève et n'ont toujours pas compris que leur chèque à la fin du mois dépendait du labeur du secteur privé et des rentrées fiscales.

lundi 24 novembre 2008

Deux Poids, Deux Mesures

Le deuxième plan de sauvetage de Citigroup de 25 milliards de dollars est assorti d'une garantie de l'État à hauteur de 90 % des 306 milliards de dollars de créances irrécouvrables accumulées par la plus grande banque américaine. Ce plan intervient peu après le deuxième accordé, le 11 novembre 2008, à AIG, d'un montant de 152 milliards.

Pourquoi sauver ce secteur et pas celui de l'automobile qui ne demande pas le dixième des sommes englouties à perte par le premier ?

Dans son allocution télévisée du 24 septembre 2008, au cours de laquelle il a annoncé un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars, le président George Bush a pris soin de noter, en préambule, son aversion à l'intervention de l'État pour sauver une entreprise défaillante, et de préciser ensuite que si elle devait se faire en raison de la gravité de la crise, elle ne devait pas revêtir un caractère discriminatoire. C'est pourtant ce qu'il fait en refusant d'aider le secteur automobile gravement touché par la récession économique.

Des journalistes américains ironisent sur le déplacement séparé à Washington des trois patrons de l'industrie automobile à bord de trois jets privés. C'est évidemment une faute de leur part alors qu'ils sollicitent l'argent du contribuable américain. Les patrons de Citigroup ou de AIG se déplacent-ils différemment ? Seraient-ils plus coupables que les banquiers ? Bien sûr que non mais il existe un préjugé à leur égard. Quelques jours après avoir reçu la première tranche de 85 milliards de dollars de la part de la Fed, les dirigeants de AIG se sont rendu à l'hôtel Saint Regis au sud de Los Angeles où ils ont dépensé la bagatelle de 440.000 $ au cours d'un weekend fastueux. Lors de l'audition, le 7 octobre 2008, de l'ancien président de AIG, Robert Willumstad, par la commission des finances à la Chambre des Représentants, son président, le démocrate Henry Waxman, s'est indigné que les dirigeants de cette entreprise, sauvée par le contribuable américain, se moquent éperdument de "la souffrance des Américains qui perdent leur emploi, leur maison et leur couverture médicale."

Les patrons de l'industrie automobile américaine seraient coupables de ne pas avoir anticipé la crise en produisant des modèles économes en énergie. Mais la crise n'a-t-elle pas été provoquée par la cupidité des banquiers ? Ces derniers sont absous et ils ont, en sus, la garantie que l'État se portera à leur secours. A terme, le secteur bancaire américain sera entièrement nationalisé car il ne peut se sauver lui-même. La facture laissée au contribuable américain sera, sans commune mesure, avec celle de 150 milliards de dollars après la faillite des Savings & Loan dans les années 90.

Si les démocrates ont emporté facilement les élections du 4 novembre 2008, ils ne le doivent pas seulement à leur idée creuse de changement (entonnée à satiété par le sénateur Obama) mais au comportement inadmissible de dirigeants d'entreprise proches de Bush que les électeurs américains ont voulu sanctionner.

dimanche 23 novembre 2008

Tout va très bien madame la Marquise

Allô, Allô, Henry, quelles nouvelles
Absente depuis quinze jours,
Au bout du fil je vous appelle
Que trouverai-je à mon retour ?
Tout va très bien madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !
Pourtant, il faut que l'on vous dise
On déplore un petit rien
Un incident, une bêtise,
Citigroup, la plus grande banque, est morte
Mais à part ça, Madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Allô, Allô, Ben, quelles nouvelles
Notre plus grande banque est morte ?
Expliquez-moi, cocher fidèle,
Comment cela s'est-il produit ?

Cela n'est rien, madame la Marquise
Cela n'est rien, tout va très bien !
Pourtant il faut que l'on vous dise
On déplore un petit rien
Citigroup a péri dans l'incendie
Qui a détruit tout le secteur bancaire
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Allô, Allô, Alan, quelles nouvelles
Nos banques ont fait faillite ?
Expliquez-moi mon chef modèle
Comment cela s'est-il passé ?

Cela n'est rien madame la Marquise.
Cela n'est rien, tout va très bien !
Pourtant il faut, il faut que l'on vous dise
On déplore un tout petit rien
Notre économie vient de succomber
Dans une explosion d'armes de destruction massive
Mais à part ça, madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

Allô, Allô, George, quelles nouvelles
Notre économie est donc détruite ?
Expliquez-moi car je chancelle !
Comment cela s'est-il produit ?

Eh ! bien voilà madame la Marquise
Les armes de destruction massive n'étaient pas en Irak
Mais elles étaient chez nous dans les produits toxiques dérivés
Apprenant qu'il était ruiné
A peine fut-il revenu de sa surprise
Que monsieur le Marquis s'est suicidé
Et c'est en ramassant AIG à la pelle
Qu'il renversa toutes les chandelles
Mettant le feu à tout l'château
Qui s'consuma de bas en haut
Le vent soufflant sur l'incendie
Le propageant à toute la planète
Et c'est ainsi qu'en un moment
On vit périr votre banque Paribas
Mais à part ça madame la Marquise
Tout va très bien, tout va très bien !

samedi 22 novembre 2008

The Good Samaritan




Harpers Ferry was named after Robert Harper, who started operating a ferry in 1761


With the railway track less than two hundred yards from my room, my sleep is hacked. I am the first customer to wake up inside the Inn. I tiptoe on the wooden stairs. Despite my cautious move, some derelict boards squeak and I lower my head to avoid a beam where the stairs make a sharp turn. The Inn was built in 1790s, at a time when people were probably smaller than us.
Before hitting the trail, I need supply. My first stop on the trail will be Waynesboro in Pennsylvania, which is forty miles away. There is no grocery in Harpers Ferry. I have been advised, last night, at Secret Six Tavern, to hitch hike five miles to Charles Town. The prospect is not alluring. I decide to walk in that direction in the hope of finding a store between the two cities.
Sky is overcast today. After a mile of steep climb, I sweat when I reach a plateau. Harpers Ferry is split. The upper part is secluded and residential and the historical lower part is compact.
It is an election year. Lawns are littered with ads in favor of candidates. Americans express willingly their favor outside the ballot box. It looks like an open contest: "My candidate is better than yours." I am amazed by leaflets in favor of Barack Obama. They outnumber McCain by a wide margin. The pendulum is swinging back to the Donkey party.
After three miles of walk, I find a tiny restaurant in front of a towering brick building. A middle aged stocky woman, with blond platine hair, wearing white tight short pants and sneakers, welcomes me. She is doing everything inside her pleasant restaurant filled with bookshelves. Strangely, the books are for sale. I read by curiosity the titles while waiting for my eggs. I love American breakfast. It fills the tank for the trail.
Close to the restaurant, I am lucky to find a gas station with enough food supply for three days of hike.
Back to town, I stop at Appalachian's headquarter. Last year I was the centre of curiosity. With a scaring dry fall, the staff needed an accurate report of reliable springs alongside the trail. Not this year. I am nobody. A big three dimensional painted wooded map of the Appalachian Trail is the main attraction. There is also internet and telephone access for hikers. I call home. During my long vacation, Gretchen, a Californian woman, is taking care of my pet. She offered me to stay to my home while on vacation. I accepted gladly her offer.
-I was waiting for your call, Bernard. Orphée is fine but she misses you, said Gretchen with a soothing voice.
I feel a pain of guilt through my stomach. I remember the words of my friend Sherry last week on the phone: "Six weeks is a very long time for a dog to wait for the return of its master." I have adopted Orphée after the passing of my mother. She was lost and sad. I have taken great care of her since then. She is a very good companion. We hike together. She is able to cover eighteen miles. It is quite a lot for a Lassa Apso dog, which weights only 6 kg. Orphée will be ten years old on October 10 but I will not be with her to celebrate her birthday.
I recognize two guys who were eating yesterday night at Six Secret Tavern. They are going southbound. I will quickly learn that every one is going into that direction at that time of the year. North bounders cross Harpers Ferry, no later than June, on their five months journey to Maine.
I am not in hurry. I am planning to start slowly. Are my shoulders healed? Will they sustain the toll for six weeks? I have no idea but I remain confident. I have a tremendous experience of 37 years of backpacking, climbing, skiing and running. I will improvise and adjust to any event alongside the trail. My physiotherapist has given me a good advice on how to protect my shoulders. I have bought a mattress, a thick one used in gym's club. I cut two pieces which fit the straps of my backpack. They will do a terrific job as I will learn it.
The Outfitter shop is open when I return to the Inn. I am the first customer. I need denatured alcohol for my stove. It is sold by ounces in most outfitters. A grey hair woman is stoned by my appearance. Is it my look? My eyes? My legs? Whatsoever the chemistry, she wants absolutely that I come back to see her for the annual reunion scheduled in October. Despite her relentless attention, I do not lose my focus: I am here to hike the trail.
-What is your trail name?
-I have none. I have used a pen name - Scissors Crossing - for a newspaper. It does not fit for the trail.
She suggests me to adopt "Little Prince".
-Why?
-Don't you know the book from Saint Exupery?
I look stupid. Of course, every one knows it but I faint to ignore her attempt to seduce me through the prism of a fairy tale. I am her "little prince" and she insists that I use it.
I go back to the Inn. I want to write postcards before starting a new adventure. I open the door, walk three steps inside when I hear a shrieking "help" coming from the other room. I drop my bag and run in that direction. The old lady is lying on the floor. She is crying. I bend to her side. She is showing me her ankle but I am distracted by her bleeding knee.
-I fell and heard a terrible noise inside my ankle, she said, between two sobs.
I look carefully her ankle. It is not swollen. I fear a fracture. A "thank you" is uttered while tears are cascading her face.
-I am through; it is too much. I was carrying the sheets to the washing machine when I stumbled. I have yelled for help to the neighbor downstairs. He is rehearsing piano. He does not hear or does not want to hear me. (She is angry) It is my first day of work here. I replace my friend. She is gone for the weekend. I need that money to survive.
I look her shoes. She is wearing Crocks like sandals. She has missed a tiny step separating two rooms.
- Do not move! I will lift you to the sofa.
She is a skinny boned woman weighting fewer one hundred pounds. I manage to grab her legs with my right arm in order to preserve my injured left shoulder. I carry her slowly to the sofa.
- Do you want I call an ambulance?
-No thanks, I have to think about it.
She straightens her back while I put a pillow under her injured leg.
-Oh! It hurts a lot. She sobs.
-Well, you stay quiet while I am going to warn a neighbor.
Her lipstick has run over her chin. She is pitiful. I smile to lift her spirit while living her alone.
I run down the granite stairs for help. The street is quiet. Where to go for help? Six Secret Tavern is closed. I run back to the Outfitter. The shop is on the second floor. I climb stairs by two. I am out breath. The lady welcomes me with a big smile of a returned lover. "Need you something else, little prince? I break her romance while explaining the dire situation; I see the change of mood on her face. She is no more enthralled by my return, but she quickly countenances her disappointment while following me. A salesman is arrived in meantime and will take care of the shop.
Inside the Inn, the old lady is still sobbing. We sit close to her. She tells again her misery to us, she is very distressed. The lady from the shop seems to pay more attention to me than to the injured woman. She often glances and smiles in my direction. I find a way to escape her renewed attention. I am looking for ice cubs. I do not know the house but I find a plastic bag inside the bar in the other room. I hear the old lady telling her sad story. She needs compassion. I am back with the ice. I lift gently her ankle and wrap it with the icy pack. She is too busy telling her wretched life to thank me. The lady from Outfitter has made her decision. She asks me to stay till noon. She will come back and drive the old lady to a hospital. Does she grab my arm for reassuring her that I take care of the old lady or is she begging me to stay for her? It is a very confusing situation.
-Yes, I am staying till your return, with a terse voice to lift any ambiguous feeling.
During an hour, I listen to the sad story of the old lady. She is suing her former boss who owes her $20.000. She needed a job before the trial. That's why she is replacing her friend. When she gets her money, she plans to retire in New Jersey. She has no insurance. She is more concerned by the bill at the hospital than by her treatment there. It is very sad. I realize that I am a privileged person while having a full coverage health insurance. I try to soothe her pain with a French painkiller. She does not want it. After a long persuasive talk, she accepts to swallow it. The co-worker from Outfitter shows up. He is a medical student. His quick survey is bleak: a bone of the foot is broken. The old lady cries again. When the student is gone, she wants to smoke a cigarette on the terrace. I invite her to smoke inside the Inn.
-No, I want to go outside. It is not allowed to smoke inside the Inn.
While she tries to move, I threaten to leave her alone if she dares to walk. I am acting like a father with a disobedient child. I have enough of that unravelling drama.
At noon shows up the owner of Secret Six Tavern. He has been warned. Five minutes later comes the lady of the Outfitter; she is accompanied by the pianist who plays downstairs. The old lady has no luggage, just a paper bag, and her clothes are filthy. She wants to take a shower before going to the hospital. The lady from the Outfitter dissuades her. Finally she accepts to be carried away to the hospital. The pianist will take care of the Inn. I climb back to my room, pack my belonging and leave for good the house.
At the terrace of Six Secret Tavern, the owner offers me a beer to thank me for helping the poor woman. I have done what every concerned Christian should do in such situation. It is Septembre 11. Drama occurs at anytime and everywhere.

jeudi 20 novembre 2008

la grande dépression



Sur cette célèbre photo de Dorothea Lange, de 1936, est représentée toute la détresse de l'Amérique pendant la grande dépression. Florence Owens Thompson était une mère de sept enfants. Elle vivait dans un camp de ramasseurs de pêches à Nipomo, dans le comté de San Luis Obispo en Californie. Malgré ses traits tirés, elle n'avait que 32 ans lorsque cette photo fut prise.

Les pays de l'OCDE sont entrés officiellement dans la récession économique au troisième trimestre. Est-ce le moment d'accroître le déficit budgétaire ? C'est le débat qui fait rage en France où nos élites sont majoritairement keynésiennes.

Durant la grande dépression, l'économiste anglais John Maynard Keynes (1883-1946) fut l'architecte de la relance par l'accroissement du déficit budgétaire. Keynes fait figure de messie pour les libéraux, mais dans le sens moral qui leur est prêté en Amérique. Il ne méprisait pas d'être universellement reconnu. Il contribua à sa légende. Il fit le commentaire suivant lorsqu'il reçut à Cambridge Ludwig Wittgenstein, le protégé de Bertrand Russel, en déclarant : "Dieu est arrivé. Je l'ai rencontré au train de 17h15." Keynes était un homosexuel notoire dans une Angleterre victorienne. Un de ses amours de jeunesse fut l'artiste Duncan Grant qu'il rencontra en 1908, avant de fréquenter l'écrivain Lytton Strachey. Cela ne l'empêcha pas plus tard de se marier avec une femme. En 1925, il épousa la ballerine russe Lydia Lopokova. Keynes était en avance sur son temps.

La carrière de Keynes démarra en 1919. Il était dans la délégation britannique à la conférence de la paix de Versailles. Avec les statistiques que lui passa la délégation allemande, il démontra que les réparations exigées par les vainqueurs étaient trop larges et conduiraient à la ruine de l'économie allemande. Clémenceau ne l'écouta pas. Keynes se vengea en publiant "Les conséquences économiques de la paix". Ce livre eut un grand retentissement partout dans le monde, à l'exception de la France rongée par son revanchisme. En 1923, l'Allemagne connut l'hyperinflation. Un État qui ne peut pas rembourser sa dette, fait tourner la planche à billet pour l'annuler. La jeune république de Weimar vacilla. La suite est connue avec l'élection du chancelier Adolph Hitler par le peuple allemand le 30 janvier 1933.

En 1936, Keynes publia sa théorie générale de l'emploi, du crédit et de la monnaie. Ce livre influença le président américain Franklin Delano Roosevelt dans le lancement des grands travaux d'infrastructure. Il n'était pas le seul. Le président de la banque fédérale américaine de 1934 à 1949 était Marriner Eccles. Dans ses mémoires qui parurent en 1951, il donna sa version sur les origines de la crise de 1929. Voici un extrait saillant.

"Une production de masse doit être accompagnée par une consommation de masse, qui, à son tour, implique une distribution de richesse - non pas celle existante mais celle qui est produite vraiment - pour procurer aux hommes un pouvoir d'achat qui est égal au montant des produits et des services de la machine économique de la nation. Au lieu d'achever ce genre de distribution, une pompe géante aspirante avait, dans les années 1929-1930, accumulé dans un nombre restreint de mains une portion croissante de la richesse produite. En retirant des masses ce pouvoir d'achat, les épargnants se sont privés de la demande effective pour leurs produits qui justifient un réinvestissement de leur capital accumulé dans de nouvelles usines. Comme dans un jeu de poker où les cartes sont concentrées entre de moins en moins de mains, les autres joueurs n'ont pu rester dans le jeu qu'en empruntant. Quand leur crédit a été épuisé, le jeu s'est arrêté."

Cette version de la crise de 1929 n'est pas corroborée par l'école autrichienne. Pour l'économiste Murray Rothbard (1), la cause principale de la grande dépression fut la politique laxiste de la Fed durant les années vingt. La Fed fut créée en 1913 sous la présidence de Woodrow Wilson. La trop grande circulation de monnaie produisit une explosion du crédit qui était intenable sur le long terme. Ludwig Von Mises fut l'un des rares économistes de cette époque à prédire ce qui allait se passer. "Un grand krach va se produire et je ne veux pas que mon nom y soit associé." Il déclina un poste important au sein de la Kreditanstalt Bank au début de l'année 1929.

Après les attentats du 11 septembre 2001, l'économie américaine a connu un brutal ralentissement. Le président George Bush a convoqué, à la Maison Blanche, Alan Greenspan, le président de la Fed. Il n'est pas dans la tradition de cette vénérable institution d'obtempérer mais l'opportuniste Greenspan s'est exécuté. Il a approuvé sans sourciller le plan de l'administration Bush de laisser les déficits budgétaires se creuser pour soutenir la croissance. Le même déclarait sous la présidence de Clinton que les excédents budgétaires étaient une excellente chose ! Sa longue carrière de dix-neuf ans à la tête de la Fed fait penser au destin de Talleyrand qui a survécu à tous les soubresauts de l'histoire. La dette américaine était de 5,674 trillions de dollars en 2000 ; elle est maintenant de 10,666 trillions de dollars. Elle représentait 58% du PNB américain, elle est maintenant égale à 72% du PNB.

Le laxisme budgétaire s'est couplé avec celui des ménages américains. La dette des ménages américains est de 13.8 trillions de dollars ou 123% du Produit National Brut (GNP) La formidable croissance mondiale a été entretenue essentiellement par la consommation des ménages américains. Après la faillite de l'immobilier et des banques américaines, la communauté internationale redoute celle des cartes de crédit.

Que nous proposent nos dirigeants pour sortir de la crise ? Injecter toujours plus de liquidités pour relancer la croissance. D'après l'école autrichienne, les interventions étatiques pour relancer la croissance après le krach de 1929 ne firent qu'empirer la récession. Pour Rothbard, l'intervention de l'État fédéral a retardé l'ajustement du marché et rendu plus difficile le retour à la croissance.

Dans une économie mondialisée, une relance keynésienne n'est praticable que pour les pays enregistrant des excédents budgétaires substantiels. C'est le cas de la Chine aujourd'hui. Compte tenu de la forte dépendance de sa croissance aux exportations, la fourmi chinoise pourrait échapper à la récession mondiale en se lançant dans des grands travaux d'infrastructure qui prendraient le relais.

Pour les cigales, il n'y a malheureusement pas d'alternative à une longue cure d'austérité pour rééquilibrer leurs comptes. Un message suicidaire pour la carrière de nos politiciens ! Qu'ils disent ou non la vérité aux électeurs, ils seront balayés par la grande dépression dans laquelle nous sommes entrés. Nous verrons bientôt émerger des populistes promettant une sortie rapide de crise. Adolph Hitler était un grand admirateur de John Maynard Keynes.

"Le peuple n'aime ni le vrai ni le simple, il aime le roman et le charlatan" disait Edmond de Goncourt. Il est bien servi en France.

(1) Murray Rothbard : America's Great Depression (1963)

mardi 18 novembre 2008

Pour une assurance des banques européennes sur le modèle américain du FDIC



Une foule de clients se rue pour retirer son argent à une banque new-yorkaise pendant la grande dépression. C'est ce qui va arriver un jour en France.


Au début de mon article du 30 août 2008 relatif à la responsabilité particulière de Fannie Mae et Freddie Mac dans la débâcle des prêts hypothécaires, j'avais dressé la liste des neuf banques régionales américaines qui ont fait faillite depuis le début de l'année. Sans surprise, la liste s'est allongée depuis : Silver State Bank à Henderson dans le Nevada, Ameribank à Northfork en Virginie de l'Ouest, Washington Mutual Bank à Park City dans l'Utah, Main Street Bank à Northville dans le Missouri, Meridian Bank à Eldred dans l'Illinois, Alpha Bank & Trust à Alpharetta en Géorgie, Freedom Bank à Bradenton en Floride, Franklin Bank à Houston au Texas et Security Pacific Bank à Los Angeles en Californie.

Leur faillite n'a pas eu le retentissement médiatique de Lehman Brothers, une banque d'investissement qui était un pilier de Wall Street. Comme le rythme de faillite des banques régionales s'accélère, on ne peut échapper à la comparaison avec la crise de 1929... En 1930, 904 banques américaines firent faillite dans le sillage du krach boursier. A la fin de la présidence de Herbert Hoover, le total s'élevait à 4004 !

La création du FDIC

Voté le 16 juillet 1933, le Glass-Steagall Act était une loi cadre bancaire. En sus de la séparation des activités des banques dites commerciales (clientèle privée) et d'investissement (entreprises) il a créé le FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) Ce fonds fédéral agit comme un assureur. Si une banque fait faillite, le fonds s'engage à indemniser les particuliers à hauteur d'un plafond révisable. En 1933, ce plafond fut fixé à 10.000 $ par compte. Il est maintenant de 250.000 $. Le but de ce fonds est de prévenir un "bank run" car la rumeur d'une faillite d'une banque entraîne inévitablement un raz-de-marée des déposants pour retirer leur argent.

La critiquable collectivisation du risque

Franklin Delano Roosevelt était opposé à cette approche car il pensait qu'elle déresponsabiliserait les banques. Il céda en raison de l'urgence de trouver une solution. Sur le principe, il n'avait pas tort car le collectivisme est une source permanente de déresponsabilisation. Alain Dumait, l'ancien patron des Quatre Vérités a écrit, le 15 octobre 2008, un bon article intitulé "Sauver la France plutôt que les banques." Il a raison de fustiger la cupidité et la crasse ignorance des banquiers à l'égard des produits dérivés et que Warren Buffett, le sage d'Ohama, a surnommé les armes de destruction massive de richesse. Mais la crise actuelle demande des mesures exceptionnelles car la situation est comparable à celle de 1930 quand l'attentisme prévalait.

Le conseil d'administration du FDIC

Il fixe le ratio de participation des banques commerciales. A la fin de l'année 2007, le FDIC disposait de 52.4 milliards de dollars. Cela représentait une réserve de 1.22% pour assurer les dépôts des particuliers s'élevant à 4.3 trillions de dollars. Présidée par madame Sheila Bair, le conseil d'administration du FDIC qui s'est réuni, à la fin du premier semestre 2008, a constaté que la réserve était tombée à 1.01 %. Au dessous du seuil de 1.15%, le FDIC est tenu de faire appel aux banques pour un renflouement. C'est ce qu'il est train de faire. Il n'y a donc pas lieu de gaspiller l'argent du contribuable par des renflouements indiscriminés. C'est ce que vient de comprendre Henry Paulson, le secrétaire au Trésor américain.

La discipline du FDIC

Pour bénéficier de l'assurance du FDIC, les banques se conforment à des critères de liquidité et de réserve. Elles sont classées en cinq groupes selon leur capitalisation par rapport au risque encouru.

1) les banques bien capitalisées avec un ratio supérieur à 10%
2) les banques adéquatement capitalisées avec un ratio compris entre 8 et 10%
3) les banques sous-capitalisées avec un ratio inférieur à 8%
4) les banques significativement sous-capitalisées en dessous de 6%
5) enfin les banques critiquement sous-capitalisées en dessous d'un seuil de 2%

Dès qu'une banque descend au dessous du seuil de 8%, elle reçoit un avertissement du FDIC. Quand elle descend en dessous de 6%, le FDIC force la banque à prendre des mesures correctives. Enfin, quand la banque est critiquement sous-évaluée (<2%) le FDIC déclare la banque insolvable et se substitue à sa direction.

La réforme du FDIC

Le FDIC a été épargné par la désastreuse dérégulation financière. Il a fait néanmoins l'objet d'une réforme importante en 2005. Le Federal Deposit Insurance Reform Act a créé la fusion du Bank Insurance Fund (BIF) et du Savings Association Insurance Fund (SAIF) dans un nouveau fonds appelé Deposit Insurance Fund (DIF)


Le SAIF fut la réponse apportée à la crise des Savings & Loan des années 1980.

Il coûta la bagatelle de 150 milliards de dollars au contribuable américain. 747 associations de Savings & Loan firent faillite. L'origine de cette crise hypothécaire que l'on a vite oublié, est imputable à la dérégulation de 1982 instituée par le Garn & Saint Germain Depository Institutions Act, sous la houlette de l'administration Reagan. Ces associations caritatives qui dataient du début du XIX siècle pour aider les pauvres à acquérir un bien immobilier, sortirent de leur mission traditionnelle et se lancèrent dans des opérations réservées jusque là au secteur bancaire. Ce fut une erreur car le métier de banquier ne s'improvise pas.

A cela, il faut ajouter la démagogie de l'administration Carter de garantir les prêts hypothécaires en question à hauteur de 100.000 $. En sus, elle s'engagea à aider non plus à hauteur de 70% mais de 100% les gens qui faisaient défaut sur leur prêt !

Ces Savings & Loan accordaient un prêt à taux fixe de 5%. Quand le nouveau gouverneur de la Fed, Paul Volker, entreprit en 1979 sa politique monétariste de réduction de l'agrégat M2 pour casser l'inflation, les Savings & Loan durent se refinancer à 10 % sur le marché interbancaire. Sur les 3800 Savings & Loan recensées en janvier 1981 à la passation de pouvoir entre Carter et Reagan, 3300 étaient dans le rouge. Reagan leur offrit la potion libérale qui fut le coup de grâce porté à ces organisations caritatives qui se trouvèrent directement en compétition avec les banques commerciales. La même erreur fut commise en 1999 avec la disparition du Glass-Steagall Act. Les banques d'investissement ne purent lutter à armes égales avec les banques commerciales qui disposaient des fonds colossaux de leur clientèle privée. Cela est en train de se retourner contre les mastodontes européens qui essuient des pertes énormes.

Pour la création d'un "Glass-Steagall Act" à l'échelle de l'Europe

L'Europe a une monnaie unique - l'euro - mais il lui manque cruellement les institutions et les régulations nécessaires à la survie de son secteur bancaire dans la tempête que nous traversons. On l'a bien vu quand les États européens se sont portés à la rescousse de leurs banques nationales. Ils agissent en rangs dispersés alors que la crise appelle une coordination de leurs efforts.

Il faut une loi cadre comparable au Glass-Steagall Act de 1933 aux États-Unis.

1) instaurer une séparation stricte des activités entre banques commerciales et banques d'investissement. Les banques seraient sommées de choisir leur statut juridique dans un laps de temps très court.

2) créer, dans la foulée, un fonds européen basé sur le modèle américain FDIC pour venir en aide uniquement aux banques commerciales.

lundi 17 novembre 2008

Harpers Ferry



The last moments of John Brown, 1884, by artist Thomas Hovenden


Ambiance is cool inside MARC train. Commuters talk to each other like members of a big family; they are helped of doing so by the car itself, which is a double-decked structure with upper seats facing one another like in a theater. Debate is fun to follow with the help of booze. A secretary woman grabs a beer offered by Joe the plumber, on the opposite seat. It is September 10 and summer heat is bearable for the Parisian. Life seems peaceful for these people going back to their forlorn home. I yawn my head off. I am awake for twenty hours.

After crossing dull suburbs of the capitol, the track follows Potomac River. Harpers Ferry is at the fork of Shenandoah and Potomac rivers. On his way to Philadelphia, in 1783, Thomas Jefferson, who would later become the third president of United States, called the site "perhaps of the most stupendous scenes in nature." Its ideal location made it a strategic point during the Civil War. After two days of artillery bombardment, 14 and 15 September 1862, General Stonewall Jackson captured the garrison where Union soldiers were entrenched. According to historians, the delay to grab Harpers Ferry was fatal to Confederate troops at the battle of Antietam, the bloodiest single day in American military history, with 23 000 casualties.

In a hissing of brakes, the train stops at Harpers Ferry Station. It is 6.30 pm. Where will I spend the night? I didn't book a room as I was not sure to arrive here tonight. I wanted to go back to the Hilltop hotel, a favorite destination for over a century. Unfortunately, the hotel perched on the hill is closed for renovation till 2011...I had a great night there last year.

I stop at the first Inn on Main Street. A tiny old lady welcomes me. There is one room available. She invites me to visit it. I accept to follow her. The room is small and toilet is downstairs.
- $70 for the night, is that ok for you?
I am too tired to bargain. I surrender. After a shower, it is time to relax.

The historic town is narrow. I am happy to find a pleasant terrace for diner tonight at Secret Six Tavern. I wear a fleece for that first summer night in America. As soon as I am seated, a waitress asks me if I want a drink. It is always a good surprise to be served so quickly in this country. Customers never wait. In a socialist France, customers are at the mercy of lifetime employees.
-A glass of chardonnay, please!"
-Which one?
-Well, the Californian Hess on your wine list.
-Are you ready to order?
-A crab cake for the appetizer, but give me time to think about the entree.
People enjoy their meal. I have a glimpse at the dish of my neighbors, two middle aged women, who are wearing hiking boots.

Harpers Ferry is at the crossing of two main trails: Appalachian and American Discovery Trails. The first one is a narrow path of 2174 miles between Georgia and Maine on the East Coast; the second one is a coast-to-coast part trail, part road of 6800 miles length, between Delaware and California. At the Inn, I have talked with two girls who are hiking a section of that trail. They confirm me the predominance of roads. As I dislike walking on paved roads, my interest vanishes to hike, one day, that tremendous trail.

Time fly and I forget any restraint with alcohol. It is my fourth glass of Chardonnay when I order a dessert. I stumble when I leave the empty terrace. Only a shy smoking woman is seated at a distant table.

Pictures of John Brown dangle on the red brick wall inside Six Secret Tavern. Despite being intoxicated, I am curious to learn that page of American history when the abolitionist led twenty men in a raid to the arsenal to deliver black slaves. The fool hoped to trigger an upheaval of slaves in the South! Brown was captured by General Lee, the future commander in chief of Confederate army, and tried to death penalty for treason to the state of Virginia.

While visiting, for the first time, the Metropolitan Museum in New York, I was attracted by a canvass inside the American school. It shows the last moments of John Brown before his hanging. He kisses a black baby offered to him by his mother. The oil canvass is from the artist Thomas Hovenden. At that time I did not know who John Brown was. Culture is a slow process.

It is time to go to bed after such a long day. Unfortunately I will be awakening that night, every couple of hours, by the horn of a freight train.

A Deregulator Looks Back, Unswayed

Le New York Times publie ce jour un article sur Phil Gramm, le grand architecte de la dérégulation financière. Après l'avoir encensé, démocrates et républicains confondus le vouent aux gémonies. Pourtant le vote au congrès américain pour démanteler le Glass-Steagall Act fut quasi unanime le 12 novembre 1999, comme je l'ai relaté dans mon papier du 15 novembre.

La cupidité, le comportement moutonnier des politiciens et surtout leur crasse ignorance des faits majeurs de l'histoire sont à l'origine de cette calamiteuse décision de faire sauter le fusible. Je me souviens très bien de leur moto en 1999 quand je vivais à New York : "Oh ! Nous ne sommes plus dans le même monde qu'en 1929." Aujourd'hui, ils sont autant désarmés que leurs aînés. 2009 s'annonce aussi mal que 1930.

Voici le texte intégral que je n'ai pas la volonté de traduire, préférant sans doute me consacrer à l'écriture en anglais de mon prochain épisode qui sera mis en ligne bientôt.

The New York Times, November 17, 2008
The Reckoning

By ERIC LIPTON and STEPHEN LABATON

WASHINGTON — Back in 1950 in Columbus, Ga., a young nurse working double shifts to support her three children and disabled husband managed to buy a modest bungalow on a street called Dogwood Avenue.

Phil Gramm, the former United States senator, often told that story of how his mother acquired his childhood home. Considered something of a risk, she took out a mortgage with relatively high interest rates that he likened to today’s subprime loans.

A fierce opponent of government intervention in the marketplace, Mr. Gramm, a Republican from Texas, recalled the episode during a 2001 Senate debate over a measure to curb predatory lending. What some view as exploitive, he argued, others see as a gift.

“Some people look at subprime lending and see evil. I look at subprime lending and I see the American dream in action,” he said. “My mother lived it as a result of a finance company making a mortgage loan that a bank would not make.”

On Capitol Hill, Mr. Gramm became the most effective proponent of deregulation in a generation, by dint of his expertise (a Ph.D in economics), free-market ideology, perch on the Senate banking committee and force of personality (a writer in Texas once called him “a snapping turtle”). And in one remarkable stretch from 1999 to 2001, he pushed laws and promoted policies that he says unshackled businesses from needless restraints but his critics charge significantly contributed to the financial crisis that has rattled the nation.

He led the effort to block measures curtailing deceptive or predatory lending, which was just beginning to result in a jump in home foreclosures that would undermine the financial markets. He advanced legislation that fractured oversight of Wall Street while knocking down Depression-era barriers that restricted the rise and reach of financial conglomerates.

And he pushed through a provision that ensured virtually no regulation of the complex financial instruments known as derivatives, including credit swaps, contracts that would encourage risky investment practices at Wall Street’s most venerable institutions and spread the risks, like a virus, around the world.

Many of his deregulation efforts were backed by the Clinton administration. Other members of Congress — who collectively received hundreds of millions of dollars in campaign contributions from financial industry donors over the last decade — also played roles.

Many lawmakers, for example, insisted that Fannie Mae and Freddie Mac, the nation’s largest mortgage finance companies, take on riskier mortgages in an effort to aid poor families. Several Republicans resisted efforts to address lending abuses. And Congressional committees failed to address early symptoms of the coming illness.

But, until he left Capitol Hill in 2002 to work as an investment banker and lobbyist for UBS, a Swiss bank that has been hard hit by the market downturn, it was Mr. Gramm who most effectively took up the fight against more government intervention in the markets.

“Phil Gramm was the great spokesman and leader of the view that market forces should drive the economy without regulation,” said James D. Cox, a corporate law scholar at Duke University. “The movement he helped to lead contributed mightily to our problems.”

In two recent interviews, Mr. Gramm described the current turmoil as “an incredible trauma,” but said he was proud of his record.

He blamed others for the crisis: Democrats who dropped barriers to borrowing in order to promote homeownership; what he once termed “predatory borrowers” who took out mortgages they could not afford; banks that took on too much risk; and large financial institutions that did not set aside enough capital to cover their bad bets.

But looser regulation played virtually no role, he argued, saying that is simply an emerging myth.

“There is this idea afloat that if you had more regulation you would have fewer mistakes,” he said. “I don’t see any evidence in our history or anybody else’s to substantiate it.” He added, “The markets have worked better than you might have thought.”

Rejecting Common Wisdom

Mr. Gramm sees himself as a myth buster, and has long argued that economic events are misunderstood.

Before entering politics in the 1970s, he taught at Texas A & M University. He studied the Great Depression, producing research rejecting the conventional wisdom that suicides surged after the market crashed. He examined financial panics of the 19th century, concluding that policy makers and economists had repeatedly misread events to justify burdensome regulation.

“There is always a revisionist history that tries to claim that the system has failed and what we need to do is have government run things,” he said.

From the start of his career in Washington, Mr. Gramm aggressively promoted his conservative ideology and free-market beliefs. (He was so insistent about having his way that one House speaker joked that if Mr. Gramm had been around when Moses brought the Ten Commandments down from Mount Sinai, the Texan would have substituted his own.)

He could be impolitic. Over the years, he has urged that food stamps be cut because “all our poor people are fat,” said it was hard for him “to feel sorry” for Social Security recipients and, as the economy soured last summer, called America “a nation of whiners.”

His economic views — and seat on the Senate banking committee — quickly won him support from the nation’s major financial institutions. From 1989 to 2002, federal records show, he was the top recipient of campaign contributions from commercial banks and in the top five for donations from Wall Street. He and his staff often appeared at industry-sponsored speaking events around the country.

From 1999 to 2001, Congress first considered steps to curb predatory loans — those that typically had high fees, significant prepayment penalties and ballooning monthly payments and were often issued to low-income borrowers. Foreclosures on such loans were on the rise, setting off a wave of personal bankruptcies.

But Mr. Gramm did everything he could to block the measures. In 2000, he refused to have his banking committee consider the proposals, an intervention hailed by the National Association of Mortgage Brokers as a “huge, huge step for us.”

A year later, he objected again when Democrats tried to stop lenders from being able to pursue claims in bankruptcy court against borrowers who had defaulted on predatory loans.

While acknowledging some abuses, Mr. Gramm argued that the measure would drive thousands of reputable lenders out of the housing market. And he told fellow senators the story of his mother and her mortgage.

“What incredible exploitation,” he said sarcastically. “As a result of that loan, at a 50 percent premium, so far as I am aware, she was the first person in her family, from Adam and Eve, ever to own her own home.”

Once again, he succeeded in putting off consideration of lending restrictions. His opposition infuriated consumer advocates. “He wouldn’t listen to reason,” said Margot Saunders of the National Consumer Law Center. “He would not allow himself to be persuaded that the free market would not be working.”

Speaking at a bankers’ conference that month, Mr. Gramm said the problem of predatory loans was not of the banks’ making. Instead, he faulted “predatory borrowers.” The American Banker, a trade publication, later reported that he was greeted “like a conquering hero.”

At the Altar of Wall Street

Mr. Gramm would sometimes speak with reverence about the nation’s financial markets, the trading and deal making that churn out wealth.

“When I am on Wall Street and I realize that that’s the very nerve center of American capitalism and I realize what capitalism has done for the working people of America, to me that’s a holy place,” he said at an April 2000 Senate hearing after a visit to New York.

That viewpoint — and concerns that Wall Street’s dominance was threatened by global competition and outdated regulations — shaped his agenda.

In late 1999, Mr. Gramm played a central role in what would be the most significant financial services legislation since the Depression. The Gramm-Leach-Bliley Act, as the measure was called, removed barriers between commercial and investment banks that had been instituted to reduce the risk of economic catastrophes. Long sought by the industry, the law would let commercial banks, securities firms and insurers become financial supermarkets offering an array of services.

The measure, which Mr. Gramm helped write and move through the Senate, also split up oversight of conglomerates among government agencies. The Securities and Exchange Commission, for example, would oversee the brokerage arm of a company. Bank regulators would supervise its banking operation. State insurance commissioners would examine the insurance business. But no single agency would have authority over the entire company.

“There was no attention given to how these regulators would interact with one another,” said Professor Cox of Duke. “Nobody was looking at the holes of the regulatory structure.”

The arrangement was a compromise required to get the law adopted. When the law was signed in November 1999, he proudly declared it “a deregulatory bill,” and added, “We have learned government is not the answer.”

In the final days of the Clinton administration a year later, Mr. Gramm celebrated another triumph. Determined to close the door on any future regulation of the emerging market of derivatives and swaps, he helped pushed through legislation that accomplished that goal.

Created to help companies and investors limit risk, swaps are contracts that typically work like a form of insurance. A bank concerned about rises in interest rates, for instance, can buy a derivatives instrument that would protect it from rate swings. Credit-default swaps, one type of derivative, could protect the holder of a mortgage security against a possible default.

Earlier laws had left the regulation issue sufficiently ambiguous, worrying Wall Street, the Clinton administration and lawmakers of both parties, who argued that too many restrictions would hurt financial activity and spur traders to take their business overseas. And while the Commodity Futures Trading Commission — under the leadership of Mr. Gramm’s wife, Wendy — had approved rules in 1989 and 1993 exempting some swaps and derivatives from regulation, there was still concern that step was not enough.

After Mrs. Gramm left the commission in 1993, several lawmakers proposed regulating derivatives. By spreading risks, they and other critics believed, such contracts made the system prone to cascading failures. Their proposals, though, went nowhere.

But late in the Clinton administration, Brooksley E. Born, who took over the agency Mrs. Gramm once led, raised the issue anew. Her suggestion for government regulations alarmed the markets and drew fierce opposition.

In November 1999, senior Clinton administration officials, including Treasury Secretary Lawrence H. Summers, joined by the Federal Reserve chairman, Alan Greenspan, and Arthur Levitt Jr., the head of the Securities and Exchange Commission, issued a report that instead recommended legislation exempting many kinds of derivatives from federal oversight.

Mr. Gramm helped lead the charge in Congress. Demanding even more freedom from regulators than the financial industry had sought, he persuaded colleagues and negotiated with senior administration officials, pushing so hard that he nearly scuttled the deal. “When I get in the red zone, I like to score,” Mr. Gramm told reporters at the time.

Finally, he had extracted enough. In December 2000, the Commodity Futures Modernization Act was passed as part of a larger bill by unanimous consent after Mr. Gramm dominated the Senate debate.

“This legislation is important to every American investor,” he said at the time. “It will keep our markets modern, efficient and innovative, and it guarantees that the United States will maintain its global dominance of financial markets.”

But some critics worried that the lack of oversight would allow abuses that could threaten the economy.

Frank Partnoy, a law professor at the University of San Diego and an expert on derivatives, said, “No one, including regulators, could get an accurate picture of this market. The consequences of that is that it left us in the dark for the last eight years.” And, he added, “Bad things happen when it’s dark.”

In 2002, Mr. Gramm left Congress, joining UBS as a senior investment banker and head of the company’s lobbying operation.

But he would not be abandoning Washington.

Lobbying From the Outside

Soon, he was helping persuade lawmakers to block Congressional Democrats’ efforts to combat predatory lending. He arranged meetings with executives and top Washington officials. He turned over his $1 million political action committee to a former aide to make donations to like-minded lawmakers.

Mr. Gramm, now 66, who declined to discuss his compensation at UBS, picked an opportune moment to move to Wall Street. Major financial institutions, including UBS, were growing, partly as a result of the Gramm-Leach-Bliley Act.

Increasingly, institutions were trading the derivatives instruments that Mr. Gramm had helped escape the scrutiny of regulators. UBS was collecting hundreds of millions of dollars from credit-default swaps. (Mr. Gramm said he was not involved in that activity at the bank.) In 2001, a year after passage of the commodities law, the derivatives market insured about $900 billion worth of credit; by last year, the number hadswelled to $62 trillion.

But as housing prices began to fall last year, foreclosure rates began to rise, particularly in regions where there had been heavy use of subprime loans. That set off a calamitous chain of events. The weak housing markets would create strains that eventually would have financial institutions around the world on the edge of collapse.

UBS was among them. The bank has declared nearly $50 billion in credit losses and write-downs since the start of last year, prompting a bailout of up to $60 billion by the Swiss government.

As Mr. Gramm’s record in Congress has come under attack amid all the turmoil, some former colleagues have come to his defense.

“He is a true dyed-in-the-wool free-market guy. He is very much a purist, an idealist, as he has a set of principles and he has never abandoned them,” said Peter G. Fitzgerald, a Republican and former senator from Illinois. “This notion of blaming the economic collapse on Phil Gramm is absurd to me.”

But Michael D. Donovan, a former S.E.C. lawyer, faulted Mr. Gramm for his insistence on deregulating the derivatives market.

“He was the architect, advocate and the most knowledgeable person in Congress on these topics,” Mr. Donovan said. “To me, Phil Gramm is the single most important reason for the current financial crisis.”

Mr. Gramm, ever the economics professor, disputes his critics’ analysis of the causes of the upheaval. He asserts that swaps, by enabling companies to insure themselves against defaults, have diminished, not increased, the effects of the declining housing markets.

“This is part of this myth of deregulation,” he said in the interview. “By and large, credit-default swaps have distributed the risks. They didn’t create it. The only reason people have focused on them is that some politicians don’t know a credit-default swap from a turnip.”

But many experts disagree, including some of Mr. Gramm’s former allies in Congress. They say the lack of oversight left the system vulnerable.

“The virtually unregulated over-the-counter market in credit-default swaps has played a significant role in the credit crisis, including the now $167 billion taxpayer rescue of A.I.G.,” Christopher Cox, the chairman of the S.E.C. and a former congressman, said Friday.

Mr. Gramm says that, given what has happened, there are modest regulatory changes he would favor, including requiring issuers of credit-default swaps to demonstrate that they have enough capital to back up their pledges. But his belief that government should intervene only minimally in markets is unshaken.

“They are saying there was 15 years of massive deregulation and that’s what caused the problem,” Mr. Gramm said of his critics. “I just don’t see any evidence of it.”

samedi 15 novembre 2008

Restaurer le Glass-Steagall Act

Après avoir évoqué l'origine de la crise des subprime (11 août 2007) et la responsabilité particulière de Fannie Mae et Freddie Mac (30 août 2008), ce troisième épisode évoque, à l'ouverture de la réunion du groupe des vingt (G20) sous l'égide du Fonds Monétaire International (FMI) à Washington, la suppression néfaste du Glass-Steagall Act en 1999.

On ne peut comprendre la crise actuelle sans évoquer celle de 1929. Le krach éclata le 24 octobre 1929, lors du célèbre jeudi noir, et culmina, la semaine suivante, lors des sessions des 28 et 29 octobre 1929 quand la panique gagna les petits porteurs. Le Dow Jones clôtura à 230 points. Le Dow Jones Industrial Index Average (DJIA) est le composite des trente plus grandes sociétés industrielles. Il fut inventé en 1884 par Charles Dow qui était l'associé d'Edward Jones. Le marché rebondit après le krach. Dans le jargon de Wall Street, il s'agit du rebond technique du chat mort (dead cat bounce). Un animal blessé à mort trouve la ressource de rebondir une dernière fois. Le Dow & Jones culmina à 294 points en avril 1930, puis le marché capitula et l'indice entama sa longue dégringolade. L'abysse ne fut atteint que le 8 juillet 1932 lorsque le secteur bancaire fut décimé. L'index vedette tomba ce jour là à 43 points, soit une perte colossale de 89% par rapport au pic de 381 points qui avait été atteint le 3 septembre 1929. Le secteur bancaire américain n'avait succombé que deux ans et demi après le krach de Wall Street. Le Dow & Jones ne regagna son niveau d'avant le krach de 1929 qu'à la fin de l'année 1954. Il s'était écoulé un quart de siècle entre temps...

Le sénat américain demanda, en 1931, à la commission bancaire présidée par Ferdinand Pecora d'étudier les causes du krach. Le congrès ne parvint à un accord que deux ans plus tard lorsque fut voté le Glass-Steagall Act, le 16 juillet 1933, sous la nouvelle administration de Franklin Delano Roosevelt. Par cette loi fut instaurée une séparation des activités des banques dites commerciales gérant les dépôts et crédits consentis aux particuliers, de celles des banques d'investissement qui offrent leur service pour les fusions et acquisitions d'entreprises, en émettant des actions ou des obligations sur le marché boursier. En août 1929, les courtiers consentaient un prêt bancaire qui représentait les deux tiers de la somme investie par les petits porteurs alléchés par la flambée des cours à Wall Street. C'est pour mettre fin à cette confusion néfaste des genres que le législateur américain est intervenu.

De l'avis des experts, le krach boursier qui était dû à la cupidité des courtiers et à l'ignorance du grand public, se transforma en dépression économique lorsque les politiciens votèrent le Smooth-Howley Tariff Act le 17 juin 1930. C'est la rumeur selon laquelle le président Herbert Hoover n'émettrait pas son véto à la loi en question, qui provoqua l'effondrement du marché le 29 octobre 1929. La loi en question était une usine à gaz digne de nos énarques. Elle dressa la liste de 20 000 produits importés qui furent soumis à des droits de douane élevés pour protéger l'économie américaine exsangue. Le gouvernement américain reçut 34 plaintes officielles d'États à travers le monde pour sa politique protectionniste. Il ne céda pas et les représailles s'ensuivirent. Le commerce mondial s'effondra de 50% en 1932 ! On connaît la suite avec l'élection du chancelier Adolph Hitler par le peuple allemand le 30 janvier 1933...

Avec le souvenir estompé de la grande dépression économique, le législateur américain fit sauter le fusible du Glass-Steagall Act à la fin du siècle dernier. La décennie des années quatre-vingt dix fut en tout point comparable à celle des roaring twenties : une atmosphère de liesse avec la fin de la guerre froide, une cupidité et une arrogance démentielle des chefs d'entreprises qui firent la couverture des magazines. Cela se traduisit par un écart de un à cinq cent des salaires au sein de l'entreprise alors qu'il n'était que de un à vingt pendant la guerre froide, et par une déconnection de la sphère financière de la réalité du monde économique. "L'exubérance irrationnelle" du marché a été relevée en 1997 par Alan Greenspan, l'ex président de la Banque fédérale, alors qu'il est le grand responsable de la débâcle des subprime...

Présenté conjointement par le sénateur républicain du Texas, Phil Gramm, qui a été le conseiller économique de McCain durant sa campagne présidentielle, et par James Leach, le Représentant républicain de l'Iowa, le texte de loi qui fit sauter le fusible, fut voté le 12 novembre 1999. Ce texte fut approuvé au Sénat qui est surnommé le club des millionnaires, par 90 voix pour contre 8 non et 1 abstention, et à la chambre des Représentants par 362 voix pour, 57 non et 12 abstentions. Le président Bill Clinton, content de l'unanimité recueillie par ce texte, le signa alors qu'il avait la possibilité, selon la constitution américaine, d'émettre son véto pour reculer son adoption.

Quatre raisons furent invoquées par le législateur américain pour l'abrogation du Glass-Steagall Act de 1933.
1) Les banques commerciales doivent travailler dans un environnement dérégulé où la distinction entre les prêts, les dépôts et la tritisation est floue. Elles perdent des parts de marché par rapport aux banques d'investissement qui ne sont pas strictement régulées, et aux institutions financières internationales.
2) Les conflits d'intérêt peuvent être prévenus en créant des filiales étanches au sein de ces firmes financières...
3) les activités de courtage recherchées par les banques commerciales présentent des "risques très faibles" par leur nature, de plus elles réduiraient le risque global de ces organisations par leur diversification (sic)
4) Dans le reste du monde, les banques de dépôt prospèrent dans le marché boursier. Les leçons de leur expérience réussie peuvent être appliquées à nos structures et à notre régulation.

C'est pour faire face à la concurrence internationale que le Glass-Steagall Act a été abrogé aux États-Unis. Dans cette compétition biaisée entre banques commerciales et banques d'investissement, l'avantage a tourné aux premières qui bénéficient des fonds propres de leurs déposants. Les banques d'investissement comme Bear Stearns, Lehman Brothers et Merryl Lynch ont accru le levier et pris de gros risques. Pour un dollar de fonds propres, elles avaient plus de trente dollars investis dans des opérations à haut risque. Il ne reste plus aujourd'hui qu'une seule banque d'investissement dans le monde : Nomura au Japon.

S'il fallait que le G20 prenne une mesure pour restaurer la confiance du marché, ce serait de restaurer le Glass-Steagall Act, mais à l'échelle mondiale puisque les frontières entre États sont abolies.

mardi 11 novembre 2008

Dulles Airport

Boarding a plane is always a hassle. Flight attendants are asking first class passengers to board, then business class passengers and lastly economic class passengers. That priority of boarding is a permanent source of delay. People ahead block access while stowing away luggage. It would be more convenient to start boarding with economic class passengers from the last rows and finish with first class passengers. Fortunately, landing is logic with first rows having priority to leave the plane. Knowing the illogic boarding in order to please wealthy passengers, I wait for the last minute. As I do not carry luggage and extra clothing, I slip to my designated seat.

Today my neighbor is Lisa, an attorney at the Education Department in Washington. We exchange few words before she falls asleep. She left very early Cairo where she was working on a joint program. I read Die Zeit, a German newspaper I have picked up at Frankfurt airport. Surprisingly, I understand what I read despite years of neglect in that language. Ich bin zufrieden! “Someday I am going to read again German books.” Scott Herr is our senior pastor at the American church. In his sermon last Sunday, he uttered these false promise we make ourselves to feel good. As we have too many choices in life, we end up by doing the easiest tasks or those that provide pleasure or honor from other people, but not the neediest. As I get older, I know what I can deliver or not. My scope of interests has dwindled to basic staff: writing and reading are the nutrient of my brain, and hiking for the sheer freedom offered by nature.

I check the digital map for a special event. Half way through the flight, I move to a window seat available in order to watch Greenland. I am surprised to see bare mountains. The southern tip of the continent is free of ice. I never miss the chance to see it while traveling. Where are the glaciers? They have retreated a hundred miles to the North. Who cares for them? Some passengers watch movies, others sleep. Only a flight attendant at the rear watches at the window. After the southern tip of Greenland, fog lingers above the cold waters of Baffin Sea. I retreat to my seat.

At Dulles Airport, there is no hub available. We are transferred to a special transportation system, which moves in three dimensions. After driving a mile on the tarmac, it uses a hydraulic pump to reach a gate. Immigration is cleared smoothly. American officers are very professional in their manners of coping with an unending tide of passengers. The huge hall is silent despite the presence of hundred of exhausted tourists. An old man is lost. He asks me with a strong accent from Eastern Europe why I have a green paper in my hands. I direct him to a guard in order to fill the immigration form. Only the clack of rubber stamps on passports alters a troubling silence. Tourists are asked to give their fingerprint and a scan machine proofs their eyes. Dulles Airport is at the vanguard of technology.

After clearing the customs, a formality when one has nothing to declare, I rush to the baggage claim. Amid hundred of black suitcases moving on a conveyor, I have no problem to spot my green backpack. It has been neatly wrapped in a plastic bag to protect if from the rain. I appreciate that courtesy.

It is 2.50 pm. Do I have a chance to catch up the Capitol leaving Union Station at 4.05 pm? I walk at a briskly pace to the exit. A friendly black man directs me to a shuttle bus going to the nearest subway station. Luckily, the bus is there. I hurry up to climb. When the bus stops twenty minutes later, I do not know where I should go. A middle age woman helps me to find my way. She is very pleased to be my guide to the subway. She introduces herself. Barbara Stoll is the spouse of a university professor. Our talk ends when we reach Rosslyn station. She is visiting a friend at the Pentagon. I check my watch. It is 3.40 pm. My chance to catch up the Capitol Limited is very slim. At Metro Center I change of line. The ambiance of civil servants leaving their office is serene. Nobody runs like me to catch up a train.

It is 4.09 pm when I get into Union Station. Five minutes too late to board the Capitol Limited! Despite my tiredness, I hurry up to buy a ticket for a local commuter. With a long line at the booth, I decide to buy a ticket at a vending machine. Unfortunately, the menu does not provide my destination. I come back to the booth. While queuing I talk to a cute girl carrying a backpack. She is going to Harpers Ferry. Like me, she could not find that destination on the vending machine. She is going southbound on the Appalachian Trail. Too bad, I am going northbound… After buying my ticket, I have two minutes to catch up the next MARC train. MARC is an acronym for Maryland Rail Commuter Service. The young woman has vanished in the crowd of commuters. I climb in the first car as the train leaves the platform. I am short of breath.

After a faultless twenty hours journey between Paris, Frankfurt and Washington, I am happy to have diner tonight at Secret Six Tavern in Harpers Ferry. (Followed next week)

dimanche 9 novembre 2008

9 Août 378, 9 août 2008 : un parallèle historique alarmant...

Un événement chasse l’autre dans notre société hyper médiatisée ; c’est le règne de l’éphémère dans le village planétaire. Alors que toutes les caméras étaient braquées sur le stade olympique à Pékin, le conflit larvé depuis l’indépendance de la Géorgie en 1991 se transforma en guerre ouverte lorsque les chars russes entrèrent dans les provinces irrédentistes d’Ossétie et d’Abkhazie.

Mon premier article de l’année, 3 janvier 2008, s’intitulait «Andrinople ou le début de la fin.» Je voyais dans cette bataille qui opposa, le 9 août 378, les légions romaines aux Wisigoths dans une province reculée de l’empire (Thrace), un avertissement pour notre Europe décadente. Par une ironie de l’histoire, c’est également un 9 août d’une année se terminant par le chiffre huit que l’empire d’Occident, sous sa forme moderne de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), essuya une sévère défaite militaire dans une de ses provinces reculées (Géorgie).

Comme je m’y attendais, la réaction fut très molle face à l’agresseur. Confer mon article du 21 août 2008 intitulé « Nous sommes tous des lâches. » Il existe une différence notable par rapport à la situation de l’empire romain en l’an 378. Les barbares ne sont plus aux marches mais à l’intérieur de l’empire... Relisez à ce propos l’excellent article de notre ancien ambassadeur, Christian Lambert, publié le 12 décembre 2007 par le journal Les Quatre Vérités, et qui s’intitule «L’inexorable Suicide de l’Europe.»

Une défaite militaire n’est jamais anodine ou isolée ; celle du 9 août 2008 n’y échappe pas. Alors que les Occidentaux peinaient à définir une réponse appropriée à l’agression, se produisit, peu après, une grave crise à l’autre bout de l’empire. Le 10 septembre 2008 fut le jour où le patron d’une firme vedette de Wall Street annonça la faillite de sa société. Par un effet domino qui aurait pu être évité si l'empereur était intervenu, la faillite de Lehman Brothers provoqua un krach boursier à l’échelle mondiale.

La « destinée manifeste » de la nation américaine à régenter la planète fut remise en cause lors de cette grave crise financière dont elle était responsable avec la tritisation des toxiques emprunts hypothécaires. Cette crise bouleversa la donne politique. En tête des sondages jusqu’au 10 septembre 2008, le candidat républicain fut battu lors de l’élection présidentielle du 4 novembre 2008. Dans une rare communion, les ennemis de l’Occident, les angéliques et les pacifistes annoncèrent l’arrivée "historique" d’un noir à la Maison Blanche. La victoire n'avait pas le même parfum dans cette alliance hétéroclite.

Même si l’élection proprement dite se déroula sans anicroche, des esprits chagrins firent remarquer que l’argent avait coulé à flot en faveur du candidat démocrate pendant la campagne électorale. Des républicains dubitatifs demandèrent l’ouverture d’une enquête parlementaire pour connaître la provenance de cet argent. Comme les démocrates étaient majoritaires au congrès, elle fut refusée. On raconta que l'argent provenait des milliers de sympathisants qui avaient versé leur obole au nouveau messie. "Les petits ruisseaux font les grandes rivières", c'était la fable qui circulait dans le novland. En revanche, la commission des affaires financières à la Chambre des Représentant s’empressa d’auditionner Richard Fuld, le président de Lehman Brothers, mais surtout pas les présidents de Fannie Mae et Freddie Mac. Cela aurait peut être permis d’avoir un éclairage contrasté sur la responsabilité des uns et des autres dans la crise. L’heure n’était plus à la recherche de la vérité mais au lynchage médiatique.

Quand les ennemis de l’Amérique fraternisaient avec plus de la moitié de l’électorat de ce pays, il y avait de quoi s’inquiéter pour « notre » avenir. En raison du terrorisme intellectuel exercé par les gauches de Hollywood et de Saint Germain des Près, je me garderai de définir le contenu du «notre» en question. En revanche, l'usage de l'imparfait n'offensera personne car un point de non retour fut franchi ce jour là.

jeudi 6 novembre 2008

Fasten your seat belt!

“Fasten your belt, redress your seat please!” I do not hear those usual recommendations made by flight attendants before landing. In fact, I did not incline my seat or undo the belt as I fell asleep right away at the takeoff at Charles de Gaulle airport in Paris. It is only when the wheels bounce on the tarmac that I open my eyes. I am the last customer to leave the plane. It is 8 am in Frankfurt and I have three hours to kill inside the airport before my next flight to Washington.

There is a good surprise inside the German airport with free newspapers and coffee. I grab Die Zeit, a weekly thick newspaper at a counter. It was my favorite in the 90s. Unfortunately, I gave up reading any German book when I went to live in New York City in 1995. I was busy running in Central Park after hours. I am not lucky with coffee; the machine does not work anymore. With a five Euro bill in my purse, the choice is quite limited. I can buy an espresso and a croissant. That is all! The barman gives me the change: 80 cents. With one gulp, I drink the tiny coffee cup and it takes a little more time to chew the croissant. I have only spent five minutes in the bar. How can I fill my time?

During half an hour, I visit every shop in the hub in the vain hope to find a candy for less than the currency. When we switched to Euro in January 2002, bankers and economists were very reassuring to the public: a strong currency will protect your purchasing power. Six years later, I cannot afford anything with 80 cents. Inflation is much higher than official statistics claim. A tamed inflation of 2 % is not the truth. Who cares that prices of memory chip or desktop are falling? We do not drink or eat them. At John Kennedy airport, a pint of beer costs nowadays $7.50. I remember paying five dollars for it ten years ago. Inflation is running at a more commensurate pace of 5% in the last decade (1998-2008)

In the same time, prices of houses have more than doubled! With a stagnant purchasing power for average citizens, do not look further any explanations for the burst of the bubble! “Trees don’t climb to the sky.” Bankers have forgotten that dictum of Wall Street with the invention of convertible debt obligations (CDO). “Transfer the risk of sub prime mortgages to European banks, rack up the benefits till the very end of the game and let American taxpayers fork out when our shenanigans unravel.” Nobody was more aware of that dangerous game than Alan Greenspan. He left his job of Chairman of the Board of Governors at the United States Federal Reserve Bank on January 31 2006, when the real estate market showed the first signs of delinquency. His successor, Ben Shalom Bernanke, inherited the mess.

Today is September 10. Richard Fuld, the chief executive officer of Lehman Brothers will announce the bankruptcy of his company. I will not hear the news that triggered the crash of Wall Street before I reached Swatara Gap in Pennsylvania. That was ten days later or 180 miles further north on the Appalachian Trail. With my portfolio in tatters, it is not tomorrow that I will retire in a secluded house alongside a stream in Vermont.

- Excuse me sir, do you mind if I ask you some questions?
I turn my head to a lanky man who shows me his badge of the airport.
- Do you understand German? If not we can switch to English?
- Ok, I prefer to speak in English.
- Well, do not be afraid! It is a survey conducted by airport authorities. I will not ask you personal data.
- Where do you come from? Where are you going? When did you buy your ticket?

At every answer, he pinpoints with a pencil his hand held computer. I am bored by his questions, which are numerous and pointless for me. They are probably not for the undercover police officer who suspects I might be a terrorist. Why did he pick me up and not others passengers? Because I am not dressed properly! I wear kaki short pants and hiking boots. That is all I wear for the next six weeks. Lightness is the key for high mileage on the trail. I average twenty miles a day whatsoever the weather or the ruggedness of mountains.

Finally the last question comes: “How old are you?”
-Fifty-three
He is bewildered. He thinks I am faking my age but he smiles before leaving me.

With my shaved head, a habit before undertaking a long hike, I look much younger than my age: may be 35 instead of 53 if you invert figures. Recently, in the August 11, 2008 issue of The New Yorker, David Grann has written fascinating annals of crime. Entitled “The Chameleon”, he relates the many lives of Frederic Bourdin, not the famous artist, but a thirty years old French man who successfully embodied in several countries where he lived in – France, Spain and United States – an orphan teenager looking for a foster home. A Texan family adopted him. Bourdin impersonated in that case the missing teen-age boy from the family. A skeptical police officer from San Antonio did not buy his story. He called Interpol for his arrest.

A steward calls the attention of passengers of United Airlines flight 9067 toward Washington: "Boarding will start in ten minutes." I have killed a boring wait in Frankfurt airport with an unexpected inquiry from the police. (continued next week)

mercredi 5 novembre 2008

Hommage à un journaliste qui a sauvé l'honneur de sa profession le 4 novembre 2008

"L'homme qui nage à contre-courant, connaît sa force."

Woodrow Wilson

Monsieur Yvan Rioufol, vous êtes un homme courageux en assénant quelques vérités par les temps qui courent. La dictature du "poliquement correct" n'a jamais autant sévi que dans cette vieille France. Vous êtes le dernier journaliste du Figaro à exercer convenablement votre métier d'informer les lecteurs, vos confrères qui sont malheureusement formatés par la pensée unique soixante-huitarde, sont des laquais du prince. Ne vous découragez pas ! Nous partageons votre analyse comme une très faible minorité de Français. 1% d'entre eux seulement auraient voté pour McCain. Ce sondage en dit long sur le bourrage de crâne ; il ne cessera qu'avec la fin du monopole de l'éducation nationale dans ce pays.

Barack Obama va devoir montrer très prochainement s'il est à la hauteur de la tache immense qu'il entend assumer. Il n'aura malheureusement pas le temps de se roder comme Nicolas Sarkozy avec la constitution de commissions indépendantes, lesquelles ne sont pas dans la tradition d'une démocratie parlementaire qui se respecte. L'art de la communication ne saurait pallier longtemps la vacuité de son programme sur lequel il a été élu (le changement). Nous sommes bien placés pour le savoir avec la "rupture" de notre président sur laquelle il a été élu en 2007. A ce propos, lisez le dernier livre de Jean Bothorel intitulé "Chers Imposteurs" qui est édité par Fayard.

Au lieu de s'intéresser à une élection dans un pays étranger qui ne nous regarde pas ou à la libération d'un otage de nationalité colombienne qui a mobilisé la profession pendant des années, la gente journalistique française devrait se préoccuper de l'endettement de la France. Le naufrage du Titanic (la ligne de flottaison est trop basse à cause de son endettement colossal) est à craindre avec la grosse mer que nous allons affronter dans les mois (ou années) à venir…

Quand aux lecteurs du Figaro, ne répondez plus aux questionnaires en ligne qui sont des ballons d'essai lancés par l'Elysée. Ce n'est pas avec une politique à la petite semaine que l'on évitera le naufrage mais en prenant des mesures drastiques qui sont forcément impopulaires.

mardi 4 novembre 2008

Redwood National Park


Weaverville, Californie, 29 septembre 2004

A l'aube je jette un coup d'œil à la fenêtre et ne vois rien dans la purée de pois qui s'est abattue sur la ville. Je m'empresse de partir vers la côte du Pacifique. En passant devant trois pompes à essence je ne pense pas à regarder la jauge. La route suit la rivière Trinité où le bouillonnement de l'eau s'ajoute à la nappe épaisse de brouillard. Je roule prudemment avec les phares allumés. Je me méfie des grumes que charrie un camion devant moi. Comme je crains qu'une tombe sur la chaussée, je me tiens à une bonne distance de cet attelage brinquebalant.

La grume est transportée à une scierie sur la côte du Pacifique et le produit semi-fini (planche) sera exporté en Asie. Même si l'industrie du bois est la première source de richesse de la Californie septentrionale, elle crée peu d'emplois ; à peine 3% de la population active travaille dans le secteur primaire. Dans les comtés forestiers de Trinity et de Humboldt, le revenu médian annuel par foyer est de 26 000 $. A Palo Alto qui est au cœur de la Silicon Valley, celui-ci est de 116 000 $. Cet énorme écart de richesse est contrebalancé par le coût exorbitant de la vie dans la plus riche vallée du monde.

Le voyant d'alarme de la jauge vient de s'allumer. Où vais-je trouver de l'essence ? Je respire quand se présente une station à Willow Creek. Comme je n'ai pas de carte routière, je jette un coup d'œil à une carte sur un présentoir. La route 299 que j'ai eu le plaisir de suivre depuis la veille, vire à présent au Sud-Ouest en direction d'Eureka. La forêt de séquoias géants est plus au nord près de la frontière de l'Oregon. Il me faut donc trouver une autre route. La 96 descend le long de la rivière Trinité jusqu'à sa confluence avec la rivière Klamath mais ensuite elle diverge vers le Nord-Est en remontant cette dernière. Y aurait-il une piste qui me permette de franchir la montagne côtière car cela me ferait économiser une bonne centaine de miles ? J'en décèle une qui va sur la côte. Est-elle carrossable ? Je ne recueille pas d'information à ce sujet de la part du gérant qui se contente de me dire que le territoire appartient à la tribu des Yuroks.

C'est la fin de la saison du saumon. Des pêcheurs s'aventurent dans la rivière avec des cuissardes. A la jonction des deux rivières, je laisse à droite la route 96 et poursuis ma route en aval de la rivière Klamath. Cette dernière est en cul-de-sac. Je guette le pont providentiel qui enjambe la rivière Klamath. Il se présente peu après. Il s'agit d'un pont métallique reposant sur trois grands piliers en béton. Que me réserve la suite ? Une piste part vers le nord et l'autre vers le sud. Je remarque la présence d'un panneau en bois sur lequel est gravé "coast". Contrairement aux apparences, ma route est celle qui repart vers le sud. Je poursuis donc dans cette direction.

La piste qui porte le nom de Bald Hills road, monte très régulièrement. Quand le brouillard s'effiloche, la luminosité devient aveuglante avec les rayons du soleil qui sont filtrés. La piste tournicote sur les flancs de la montagne qui ressemble à un immense rideau ourlé. J'aperçois sur le bord de la piste un chien fourbu qui me regarde d'un air misérable. Je n'ai pas le réflexe de m'arrêter pour le prendre. Soudain, le brouillard disparaît et cède la place à un ciel d'azur. Je suis parvenu sur les chaumes de la montagne qui porte le nom idoine de Bald Hills. La vue est extraordinaire sur la chaîne de la Trinité qui émerge, tel un paquebot, de la brume uniformément plate à l'horizon. Des lupins violets couvrent les chaumes de Schoolhouse peak. Un panneau indique une altitude de 3061 pieds. Serait-ce le point culminant de la chaîne côtière ? Il semble que oui. La piste ne monte plus mais elle reste longtemps à cette altitude de 1000 m sur les chaumes. J'aimerais apercevoir le Pacifique qui n'est qu'à une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau. Peine perdue ! La descente du courant froid d'Alaska le long de la côte provoque une forte condensation de l'air marin qui se matérialise par la formation d'un épais brouillard. Celui-ci ne se lève jamais avant le milieu de l'après-midi. L'été est la pire saison de l'année en Californie septentrionale.

Alors que j'aborde la descente, j'aperçois des pompiers qui allument volontairement des feux pour brûler la paille. Je m'arrête pour leur dire que j'ai vu un chien errant qui semblait épuisé. Ils me demandent où je l'ai rencontré. Je leur réponds que je l'ai vu un mile avant Schoolhouse Peak. Je décris son apparence malgré l'image fugitive que j'ai gardée de lui en raison du brouillard.
- Ne serait-ce pas plutôt un coyote ? Me demande un pompier qui pose à terre son lance-flamme qui crachouille.
- Non, c'était un chien. J'en suis certain.
- On va demander au propriétaire du ranch s'il lui manque un chien, répond le capitaine des pompiers qui a un talkie-walkie accroché à sa combinaison.

Je suis happé par le brouillard aussitôt que je quitte la crête. La végétation devient luxuriante ; une mousse épaisse couvre le sous-bois. Soudain, il fait très sombre. Je m'arrête pour examiner le premier tronc d'arbre au bord de la piste. L'écorce douce ne laisse planer aucun doute ; il s'agit d'un séquoia géant. Je ne vois pas la première branche du géant qui est masquée par un brouillard à couper au couteau. Sans le savoir, je viens de pénétrer dans le Redwood National Park. Redwood -bois rouge- est le mot usuel en américain pour désigner un Sequoia sempervires.

Un peu plus bas sur la piste se présente Lady Bird Johnson grove. Il s'agit d'un bois de séquoias qui a miraculeusement échappé au massacre qui a commencé dès l'arrivée des colons en Californie en 1848 et ne s'est terminé qu'en 1917 lorsque leurs descendants sont partis guerroyer en Europe.

En me promenant sur le sentier balisé, j'ai l'impression d'être un lilliputien en raison de la hauteur gigantesque des arbres. Contrairement à leurs cousins trapus de la Sierra Nevada, les séquoias de la côte sont élancés. Ils atteignent facilement une centaine de mètres à l'âge adulte alors que le plus grand séquoia de la sierra ne dépasse pas 95 m de hauteur.

Quelque part le long de la rivière Redwood dont j'entends le murmure, se trouvent les plus grands arbres de la planète. Pour les protéger de la curiosité du public qui mettrait en danger leur existence, leur emplacement n'est connu que d'une vingtaine de spécialistes. A vrai dire, il est impossible au sol de distinguer la hauteur d'un arbre parmi d'autres dans la forêt. C'est la circonférence à la base qui donne une indication de sa hauteur probable.

Pour mesurer la hauteur d'un arbre, on utilise un laser mais pour les plus grands arbres, il est toujours utile de les grimper afin d'avoir une mesure très précise. Steve Sillett, un universitaire d'Arcata, s'est spécialisé dans l'étude des séquoias géants. Il a mis au point une technique pour l'ascension de ces géants. Avec un harpon il lance la première corde fine sur la première branche qui est à une cinquantaine de mètres du sol. Quand le tir est réussi, il hisse une grosse corde sur laquelle il va grimper avec l'aide de jumars.

Dans son édition du 14 février 2005 que je lirai quatre mois après mon retour en France, le magazine New Yorker a publié une enquête de Richard Preston à propos de ce chercheur très sportif. L'ascension d'un séquoia est un exercice périlleux malgré toutes les précautions prises. Sillett est tombé une fois d'un séquoia. Il s'est miraculeusement rattrapé à une branche dans sa chute. Le choc a été si violent que son épaule s'est luxée. Malgré la vive douleur, il a tenu bon pour s'agripper avec son bras valide à la branche en question qui était à 80 m du sol…

La hauteur des séquoias fascine toujours. Paul Zahl, un naturaliste et collaborateur de National Geography avait découvert en 1963 un arbre de 367,8 pieds (113.2m) Il lui donna le nom de Libbey en l'honneur du président de la compagnie qui exploitait la forêt de séquoias d'Arcata. Libbey s'engagea à ne pas couper le géant en question.

Mais ce n'était pas suffisant pour les mouvements écologistes californiens, qui faut-il le préciser, ont une ancienneté que peu d'Européens suspectent. L’environnement est une idée américaine. Le Sierra Club fut fondé en 1892 par John Muir, chantre et poète de la vallée du Yosemite, et qui fut le guide du président Théodore Roosevelt en mai 1903. J'ai relaté leur voyage dans mon deuxième tome intitulé "De Santiago de Cuba à la Maison Blanche" paru le 11 juin 2008.

En 1968, le congrès américain vota la loi donnant naissance au parc national des séquoias. Sur les deux millions d'acres qu'occupaient les forêts de séquoias avant l'arrivée de l'homme blanc, 90 000 acres ont pu être sauvées du désastre. Cela représente à peine 4% de la surface initiale. En dehors de ce parc national, il reste quelques lambeaux de forêts sur la côte. Le plus méridional d'entre eux est à Big Sur.

Au fil des milliers de kilomètres que j'ai parcourus à pied - 15 745 km dûment répertoriés sur mon ordinateur depuis juillet 1997 mais il y en a eu probablement autant avant dans ma jeunesse mais que je n'ai pas pu enregistrer car les ordinateur personnels n'existaient pas encore - j'ai développé une affection particulière pour les grands arbres.

Le 3 octobre 2008 lors de ma dernière randonnée, j'ai vu le plus gros chêne sur le chemin des Appalaches. Baptisé Dover Oak, il est juste au bord de la route qui va à la localité de Dover dans l'État de New York. Sa base est plus large que Keffer Oak que j'ai admiré le 1er octobre 2007 en Virginie. Mais d'un point de vue esthétique, Keffer Oak a plus de charme que Dover Oak en raison de son emplacement en lisière d'un bois. C'est aussi plus tranquille qu'au bord d'une route où passent en trombe des chars en tôle pilotés distraitement par des gens obnubilés par leur gadget de téléphone portable.

Ces deux vestiges qui auraient 400 ans d'âge, donnent une très petite idée de ce que à quoi pouvaient ressembler les forêts des Appalaches avant le 20 novembre 1620, lorsque le Mayflower accosta à Cape Cod dans le Massachusetts ; un événement que l'on célèbre chaque année lors de la fête de Thanksgiving et qui tombe chaque dernier jeudi de novembre.

Jacques Cousteau, le grand explorateur des mers, disait que l’accroissement de la population est la première source de dommage à l’environnement. Le bipède est la seule espèce capable de détruire la planète. Triste assurance avec une population qui s'accroît de 100 millions par an…