samedi 30 août 2008

la responsabilité de deux administrations démocrates dans la débâcle des subprime

"Je préfèrerais être gouverné par les trois cent premiers noms dans l'annuaire téléphonique de Boston que par la faculté de Harvard."

William Buckley


Un an après le début de la crise immobilière aux États-Unis (confer mon article du 11 août 2007) on s’aperçoit tardivement du rôle néfaste joué dans cette affaire par deux sociétés créées par deux administrations démocrates...

Neuf banques régionales ont fait faillite depuis le début de l’année. Cela a commencé en janvier avec la fermeture de la Douglas National Bank, à Kansas City dans le Missouri. Cette banque avait en dépôt 58.5 milliards de dollars. A partir de juillet, le rythme de faillite s’est accéléré : Indy Mac à Pasadena en Californie, First Heritage Bank à Newport Beach en Californie, First National Bank of Nevada, à Reno dans le Nevada. Le mois d’août a été aussi désastreux que le précédent avec trois fermetures de banques régionales : First Priority Bank à Bradenton en Floride, The Columbia Bank and Trust à Topeka dans le Kansas et Integrity Bank à Alpharetta en Géorgie.

Mais l’attention des médias a été attirée par deux établissements nationaux au statut très particulier (government sponsored enterprise) dont la faillite pourrait entraîner un krach mondial. C’est le risque systémique tant redouté des experts en raison de l’effet domino qu’il entraînerait pour le reste du monde. Les deux établissements en question sont : Federal National Mortgage Association (FNMA) et Federal Home Loan Mortgage Corporation (FHLMC) Pour des raisons de commodité, elles sont connues du grand public sous leurs sobriquets respectifs de Fannie Mae et Freddie Mac.

Grâce à la complaisance des pouvoirs publics américains, ces deux établissements garantissent plus de cinq billions de dollars de dette hypothécaire. Un billion, du préfixe bi, représente un million de millions, soit 10 à la puissance 12 (1.000.000.000.000) Pour donner un ordre de grandeur, cette dette hypothécaire représente grosso modo deux fois le PNB de le France ! Quand la crise a débuté, les experts évaluaient à 600 milliards de dollars les pertes probables des banques. Un an plus tard, c’est un montant dix fois supérieur qui est annoncé avec la faillite des sœurs jumelles du refinancement hypothécaire.

Rappel historique

Fannie Mae, l’aînée, est une agence gouvernementale, créée en 1938, par l’administration de Franklin Delano Roosevelt. Fannie Mae a joui d’un monopole jusqu’en 1968. En raison de la détérioration des finances publiques américaines pendant la guerre du Vietnam, une partie de Fannie Mae a été privatisée et a donné naissance à Freddie Mac. L’objectif officiel, présenté au congrès américain par l’administration de Lyndon Johnson, était de relancer le marché secondaire de refinancement des prêts hypothécaires.

Fonctionnement du marché secondaire des prêts hypothécaires

Dans un prêt traditionnel, une banque prête de l’argent à un particulier pour s’acheter une maison. La banque charge un intérêt jusqu’à l’extinction de la dette.
Deux problèmes se posent à la banque.
1) Le particulier veut un intérêt à taux fixe mais la banque doit se refinancer sur le marché où les taux fluctuent en fonction de la conjoncture économique. Cela expose la banque à payer plus à ses dépositaires qu’elle ne gagne du remboursement du prêt.
2) La banque ne peut avoir assez de fonds pour accorder des prêts.
La solution pour la banque est de vendre des obligations à des investisseurs en contrepartie des prêts hypothécaires qu’elle consent.
Dans ce modèle, le risque de non remboursement du prêt hypothécaire est transféré à l’investisseur. Pour attirer les investisseurs potentiels, l’administration de Franklin Delano Roosevelt eut l’idée de créer un marché secondaire des prêts hypothécaires avec la création de Fannie Mae.

La confusion volontairement entretenue à propos du statut juridique des deux sœurs jumelles

L’action Fannie Mae qui valait 68.60 $ le 8 août 2007, tomba à 3.53 $ le 16 juillet 2008. Jusqu’à ce jour où la panique gagna Wall Street lorsque la rumeur se propagea que Fannie Mae et Freddie Mac pouvaient faire faillite, la confusion a régné à propos du statut hybride des sœurs jumelles du refinancement hypothécaire. Cette crise pourrait se résumer ainsi : « quand le mot de non garantie en dernier ressort de l’État fédéral équivaut en fait à une garantie. » Craignant un krach du marché, le Trésor et la banque fédérale américaine se sont empressés d’apporter leur soutien aux deux sœurs jumelles.

La mission des sœurs jumelles est d’encourager les ménages américains à devenir propriétaire de leur logement. La technique utilisée est de se porter simultanément vendeur et acheteur des prêts hypothécaires négociés sur le marché secondaire. Mais contrairement aux autres corporations, elles sont exemptes de taxes locales ou fédérales, et également de se conformer à certains critères de la SEC (Security Exchange Commission) en matière de comptabilité. Il n’y avait pas de raison, sinon idéologique, à ce que cette mission soit confié à une société nationale. Le marché de l’assurance maritime fut créé au café d’Edward Llyod, en 1688 à Londres, par des marchands, des marins et des propriétaires de navires.

Si les sœurs jumelles étaient des sociétés privées, elles n’auraient jamais pu prendre autant de risques. Les sociétés lourdement endettées sont sanctionnées par le marché à travers les agences de rating qui émettent une note négative. Les investisseurs avisés sont plus réticents à leur prêter de l’argent. Ce n’est pas leur cas puisqu'elles ont bénéficié de la présomption, maintenant établie, que l’État fédéral se porterait in fine à leur rescousse. Jouissant de cette impunité, elles se sont lancées dans une folle fuite en avant. Elles ont construit une pyramide de dette. A partir d’une base réduite de capital de 80 milliards de dollars, elles ont apporté leur garantie à plus de cinq billions de dollars ! Cela représente un ratio (fonds propres/garantie) de 1.6%. Pour mémoire, les banques privées ont été soumises au ratio Cooke de 8% après la faillite des banques américaines dans les années 1980. Ce ratio avait été devisé par les gouverneurs des banques centrales, réunis sous l’égide de Peter Cooke à Bâle en 1988, pour conjurer un risque systémique du marché financier.

La leçon du marché

Cette crise des subprime met, une fois de plus, en exergue le rôle néfaste joué par l’État dans une économie de marché. Premièrement, la pyramide de dette hypothécaire n’aurait pu se produire si Fannie Mae et Freddie Mac étaient deux sociétés privées. Deuxièmement, l’État fédéral a incité les ménages à s’endetter plus qu’ils ne le devraient, à travers les déductions d’impôt des intérêts contractés pour l'achat d'un logement.

Ce n’est pas par hasard que deux administrations démocrates - celles de Franklin Delano Roosevelt et de Lyndon Johnson - sont responsables, in fine, de cette débâcle financière. L’étatisme conduit invariablement à déresponsabiliser les acteurs économiques.

L’État doit rester neutre en n’accordant aucune déduction d’impôt pour une quelconque dépense d'un contribuable. Dans le cas particulier de la France, il fausse gravement le fonctionnement du marché par ses innombrables et contradictoires interventions. La solution est de fermer l’ENA (l’école nationale d’administration) et de ne recruter que des gens ayant fait leur preuve dans le secteur privé avec, bien entendu, un contrat à durée déterminée.

Tant que le minotaure n’aura pas été mis hors d’état de nuire (confer mon article du 1er juin 2008) on aura toujours plus d’impôts et d’usines à gaz. La taxe annoncée de 1.1% sur le capital pour financer le revenu de solidarité active (RSA) n’a-t-elle pas été inventée par l’énarque Martin Hirsch ? A la clé, c’est la ruine assurée de la France pour satisfaire les chimères de cette pseudo élite.

jeudi 21 août 2008

"Nous sommes tous des lâches"

Dans son blog du 18 août 2008, Yvan Rioufol, le journaliste du Figaro, a voulu exhorter les Européens à un sursaut avec le titre « nous sommes tous Géorgiens. » Le même air fut entendu, au lendemain du 11 septembre 2001, avec « nous sommes tous Américains » de Jean-Marie Colombani du journal Le Monde. Le sursaut s’est-il produit ? Bien sûr que non ! Personne n’a envie de mourir pour les Américains ou les Géorgiens. Ne sont-ils pas en partie responsables de leur malheur ? Les premiers par leur arrogance, les seconds par leur bévue d’une attaque par surprise pendant la trêve olympique. Au risque de m’attirer les foudres de vrais patriotes, il vaudrait mieux dire que «nous sommes tous des lâches!» Le seul intérêt de cette provocation est d’ouvrir le débat suivant : « Est-ce que le courage peut s’épanouir dans une société matérialiste ?»

Se garder de généraliser

Il y a toujours eu des individus courageux même aux heures les plus sombres de notre histoire. Combien étaient-ils les premiers résistants en juin 1940 à ne pas accepter un armistice s’apparentant à une capitulation ? Quelques centaines à l’échelle d’un pays de quarante millions de citoyens. Il ne faut pas non plus jeter la pierre à ceux qui sont restés en métropole. Lorsqu’on a une famille, il est difficile de les abandonner à leur sort pour rejoindre le général rebelle à Londres qui, lui, a eu la chance d’avoir mis la sienne à l’abri. Il faut toujours comparer ce qui est comparable…Il y avait aussi des fonctionnaires courageux qui ont servi sous le gouvernement de Vichy. Il est bon de réapprendre notre histoire occultée par la chape de plomb stalinienne qui s’est abattue depuis 1945 dans notre pays (1) Combien eut-il de volontaires à s’engager dans l’armée du général Leclercq après la libération de Paris ? Deux mille cinq cents. Cela fait très peu par rapport aux F.F.I (forces françaises de l’intérieur) qui paradaient dans les villages mais décampaient au premier bruit de chenille d’un panzer.

Le relativisme

Ce ne sont pas les gens courageux qui sont médaillés mais ceux qui intriguent et connaissent les arcanes de l’administration. Le général de Gaulle voulut mettre un frein à l’inflation de récipiendaires de la légion d’Honneur. Peine perdue. La traditionnelle remise des médailles lors de la fête nationale remplit les colonnes des journaux. « Quelle vedette l’aura cette année ? » C’est la seule question qui intéresse les journalistes. La remise de cette haute distinction à des gens du spectacle est une insulte à nos glorieux aînés qui sont morts sur les champs de bataille. Personne ne s’en offusque. Tout se vaut : la vie d'un soldat, la carrière d'une chanteuse, la lèche d'un fonctionnaire pour avoir la médaille. C'est la conséquence désastreuse du relativisme imposé par nos élites.

Comparaison internationale

L’inflation de récipiendaires ne concerne par l’Amérique. La plus haute distinction militaire (medal of honor) n’est pas encore bradée dans ce pays. Depuis la remise de la première par George Washington, le 7 août 1782, il n’y a eu que 3465 médailles remises à ce jour. Il arrive qu’il n’y en ait pas une décernée une année en temps de paix. Theodore Roosevelt (2) a reçu, à titre posthume, cette médaille pour sa bravoure lors de la bataille de San Juan à Cuba le 1er juillet 1898. Bravant la mitraille, il lança, à cheval, la charge héroïque qui devait conduire à la victoire de son légendaire régiment de volontaires de cavalerie des Rough Riders. Il fut proposé pour la médaille d’honneur par ses supérieurs mais il perdit toute chance de l’obtenir lorsqu’il critiqua l’état-major dans une lettre ouverte à la presse. Se faisant le porte-parole des professionnels de l’armée, il demanda, après la reddition de la forteresse de Santiago, le rapatriement immédiat des soldats américains menacés d’hécatombe en raison des maladies tropicales. Le courage s’exprime parfois par la désobéissance aux ordres.

Le vernis de la civilisation

Alexandre Soljenitsyne qui s’est éteint le 3 août dernier, était non seulement un grand écrivain, mais aussi un homme très courageux. Son expérience prolongée du goulag lui a permis de méditer sur la véritable nature humaine. Dans son discours, prononcé le 8 juin 1978 à l’université de Harvard, il prit un malin plaisir à prendre à rebrousse-poil son auditoire. « Le centre de votre démocratie et de votre culture est-il privé de courant pendant quelques heures, et voilà que soudainement des foules de citoyens américains se livrent au pillage et au grabuge. C'est que le vernis doit être bien fin, et le système social bien instable et mal en point. »

La récupération de la bravoure par les antimilitaristes

Dans son édition du 21 août 2008, le journal Le Monde évoque l’héroïsme d’un infirmier dans l’embuscade tendue par les Talibans. Le caporal Penon est mort en portant secours à ses camarades. En ne voulant retenir de cet accrochage meurtrier que le courage de ce brancardier, Jacques Follorou répond à l’attente des Français abrutis par la pensée unique : « La guerre est évacuée, tout se résume à des opérations humanitaires... » Cette vision réductrice nous prépare à des lendemains munichois. Une dangereuse glissade sémantique depuis que le ministère de la guerre a été remplacé par celui de la défense nationale, en juin 1969, sous le gouvernement de Michel Debré. Mai 1968 était passé par là. Ce n’est pas en radiant la guerre de notre vocabulaire que celle-ci va disparaître.

Le crépuscule de l'Europe

« Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l'Ouest aujourd'hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d'où l'impression que le courage a déserté la société toute entière. » Disait encore Soljenitsyne dans ce discours de Harvard qui, trente ans plus tard, est d’une terrible évidence pour les Européens incapables d’appréhender la réalité du monde où l’usage de la force reste dominant. Nos dirigeants "condamnent" l'agresseur et s'empressent d'établir un plan de paix qui ne sera jamais respecté ; c'est malheureusement tout ce qu'ils savent faire...

Le gros bâton

Il faut toujours avoir un gros bâton pour être écouté. Lorsqu'il était un très jeune député de vingt-quatre ans à la chambre basse d'Albany, Théodore Roosevelt (3) craignit d'être agressé physiquement par des collègues démocrates. Il cacha sous la table un morceau de chaise cassée en prévision d'une discussion houleuse. Lorsqu'il évoqua la corruption des syndicalistes de Tammany Hall, ses collègues se firent très menaçants mais il brandit le bâton pour les dissuader de passer à l'acte. La motion qu'il avait préparée, fut adoptée par la commission des lois à laquelle il siégeait. "Speak softly and carry a big stick; you will go far" (parlez doucement avec un gros bâton ; vous irez loin.) Teddy n'oublia jamais ce proverbe africain lorsqu'il devint le vingt-sixième président des Etats-Unis.(4)

(1) « Mémoires d’un diplomate » de Pierre Bressy (1890-1973) Ce livre méconnu mais fort intéressant a été publié en 2006 par Texte et Prétexte.

(2) « Théodore Roosevelt : de Santiago de Cuba à la Maison Blanche » par Bernard Martoïa

(3) "Théodore Roosevelt : l'ascension d'un homme courageux" par Bernard Martoïa

(4) "Théodore Roosevelt : la présidence impériale" par Bernard Martoïa

vendredi 15 août 2008

De Charybde en Scylla

La croissance est en berne au deuxième trimestre dans l’euroland. L’économie américaine, qui est à l’origine de la crise internationale, se maintient à un taux surprenant de 1.9% après avoir enregistré 0.9% au premier trimestre 2008. La France est dans la moyenne européenne avec une contraction de 0.2% de son PNB. Il n’y aurait rien à ajouter à ce constat morose si notre pays n’était aussi endetté. Alors que les autres bateaux européens devraient essuyer, sans trop de dommage, la tempête, il est à craindre que le Titanic soit victime d’une grave voie d’eau qui l’envoie par le fond. Le déficit budgétaire s’est encore creusé au premier semestre 2008 : 32.8 milliards d’euros contre 30.5 milliards en 2007.

Le 18 août se tiendra une réunion à Matignon « pour analyser les causes de la dégradation de la conjoncture économique internationale et pour identifier les réponses à apporter. » Certes, il est intéressant de savoir si la purge des marchés financiers touche à sa fin. Pour l’instant, les résultats au second trimestre sont trop préoccupants pour envisager une sortie du tunnel. Merril Lynch a enregistré une perte de 4.97 milliards de dollars. John Thain, le nouveau président directeur général, s’est débarrassé des CDO (collateralized debt obligation) qui pénalisent la firme vedette de Wall Street. Ces instruments financiers sophistiqués ne trouvent plus preneur. Les analystes prévoient une perte colossale de 10.73 milliards de dollars pour l’année en cours. L’appel à des fonds souverains pour recapitaliser la banque d’affaires, menace son indépendance. Malgré le bilan désastreux des banques américaines, l’indice Dow Jones n’a reculé que de 12 % depuis le début de l’année alors que le CAC 40 est en baisse de 20% pour la période considérée. Les petits bateaux souffrent davantage que les grands dans la tempête…

S’intéresser à la conjoncture internationale n’apportera pas de répit à la nôtre. L’heure n’est plus à la procrastination si l’on veut éviter un naufrage. La révolution bleue a publié, le 26 octobre 2007, un rapport synthétique de 10 pages sur les freins à la croissance. Il a été remis à la présidence de la République. Aucun écho dans la presse officielle. Le gouvernement préfère s’appuyer sur le rapport de 243 pages de la commission Attali. C’est avec ce gros catalogue que le capitaine du Titanic doit affronter la tempête. Ce serait un miracle, s’il trouvait parmi les 316 mesures proposées, celles qui lui évitent un récif sur sa route. Parmi les perles de ce rapport, relevons la proposition 238 : «Transposer toute directive européenne dans les plus brefs délais, sans exception !» Sans commentaire.

mardi 12 août 2008

Peter Viereck : le premier conservateur américain

Le conservatisme n’existait pas en Amérique jusqu’à la seconde moitié du XX siècle. Même des isolationnistes comme le président Herbert Hoover ou le sénateur Robert Taft qui étaient à l’extrême-droite du parti républicain, insistaient pour qu’on les considère comme des libéraux. Le libéralisme était non seulement l’idéologie dominante mais la seule tradition intellectuelle du pays. «Il n’y a pas de conservatisme ou d’idées réactionnaires en circulation» nota sobrement, en 1950, Lionel Thrilling dans la préface de son ouvrage L’imagination Libérale.

Que de chemin parcouru depuis ce constat… Etre traité de libéral est considéré comme une insulte dans l’Amérique contemporaine. Les conservateurs américains se réclament de l’héritage d’Edmund Burke (1729-1797). Cet Anglais fut le premier à s’intéresser à la Révolution française. Il lui consacra un tome de réflexions. Très critique, il ne vit pas celle-ci comme un mouvement émancipateur mais comme une violente rébellion contre la tradition et l’autorité, une expérience déconnectée de la réalité de la société. Il prédit qu’elle se terminerait par un désastre. L’histoire lui donna amplement raison.

Au printemps de 1940, la revue littéraire The Atlantic Monthly invita Peter Viereck. Ce jeune homme de 23 ans avait gagné un prix de poésie à l’université d’Harvard. Il lui était demandé d’écrire un article sur la signification d’être libéral pour un jeune homme comme lui. Viereck dérouta ceux qui lui avaient posé cette question en répondant : « Mais je suis un conservateur !» Avant que ce jeune homme ne donne ses lettres de noblesse à cette doctrine, le conservatisme américain était associé à une minorité hétéroclite, en frange de la société, et composée d’agrariens et de farouches opposants au New Deal rooseveltien. L’essai de Viereck était provocateur.

Publié quand la Wehrmacht envahissait l’Europe, Viereck appela à un nouveau conservatisme pour combattre aussi bien le totalitarisme à l’étranger que le relativisme et le matérialisme dans sa patrie. Pour Viereck, le communisme et le national-socialisme étaient deux dangereuses utopies. Il n’y a qu’en France où l’on considère que ces deux idéologies totalitaires ayant engendré la disparition de millions d’individus, ne sont pas à mettre sur le même plan. Confer le numéro 590 de Marianne du 9 août 2008 « Hitler-Staline : est-ce vraiment comparable ? » Pour Viereck, le libéralisme pêche par naïveté. Sa croyance dans le progrès et dans la bonne nature humaine ne le prépare pas à affronter la tyrannie. « L’antisémitisme n’est pas un programme isolé » avertit-il. « C’est le premier pas d’une révolte encore plus grande contre toutes les libertés. » Cette parole prophétique fit du jeune Viereck une curiosité intellectuelle de la côte Est.

Peter Viereck est le petit-fils illégitime de l’empereur Guillaume II qui fréquentait l’actrice Edwina Viereck. Son père, George Sylvester, était un admirateur d’Adolphe Hitler. Il fut le premier Américain à l’interviewer. En 1934, il fit un discours sidérant au Madison Square Garden de New York où, devant vingt mille sympathisants, il exprima son admiration pour Roosevelt et pour Hitler : « Les deux chefs d’Etat font leur possible pour construire un monde nouveau. » Il fut arrêté en 1941 et condamné à une peine de prison de quatre ans pour intelligence avec l’ennemi. La même année, son fils Peter publia son premier essai intitulé « Métapolitiques : de Wagner et des romantiques allemands à Hitler », une étude sur les origines du national-socialisme. Il fut congratulé par Thomas Mann qui s’était réfugié en Amérique. Sa thèse est que le nazisme est affilié au mouvement romantique nationaliste allemand et non pas à la tradition autoritaire prussienne.

Peter Viereck s’enrôla dans l’armée américaine mais, en raison de la condamnation de son père, il ne put prétendre à un poste d’officier. Il fut envoyé à Alger dans un centre de renseignement où il analysait la propagande de l’Axe. «Mon travail était de lire entre les lignes » confia-t-il. Quand il n’était pas en train de rédiger un rapport, il écrivait des poèmes dans le désert. Le New Yorker les publia sous le titre : « Sergent Peter Viereck. » En 1949, il obtint le prix Pulitzer de poésie pour son recueil « Terreur et Décorum. » Cette année fut faste car il publia aussi « Le Conservatisme revisité : la Révolte contre l’Idéologie. » Dans cet essai, il soutint que la liberté ne pouvait être atteinte par la révolution mais par une lente évolution des mentalités.

Interrogé à propos des premières élections en Irak sous l’occupation militaire américaine, il a déclaré : « Mon pressentiment est que dans un pays sans racines, la meilleure chose qui puisse lui arriver, est un gouvernement corrompu. » Poursuivant sa réflexion, « je pense que McCarthy a aliéné l’éthique conservatrice. Il a donné l’habitude aux conservateurs de pactiser avec l’extrême droite hystérique. L’apaisement est le péché originel du mouvement conservateur. »

En 1967, Viereck commença l’écriture d’un poème épique "Archer in Marrow" et qu’il n’acheva que vingt ans plus tard. Il imaginait un monde dans lequel l’Europe occidentale perdait les Croisades et se convertissait à l’Islam. L’histoire a donné raison à ce lucide observateur du monde qui s’est éteint le 13 mai 2006.

samedi 9 août 2008

L’Union pour la Méditerranée ou la naissance d’un nouveau monstre technocratique

La mode est au partenariat dans le village planétaire. Il ne se passe pas une année sans qu’une nouvelle organisation ne voie le jour. Mais des cinq continents, l’Europe emporte la palme en matière de clonage. Dernier avatar : l’Union pour la Méditerranée. Ce nouveau monstre technocratique va remplacer un autre dont l’échec est patent.

Le partenariat des pays riverains de la Méditerranée - Euromed ou processus de Barcelone dans le jargon technocratique - a été créé en 1995 à l’initiative de la commission européenne. Financée par la Banque européenne d’investissement (BEI), c’est-à-dire avec l’argent du contribuable européen, cette organisation était « fondée sur des rapports culturels et de paix » entre les pays du pourtour méditerranéen. Échec de l’entreprise puisque la guerre n’a pu être évitée entre Israël et les factions armées du Hezbollah au Liban au cours de l’été 2006. Autre échec patent de cette organisation en matière d’immigration. Est-ce que cette organisation a joué un rôle, aussi modeste fût-il, pour freiner le flux de clandestins en provenance de la rive Sud de la Méditerranée ? Nenni.

Dans une technocratie, un échec ne remet jamais en cause la stratégie poursuivie. Au contraire, il justifie la fuite en avant. « Si nous n’avons pas réussi, c’est que nous ne sommes pas donné les moyens pour parvenir à l’objectif fixé. » L’Union pour la Méditerranée (UPM) va regrouper non seulement les pays riverains de la Méditerranée, mais aussi ceux de la Mer du Nord (Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas, Allemagne), de la Mer Baltique (Danemark, Suède, Finlande, Pologne, Lettonie, Estonie, Lituanie) de la Mer Noire (Bulgarie, Roumanie, Turquie) et de l’Atlantique (Mauritanie, Irlande). Pourquoi s’être arrêté en si bon chemin ? Les eurocrates manquent d’ambition. Puisque les eaux usées de la Méditerranée s’évacuent par le détroit de Gibraltar, il fallait inclure tous les pays riverains de toutes les mers du monde ! Pourquoi accepter la Mauritanie et exclure la Chine de l’Union pour la Méditerranée ? C’est illogique. Ce grand pollueur pourrait venir déverser gratuitement ses montagnes de déchets. L’un des objectifs de la nouvelle organisation est la dépollution de la Méditerranée, menacée d’asphyxie, avec l’argent de la grenouille européenne. Plus de pollueurs, plus de taxes, plus de redistributions et donc plus de pouvoirs entre les mains des technocrates. Tout se tient.

Dans la république fromagère, qu’il ne faut pas confondre avec la république bananière (1), les « élus » exercent en toute légalité leurs rapines. Le moyen le plus rapide de s’enrichir sur le dos des grenouilles est de créer une organisation. Les exemples dans le passé ne manquent pas. Après la chute du mur de Berlin, le conseiller spécial du président de la République avait lancé l’idée d’une banque européenne de reconstruction et de développement (BERD) Comme par hasard, il en devint son premier président. Mais après deux ans d’exercice, il dut se retirer sous la pression des Américains qui lui reprochaient sa mauvaise gestion, et notamment ses dépenses fastueuses pour le siège de la banque au détriment des opérations sur le terrain pour laquelle cette banque avait été créée. Il en sera de même avec la nouvelle organisation. Parions qu’un énarque occupera la présidence de ladite entité.

Quant à l’attribution du siège de l’organisation, il est à craindre qu’une foire d’empoigne s’étale dans les journaux d’Amsterdam, d’Istanbul et de Riga. Pour la prévenir, il faudra impérativement que le siège soit attribué à un pays qui n’appartienne pas au pourtour méditerranéen et qu’il soit aussi exemplaire en matière de corruption. Ce pays est tout trouvé : il s’agit de l’Islande. Son climat refroidira l’ardeur des participants à faire traîner les négociations. Cela fera de substantielles économies, du moins en ce qui concerne le chapitre « dépenses administratives » de l’organisation.

Pour emporter l’adhésion des grenouilles européennes, il faut les faire rêver. L’UPM n’y échappe pas. Le slogan est celui des « autoroutes de la mer. » Épargner aux batraciens les affres d’une traversée hasardeuse de la Méditerranée a paru séduisante aux yeux des publicitaires. Mais cette opération cosmétique ne saurait cacher le véritable enjeu de l’Union pour la Méditerranée. Sur la rive Nord, le rêve serait de fixer les populations africaines à travers un partenariat (l’argent de la grenouille). Sur la rive Sud, l’objectif est inverse : passer le plus rapidement de l’autre côté de la Méditerranée pour bénéficier des aides sociales et pour propager l’islam sur un continent déchristianisé car la nature a horreur du vide. Par avance, cette union est vouée à l’échec en raison des objectifs diamétralement opposés des uns et des autres. Qu’importe ! L’essentiel est de faire semblant de régler les problèmes. Les technocrates n’ont pas leur pareil pour cela.

(1) Michel de Poncins explique cette subtile différence entre république fromagère et république bananière dans son message du 1er août 2008 que vous pouvez écouter sur le site http://www.radio-silence.org/ Ne vous privez pas de l’écouter le plus souvent possible. C’est un excellent antidote contre la pensée unique.

vendredi 1 août 2008

l'effet repoussoir

« Ils n’ont rien appris, ni rien oublié. »

Talleyrand

Cette phrase, qu’aurait prononcée Charles Maurice de Talleyrand-Périgord au retour des nobles en France en 1814, sied à nos élites après le non des Irlandais au traité de Lisbonne. Le président de la République, qui est pour six mois le capitaine du radeau de la Méduse, s’est rendu, le 21 juillet, à Dublin. Au départ, il s’agissait de convaincre les Irlandais qu’ils n’avaient pas d’autre choix que d’approuver le traité. Dans l’esprit des dirigeants européens, le non des Irlandais est un grain de sable. « C’est une erreur du peuple qui n’a pas compris la question qui lui est posée… » Les bouseux des tourbières ont sûrement apprécié. Les eurocrates se méfient tellement du peuple qu’ils font tout pour l’empêcher de s’exprimer. Hélas pour eux, la constitution irlandaise exigeait qu’un référendum fût organisé. Pour rattraper sa gaffe commise devant des parlementaires français qui avaient eu la primeur de sa pensée, le président de la République s’est rendu à Dublin pour
« écouter » les Irlandais. Le résultat est éloquent : 62 % des Irlandais voteraient non si un nouveau référendum est organisé demain.

Comme le disait Albert Einstein, on ne résout pas les problèmes avec ceux qui les ont créés. Pour sortir de l’impasse, il n’y a pas d’autre solution que de se débarrasser de la commission européenne afin de repartir sur de nouvelles bases. (confer mon article du 18 juillet) Devant le front uni du refus exprimé par les grenouilles françaises, hollandaises et irlandaises, nos élites sont désemparées. A vouloir trop en faire, elles ont déclenché le sursaut salutaire de ces charmants amphibiens qui sont en train de reprendre en main leur destin. C’est le chant du cygne de l’Europe technocratique rêvée par Valéry Giscard d’Estaing, un expert en la matière, puisqu’il est énarque de formation.

La tournée triomphale de Barak Obama en Europe n’a pas eu l’effet escompté sur les grenouilles américaines. Selon un sondage organisé par Gallup, il n’a plus qu’un point d’avance sur McCain ! J’avais écris, le 5 juillet dernier, que l’enthousiasme est le péché congénital de la gauche qui prend toujours ses désirs pour des réalités. Comme la tortue a rattrapé le lièvre qui caracolait en tête (6 points d’avance lors du premier sondage réalisé après les primaires), les journalistes français se montrent plus prudents dans la propagande qu’ils mènent en faveur du métis. Nicolas Sarkozy devrait réinviter Barak Obama à l’automne. Il est le meilleur artisan de sa chute dans les sondages d’opinion. Les conservateurs ne bouderaient pas leur plaisir de revoir, une dernière fois à Paris, le sénateur de l’Illinois avant sa disparition de la scène internationale, le mercredi 5 novembre 2008…

Entre temps, pour ne pas gâcher le plaisir des bobos, ils sont invités à lire sur la plage son best-seller intitulé « The Audacity of Hope : Thoughts on Reclaiming the American Dream. » Le sous-titre français est quelque peu éloigné : une nouvelle conception de la politique américaine. Quant au titre, il reprend exactement un sermon délivré par le pasteur Jeremiah Wright. Entre temps, les grenouilles américaines ont découvert les sermons incendiaires du pasteur de l’Église Unifiée de la Trinité de Chicago. Publié en 2006, ce livre propulsa la carrière du novice sénateur de l’Illinois. Obama a remplacé le sénateur Fitzgerald le 4 janvier 2005.

John Fitzgerald Kennedy à qui l’on compare à présent Barack Obama, avait aussi écrit un best-seller. Il s’intitulait « Profiles in Courage. » Il obtint le prix Pulitzer en 1957. Les mythes ont la vie dure. J’ai rencontré un journaliste de CNN qui ne cache pas son admiration pour Obama. Je lui ai demandé s’il avait lu le livre de son idole. « Non, mais des amis journalistes m’en ont dit le plus grand bien », m’a-t-il répondu sèchement. Émettre la moindre interrogation sur les qualités présumées de ce livre lui a paru irrévérencieux. Le mythe de Kennedy a été écorné par l’historien anglais Paul Johnson dans un ouvrage intitulé : « A History of the American People. » Joseph Kennedy, le père de John, achetait des milliers d’exemplaires de l’ouvrage de son fils qu’il entreposait dans sa cave. Avec l’aide des journalistes libéraux (*) de la côte Est qui faisaient l’éloge du livre, la carrière de Kennedy fut catapultée. Trois ans plus tard, il était élu président des États-Unis. On assiste à la même opération d’intoxication avec Obama.

* En Amérique, un libéral est un terme péjoratif pour désigner un gauchiste.