vendredi 27 juin 2008

Les taxis de la Marne

Dans un essai paru en 1956 et intitulé "Les Taxis de la Marne", Jean Dutourd se lamentait de la décadence de la France sous la Quatrième République. Ce titre est emprunté à l'épisode célèbre de la Grande Guerre (les journées des 6 et 7 septembre 1914) lorsque le général Gallieni réquisitionna six cent taxis parisiens pour transporter les soldats sur le front de la Marne. Des unités allemandes n'étaient plus qu'à une cinquantaine de kilomètres de la capitale. Grâce à l'action énergique de ce général, notre capitale fut sauvée de justesse !

Jean Dutourd était un simple soldat en mai 1940. Après une semaine passée dans la nature en Bretagne en compagnie de quatre copains et du sympathique sergent alsacien dit Cepi qui veillait sur eux comme un grand frère, ces soldats français choisirent de se constituer prisonniers aux Allemands car ils ne savaient que faire de leur liberté, comme tant d'autres soldats abandonnés à leur sort par des généraux arrogants et incapables.

La lecture de cet essai est instructive car nous vivons une époque analogue à celle qu'a vécu, dans sa jeunesse, notre brillant académicien. Même constat d'impuissance et de désarroi... A propos du président Albert Lebrun, Jean Dutourd écrivait : "On ne se souvient guère de la carrière de M. Lebrun jusqu'à son élection à la présidence de la République. On sait toutefois qu'il est sorti premier de l'École polytechnique. C'était donc un brillant sujet. Mais cette belle place au début de sa carrière, et cette capitulation à la fin, sont très instructives. L'École polytechnique a enseigné la balistique et le calcul intégral à son major. Il n'y a point appris la fermeté de l'âme." Pratiquement tout est dit dans cette dernière phrase à propos du caractère de notre dernier président de la Troisième République, élu le 10 mai 1932, et renversé facilement le 10 juillet 1940 par le maréchal Pétain. N'est-elle point symptomatique de la super élite qui sort de l'école nationale d'administration (ENA) et prétend veiller à nos intérêts ?

Oncle Jean eut la chance de recevoir une éducation patriotique : "Mon père ne connaissait que la France, et la gloire de son pays le remplissait de bonheur... Il m'était dévolu de ramasser le flambeau tombé des mains mourantes des soldats de Douaumont ; et l'idée que je devrais rassembler un jour à ces surhommes me remplissait d'appréhension." L'actuel président de la République s'apprête à supprimer 54 000 postes dans l'armée française. Après les coupes franches qui sont intervenues dans les ministères de la justice et des Affaires Étrangères, il a donc décidé de liquider les fonctions régaliennes de l'État. En revanche ne sont pas concernés par la rigueur les ministères "nounous" qui n'ont aucun intérêt vital à la survie de notre patrie. Mais dans quel monde les Français croient-ils de vivre ? Celui des RTT et de la couverture médicale universelle ? Celui de la grandeur évoquée tant de fois par le général de Gaulle ? Ou celui de Winston Churchill en juin 1940 quand il promettait du sang, des larmes et de la sueur à son peuple qui se battait le dos au mur ? La réponse ne faisant aucun doute, vous comprendrez la décision prise par le chef de l'État. Un homme d'État pense à l'avenir de son pays, un homme politique à sa carrière...

Cette décision de réduire nos dépenses publiques fera certainement plaisir à nos partenaires européens mais est-ce l'intérêt de notre nation de baisser la garde avec la montée des périls ? Pourra-t-on compter sur le Luxembourg ou la Belgique pour nous prêter main forte lorsque la guerre civile éclatera ? A quoi pensent nos intellectuels et nos journalistes qui ne cessent d'appeler à la création d'un État palestinien au milieu d'un État d'Israël qui n'est pas plus grand que la Sardaigne ? Imaginent-ils, un seul instant, que le sort d'Israël préfigure le nôtre ?

A propos des intellectuels, Jean Dutourd écrivait ceci : " La culture du haut-de-forme, l'adoration du cuistre de faculté, pratiqués pendant soixante-dix ans, cela finit par marquer un peuple. C'est vers 1885, je crois, qu'a éclos le mot intellectuel, et que l'on s'est avisé que l'intelligence était une fin en soi, et non, comme on l'avait pensé jusqu'alors, un moyen d'obtenir de la gloire ou de la puissance. Divine découverte ! L'intelligence ne se jugeait plus aux résultats, mais au costume. L'habit sacerdotal de son grand-prêtre, c'était la redingote; sa crosse, le parapluie."

De nos jours, le grand-prêtre préfère porter une chemise blanche à col ouvert car il importe davantage de plaire que d'en imposer à une société allergique aux valeurs morales qui existaient en France avant 1968. Quarante ans auront suffi à liquider une nation millénaire qui était l'une des plus grandes du monde.

samedi 14 juin 2008

A l'Ouest rien de nouveau

Les Irlandais ont rejeté l'usine à gaz que voulait leur imposer les eurocrates. Même le Premier ministre de ce pays a avoué candidement ne pas avoir lu le traité indigeste de Lisbonne. Qui pourrait le lui reprocher si non ses pairs hypocrites qui ne comprennent pas plus que lui le fonctionnement d'une usine à gaz ?

Au scepticisme général rencontré par tout individu sain de corps et d'esprit à l'égard de cette construction aberrante, s'est ajoutée la gaffe monumentale de nos politiciens toujours prêts à donner des leçons de morale au reste du monde. Au courant des sondages donnant gagnant le non au référendum en Irlande, Bernard Kouchner est monté au créneau mais il a commis une bourde en menaçant de sanction les bouseux des tourbières... Il n'en fallait pas plus pour convaincre les indécis encore nombreux à la veille de la consultation de rallier le camp du non.

Dans les films des frères Joel et Ethan Cohen, qui viennent d'obtenir pour la seconde fois l'oscar du meilleur film à Hollywood, leurs personnages sont toujours des petits blancs falots et irascibles des campagnes américaines. Lire à ce propos l'édifiant article de Nicolas Bonnal dans l'édition du mercredi 11 juin 2008 de la gazette des Quatre Vérités. Les élites des nations occidentales ont la même attitude de rejet vis-à-vis des peuples historiques qui les composent. Leur message condescendant est le suivant :

"Vous n'êtes que des bouseux et des bigots réactionnaires. Nous remplissons une mission de salut public en vous apportant nos lumières. Même si vous persistez à dire non à nos projets, nous trouverons toujours la parade. Voyez comment Nicolas Sarkozy s'y est pris avec les Français qui avaient rejeté la consultation référendaire du 29 mai 2005. Et puis, de toute façon vous êtes condamné à disparaître car nous faisons appel sournoisement à des populations allogènes pour vous remplacer..."

Abraham Lincoln (1809-1865) qui est considéré comme le plus grand président des États-Unis après George Washington, disait ceci : "Vous pouvez tromper certains tout le temps et tromper tout le monde un certain temps, mais vous ne pouvez pas tromper tout le monde tout le temps."

* Je profite de cette tribune pour annoncer la parution par mon éditeur Le Manuscrit du second tome consacré à Théodore Roosevelt et intitulé " De Santiago de Cuba à la Maison Blanche." Il sera en vente sur internet uniquement comme le premier : "l'ascension d'un homme courageux." Le troisième tome "la présidence impériale" devrait sortir très prochainement.

samedi 7 juin 2008

Clinton malgré tout

Bien malin celui ou celle qui, à la veille des élections primaires, aurait pu prédire qui en sortiraient vainqueurs. Le suspense longtemps entretenu dans le camp démocrate par la pugnace Hillary Clinton s’achève aujourd’hui. L’ex-première dame qui envisageait avec condescendance de prendre pour colistier le jeune et inexpérimenté sénateur de l’Illinois, doit battre sa coulpe. Elle se rend à Canossa pour réparer les dommages qu’elle a causés à l’unité du parti de l’âne.

Dans la lexicologie américaine, le parti démocrate est assimilé à celui de l’âne et le parti républicain à celui de l’éléphant. Le symbole des deux grands partis américains revient au caricaturiste Thomas Nast. Le 7 novembre 1874, le magazine Harpers’Weekly publia le premier dessin avec un éléphant républicain en colère détruisant la passerelle en bois construite par un âne démocrate. En revanche, les couleurs attribuées aux deux partis ne datent que de la campagne acrimonieuse de l’an 2000. Avec le rouge conféré au parti républicain et le bleu au parti démocrate, l’Amérique semble oublier le courant de l'histoire.

L’ex-première dame se retire donc avec panache de la compétition. Elle s’est battue jusqu’au bout en dépit des objurgations des uns et des autres de jeter l’éponge. Malgré sa défaite électorale, elle reste la meilleure des trois candidats en lice. Elle a une bonne expérience du pouvoir qui fait défaut à celui qui lui a ravi la couronne et elle a une bien meilleure santé que le sénateur de l’Arizona… Enfin, si elle n’a pas de talent particulier en économie, elle a su s’entourer des conseils des meilleurs économistes comme Robert Rubin, (l’ancien secrétaire du Trésor de son mari) pour un crédible plan de sauvetage du dollar. Autant d’atouts décisifs qui font défaut à celui qui va devoir assumer la charge écrasante de succéder à l’actuel locataire de la Maison Blanche qui a précipité le déclin de son pays.

Cette campagne des primaires qui a intoxiqué les médias français, ne s’achèvera que lors des conventions des deux partis au cours de l’été. La véritable campagne présidentielle ne commencera officiellement qu’après Labor Day (la fête du travail) qui est le premier lundi de septembre. Entre l’élection proprement dite qui se tient toujours le premier mardi de novembre et l’arrivée au bureau ovale du nouveau président le 20 janvier 2009, il faudra patienter sept mois. C’est une longue attente avec les défis que doit surmonter l’Amérique du XXI siècle.

La fixation au premier mardi de novembre de l’élection qui fascine le monde, revient au huitième président des États-unis (1837-1841) C’est Martin Van Buren, le fils d’un humble tavernier d’origine hollandaise installé à Kinderhook dans l’État de New York, qui instaura cette coutume. Dans l’Amérique paysanne et bigote du début du XIX siècle, Van Buren dut choisir une date qui respectât ces deux impératifs : après les récoltes et avant l’arrivée brutale du général hiver (novembre) et en dehors du jour réservé au Seigneur. Ainsi fut fixée cette date au premier mardi de novembre qui permettait après l’office de se rendre en une journée de marche au plus proche bureau de vote.

Il ne sert à rien de mentionner le mot du candidat qui fait mouche. Tout ce verbiage est un bruit de fond qu’il faut écrêter pour aller à l’essentiel. Hillary Clinton est victime de la proportionnelle intégrale instaurée par les caciques du parti démocrate. Cette élection primaire aurait dû s’achever par sa victoire lors du Super Tuesday de février quand elle emporta la Californie et l’État de New York. Dans le camp républicain où la coutume a été respectée, McCain a irrémédiablement distancé ses concurrents lors de ce grand rendez-vous. Obama a perdu tous les grands États mais il a grignoté partout ailleurs les voix qui lui ont donné la victoire.

La tortue a eu raison du lièvre. En sera-t-il de même en novembre ? Sur l’élection proprement dite, les faits sont têtus. Aucun candidat n’a remporté l’élection présidentielle sans l’État clé de l’Ohio. Qui a gagné cet État dans le camp démocrate ? Hillary Clinton. Funeste présage pour celui que la presse française encense en raison de la couleur de sa peau...

dimanche 1 juin 2008

Au pays du Minotaure

Dans le classement annuel des enfers fiscaux établi par le magazine Forbes ne sont pris en compte que cinq types d’impôts : société, revenu des personnes physiques, fortune, sécurité sociale (employeur et assuré) et TVA. Sur les 66 nations qui sont en compétition pour ce titre peu enviable, la France remporte la palme avec un index de 166.8 %. Elle distance largement son second, les Pays-Bas, dont le score est de 157%. Pour fixer les idées, cela donne un taux marginal de 33% pour l’ensemble des cinq impôts en France. Pour un pays comme l’Azerbaïdjan qui se situe à la croisée des enfers fiscaux et des paradis fiscaux, cela donne un taux marginal de 20%. Abaisser de 13 % le rendement de chaque impôt nous ramènerait donc à ce seuil d’imposition jugé raisonnable. L’enquête de Jack Anderson est intéressante car il y a pratiquement autant de pays au-dessus qu’en dessous de ce seuil de référence de 100 %. Avec un index de 101,6% l’Etat de l’Illinois fait partie des mauvais élèves et avec un index de 97.2% la Corée du Sud peut être considérée comme le dernier des bons élèves de la classe 2008.

N’en déplaise aux énarques, ces statistiques étrangères sont un excellent aiguillon pour réformer un pays aussi taxé que le nôtre. L’énarque de service à l’agence française pour les investissements internationaux (AFII) s’est empressé d’exercer son droit de réponse au magazine américain afin de minorer l’impact qu’une telle enquête peut produire sur des investisseurs étrangers qui auraient l’idée saugrenue d’investir dans notre enfer fiscal. Jack Anderson nous rend un excellent service. La preuve est apportée par l’index qui a chuté de 26.3% par rapport à l’année dernière : de 193.1% à 166.8%.

Les coureurs du 100 m savent bien que les dixièmes en dessous de la barre des dix secondes sont les plus durs à gratter. Mais la France n’est pas encore parvenue à ce stade de la compétition internationale. Elle fait plutôt figure de marathonien où les marges de manœuvre sont considérables. Pour ne point tuer le malade par une thérapie de choc à laquelle il n’est nullement préparé, donnons rendez-vous en 2009 aux énarques de Bercy avec un index de 150 % qui nous ramènerait à la sixième place des enfers fiscaux, juste derrière la Chine qui a un index de 152%.

L’index de misère du magazine Forbes ne donne qu’un aperçu de l’iceberg fiscal français. A quoi cela sert-il d’abaisser d’un côté les cinq impôts de référence de la compétition internationale si l’on continue à en créer d’autres ailleurs ? Sept nouvelles taxes ont été instaurées depuis 2007. Les énarques sont les champions du monde de la créativité fiscale. En revanche, les statistiques sont une matière fort rare dans notre pays. Et pour cause ! Rien n’est plus dangereux pour un régime totalitaire que les citoyens prennent connaissance de leur malheur. Vive l’INSEE ! Ce n’est pas sur son site que vous trouverez le nombre de taxes dans notre pays mais sur celui de Wikipedia en langue française. Certes le nombre d’articles sur le portail français est encore faible - à peine 665 386 articles publiés – mais l’on y trouve une pépite. Tapez « liste des impôts et taxes françaises » et vous obtiendrez le chiffre astronomique de 200 ! Comme les auteurs de l’article l’indiquent, il ne s’agit que d’une ébauche tant la matière est riche. Le recensement effectué par ces bénévoles est un travail de romain. A la rubrique de l’immobilier, on trouve sept taxes. La dernière en date est une taxe sur les logements vacants. S’il suffisait de cette taxe pour détendre le marché locatif des grandes villes...

Notre pays est non seulement riche de taxes mais aussi de sémantique. Aux Etats-Unis, il n’existe qu’un seul gros mot – TAX – et qui englobe tout. En France, on fait une distinction subtile entre impôts et taxes, entre taxes fiscales et taxes parafiscales, entre taxes directes et taxes indirectes, entre taxes prélevées au niveau national et taxes prélevées au niveau local, entre taxes nationales et taxes européennes, etc... La manœuvre est de créer un maquis juridique pour que le contribuable, le consommateur et le citoyen - trois entités de la même poupée gigogne - ne trouvent jamais la sortie du labyrinthe où est embusqué le Minotaure. Le monstre se contente de dévorer un bras au contribuable (impôt sur le revenu), une jambe au consommateur (TVA) une main au téléspectateur (redevance audiovisuelle) mais il prend carrément la tête du riche avec l’impôt sur la fortune. Pour toutes ces raisons évoquées, la France a de fortes chances de rester l’enfer fiscal de la planète.

Il fut un temps où la France avait de grands économistes comme Turgot, Quesnay ou Bastiat, maintenant elle a des énarques. On se distingue comme on peut…