samedi 24 mai 2008

Les garde-fous oubliés de la seizième constitution française

La réforme constitutionnelle est entrée dans sa phase décisive avec le débat au parlement. Si elle ne passionne pas les Français, elle engage néanmoins leur avenir.

Tout d’abord, cette réforme était indispensable en raison du déséquilibre engendré en 2000 par l’abaissement du mandat du président de la république à un quinquennat. Notre dernier roi fainéant n’a pas voulu en tirer les conséquences mais son successeur est prêt à le faire.

Pour résumer, il y a seulement deux types de régimes politiques qui fonctionnent correctement dans le monde : présidentiel ou parlementaire. Le nôtre qui est un mélange des deux, n’a jamais donné entièrement satisfaction. Il fallait donc l’aligner sur l’un ou sur l’autre. Compte tenu de la préférence des Français pour l’élection de leur président au suffrage universel, c’est l’alignement sur le premier qui est à réaliser avec l’actuelle réforme de la constitution.

L’alignement du mandat présidentiel sur celui des députés rend obsolète la fonction du Premier Ministre (articles 21 et 22 de la constitution) La dyarchie au sommet de l’Etat et voulue par le fondateur de la V République est une source constante de frictions et de chevauchements de compétences. Pour autant il ne semble pas que ce hiatus serait effacé…Pourquoi ?

L’actuelle constitution est une usine à gaz avec 89 articles. Pour mémoire, la constitution américaine de 1787 qui est la plus vieille en vigueur dans le monde, ne comporte que sept articles ! Toute réforme doit viser la simplicité. Il y a de quoi s’inquiéter avec l’inscription des langues régionales demandée par le parlement français et qui ne rate pas une occasion de se discréditer.

Il est à craindre que le projet actuel nous laisse sur notre faim. Fixer une limite de deux mandats consécutifs au président va dans le bon sens mais pourquoi ne pas l’étendre aux autres mandats exécutifs (maires et présidents de région) pour lutter contre la corruption endémique ? Le pouvoir corrompt tous les hommes. Nous déplorons également l’absence de la règle du non cumul des mandats pour combattre la corruption.

En revanche, nous souscrivons pleinement à l’initiative du président de réduire à quinze le nombre de ministères. Écrire dans le marbre les prérogatives du gouvernement est une excellente chose pour prévenir les chimères socialistes ! Souvenons-nous du ministère loufoque du « temps libre » instauré par Pierre Mauroy. A titre de comparaison, voici la liste des quinze ministères du gouvernement américain.

1 agriculture 2 intérieur 3 commerce 4 justice 5 défense
6 travail 7 éducation 8 affaires étrangères 9 énergie 10 transports
11 santé 12 trésor 13 sécurité intérieure (*) 14 vétérans 15 logement et urbanisme


* Department of Homeland Security a été créé après la tragédie du 11 septembre 2001.

Fait notable, il n’existe pas de ministère de l’économie dans la plus grande puissance économique de la planète. L’économie n’a vraiment pas besoin d’énarques pour la piloter. (confer mon article du 20 avril 2008 intitulé « Et si on laissait Dieu gouverner la France ? » et que vous pouvez relire sur mon blog www.droite-conservatrice.com)

L’institution d’une vice-présidence est indispensable dans un régime présidentiel. Elle ne figure malheureusement pas dans le projet de Sarkozy. L’intéressé se croit-il immortel ? A-t-il jamais pensé à ses successeurs ? Fâcheux oubli qui démontre, une fois de plus, qu’une constitution imposée par un seul homme a peu de chance de lui survivre. L’histoire de France est un cimetière de constitutions : quinze à ce jour…

En ce qui concerne les nouveaux pouvoirs dévolus au parlement, il y a peu de bonnes choses dans ce projet. Bon est le partage de l’ordre du jour ou l’autorisation du parlement sur les interventions des forces armées à l’étranger. Mauvaise est la possibilité offerte aux ministres de retrouver un siège au parlement quand est mis fin à leur fonction. Enfin, l’essentiel est passé sous silence : à savoir le contrôle de la dépense publique par le parlement et qui serait assisté par un organisme d’audit indépendant comme c’est le cas au Royaume Uni. Le lobby des énarques prétend que la cour des comptes suffirait à la tache. C’est oublier que cette vénérable institution est sous leur coupe et que les loups ne se mangent pas entre eux.

Autre motif d’inquiétude : la place de la chambre haute. On ne peut faire l’impasse sur le rôle primordial qui est dévolu au sénat dans un système présidentiel. Le sénat américain contrôle toutes les nominations importantes : juges fédéraux, juges à la Cour Suprême et ambassadeurs. C’est lui aussi qui a le dernier mot dans la procédure de destitution du président initiée par la chambre basse. Enfin, le sénat américain assume pleinement sa représentativité territoriale : deux sénateurs par Etat fédéré. Ce n’est pas le cas du sénat français. Pour ce faire, il faudrait instaurer l’élection au suffrage universel direct des sénateurs à l’instar de leurs homologues américains depuis le dix-septième amendement à la constitution adopté en 1913.

Ce projet de constitution est l’occasion unique de revoir à la baisse les effectifs pléthoriques du palais du Luxembourg et du palais Bourbon. A titre de comparaison, il y a respectivement 100 sénateurs et 431 députés pour une population de 300 millions d’habitants aux États-Unis. En revanche, il y a 331 sénateurs et 577 députés dans un petit pays comme la France qui ne compte que 62 millions d’habitants. Si nous sommes plus pauvres que les Américains, il ne faut pas chercher plus loin ! Avec l’élection d’un sénateur par département et par DOM-TOM, on ferait l’économie de plus de deux cent sièges dans cette assemblée qui ronronne depuis trop longtemps. Pour l’assemblée nationale, réduisons de moitié son effectif en fixant la barre à 200 000 électeurs par circonscription électorale Tant pis si des départements faiblement peuplés n’auront plus de député puisqu’ils seront mieux représentés par leur sénateur !

La réforme de la justice est oubliée. Il faut impérativement garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire. Tant que cette condition ne sera pas réalisée, on baignera dans une détestable confusion des pouvoirs. La liste des affaires classées est digne d’une république bananière. Le scandale du procès d’Outreau a mis en exergue le crucial besoin de réformer la justice. A quoi ont servi les centaines d’heures d’audition par les parlementaires ? A rien si ce n’est à tromper l’opinion publique. Il y a pourtant une solution toute simple : l’élection des juges. Aux Etats-Unis les juges dans les Etats fédérés sont élus par le peuple et les juges fédéraux, présentés par le gouvernement, doivent être confirmés par le sénat. Des dizaines de juges fédéraux qui ont failli à leur mission, ont été révoqués par le sénat. Au bas de l’échelon judiciaire (comté), la sanction prend une autre forme : le mauvais juge n’est pas réélu par le peuple.

Dans cette révision, une place minimale est accordée au peuple souverain. Le référendum d’initiative populaire serait instauré mais avec la condition draconienne de plus de quatre millions de signatures. La barre à un million pour rejeter les initiatives farfelues aurait amplement suffi. Si l’on veut empêcher le peuple de s’exprimer, on ne saurait mieux s’y prendre…

Une initiative vraiment libérale serait d’instaurer la procédure de reconvocation du corps électoral (recall election) lorsqu’un élu a failli à sa mission. Cette procédure démocratique est en vigueur en Californie où il faut réunir un million de signatures pour qu’une autre élection ait lieu. Le gouverneur Gray Davis a été incriminé pour sa mauvaise gestion des deniers publics. Il a été battu par Arnold Schwarzenegger lors de l’élection du 7 octobre 2003. Avec cette épée de Damoclès entre ses mains, le peuple exercerait vraiment sa souveraineté.


dimanche 18 mai 2008

l'oracle de San Saban

Lors de sa visite privée, vendredi 16 mai 2008, au ranch du roi Abdallah d’Arabie Saoudite, le président Bush en a profité pour réitérer une demande formulée il y a cinq mois. Que ce roi soit courtisé en dit long sur le désarroi des citoyens de la plus grande démocratie ! Le président très chrétien de la plus grande puissance militaire et économique de la planète s’est donc rendu à Canossa pour implorer la clémence du bourreau sunnite. Magnanime, ce dernier l’a gracié devant ses électeurs en lui promettant d’accroître sa production de pétrole de 300 000 barils par jour.

Ce geste suffira-t-il à calmer les automobilistes américains affolés par le prix affiché à la pompe à essence ? Le gallon flirte avec la barre des 4 $. Un gallon américain est égal à 3.78 litres. Le timing du président est impeccable. C’est en effet avec le long weekend de Memorial Day que démarre chaque année la driving season. La saison automobile aux États-Unis commence à Memorial Day (le dernier lundi de mai est férié pour honorer la mémoire des anciens combattants) et s’achève à Labor Day (le premier lundi de septembre est la fête du travail)

Le président Bush a donc effectué la démarche prescrite par ses concitoyens et le roi Abdallah, bon prince, s’est incliné. Cette visite peu banale ne résoudra pourtant pas le problème des automobilistes américains. Si l’Arabie Saoudite parvient à accroître sa production, le prix à la pompe ne baissera pratiquement pas. Les jours heureux où le gallon était à un dollar sont révolus. En moins d’une décennie, le prix du baril est passé de 10 $ (10 décembre 1998) à 126 $ ce vendredi à la clôture à Wall Street.

Pour casser le moral des ménages américains, Arjun Murti, un analyste de Goldman Sachs, vient de prédire, le 6 mai dernier, un cours du baril à 200 $ l’année prochaine ! Certains n’accordent plus de crédit à ces vénérables maisons qui sont les victimes collatérales de la débâcle du marché des subprimes. Ces gens ont tort. Le gourou de Goldman Sachs mérite d’être pris au sérieux quand on sait que sa maison est la seule qui a su tirer son épingle du jeu dans la crise actuelle. Elle avait parié sur une baisse de l’immobilier en recourant à la vente à découvert. Elle a été amplement récompensée en empochant un bénéfice de 2.85 milliards de dollars au troisième trimestre 2007 (en hausse de 79% par rapport à celui du troisième trimestre 2006) alors que ses pairs ont affiché des pertes colossales. Ces pertes vont d’ailleurs se poursuivre pendant encore quelques trimestres car ces banques d’affaires ne peuvent pas se débarrasser de leurs mauvaises créances qui sont principalement sous la forme de C.D.O (collateralized debt obligations) C’est une titrisation des emprunts de mauvaise qualité noyés dans la masse des prêts hypothécaires.

Le gourou de Goldman Sachs n’en est pas à son premier essai. Le 30 mars 2005, il avait prédit un cours de 105 $ en 2009. Sa prédiction a été réalisée une année plutôt. Murti est apparu sanguin dans sa dernière prestation télévisée. Quelle en est la raison ? Ce n’est certainement pas la gourmandise notoire des automobilistes américains qui est responsable de la hausse brutale du pétrole mais un ensemble de facteurs qu’il convient d’énumérer : le facteur géopolitique avec l’insécurité au Nigéria et les tensions dans le Golfe Persique, la baisse de production passée inaperçue de gros producteurs comme le Mexique et la Russie en raison d’une politique de renationalisation, et enfin l’appétit insatiable de la nouvelle classe moyenne en Inde et en Chine.

La gloire dont jouit le gourou de Goldman Sachs est éphémère. Sa contribution à la science est très modeste par rapport à celle de Marion King Hubbert. En 1956, ce géophysicien américain publia une étude dans laquelle il prédit un pic de la production de pétrole à un horizon de cinquante ans. La découverte de nouveaux gisements ne suffirait plus à pourvoir la demande. Comme tant de visionnaires qui sont trop en avance sur leur temps, Marion fut vivement contesté par ses pairs. Il disparut en 1989 alors que le pétrole était redevenu bon marché.

N’en déplaise aux énarques, aux socialistes, aux radicaux, aux archéo-gaullistes, aux communistes, aux néo-anarchistes invités de nos jours sur les plateaux de télévision, aux écologistes et à tant d’autres Français qui se trompent encore, le marché a toujours raison ! Il ne fait plus guère de doute qu’un plateau de la production de pétrole a été atteint en 2006 selon l’oracle de San Saba au Texas. Certes, on trouvera encore quelques grands gisements au fond des mers mais ils ne suffiront jamais à étancher la soif de la nouvelle classe moyenne de l’Inde et de la Chine. Celle-ci serait déjà aussi grande que celle de l’Europe et de l’Amérique réunies (800 millions) selon l’article publié, vendredi 9 mai, par Gérard Pince sur son blog qui est l’un des plus instructifs de la blogosphère.

La maison de l’oracle de San Saba est à une heure de route seulement du ranch du président à Crawford au Texas. Cette visite aurait évité une autre plus pénible dans un lointain pays de la péninsule arabique. Pathétique fin de règne pour l’actuel locataire de la Maison Blanche qui promettait, dans son discours de l’Union en janvier 2003, de corriger les diablotins de la planète et qui en est réduit, aujourd’hui, à se comporter comme un obèse geignard à la table d’un roi.

« Un homme qui a faim n’est pas un homme libre » disait Adlai Stevenson, le candidat démocrate, qui perdit les élections présidentielles de 1952 et 1956 contre le général Dwight Eisenhower.

dimanche 11 mai 2008

Titanic : les chaloupes sont prêtes

Dans sa dernière livraison sur les enfers fiscaux, Jack Anderson, le journaliste du magazine Forbes, n’a pas cherché à vilipender notre pays. Au contraire, il a mis en exergue une diminution sensible du taux marginal qui est appliqué aux cinq impôts pris en référence dans son enquête annuelle. Par rapport à l’année dernière, l’indice français a reculé de 26.3%, passant de 193.1 % à 166.8 %. Malgré ce satisfécit accordé, cela laisse toujours la France à la première place des enfers fiscaux.

La progressivité outrancière de l’impôt en France a une raison bien ancrée : « Il faut faire payer les riches ! » Cette antienne est si bien martelée que les riches se sont expatriés et qu’il ne reste plus que la classe moyenne pour subvenir aux besoins des pauvres qui sont toujours plus nombreux dans ce pays avec la pompe aspirante de la couverture médicale universelle.

En dehors de la gauche caviar, qui peut encore s’offrir une semaine de vacances dans une station de ski ? Les Français découvrirent le ski avec les jeux olympiques de Grenoble en 1968. Ce fut une démocratisation de ce sport réservé jusque là à une élite. Entre temps, nos maigres économies ont fondu comme neige au soleil. Même dans une station de bas de gamme, la semaine de vacances pour un couple avec deux enfants se négocie aux alentours de 2000 €. Certains font le sacrifice en prenant un crédit relais dont le taux est de 16 %. C’est une regrettable tendance encouragée par les énarques qui n’ont d’yeux que pour la demande.

La nomenklatura se moque éperdument de la baisse du pouvoir d’achat des Français. Elle vit très bien dans sa bulle. Le cynisme n’est pas propre à la France. Kevin Sharer est le président de la société pharmaceutique Amgen dont le cours de l’action a été divisé par deux. Sharer ne détient pas d’actions ou de stock options de sa société. Sa compensation est de 12.3 millions de dollars par an. Il a déclaré, la main sur le cœur, aux actionnaires marris qu’il souffrait comme eux. Un petit porteur outré a déclaré à l’assemblée générale que le président se rendait tous les week-ends dans une station huppée de ski du Colorado (Aspen) avec le jet de la société. Une motion a été déposée pour supprimer les droits préférentiels de vote des dirigeants.

Et si nous osions faire la même chose en France ? Quel journaliste irrévérencieux osera questionner les déplacements à l’étranger de notre président de la République ? N’existe-il pas un beau château à Brégançon avec une plage magnifique où il pourrait passer ses vacances d’été ? Ce domaine appartient à la république. Comme ses prédécesseurs, le président le boude. S’il n’est plus fréquentable par la « jet society » à laquelle appartient notre président, vendons le château de Brégançon tout de suite pour réduire la dette de la France ! Dans son discours du 4 avril 2008 à propos de la réforme de l’État, le président a joué, encore une fois, avec les mots : « Ce ne sont pas les économies qui feront la réforme, c’est la réforme qui fera les économies. » Si l’on comprend notre président, les économies à réaliser sont secondaires par rapport à sa logorrhée. Souvenons-nous que l’orchestre du Titanic a joué jusqu’à la fin…

Cette tragédie hors du commun passionne toujours les esprits. Dans un nouveau livre paru le 15 avril 2008, William Broad reprend une thèse bien connue : la fragilité des rivets utilisés pour la construction du Titanic. Celle-ci est corroborée à présent par des examens en laboratoire sur des échantillons prélevés à quatre mille mètres de profondeur. Il y en aurait une traînée au fond de la mer !

Au cours d’un dîner donné en 1907 par Lord James Pirrie, de la firme navale Harland & Wolff, en l’honneur de Bruce Ismay, qui était le directeur de la White Star Line, les deux partenaires évoquèrent avec inquiétude le lancement prochain du Lusitania par la Cunard Line qui était leur grand concurrent sur la traversée de l’Atlantique. Pour contrer cette offensive, et avec l’appui décisif de John Pierpont Morgan qui était le magnat de la finance, les deux hommes envisagèrent la construction simultanée de l’Olympic et du Titanic qui seraient plus grands et plus luxueux que le Lusitania. Pressé par les délais de livraison, le chantier naval de Belfast eut recours à des sous-traitants. La forte concentration de scories dans l’acier fut à l’origine du drame. Au contact de l’iceberg, les boulons sautèrent comme des bouchons de champagne et la coque s’éventra sur une longueur effroyable d’une soixantaine de mètres !

Ce drame est exemplaire pour de multiples raisons. Bruce Ismay, le directeur de la White Star Line, se vantait auprès de quelques passagers illustres, qui firent avec lui ce voyage nuptial, que son bateau était insubmersible. La raison avancée était la suivante. La coque du navire était divisée en seize compartiments dont l’étanchéité était assurée, pour la première fois de l’histoire, par des systèmes de fermeture automatique. Les ingénieurs misaient que le navire pouvait supporter une grave voie d’eau, mais au-delà de quatre compartiments touchés, ils pensaient que le navire était condamné. C’est exactement ce qui se produisit. Avec six compartiments touchés, le Titanic sombra en deux heures.

La maîtrise des ingénieurs de la firme navale Harland & Wolff donne à réfléchir. La France est l’équivalent d’un Titanic divisé en une kyrielle de compartiments très poreux. Lorsqu’une caisse de retraite fait faillite (celle par exemple des cheminots où il y a un actif pour quatre retraités) sa gestion est aussitôt refilée à une autre, puis quand cette dernière prend trop d’eau, elle est refourguée au régime général. Il n’y a donc aucun compartiment étanche selon la volonté des énarques qui veulent noyer à tout prix leur responsabilité individuelle. Pour enrayer la voie d’eau, le trésor public emprunte beaucoup sur les marchés financiers et il fait miroiter aux épargnants français les avantages fiscaux de l’assurance-vie. L’État vit à crédit à partir de la Toussaint mais le jour approche où il ne trouvera plus de préteurs…


En avril, la commission de Bruxelles a lancé un avertissement à la France en raison de la gravité de sa voie d’eau. Lui infliger une amende au moment où elle s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne ? Chiche ! Ce serait un bien pour elle-même et pour ses partenaires de l’euro, que de lui imposer la rigueur (équilibre budgétaire) à laquelle elle s’est soustraite depuis 1974 avec l’élection d’un énarque à la présidence. Pour l’instant, la nomenklatura ne s’intéresse qu’à préserver son train de vie fastueux. Elle a toujours réussi à circonvenir la commission. Le bras de fer est-il vraiment engagé ? S’agit-il d’une énième remontrance qui ne portera pas à conséquence ? Mais n’attendons pas qu’un analyste d’une agence de notation comme Standard & Poors fasse perdre à la France son triple AAA car cela aurait des conséquences plus regrettables que la tragédie du Titanic. Joseph Staline, qui était un grand spécialiste de la question, notait cyniquement : « Une mort est un drame mais un million de vies détruites n’est plus que de la statistique… »


Lord Ismay fut le grand responsable de la tragédie du Titanic. Il avait donné l’ordre au capitaine Smith de ne pas ralentir la vitesse du navire malgré la présence d’icebergs détectés par les autres navires dans la zone en coin à la hauteur du 41° parallèle, laquelle était connue de tous les marins. C’est une latitude très méridionale mais qui s’explique par le courant froid du Labrador. Le record de la traversée et la gloire que Lord Ismay devait en retirer furent plus forts que les mises en garde du chevronné capitaine qui était malheureusement sous ses ordres pour la traversée nuptiale. Quand le navire sombra et que des centaines de malheureux se noyaient dans les eaux glaciales, Lord Ismay embarqua en catimini sur l’une des chaloupes. Je parie qu’il en sera de même lorsque la France fera faillite. Les responsables de la tragédie s’échapperont sur des chaloupes qu’ils se sont réservé. L’histoire n’est qu’un éternel recommencement.


lundi 5 mai 2008

les enfers fiscaux : la France championne du monde !

Les paradis fiscaux font les choux gras de la presse française. Passer son temps à les dénoncer ne fera jamais revenir l’argent des riches. Bien au contraire ! Pour le commun des mortels, abruti par l’idéologie égalitariste dès qu’il entre dans le système éducatif national, il suffit de « piquer » l’argent aux riches pour combler le trou de la sécurité sociale.

Passons sur la volonté délibérée de spolier une classe de Français et qui en dit long sur la perversité des esprits qui est encouragée au plus haut niveau de l’État. Et si c’était si simple que cela, pourquoi n’est-on jamais parvenu à équilibrer les comptes sociaux ? Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Nul autre système n’a fait l’objet de tant de débats et de réformes ! Pour arriver à quoi ? A la ruine du pays qui se profile à l’horizon 2012, une année qui tombe à pic pour commémorer une date anniversaire. C’est en effet le 14 avril 1912 que le Titanic, l’insubmersible géant des mers, coula après avoir heurté un iceberg au sud des grands bancs de Newfoundland.

Depuis sa création en 1945, la sécurité sociale est dans le rouge. Il ne s’agit pas d’un marché où l’offre s’ajuste à la demande en fonction du prix des soins dispensés. La codification des actes ne correspond pas au coût réel des soins parce qu’elle est fixée par une bureaucratie plus proche des assurés que des médecins. Ce marché n’oppose pas non plus directement un producteur à un consommateur de soins. Dans cette partie biaisée qui se joue à trois, le consommateur de soins se défausse sur l’assureur. Mais là encore, il ne s’agit pas d’un véritable assureur puisque celui-ci ne peut pas fixer ses conditions à l’assuré en lui demandant par exemple de payer une franchise s’il est fumeur ou s’il est obèse. Il ne peut pas exercer son contrôle sur la dépense en demandant à l’assuré la justification de consultations chez plusieurs spécialistes pour avoir un diagnostic. Il ne peut pas non plus exclure le fraudeur qui se fait établir de faux arrêts de travail. C’est le médecin qui est poursuivi. Il ne peut pas non plus gérer à sa guise la carte des hôpitaux publics qui représente la moitié des dépenses de santé et qui sont sous la coupe des élus locaux et des syndicats de fonctionnaires. C’est pour toutes ces raisons que le poids du mammouth augmente de 6% par an, soit trois fois plus vite que la création de richesse mesurée par le produit intérieur brut (PIB)

En 1991, Rocard instaura la contribution sociale généralisée (CSG). Il s’agit d’un impôt de 8.5% sur l’épargne. Il rapporte gros : 76.6 milliards d’euros en 2006, ce qui en fait le premier impôt direct, largement devant l’impôt sur le revenu des personnes physiques qui ne rapporte que 55 milliards d’euros. Et pourtant, la sécurité sociale est restée dans le rouge. Cet échec n’a pas été sanctionné. Au contraire, le produit de cet impôt a dépassé les attentes de Bercy. Il fallait donc en créer un autre qui frappe plus fort au portefeuille des riches pour asseoir le pouvoir des énarques. Ainsi fut instaurée en 1996 par Juppé la contribution pour le remboursement de la dette sociale (CRDS) Notons au passage que les deux Premiers Ministres en question appartiennent à l’inspection des finances qui est la crème de l’ENA. En matière d’usines à gaz, on ne saurait mieux faire que cette élite technocratique.

La CRDS aurait dû disparaître en 2014 avec l’apurement de la dette. Mais c’était sans compter la générosité de nos énarques à l’égard du reste du monde. En 1999, Jospin (un énarque diplomate) a créé la couverture médicale universelle (CMU). La nouvelle s’est répandue comme le feu dans la brousse. Les misérables ont afflué vers ce pays assez fou pour offrir des soins gratuits. Bien entendu, ce succès planétaire n’est pas sans conséquence pour le personnel soignant. C’est le revers de la médaille. L’institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (IFRAP) a levé un tabou dans son numéro 65 de janvier 2007. Le nombre de médecins victimes de violence a décuplé avec l’instauration de la CMU. Le respect attaché à cette profession honorable disparaît lorsque le patient ne paie plus les soins. C’est une évidence. Aucun de ces sauvages n’est pourtant expulsé du territoire ; en revanche, les médecins qui refusent de soigner les étrangers sans papier, sont mis au pilori. Quant aux coûts de la CMU (et non les coups portés par ces patients sur les médecins) il est impossible de les connaître malgré la demande écrite du député Pierre Morange, député des Yvelines, et qui est le président du conseil de surveillance de la caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés. Il faut saluer le courage de ce député qui ose demander des comptes à l’administration. C’est si rare que cela mérite d’être souligné.

L’iceberg est devant nous mais nous refusons toujours de le voir. Le 7 avril 2008, Forbes Magazine a publié, sous la plume de Jack Anderson, une enquête sur les enfers fiscaux (The Forbes Tax Misery Index) Cette étude reprend une autre menée en 2000. Elle porte sur les taux marginaux d’imposition de 66 nations, membres de l’OCDE et autres dont les sources sont vérifiables. Et qui arrive en tête de ce palmarès ? La France avec un indice de 166.8 ! Quatar avec un indice de 12 (pétrole oblige) est un paradis fiscal. Mais il faut expliquer la composition de cet indice pour établir des comparaisons. Il prend les taux marginaux les plus élevés pour cinq types d’impôts et dans l’ordre qui suit : société, revenu des personnes physiques, fortune, sécurité sociale (employeur et assuré) et TVA.

Pour le champion toutes catégories qu’est la France des énarques, on ajoute : 34.4% + 51% + 1.8% + (45% + 15%) + 19.6% = 166.8%

Par rapport à la médiane de 100 % et représentée cette année par l’Azerbaïdjan, ce qui obère le plus notre économie, c’est le poids énorme que représente la sécurité sociale - 60% - alors que dans un pays comme la Suède dont la réputation sociale n’est plus à démontrer, il est de 39.4%, soit un tiers de moins que chez nous.

Pour gommer la honte qui rejaillit sur la nation, l’énarque de service, Philippe Favre, s’est prêté à l’exercice rituel qui consiste à vanter notre attractivité. La France serait le troisième pays recevant le plus d’investissement de l’étranger. Précisons que l’impartialité du personnage est sujette à caution : il est le président de l’agence française pour les investissements internationaux (AFII) et qui est composée de 154 fonctionnaires de Bercy. Il y avait bien la DREE pour la propagande économique mais le gouvernement de Jospin décida, en 2001, de créer ce doublon. Il n’y a jamais assez de places dans la république fromagère décrite avec humour et dérision par Michel de Poncins dans son livre intitulé « Parlottes et Fêtes » et sous-titré « Divertissements pour accompagner le désastre français. » La mission principale de l’agence est de parcourir la presse étrangère et de réagir immédiatement par un démenti. Mission annexe de l’agence : aider les investisseurs étrangers dans leurs démarches administratives…C’est bien un aveu d’impuissance.

« Le peuple n’aime ni le vrai, ni le simple : il aime le roman et le charlatan » disait Edmond Goncourt. Avec les usines à gaz des énarques, il est très bien servi.