samedi 26 avril 2008

Le prix Milton Friedman attribué à un étudiant contestataire du Venezuela

En l’honneur du champion des libertés du XX siècle a été instauré ce prix en 2002 par l’institut Cato. Il est décerné tous les deux ans. Le 25 avril 2008 a eu lieu la quatrième édition. Yon Goicoechea, un étudiant vénézuélien de 23 ans, a été récompensé pour sa lutte contre la dictature. En mai 2007, Yon prit la tête du mouvement étudiant contestataire contre la fermeture de la télévision privée RTCN. Menacé de mort, Yon n’a pas flanché ; il a amplifié la contestation contre le régime marxiste d’Hugo Chavez. Le point d’orgue a été atteint en décembre 2007 quand son mouvement a défait la réforme constitutionnelle intentée par l’actuel président qui brigue un pouvoir absolu. Yon Goicoechea est un étudiant en cinquième année de droit à la faculté catholique d’Andrés Bello. Les membres du jury ont su récompenser ce jeune courageux qui s’est fait casser le nez par les édiles de Chavez.

A l’annonce de la remise du prix, Mario Vargas Llosa, le romancier péruvien, a déclaré : « La liberté et la complaisance sont incompatibles et c’est ce que nous constatons malheureusement dans des pays comme le Venezuela où la liberté se réduit à une peau de chagrin. Une réaction salutaire s’est produite parmi la jeunesse de ce pays. Yon Goicoechea est le symbole de la réaction démocratique quand la liberté est menacée. »

Le recul des libertés n’est malheureusement pas circonscrit au continent sud-américain. L’Europe vit avec beaucoup de complaisance sous le joug bureaucratique de Bruxelles. La voix des peuples européens est constamment bafouée. Les Français ont rejeté la constitution européenne lors du référendum du 29 mai 2005. Trois ans après, le projet vaguement remanié passe en force au parlement réuni en congrès. C’est un cinglant désaveu de la volonté populaire. La même chose s’était produite lorsque les Danois avaient voté contre le traité de Maastricht en 1992. Pour qu’il n’y ait plus de couac dans le meilleur des mondes, la commission européenne devrait interdire les référendums.

« Hormis quelques hommes bons, personne n’accepte de gaieté de cœur la liberté. Les gens préfèrent la licence à la liberté. » Cette réflexion du poète anglais John Milton (1608-1674) est une cruelle référence à l’héritage de mai 1968 dont les médias nous rebattent les oreilles. Il faudra boire le calice jusqu’à la lie pour qu’une réaction salutaire comme celle de la jeunesse du Venezuela se produise en Europe.

dimanche 20 avril 2008

Et si on laissait Dieu gouverner la France ?

Pressé par ses partenaires européens de revenir à l’équilibre budgétaire à l’horizon 2012, l’État français a mené une vaste enquête pour redéfinir ses missions. C’est la révision générale des politiques publiques (RGPP). Celle-ci vient d’accoucher d’une souris : une kyrielle de réformettes (166 pour être précis) pour une réduction de sept milliards d’euros de dépenses par an. Pour mémoire, le déficit budgétaire a été de 38.3 milliards d’euros pour l’année 2007. Compte tenu des intérêts de la dette qui absorbent la totalité des recettes tirées de l’impôt sur le revenu des ménages, un retour à l’équilibre budgétaire est impensable pour 2012. La France est entrée dans un dangereux engrenage dont elle ne mesure pas encore la gravité.

Pouvait-il en être autrement lorsque l’État est juge et partie ? Même s’il a été fait appel à des cabinets privés pour donner une caution, l’énarchie garde le contrôle du Titanic. Pour résumer l’affaire, on s’est délesté de quelques chaloupes de secours (coupes franches dans les fonctions régaliennes de l’État : justice, défense et affaires étrangères) et on s’est contenté de colmater les fuites dans la cale (éducation, logement, santé, transport, culture, etc.) en espérant que le vieux paquebot rafistolé résistera à la tempête boursière…

Sur un plan politique, on peut déplorer que le parlement n’ait pas été associé à l’élaboration de cette réforme. Il lui reste le contrôle de la dépense. Nos élus seront-ils à la hauteur ? Le doute a été exprimé par Le Figaro dans son édition du 15 avril 2008 : « A quelle sauce allons-nous être mangés ? » se demandent avec anxiété les députés godillots de la majorité.

A la crise financière s’ajoute la crise institutionnelle de la Cinquième République. Tout dépend du prince. C’est le revers de la médaille lorsque le prince n’a pas les qualités requises pour tenir fermement la barre dans la bonne direction.

La confusion des pouvoirs est toujours à redouter. A vingt ans, Franklin Delano Roosevelt était déjà un bon observateur de la vie politique de son pays. Quand la presse américaine s’extasia du rôle joué par le président Théodore Roosevelt (Franklin était son cousin) dans le règlement de la grève des mineurs en 1902, il nota dans son journal : « La volonté de Teddy de rendre l’exécutif plus puissant que les deux chambres n’est pas une bonne chose, surtout quand un homme doté d’une personnalité moindre que la sienne lui succédera. » L’histoire donna raison à Franklin, pas plus tard qu’en 1909 lorsque le débonnaire William Taft succéda à son cousin.

Compte tenu de la médiocrité de la classe politique, la meilleure chose pour éviter un naufrage du Titanic serait d’imposer un gel du budget de l’État. 1973 marque la dernière année où l’équilibre budgétaire a été respecté. Depuis cette date, tous les budgets, y compris ceux prévoyant un équilibre, ont été systématiquement dans le rouge ! Cela n’a rien de surprenant. L’accession en 1974 de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence est un tournant dans l’histoire de ce pays. Il marque l’arrivée au pouvoir des technocrates. Même si l’actuel président n’appartient pas à la nomenklatura, presque tous les conseillers de l’Élysée sortent de l’Ecole nationale d’administration (ENA). Cette élite est très fortement influencée par la théorie keynésienne des déficits publics pour relancer la croissance. Elle reste aussi très attachée à un rôle important de l’État, y compris dans des secteurs qui sont normalement mis en concurrence : éducation, culture, logement, santé, transport. Aux trente-quatre années ininterrompues de déficit budgétaire succèderont inévitablement autant d’années de rigueur pour apurer la dette qui s’est accumulée.

Geler le budget aurait pour première conséquence de supprimer la direction de la prévision au ministère des finances. Elle gonfle toujours la croissance attendue pendant que les autres directions du ministère s’évertuent à trouver de nouvelles taxes pour satisfaire l’appétit du Léviathan. Tout est taxable ! Dernier avatar, une taxe de séjour de 2 € vient d’être instaurée dans les hôtels de luxe qui sont fréquentés majoritairement par la clientèle étrangère, et ce dans le but de renflouer les caisses du ministère de la culture. Ce ministère a un fort relent idéologique. La culture ne devrait pas être l’apanage des États.

A-t-on encore besoin d’un ministère de l’économie dans l’Euroland ? La question a été posée bien avant le traité de Maastricht. Au cours d’une audience accordée en 1907 au professeur Butler de l’université de Columbia, l’empereur Guillaume II demanda à l’illustre professeur d’économie qui était en charge des affaires financières dans le gouvernement des États-Unis. « Dieu », lui répondit sans hésitation le professeur Butler.

Les Belges n’ont plus de gouvernement depuis des mois. S’en portent-ils mieux ou plus mal ? Aucune différence apparente. William Buckley disait : « Je préférerais être gouverné par les trois cents premiers noms de Boston dans le bottin téléphonique que par les gens de la faculté de Harvard. »

mercredi 16 avril 2008

Le marché au secours de la vieille Europe asthmatique

Le changement climatique préoccupe beaucoup d’esprits. Va-t-on avoir un été caniculaire ? Dieu seul peut le savoir. Les prévisions climatiques ne pourront jamais dépasser jamais une dizaine de jours en raison de la nature chaotique du climat. Tant mieux ! Rien ne serait plus aliénant pour nos âmes que le futur soit déjà écrit.

Malgré les grandes messes onusiennes, rien ne semble en tout cas arrêter le réchauffement de la planète : les glaciers reculent et la calotte glaciaire se rétrécit comme une peau de chagrin. Le succès planétaire rencontré par Knut et Flocke, les deux oursons polaires du zoo de Berlin, montre le chemin parcouru, en moins d’une décennie, dans la prise de conscience collective. Dans son édition du 18 janvier 2000, le Wall Street Journal avait invité les Robinson, un couple de chimistes de l’université de l’Oregon, à commenter les résultats d’une enquête menée par le Conseil américain de recherche climatologique. Pour ces deux scientifiques à la solde de ce journal d’affaires, le réchauffement n’était dû qu’à des cycles de tâches solaires. Il ne fallait donc pas s’inquiéter pour l’avenir de l’ours polaire puisque l’activité humaine n’était nullement en cause dans ces variations climatiques.

Entre ce déni et la régulation qui fait craindre un arrêt de la croissance pour satisfaire ceux qui préconisent un retour à l’âge de pierre, il existe une troisième voie encore mal explorée : le marché. Fixer des quotas d’émission de gaz à effet de serre est une gageure avec une population mondiale qui ne cesse de croître. Pour mémoire, il y avait trois milliards de bipèdes en 1960, la planète en compte 6.7 milliards en 2008. Que faire lorsque la population mondiale a plus que doublé en moins d’un demi-siècle ? Et que certains pays en « voie de développement » méritent vraiment cette appellation ! Des millions de Chinois et d’Indiens roulent à présent dans des voitures individuelles. Stephen Pacala de l’université de Princeton estime que la moitié des émissions de dioxyde de carbone est le fait de 700 millions d’individus, soit 9 % de la population mondiale. Si l’on se fie à ses statistiques, il faudrait confiner le reste de l’humanité dans la pauvreté pour nous sauver. Cette asymétrie est reprise par les nombreux opposants du capitalisme, synonyme de disparité de richesse et de gaspillage.

Imposer des quotas d’émission de gaz à effet de serre est une chose, les faire respecter en est une autre. Que s’est-il passé depuis la conférence de Kyoto en 1997 ? Pas grand-chose si ce n’est de dénoncer l’attitude intransigeante du gouvernement américain. Au risque de froisser certains lecteurs, le président Bush a tenu un langage cohérent avec ses intérêts médiats : « Nous ne signerons jamais d’accord qui mette en péril notre économie ! » Qu’est-ce que les Européens ont fait ? Ils ont signé le traité et ne l’ont pas appliqué. Les rejets de gaz augmentent et les maladies pulmonaires se multiplient. Vaut-il mieux qu’un chef de gouvernement ait la franchise de dire non à un traité imparfait ou qu’un autre le signe et ne l’applique pas ?
Pusillanimité ou hypocrisie ? Voilà dans quelle misère sémantique patauge l’Europe depuis huit ans.

Pour qu’une régulation fonctionne à l’échelle mondiale, il faudrait que tous les États l’acceptent. Mission impossible ! Contrairement à la régulation, le marché n’a pas besoin d’un consensus planétaire. Lorsque le Chicago Exchange Climate (CCX) a démarré le 12 décembre 2003, il n’y avait que treize entreprises qui acceptèrent d’échanger leur droit à polluer. Il n’y avait pas non plus d’argent public mis sur la table. Heureux Américains ! C’est à l’initiative de la fondation Joyce que ce marché a vu le jour mais l’idée d’un tel marché revient à Richard Sandor.

En 1988, un groupe d’intérêts de l’Ohio demanda à ce brillant professeur d’économie de l’université de Chicago s’il était possible de transformer l’air en matière première négociable. Il faut se souvenir des pluies acides qui ravageaient nos forêts et de la place qu’elles occupaient dans les médias. A présent, elles ne font plus une ligne dans les journaux. Que s’est-il passé entre temps ? Les opposants qui étaient légion, arguèrent que codifier le droit de polluer était le stigmate d’une activité inacceptable. Sur un plan économique, la difficulté était de créer un marché avec quelque chose ne vous appartenant pas : accorder à une compagnie le droit d’échanger des émissions de dioxyde de soufre (SO2) équivalait à lui donner un droit de propriété sur l’atmosphère. Sandor reconnut le potentiel d’abus mais il ne démordait pas de son idée qu’il fallait fixer un prix réaliste au départ : un contrat de 5$ pour 100 tonnes métriques qui est l’unité de base.

Voté par le Congrès américain en 1990, le Clean Air Act imposa une réduction de dix millions de tonnes de pluie acide par rapport au niveau de 1980. Les groupes de pression à la solde des industriels affirmèrent que cela allait accroître de dix milliards de dollars par an leur facture. Cela ne coûta en fait qu’un milliard par an aux industriels. Avec l’ouverture de ce marché, il devint rapidement très avantageux de réduire les émissions que de continuer à polluer l’air. Le CCX compte à présent 300 membres. Un contrat se négocie aux alentours de 6 $ et les volumes importants attestent de la vitalité de ce marché atypique.

Une évidence qui a du mal à faire son chemin dans une Europe paralysée par la bureaucratie bruxelloise. En 2005 fut lancée une réplique de ce marché. 65 entreprises s’engagèrent à y participer mais la place de ce marché reste congrue car les autorités bruxelloises omnipotentes lui préfèrent la régulation. Le plan d’action de la Commission européenne hérisse les grosses entreprises qui menacent de délocaliser leurs usines. Laissons au marché ce qu’aucune administration ne saura faire ! C’est par l’intervention quotidienne de milliers d’acteurs économiques, mais certainement pas par la main gauche d’un haut fonctionnaire, que le problème du réchauffement climatique sera réglé.

En 2002, le magazine Time décerna à Richard Sandor le titre de héros de la planète. A la même époque, c’était José Bové qui faisait la une des médias en Europe.

lundi 7 avril 2008

Pour résoudre la crise des taxis parisiens, vendons les voitures de fonction des ministères

Réformer plutôt que révolutionner est et restera toujours la voie des libéraux pour sortir la France de l’ornière. Contrairement aux nostalgiques de la révolution qui aiment faire table rase de tout (lire à ce propos le très édifiant ouvrage collectif intitulé « Le livre noir de la révolution française » publié par les éditions Cerf), les libéraux qui sont vilipendés au pays de Bastiat s’attachent à trouver une solution qui satisfasse toutes les parties. C’est la formule incitative « gagnant, gagnant» et qui fait ses preuves partout où elle est appliquée de bonne foi. Cette condition est essentielle comme nous allons le voir.

A l’unisson, la presse française condamne le libéralisme qui est assimilé au laissez-faire (le fameux loup dans la bergerie), mais elle passe sous silence les méfaits dévastateurs des régulations. « Il est inutile au mouton de faire voter une loi en faveur du végétarisme quand le loup est d’une opinion différente » disait avec justesse Dean William Inge.

La critique est facile (tout le monde en conviendra) mais il est difficile de proposer des solutions qui tiennent la route. Dont acte ! Réformer demande autant de pédagogie envers les foules que de connaissance intime des mécanismes du marché qui sont relativement simples mais que nos dirigeants s’attachent à contourner tout le temps. La troisième voie est le Graal de nos élites qui refusent toujours de choisir entre capitalisme et socialisme.

Exemple à l’appui : la réforme des taxis envisagée dans le rapport Attali. Face à la pénurie évidente des taxis en région parisienne qui est, ne l’oublions pas, le fait de l’État en appliquant un numerus clausus pour faire plaisir à la corporation, le rapport en question préconisait d’octroyer une licence à tous les demandeurs pour répondre à la demande ! Cette proposition a été prestement retirée par le gouvernement devant la levée de boucliers qu’elle a suscitée. Pouvait-il en être autrement ? La proposition était une insulte pour des gens qui travaillent énormément pour rembourser leur emprunt. Entre 1999 et 2007, le prix de la licence s’est envolé de 89 550 € à 185 000 € ! Un bel exemple de bulle spéculative à l’instigation de l’État...

La proposition d’Attali est une spoliation des derniers entrants qui sont victimes d’un système mafieux instauré par les anciens. Cela ressemble étrangement aux pyramides qui ne profitent qu’à leurs auteurs. Le système de retraite par répartition n’est-il pas sa caricature extrême ? Les Français ne comprendront que le jour où leurs retraites ne seront plus payées. Ce jour se rapproche. La satisfaction intellectuelle d’avoir eu raison ne saura pourtant satisfaire les libéraux, spectateurs impuissants du naufrage de leur nation. Mais à qui la faute sinon aux communistes et à tous les partis qui leur ont emboité le pas depuis 1945 ?

C’est Charles Pasqua qui a instauré, en janvier 1995, la loi pour faire plaisir aux taxis indépendants. Une fois de plus, l’intervention de l’État a engendré une pénurie. Une loi peut en défaire une autre. Pourtant, il faut trouver une solution sans pénaliser ceux qui ont acheté à prix d’or cette fameuse licence. Un nouveau rapport, écrit par le préfet Chassigneux à la demande du ministre de l’Intérieur, a été présenté par le journal Le Monde dans son édition du 4 avril 2008. Aucun commentaire de ce journal qui ne veut pas expliquer à son lectorat comment fonctionne ce marché, pas plus d’ailleurs que n’importe quel marché, si ce n’est pour le discréditer à des fins idéologiques. Il est affligeant que ce journal soit encore la référence dans notre pays. Comme le précédent, ce rapport n’apporte pas de solution satisfaisante : il préconise une augmentation des licences pour pallier la pénurie. L’éclatement de la bulle poussera au suicide certains. Belle preuve de solidarité d’un gouvernement se préoccupant davantage de ceux qui glandent que de ceux qui rament et prennent des risques !

Il existe pourtant une solution libérale qui résoudrait, en quelque sorte, la quadrature du cercle. Il existe un parc automobile non négligeable dans les ministères. Pourquoi les directeurs des administrations et les membres des cabinets ministériels devraient-ils encore avoir une voiture de fonction à l’heure où la rigueur frappe les ménages français ? Comme l’État doit réduire drastiquement son train de vie pour revenir à l’équilibre budgétaire en 2012 - cela est demandé par nos partenaires européens membres de la zone de l’euro qui supportent avec équanimité nos déficits chroniques - il conviendrait de vendre ces voitures de fonction. Cette vente domaniale servirait à rembourser les emprunts contractés par les chauffeurs de taxi. C’est uniquement lorsque cette condition sera remplie intégralement, avec si nécessaire une injection pour apurer la dette de ces entrepreneurs qui ont pris de gros risques, que l’État pourra ouvrir le marché des taxis à la concurrence. Quant aux chauffeurs des ministères touchés par cette mesure de rigueur, il leur serait offert, en compensation de leur licenciement, une licence gratuite de taxi. Comme il est impossible de se procurer des statistiques (l’État est très discret en la matière), il est à parier que cet afflux providentiel de main d’œuvre sur le marché comblerait, en partie, la pénurie de l’offre.

Cette réforme libérale ne suffira pas à ajuster l’offre à la demande sur le long terme. La ville de New York a recours annuellement aux enchères pour équilibrer le marché. C’est aussi le système instauré depuis 1990 en Amérique dans le domaine de la pêche afin d’assurer la reproduction normale des bancs de poissons. La commission de Bruxelles continue de louvoyer avec les marins-pêcheurs alors que des espèces sont en voie de disparition. Il est à parier qu’un accord ne sera trouvé que lorsqu’il n’y aura plus un poisson en mer du Nord !

Les enchères sont toujours une meilleure solution que le droit féodal de Pasqua. N’oublions pas une règle d’or du marché : le taxi est au service de la clientèle et non pas l’inverse, comme cela est malheureusement le cas à Paris. A tout prendre, il vaut mieux plus de taxis en circulation que de clients mécontents. Au pays des corporatismes, cette loi d’airain du marché est loin de faire l’unanimité.

Et pourtant, tout un chacun peut constater les dégâts de ce droit féodal par l’allongement des files d’attente devant les gares parisiennes et les rixes qu’elles génèrent entre ceux qui attendent patiemment leur tour et ceux qui coupent la file d’attente pour prendre un taxi. C’est le comportement du passager clandestin, analysé par l’économiste américain Mancur Olson, et qui ne veut pas payer le prix d’un service, en l’occurrence le temps d’attente sur le trottoir parisien.

Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà, disait Pascal. Que l’on soit marxiste ou anarchiste rêvant de détruire le marché - nos vies ne valent pas leurs profits, selon la formule du postier de Neuilly qui fait florès - que l’on soit un nostalgique de mai 68 campé de nos jours par le bourgeois bohême qui aime afficher, dans les dîners en ville, son dédain du marché sans pour autant renoncer à ses petits privilèges et passe-droits, tout a un prix dans l’existence.