mercredi 20 juin 2007

Le SMIC

Le nouveau gouvernement va augmenter le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) de 2.1% le 1er juillet 2007. Que pensez de cette demi-mesure qui fait suite à tant d’autres demi-mesures de celui qui a gagné la campagne électorale sur le thème de la rupture ?

Curieusement, l’organisation patronale (Medef) se réjouit de cette hausse limitée qui, selon son porte-parole, « ne devrait pas trop peser sur l’emploi, tout en maintenant le pouvoir d’achat des salariés. » Aurait-on trouvé la quadrature du cercle en France ? C’est ce que laisse croire ce communiqué enjoué du patronat. Il semble que tout le monde emboîte le pas du nouveau Salomon qui a pris les rênes du pouvoir en France. Après le doctrinaire « ni-ni » des années Jospin – ni marxisme, ni capitalisme – l’immobilisme exaspérant des années Chirac, nous sommes entrés dans l’ère du « oui-mais » de Sarkozy qui pourrait se résumer ainsi : « d’accord pour entreprendre des réformes mais en ménageant les sensibilités de la gauche puisque celles de la droite me sont acquises. »

Le président a choisi de gouverner par consensus. Ne parlons-pas du Premier ministre dont on se demande à quoi il peut servir dans cette présidentialisation du régime. Ne critiquons pas la méthode employée par le président mais les conséquences pour l’emploi des jeunes car c’est là l’essentiel. Le gouvernement est conscient que la poursuite d’une hausse trop forte du SMIC pénalise l’embauche des jeunes : d’où son choix de diviser par deux cette hausse par rapport aux années antérieures. Mais il se trompe en croyant qu’une demi-mesure créera des emplois. Elle va simplement maintenir les gens dans la pauvreté. Le grand communicateur aurait dû avoir le courage de dire qu’il fallait geler le SMIC pour espérer une timide reprise de l’embauche à la fin de son quinquennat. Il devrait rompre avec le passé - comme il y s’est engagé pendant sa campagne – en supprimant et le SMIC et le monopole de la sécurité sociale.

Que se passerait-il avec la levée de ces deux contraintes ? La suppression du SMIC redonnerait la liberté aux patrons d’embaucher sans avoir la hantise de faire une erreur qui peut être fatale pour une petite entreprise. Elle offrirait la chance à tous ceux qui n’ont pas de qualification d’entrer dans le monde du travail au lieu de végéter dans des formations bidon. La suppression du monopole de la sécurité sociale redonnerait du pouvoir d’achat à tous les salariés, et surtout à ceux au bas de l’échelle, car le salaire brut serait nettement augmenté avec la réversion de la part patronale de cotisation sociale. Le salarié pourrait s’assurer à un moindre coût auprès d’une assurance privée.

Des économistes américains de renom se sont exprimés en 1996 quand le président Clinton a axé sa réélection sur la revalorisation du SMIC. Leur réflexion demeure toujours d’actualité.

Pour Milton Friedman : « Augmenter par une loi le prix de toute matière première ou de tout service, réduit la quantité que les acheteurs de cette matière première ou de ce service veulent payer ; que l’article en question soit de l’essence, du blé, du lait ou du travail ! La seule question est de savoir de combien. Un salaire minimum plus élevé induit que moins de gens sont susceptibles d’être employés. Moins de salariés produisent moins et, de ce fait, un salaire minimum conduit à une contraction de la production nationale. Quelques personnes en bénéficieront, ceux qui auront la chance de préserver leur emploi avec un salaire minimum plus élevé, mais d’autres vont le perdre à cause de l’augmentation du salaire minimum et ceux qui ne pourront plus être embauchés pour la même raison. »

Pour Finis Welch : « Accroître le salaire minimum rend certains emplois plus attractifs mais il les rend aussi plus difficile à obtenir. »

Pour William Poole : « Les partisans du salaire minimum croient que le coût de l’emploi vaut la peine du petit gain perçu par ceux qui restent employés. La proposition d’augmenter le salaire minimum conduit à la suppression de centaines de milliers d’emplois. J’ai une question à poser à ceux qui vont perdre leur emploi. Êtes-vous satisfait de sacrifier votre place à ceux qui auront la chance de la conserver et qui bénéficieront d’un meilleur avenir que le vôtre ? Si ce n’est pas le cas, blâmez le président et le Congrès mais pas votre employeur ! »

Pour Brad Schiller : « Le président Clinton et son secrétaire du travail voudraient nous faire croire que les gens qui ont un salaire minimum, sont condamnés à rester éternellement dans ces emplois mal rémunérés et sont, de ce fait, incapables de supporter une famille. Une étude du marché de l’emploi des jeunes révèle qu’après une année, six jeunes sur dix recrutés au salaire minimum ont obtenu un deuxième emploi mieux rémunéré et, qu’après trois années d’activité, un employé sur dix seulement reste au niveau du salaire minimum. »

Aux États-Unis, le taux de chômage national est de 4.5% en mai 2007 ; c’est la dernière statistique disponible sur le site du Département du Travail http://www.dol.gov. Autre statistique intéressante que se garde de publier son homologue l’INSEE : la durée moyenne du chômage est de 16.7 semaines. C’est pratiquement le plein emploi dans ce pays puisque quatre mois représentent le temps nécessaire pour retrouver un boulot.

Le salaire minimum américain, qui est de 5.15 $ depuis le 1er septembre 1997, sera porté à 5.85 $ le 24 juillet 2007. A titre de comparaison, le nôtre sera de 8.44 € le 1er juillet 2007. Si l’on prend une parité fictive du dollar par rapport à l’euro et qui représente grosso modo le même pouvoir d’achat interne, cela représente un écart conséquent de 30 % entre les deux SMIC de part et d’autre de l’Atlantique. Mais si on applique la parité réelle du dollar par rapport à l’euro (0.70) et qui tient compte de la compétitivité de ces deux économies dans la mondialisation, alors le SMIC américain est inférieur de 60% par rapport au SMIC français. Il est à noter que le salaire minimum a été gelé pendant dix années en Amérique alors qu’il est réévalué chaque année en France. On mesure ainsi le chemin qui reste à faire pour envisager un retour au plein emploi des jeunes et des personnes non qualifiées en France.