samedi 1 février 1997

Presidential Day



le portrait le plus ancien de George Washington, peint en 1772 par Charles Wilson Peale, montrant le jeune homme en uniforme lorsqu'il était colonel dans un régiment anglais en Virginie.

President’s Day (la journée du président) est dédié à deux grands présidents américains qui sont nés en février. George Washington vit le jour le 22 février 1732 et Abraham Lincoln le 12 février 1809. Cette fête est célébrée le troisième lundi de février.

Washington et Lincoln sont dans le carré d’as des présidents des États-Unis. Leurs portraits ont été gravés, en compagnie de ceux de Thomas Jefferson et Theodore Roosevelt, dans la roche du mont Rushmore dans le Dakota du Sud. La construction de ce mémorial pharaonique fut autorisée en 1925 par le congrès américain. Le sculpteur Gutzon Borglum fut choisi pour mener à bien ce projet. Il suivit le chantier jusqu’à sa mort en 1941. Cet imposant monument visait à cimenter la jeune nation en quête d’identité. Par leur empreinte qu’ils ont laissé dans l’histoire, ces quatre hommes arrivent en tête du classement des présidents.

La continuité de la présidence n’a jamais été interrompue grâce à la perspicacité des pères fondateurs de la constitution américaine qui ont glissé le poste de vice-président. Théodore Roosevelt n’était que le second de William McKinley avant l’assassinat de ce dernier. Il ne figure plus aujourd'hui dans le carré d’as. Franklin, son cousin de Hyde Park, le devance mais la construction du monument s'est réalisée pendant sa présidence. Les deux présidents incontestés du classement sont ceux dont on fête l’anniversaire en février.

Faute de place dans ces colonnes, j’ai choisi d’évoquer le premier dont le destin est lié à la France. Il est impossible d’oublier George Washington dans la vie courante avec son effigie sur chaque billet vert en circulation. Son nom a été donné à la capitale. Derrière cette figure emblématique se cache une personnalité attachante.

George était issu d’une famille modeste de Virginie. Détecté par un Lord pour son habileté à chasser le renard, il fit sa première campagne à seize ans quand il participa à une expédition qui devait délimiter les terres acquises par ce noble dans la vallée de la Shenandoah qui constituait, à l'époque, la frontière du Nouveau Monde. Le jeune Washington rencontra dans la forêt des Indiens portant des scalps. En dépit de leur apparence morbide, les sauvages se révélèrent d’un commerce agréable avec lui. Ils lui apprirent à chasser le serpent à sonnette des Appalaches.

Lors d’une période de guerre froide entre la France et l’Angleterre, Robert Dinwinddie, le gouverneur de la Virginie, s’inquiéta de la rumeur que des Français construisaient un fort à la confluence des rivières Ohio et Allegheny. Chaque camp tentait d’étendre son influence. Le gouverneur fit appel au jeune Washington pour mener une reconnaissance en plein hiver. Il s’en acquitta honorablement en traversant les rivières gelées de ce rude continent. Au printemps, les Anglais entreprirent une course contre la montre en construisant une route. Au cours d’une escarmouche, un officier français, Jumonville, fut tué. La petite compagnie anglaise encerclée dut se rendre. Ne connaissant pas le français et son interprète se révélant peu fiable, Washington signa un document compromettant. Il établissait qu’à l’occasion d’une rencontre entre deux unités de reconnaissance s’étant soldée par « l’assassinat » d’un diplomate français, la paix entre les deux nations avait été gravement troublée ! 

Washington, qui avait accompli de loyaux services pour la couronne anglaise, fut nommé colonel à 22 ans. Il ne put poursuivre cette ascension fulgurante car son corps de miliciens fut dissout à la fin de cette période de guerre froide. Les Anglais ne voulaient pas incorporer dans l'armée des colons américains. Bénéficiant d’une bonne retraite, George devint planteur de café.

Comme nombre de colons, il prit conscience des rapports inégaux entre l’Angleterre et les treize colonies. L’Amérique achetait des produits manufacturés à la Grande-Bretagne en contrepartie des matières premières qu’elle exportait. Si ce commerce est mutuellement bénéfique, il ne profitait qu’aux Anglais. Londres fixait unilatéralement le cours des matières premières. Même en cas de bonne récolte, les paysans américains ne pouvaient escompter dégager assez de bénéfices pour parer aux mauvaises années.

Les produits manufacturés destinés aux colons n’étaient pas de bonne qualité. Avec un acompte pénalisant de 50%, les pièces détachées n’arrivaient qu’au printemps suivant après une longue traversée de l'océan. Pendant cette immobilisation forcée, les machines agricoles rouillaient dans les granges... Commandés également en versant des arrhes, les vêtements n’étaient pas aux mesures demandées. Les arrogants marchands anglais ne se souciaient pas de satisfaire cette clientèle captive de bouseux. Mais le plus inquiétant était le taux usuraire pratiqué par les banquiers anglais. Les colons devaient travailler durement pour rembourser leur emprunt. Étant à la merci des aléas climatiques, et faute de rééchelonnement de leur dette, ils faisaient faillite après trois mauvaises récoltes consécutives. A cela s’ajoutèrent sous le règne du roi George III de lourds impôts votés par le Parlement anglais pour entretenir l'effort de guerre contre son ennemi héréditaire la France.

Comme ses compatriotes, Washington en tira la conclusion que l’indépendance était la seule voie praticable pour sortir de cette pesante dépendance. Au second congrès continental, qui se tint en mai 1775 à Philadelphie, Washington fut choisi pour commander l’armée américaine.

Les débuts de la guerre d’Indépendance ne furent pas brillants pour les troupes américaines qui manquaient pratiquement de tout (armes lourdes, cadres et discipline) face aux soldats professionnels anglais. Lorsque les bataillons anglais et prussiens qui encerclaient New-York se mirent en branle dans une ordonnance parfaite au son de la cornemuse, les colons américains épouvantés qui tenaient les hauteurs de Brooklyn, s’enfuirent en canoë en direction de Manhattan. Les Anglais débarquèrent, le 15 septembre 1776, à Kips Bay (à une centaine de mètres de mon domicile) et prirent, sans coup férir, le contrôle de la ville jusqu’à la fin de la guerre ! New York ne fut libérée qu’au tout dernier jour, le 25 novembre 1783, à l’occasion d’une cérémonie militaire au fort Tryon qui domine la rivière Hudson. Les New-yorkais n’ont pas tenu longtemps rigueur aux Anglais de cette occupation ; ce fort porte le nom du dernier gouverneur anglais.

Face à une armée supérieure, Washington eut recours à la guérilla pour couper les lignes des "red coat". Lors de cette période difficile se présentèrent de jeunes nobles français à la recherche d’une aventure militaire. N’ayant point d’expérience dans le domaine militaire, ils n’en revendiquèrent pas moins des postes d’officiers que ne voulaient point leur confier les Américains. Mais entre Washington et le jeune Lafayette s’instaurèrent des relations affectueuses de père à fils.

De l’abondante correspondance qu’entretenait Lafayette avec Washington et dont l’existence vient d’être rendue publique par le Wall Street Journal, un passage dévoile l’âme candide du jeune idéaliste : «  20 juillet 1781, la fortune nous a préservés lorsque l’armée américaine était inférieure à celle des Anglais. Et quand nos deux armées étaient égales, nous avons encore eu encore bien de la chance ! » Une lettre du 6 avril 1785 se conclut : « Adieu mon cher général, votre fils adoptif qui vous aime tant ! »

La France joua un rôle à éclipses dans cette guerre larvée. Au début du conflit, elle envoya discrètement des munitions aux colons. En mai 1778, elle s’engagea avec la reconnaissance de jure des États-Unis. La France faisait le calcul présomptueux qu’en boutant les Anglais des treize colonies, elle récupérerait, dans la foulée, le Québec qu’elle avait perdu au cuisant traité de Paris en 1763.

Désireux d’incorporer les bataillons français dans son armée pour reprendre la ville de New-York, Washington essuya un refus poli du commandant de l’escadre. Le cabinet du roi avait instruit le conte de Rochambeau de ne point faire courir de risque à l’armée française avec des «amateurs provinciaux.» Rochambeau prit ses quartiers d’hiver à Newport dans le Rhode Island. Pour ne point froisser les Américains, il proposa une rencontre des états-majors pour préparer la prochaine campagne.

Cette coopération militaire fut passagère. Après l’importante victoire de Yorktown, le 19 octobre 1781, l’escadre conduite par l’amiral de Grasse repartit aux Indes. Faute d’appui décisif des Français, la guerre s’enlisa. Les Anglais tenaient les grands ports où ils s’étaient retranchés. Ne possédant pas d’artillerie pour les déloger, les troupes américaines se dispersèrent pour vaquer aux travaux de la ferme. De leur côté, les Français mesuraient chichement leurs efforts. La guerre livrée à la Grande-Bretagne se jouait sur d’autres théâtres. C’est le roi George III qui décida d’y mettre fin. Son Premier Ministre venait d’être lâché par le Parlement anglais qui trouvait cette guerre ruineuse.

La Saint Valentin est célébrée également en Amérique. Une lettre de Washington adressée à sa petite fille révèle sa vision de l'amour.

"L'amour est une chose qui vous transporte, mais comme toutes les choses délicieuses, c'est mielleux et quand le premier transport de la passion commence à s'estomper, ce qui se passe toujours, il entraîne, souvent trop tard, des réflexions plus graves. Cela montre que l'amour est une denrée trop délicate pour en vivre tout le temps. Il ne doit pas être considéré davantage qu'un ingrédient nécessaire pour le bonheur matrimonial, lequel résulte d'une combinaison d'autres facteurs."

A travers ses conseils prodigués à sa petite-fille, Washington dévoilait, entre les lignes, son expérience malheureuse en amour. Il fit un mariage de raison avec une riche veuve, Martha Dandridge Custis. Son véritable amour était Sarah Fairfax. Cette amie de jeunesse se maria à un planteur. George entretint avec elle une correspondance amoureuse empreinte de frustration. Parfois, Sarah lui interdisait de lui écrire mais si il s’y résignait, elle lui écrivait une lettre coquine pour réveiller sa flamme et le garder ainsi éternellement attaché à elle.