vendredi 1 décembre 1995

l'ONU n'a plus de fric



Le secrétaire général Dag Hammarskjöld (1953-1961) devant le siège des Nations Unies

Depuis que les États-Unis ont décidé de réduire unilatéralement leur contribution, un vent de panique souffle dans le palais de verre au bord de l’East River. Une rumeur s’est propagée dans les longs couloirs gris où se croisent de ternes fonctionnaires internationaux. Faute d'argent, le secrétaire général s’apprêterait à interrompre la session de l’Assemblée Générale.

Depuis la fin de la guerre froide, les pompiers des Nations unies sont plus que jamais sollicités pour éteindre les feux qui embrasent la planète. Curieusement, ils se situent dans une zone comprise entre les tropiques du cancer et du capricorne. Le grégarisme obéit aux lois de la thermodynamique. Il est difficile de chercher querelle à un voisin quand il gèle à pierre fendre.

Le Conseil de Sécurité des Nations unies est sorti de son hibernation après la chute du mur de Berlin. L'ours russe est en quête de respectabilité sur la scène internationale. De son côté, l’aigle américain ne peut pas jouer seul le gendarme de la planète qui lui vaut les quolibets de ceux qui se croisent les bras. Quant au tigre chinois, il fait mine de dormir pourvu que l’on ne vienne pas l'agacer à propos de Taïwan et du Tibet. Les deux poids mouche du Conseil se sentent ragaillardis. Le chat anglais court après les souris et le coq français chante à tue-tête pour alerter la basse cour.

Les interventions des pompiers se sont multipliées avec des résultats mitigés. Certains veillent depuis des décennies sur des cendres chaudes sans que l’on sache comment les éteindre. On déplore le retard des pompiers pour éteindre un incendie. D'interminables sessions débouchent alors sur une déclaration vidée de substance.

La transparence du nouvel ordre international n'est pas du goût de tout le monde. Les dictateurs ne peuvent plus trucider tranquillement les opposants. Toutefois, le clientélisme prévaut encore et les malheureux qui n’ont pas d’amis, le savent mieux que quiconque.

Des juristes cogitent pour sortir de l’impasse budgétaire. Le secrétaire général en ras le bol du cirque. Ce personnage hautain trouve humiliant de faire la manche auprès de gros bonnets. Il a préféré recourir au chantage : "Si vous ne versez pas votre obole, on ferme la boutique avant la fin de l’assemblée générale!"

Les États-Unis sont la cible privilégiée de ces attaques. Avec une contribution qui représente un quart du budget, leur influence demeure prépondérante dans le “machin.” Pourtant une analyse des contributions par pays laisse apparaître des distorsions flagrantes. La Chine ne donne qu’une pitance - à peine 0,7% du budget - alors qu’elle est la troisième puissance économique de la planète. Elle prétend qu'avec son milliard de pauvres, elle ne peut pas payer davantage...

Les bons payeurs sont des oiseaux rares. Seuls les pasteurs nordiques versent une contribution supérieure à 1% de leur PNB mais c'est pour prêcher, sans relâche, le bréviaire des droits de l'homme. Si notre pays verse une contribution de 6%, ce n’est pas de trop pour appartenir au club huppé des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité. Certains nous jalousent. Le Japon ne regarde pas à la dépense pour parvenir à ses fins.

Pour conclure, il y a une myriade de pays dont certains ne sont plus à jour de leur cotisation et qui, de ce fait, sont privés de leur droit de vote. D’affreux marchandages se déroulent en coulisse dans le genre : « je paie ta contribution si tu votes pour moi. » Je ne citerai personne.