samedi 11 novembre 1995

le marathon de New York



le départ du marathon de New York est donné sur le pont de Verrazano.




Le marathon de New York s'est tenu le 10 novembre. Une tempête a balayé la ville pendant la nuit. Au lever du jour, le ciel se dégage et le mercure plonge à
- 2°C. Ayant oublié le diagnostic pessimiste du docteur généraliste, je suis transis par le vent glacial qui balaye le pont de Verrazano. Devant une foule de 27 000 coureurs entassés sur le pont reliant Staten Island à Brooklyn, le départ est donné par le maire Rudolph Giulani.

Pour les profanes, il n’y pas de grand ou de petit marathon mais pour la jet society, il n’y a qu’un seul marathon qui compte : celui de New York. Il est difficile d’obtenir un dossard pour cette course huppée où une candidature sur deux est rejetée par le club organisateur.

En 1970, le premier marathon de New-York ne comptait que deux cents participants qui devaient accomplir quatre boucles dans Central Park par une journée caniculaire du mois d’août. Sur ce parcours casse-pattes, Gary Muhrcke en sortit vainqueur. Ce pompier fut dérangé pour une intervention pendant la nuit. Malgré son manque de sommeil, il gagna avec panache la course en 2 h 30'. C’était une performance honorable pour un amateur. Je rencontre parfois Gary dans l’un de ses magasins de sport. L'œil toujours pétillant, il a su profiter de l'engouement de la course à pied pour effectuer une belle reconversion professionnelle.

Si l’Amérique n’a plus de marathoniens de premier plan, elle possède un réservoir inépuisable de coureurs ordinaires. Le jogging est l’un des traits de notre société hédoniste. Courir pour conserver la santé est la raison qui pousse tant d’Américains à prendre le départ de cette épreuve exigeante.

Cette drogue du macadam est à rapprocher du signal d’alarme qu’ont lancé les médecins américains. Une épidémie d’obésité (le mot n’est pas fort) gagnerait l’Amérique. Un Américain sur quatre est obèse. La sédentarité et l'alimentation en sont la cause. Avec l’étalement anarchique des banlieues, l’usage de la voiture est indispensable pour effectuer la moindre course. La qualité de l’air s’est dégradée avec l'augmentation exponentielle du trafic de voitures.

Le marathon de New York a gagné sa réputation internationale quand Fred Lebow, le président du Road Runners Club of New York, eut l’audace de le sortir de son confinement de Central Park. Son idée était de lui faire traverser les cinq quartiers (Staten Island, Brooklyn, Queens, Bronx, Manhattan) qui forment la ville de New York. Le projet se heurta à de vives résistances dans le Bronx où des jeunes menaçaient le déroulement de l’épreuve. Pour gagner l’adhésion des caïds, Fred les prit à contre-pied en leur proposant d’assurer eux-mêmes la sécurité dans leur fief. Il leur offrit de menues compensations comme la distribution de casquettes. Le succès de l’épreuve grandit au fil des ans. Les organisateurs peuvent compter sur les bénévoles dont les rôles sont variés : de l’écolier qui tend un gobelet d’eau au stand, en passant par le contrôleur qui traque les resquilleurs, jusqu’à celui qui offre son épaule au coureur épuisé franchissant la ligne d’arrivée. Dix mille bénévoles garantissent le bon déroulement de l'épreuve. Les Américains savent donner et ils aiment aussi participer à de grandes causes.

L’ambiance de la course est assurée par les orchestres qui sont postés tout le long du parcours. A Paris, les marathoniens sont hués par les klaxons d’automobilistes énervés de ne pouvoir circuler... C’est vraisemblablement la raison pour laquelle le contingent français est toujours le plus gros à New York. La fidélité du public est sans faille. Qu’il pleuve ou qu’il vente, des millions de gens viennent acclamer les coureurs. Les vedettes reçoivent un accueil poli. Les coureurs ordinaires sont ovationnés par le public qui s’identifie à leurs souffrances. Pour des raisons de santé, la limite d’âge est fixée à dix-huit ans mais il n’y en a pas vers le haut. Ainsi un Allemand de quatre-vingt douze printemps a couvert l’épreuve en huit heures.