mardi 15 août 1995

L'image de la France en Amérique




L'économiste Frédéric Bastiat (1801-1850) est célèbre en Amérique alors qu'il est inconnu dans notre pays.


Une image stéréotypée

L’image de la France se résume à la gastronomie, la mode et les arts. Si les plus grands restaurants de la ville sont français comme l’Auréole, l’Espinasse ou le Bernardin pour n’en citer que quelque-uns, la haute couture souffre de la concurrence de marques américaines comme celles de Calvin Klein, Dona Karan ou Tommy Hilfiger. Dans Soho, une contraction de South of Houston Street, les peintres français contemporains sont encore présents. Depuis la chute du mur de Berlin, ceux de l’Europe de l’Est ont fait une remarquable percée.

Pour la majorité des Américains, la France se résume à deux destinations: Paris et la Provence. Peter Mayle est le meilleur ambassadeur de la Provence dans le monde anglo-saxon. Toujours curieux de connaître mes origines, les Newyorkais se pâment quand j’avoue mes racines provençales. Elles évoquent pour eux des histoires drôles contées par l’écrivain anglais dans sa retraite du Lubéron ou encore des tableaux de Van Gogh et de Cézanne.

Une couche aisée de la population newyorkaise aime se rendre à Paris à bord de notre avion supersonique Concorde. Les contribuables français apprécieront de savoir qu'ils subventionnent les déplacements fréquents de riches Newyorkais venant faire leurs courses dans notre capitale.

C’est l’effet pervers de notre politique de grandeur. On a oublié en France mais pas en Amérique la leçon magistrale de Frédéric Bastiat (1801-1850)
"Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas" est disponible sur la toile. http://bastiat.org/

Un abonné du Concorde est un docteur généraliste que j’ai consulté pour une douleur au dos. Son cabinet a pignon sur Central Park. Sa consultation a été interrompue, à plusieurs reprises, par des appels de clientes dont les motifs m'ont paru dérisoires en dépit du filtrage de trois secrétaires. Son diagnostic sommaire est comminatoire: "Vous souffrez d’une hernie discale !» Pour ne point rayer le vernis de ses ongles impeccables, une belle secrétaire prend d‘infinies précautions pour faire glisser ma carte de crédit dans la fente de la machine. Accablé par le diagnostic et la consultation qui m‘a coûté la bagatelle de 230 dollars, je repars en sachant que la course à pied est finie pour moi.

La grève des cheminots sidère les Américains

Des articles relatifs à la France abondent dans la presse américaine. Le Wall Street Journal a réservé une de ses colonnes à l’éviction du seul libéral dans le gouvernement français. Des deux côtés de l’Atlantique être traité de libéral est une insulte. En France un libéral est un affreux capitaliste et en Amérique un dépravé. Pour les milieux financiers américains, la cause est entendue. Le limogeage de Madelin signifie l'enterrement des timides réformes entreprises.

La grève des cheminots français fait jaser dans les chaumières américaines. Paralyser un pays pour conserver un acquis injustifiable ébahit les cols bleus ! En Amérique, une grève menée par des employés d’une compagnie aérienne peut être interdite par le président s’il juge qu’elle porte atteinte à la liberté de circuler. Les syndicats sont alors dans l’obligation de retourner à la table de négociation pour trouver un compromis. Les grèves dans les transports publics sont rarissimes et une grève sans préavis est impensable dans ce pays où règne la loi de la jungle. Il est piquant de constater que les compagnies privées américaines assurent un service minimum aux usagers.